‹ Histoire de Sainte CécileChapitre 16 sur 65 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

TÂLÉRIEN SE REND AUPRÈS DU PAPE SAINT URBAIN. — IL EST BAPTISÉ — SON RETOUR. — ARRITÉE DE TIBURCE.

Poussé par une force inconnue^ le jeune Romain^ naguère si bouillant^ quitte sans effort la vierge dont les accents si doux ont changé son cœur. Il se met en marche^ et, aux premiers feux du jour, il arrive près dTFrbain, ayant trouvé toutes choses comme Cécile lui avait annoncé. Il raconte au Pontife Tentretien de la chambre nuptiale, qui seule peut expliquer la présence de Valérien dans ces lieux. Le vieillard est ravi de joie; il tombe à genoux, et levant ses bras vers le ciel, il s'écrie les yeux pleins de larmes : « Seigneur Jésus- D Christ, auteur des chastes résolutions, recevez le » fruit de la divine semence que vous avez déposée au » cœur de Cécile. Bon Pasteur, Cécile, votre servante, » conmie une éloquente brebis *, a rempli la mission

> Hogues de Saint-Gher, commentant ces paroles d'isaîe, Léo et ovis sitnul moràbuntur, les applique ingénieusement à Sainte Cécile qui, comme une brebis paisible , habita avec Valérien figuré par le lion du prophète. L'allusion n'est pas moins claire dans les paroles de Saint Urbain. C'est ce qui rend inexplicable l'altération que ces paroles ont subie dans une des Antiennes de l'Office de Sainte Cécile, où, depuis le ix** siècle , on lit apis, au

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» que vous lui aviez confiée. Cet époux , qu*elle avait » reçu semblable à un lion impétueux, elle en a fait, » en un instant, le plus doux des agneaux. Si Valérien «ne croyait pas déjà, il ne serait pas venu jusquici. » Ouvrez, Seigneur, la porte de son cœur à vos paroles, » afin qu'il reconnaisse que vous êtes son Créateur, et » qu'il renonce au démon, à ses pompes et à ses » idoles * ! »

Urbain pria longtemps, et Valérien était ému dans toutes les puissances de son âme. Tout à coup apparaît aux regards du jeune homme et du Pontife, un vieillard vénérable couvert de vêtements blancs comme la neige> et tenant à la main un livre écrit en lettres d'or. C'était le grand Paul, TÂpôtre des Gentils, la seconde colonne de TÉglise Romaine. Â cette vue imposante, Valérien , saisi de terreur, tombe comme mort, la face contre terre. L'auguste vieillard le relève avec bonté et lui dit : a Lis les paroles de ce livre et crois; tu méri*

lieu d'ovis. Il est évident ^qne , le texte étant modlûé par cette leçon , on ne retrouve plus la suite du discours. Le Missel Ambrosien , qui a formé des paroles de Saint Urbain rOffertoire de la Messe de Sainte Cécile, a conservé la leçon ovisy comme elle se lit dans les Actes de la sainte, et Saint Bernard a lu de môme, ainsi qu'on le voit par une allusion très-marquée, dans sa Vie de Sainte Malachie.

^ Domine Jesu Christe, seminator casti consilii, suscipe seminum fructus quos in Cœcilia seminasti. Domine Jesu Christe, Pastor bone , Csecilia famula tua , quasi ovis argumentosa tibl deservit; nam sponsum, quem quasi leonem ferocem accepit, td te Domine, quasi agnum mansuetissimum destinavit; iste huo, nisi crederet, non venisset : aperi ergo Domine cordis ejus Janutm sermonlbus tuis, ut te Creatorem suum esse cognoscens, renuntlet Diabolo , et pompis ejus , et idoUs ejns. Àeta S. CtBeiKœ,

» teras d'être purifié et de contempler TAnge dont la » très-fidèle vierge Cécile fa promis la vue ^ »

Valérien lève les yeux et commence à lire sana prononcer de paroles. Le passage était ainsi conçu : « Un » seu/ Seigneur, une seule foi, un seul baptême : un seul » Dieu 9 Père de toutes choses^ qui est au-dessus de tou4 net en nous tous *. » Quand il eut achevé de lire^ le vieillard lui dit : a Crois-tu qu'il est ainsi? x> Valérien s'écria avec force : a Rien de plus vrai sous le ciel; » rien qui doive être cru plus fermement '. d

Connue il achevait ces paroles^ le vieillard disparut ^ et laissa Valérien seul avec le Pontife. Urbain ne tarda pas à conduire le jeune homme à la fontaine du salut ^ et quand il Teut admis aux mystères les plus augustes de la foi du Christ^ il lui dit de retourner auprès de son épouse.

