‹ Histoire de Sainte-BarbeChapitre 98 sur 117 · Lettre àSchott, Bibliotheca Hispaniœ, t. III, p · texte numérisé non relu

Lettre àSchott, Bibliotheca Hispaniœ, t. III, p

2. Antonii Go^eani in M, Tullii Ciceronis orationem in Katinium testem commentarius ad Mmylium Ferrettum jurisconsultorum facile principem, ParisiiSy apud Joan, Lodoicum Tiletanum, ex adverso collegii RemensiSy MDXLII.

3. Préface du livre intitulé : Obsermtiones Guill, Morellii TUliant in yV. T, Ciceronis lihros quinque de finibus bonorum et malorum, etc. Parisiis, apud Joannem Lodoicum Tiletanum^ ex adverso collegii RemensiSy 4 545. Ce fait n'est ni dans Cbevillier ni dans La Caille. •'

là Conrad Bade ^ de la famille des Âscensius , établit ses presses en face de la grande porte de Sainte- Barbe \ dans les masures qui s'appuyaient contre l'église de Saint-Symphorién : de sorte que te noble vaisseau dont Jacques de Gouvéa tenait le gouvernail eut à la fois en poupe et en proue coiiime deux fanaux allumés pour répandre au loin la lumière , ririiprimerie de Tilletan et celle de Conrad Bade.

Pour en revenir à l'aflFaire de Raraus et d'Antoine de Gouvéa, elle se passa à huis clos. Cette mesure, qui fit jeter les hauts cris aux ramistes, était pourtant dictée par la prudence ; car si Ton eût admis un auditoire, avec Teffervescence qui était dans les esprits, il aurait été impossible d'empêcher les interruptions et probablement les voies de fait. Le pire inconvénient du secret est d'avoir donné lieu à des récits contradictoires , entre lesquels il n'est pas facile de discerner le vrai*. Nous dirons sinon comment les choses se passèrent^ du moins comment elles semblent s'être passées.

Tout d'abord il s'éleva une insurmontable difficulté relativement à la position du débat. Ramus entendait commencer théoriquement par la définition et la division de la dialectique, tandis que Gouvéa voulait qu'on mit tout* de suite en discussion la compétence d'Aristote comme dialecticien. La journée se passa en argu-

i . Théodore Bezae Fezelii poemata; Lutetix ex officina Conrad é JSadii ^ sub prelo ascensiano^ e regione gjrmnasii D, Barbarx^ MDXLVIII.

2. Duboulay, Hist. Univ., t. VI, p. 388 ; Épitre d'Omer Talon, au cardinal de Lorraine, déjà citée ; Ramus , sa vie et ses écrits, paf M. Waddington, p. 42.

mentations qui n'aboutirent à rien ; l'heure sépara les deux adversaires , sans que ni l'un ni l'autre eût reculé d'une semelle sur le terrain où il s'élàit placé.

Selon*toute apparence, le Portugais reconnut, après cette première épreuve, qu'il avait affaire à plus forte partie qu'il n'avait pensé d'abord , et en prévision de l'inflexibilité de Ramus, il prépara pour le lendemain une manœuvre qui devait être un faux pas. En effet, après que la seconde séance eut commencé par la répétition des assauts de la veille , tout à coup Gouvéa proposa de transiger, en acceptant le débat sur la division de la dialectique. Mais, en bonne logique, étaitil possible d'entamer la division en laissant de côté la définition ? Sans doute Ramus fît entendre là-dessus les choses les plus fortes, et si son antagoniste trouva dans la souplesse de son esprit assez de ressources pour ne pas rester coi, il ne se retira pas avec les honneurs de la journée. Il est certain qu'à la sortie on entendit ses tenants désapprouver la concession qu'il avait faite.

II revint le troisième jour avec l'idée, qu'il avait eue d'abord , de disputer sans préliminaire sur la valeur d'Aristote. Ramus, de qui cela ne faisait pas le compte, adjura Salignac de remettre l'engagement dans les termes où on l'avait laissé la veille. Sur le refus de celui-ci, il se dépita et dit qu'il renonçait' à la lutte. On offrît à ses tenants de prendre la partie à sa place : ils refusèrent. On demanda à Ramus s'il lui plaisait de désigner deux autres tenants : il répondit que non. Alors le juge du camp décerna la victoire à Antoine de Gouvéa.

Quoique le succès n'eût pas été très-brillant, l'Uni-

versité en accueillit la nouvelle avec transport. 11 fut célébré par des panégyriques, au compte desquels Hercule, Thésée et tous les dompteurs de monstres n'avaient rien fait de comparable. Le vainqueur,, embarrassé de. tant d*hommages, se mit en devoir de les mieux mériter en recommençant le combat de façon à fournir toute sa carrière. Il fît un livre contre Ramus*, livre élégant, mais trop plein de colère, et où il aurait fallu que les choses fussent considérées de plus haut. On y trouve beaucoup de remarques judicieuses, mais \)on pas un corps de doctrine qui soit la contre-partie de celui qu'il s'agissait de réfuter. Il en ressort la preuve que Ramus , malgré ses écarts, possédait à un degré supérieur la portée philosophique.

On ne reconnut pas cela dans le moment. Le livre qui servait les passions du public aurait été cent fois plus faible qu'il eût passé encore pour un chef-d'œuvre. I^ faculté des arts vota d'acclamation qu'il serait imprimé à ses frais*. Il alla dans toutes les universités de l'Europe porter la gloire de son auteur.

Tel est le grand triomphe que Sainte-Barbe eut à enregistrer dans ses fastes en 1 543.

i . Antonii Goveani pro Jristotele responsio adversus Pétri Rami calumniasadlacobumSpifamiumygymnasiiparisiensiscancellarium, Paris, Simon de Golines, i5(i3, daté du 27 novembre à la fin de la préface.

â. Archives de l'Université, reg. 20, séance du 30 novembre J5^3.

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