Cécile avait vaincu, et le premier trophée de sa victoire était le cœur de Valérien offert pour jamais au Sauveur des hommes. Durant Tabsence de son époux, elle n'avait pas quitté la chambre nuptiale toute retentissaitte encore du sublime entretien de la nuit, toute embaupiée du céleste parfiim de la virginité. Elle avait prié sa^ relâche pour la consommation du grand

ir

* Lege hnjufl lU>ri textum, et crede, ut puriûcari merdaris, et Yidere angelum , cujus tibi aspectum Caecilia virgo devotUsUna rtpromisit. Àcta S. Cœdliœ,

1 Unus Dominus, una fldes, unum baptisma , anusDeus,et Pater omnium, qui super onmia, et in omnibus nobis est. Ihid,

s Gumque hoc infira se legisset , dicit ei senior : Credis ita me, an adtuc dubitas? Tune Vaierianus voce magna clamavit dicens : Non est aliud, quod verius possit credi sub cœlo. Ihid.

œuvre que sa i>arole avait commencé , et elle attendait avec confiance le retoiu* d^un époux qui lui serait plus cher que jamais.

Valérien, couvert encore de la tunique blanche des néophytes * qu'ilvenait à peine de revêtir *, est arrivé à la poH« de la èhambre. Il entre, et ses regards respectueux rencontrent Cécile prosternée dans la prière, et près d'elle TAnge du Seigneur, au visage éclatant de mille feux, aux ailes brillantes des plus riches couleurs. L'esprit bienheureux tenait dans ses mains deux couronnes entrelacées de roses et de lis •. Il en pose une sur la tête de Cécile, l'autre sur celle de Valérien, et faisant entendre les accents du ciel, il dit aux deux époux : « Méritez de conserver ces couronnes par la » pureté de vos cœurs et par la sainteté de vos corps; «c'est du jardin du ciel que je vous les apporte. Ces » fleurs ne se faneront jamais, leur parfum sera tou- » jours aussi suave; mais personne ne les pourra voir » qu'il n'ait mérité comme vous , par sa pureté , les com- » plaisances du ciel. Maintenant , ô Valérien, parce que

* On ne doit pas s'étonner de voir Valérien traverser Rome avec la robe blanche des néophytes. Les vêtements de cette cou-* leur n'étaient pas rares dans cette ville , peuplée de gens de toutes les nations , et où l'on rencontrait à chaque pas des personnes appartenant à diverses sectes qui portaient habituellement des habits blancs.

* Veniens igitur Valerianus indutus candidis vestimentis. Acta S, Cœciliœ,

» Caeciliam intra cubiculum orantem invenit, et stantem juxta eam Ângelum Domini pennis fulgentibus alas habentem, et flammeo aspect n radiantem, duascoronas habentem in manibus coruscantes rosis, et iiiiis albcscente?. Ihid.

» tu as acquiescé au désir pudique de Cécile^ le Christ » fils de Dieu m'a envoyé vers toi pour recevoir toute D demande que tu aurais à lui adresser ^ b

Le jeune homme, saisi de reconnaissance, se prosterne aux pieds du divin messager, et ose ainsi exprimer son désir : a Rien en cette vie ne m'est plus doux » que Taffection de mon frère; il serait cruel à moi, B qui suis maintenant af&anchi du péril, de laisser ce » frère bien-aimé en danger de se perdre. Je réduh^ai » donc toutes mes demandes à une seule : je supplie le » Christ de délivrer mon frère Tiburce, comme il m'a » délivré moi-même , et de nous rendre tous deux par- » faits dans la confession de son nom \, » Alors TAnge tournant vers Valérien un visage rayonnant de cette joie dont tressaillent au ciel les Esprits bienheureux, lorsque le pécheur revient à Dieu , lui répondit : « Parce » qujB tu as demandé une grâce que le Christ est encore » plus empressé de t'accorder que tu ne Tes toi-même

*■ Istas coronas immaculato corde, et mundo corpore custodite, quia de paradiso Dei eas ad vos attuli , et hoc vobis signum erity nunquain marcidum aspectus sui adhibentflorem, nunquam sai minant suavitatem odoris , nec ab alio videri poter^unt , nisi ab eis quibus ita castitas placuerit sicut yobis probata est placuisse. Et quia tu. Valériane, consensisti consilio castitatis, misit me Cliristus Filius Dei ad te, ut quamvolueris, petitionem insinues. I&td.

' Nlhil mihi in ista vita dulcius extitit , quam unions mci fratrisaffectus, et impium mihi est, ut me iiberato, germanum memn in periculo perditionis aspiciam ; hoc solum omnibus petitionibus meis antepono, et deprecor, ut fratrem meum Tiburtium, sicut n^e , liberare dignetur , et faciat nos ambos in sui nominis confessione perfectos. Ibid.

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