CONTRAT DE MAIUACE DE SAINTE CHANTAL
(Voyez page 93.)
« L'an mille cinq cent quatre- vingt et douze, le \ingthuitième jour du mois de décembre, au château et maison forte de Bourbilly, après midi, pardevant moi Boëdot, notaire Roïal au bailliage d'Auxois, demeurant à Époisse, furent présens en leurs personnes, messire Christophe de Rabutin, seigneur baron dudit Bourbilly, fils de messire Guy de Rabutin, chevalier des ordres du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, seigneur de Chantai et de Sauvigny, et de feiie dame Françoise de Cosseret, ses père jt mère, de l'autorité, vouloir et consentement dudit sieur de Chantai son père présent, d'une part; Demoiselle Jeanne Frémyot, fille de messire Bénigne Frémyot, chevalier, conseiller du roi en son conseil d'État, président en la cour du Parlement de Bourgogne, seigneur de Tosle, Beauregard et Genessy en partie, et de feiie Marguerite Berbisy, ses père et mère, aussi de l'autorité, vouloir et consentement dudit seigneur Frémyot son père, et sur l'avis de messire Jean-Jacques de Neufchèzes, seigneur d'Etfran et Neufchèzes, baron de Brun-Buisson, chevalier des ordres du roi , capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, et dame Marguerite Frémyot, sa femme, sœur de ladite demoiselle future épouse, et noble frère Jean Frémyot , prieur au grand val des Choux , son oncle , présents, d'autre pa, t; lesquelles parties ont de leur certaine science, et parce qu'ainsi leur plaît, dit et déclaré avoir fait et font leurs traitez, accords, conventions de mariage et autres
1 Copie notariée transcrite sur la minute originale, par François Vallon, ancien greffier en chef au bailliage et chancellerie d'Avallon, notaire royal apostolique au diocèse d'Autun, commis à cette fin par Léonard Champion, baciielierde Sorbonne.le 12 février 1714, archiprêtre etcuré d"Avallon, diocèse d'Autun, commissaire en cette partie. [Archives du premier monastire d'Annecy, yv, tiroir 16, n» 19, mss. in-folio.]
choses qui s'ensuiAent, sçavoir, que ledit sieur Christophe de Rabutiii et demoiselle Jeanne Frémyot, des authoritez et consentements que dessus ont promis et promettent se prendre et épouser en loïal mariage, selon Dieu et la sainte Église catholique, le plus tôt que faire se pourra, en faveur et contemplation duquel futur mariage, et afin qu'il se fasse et accomplisse, icelui consommé lesdits futurs époux seront et demeureront associez en communion de tous leurs meubles qu'ils ont et pourront avoir et acquis Qu'ils feront constant et durant leur mariage, chacun pour une moitié, en faveur duquel mariage ledit seigneur de Chantai père, de sa bonne volonté, et parce qu'ainsi lui plaît, a donné et donne par ces présentes perpétuellement pour lui, ses hoirs et aïants cause, par forme de donation entre vifs, pure, parfaite et irrévocable, audit sieur de Rabulin, son fils présent, stipulant et acceptant perpétuellement pour lui, ses hoirs et aïants cause, la terre et seigneurie de Sauvigny audit sieur de Chantai père appartenant comme elle s'étend et comporte, et tout ainsi qu'il en a joui et jouit encore du présent, consistant en toutes justices, haute, moïenne et basse, droit de mainmorte mixte, maisons, granges, vergers, pourpris, terres, prez et bois, buissons, rivières, censés, rentes, tailles, que autres droits et revenus quelconques et dépendances, sans aucune chose en retraite, ni réserves audit sieur donateur hors l'usufruit, sa vie naturelle durant seulement, qu'il veut être et entend être consolédité à la propriété trois jours avant son décès, ladite terre et seigneurie franche et quitte de toutes charges, servitudes et hypothèques quelconques ; sorte de fief entre la seigneurie d'Époisse et non d'autre ; pour l'insinuation de laquelle donation ledit sieur de Chantai a fait et constitué son procureur spécial et irréfutable M" César Butteau, pour requerrir ladite insinuation et jurer en son âme comme il a fait es mains de moi ledit notaire, qu'il a fait icelle de sa bonne volonté sans aucune induction, et ledit Christophe de Rabutin a aussi nommé M'' Hélie Mouchon, procureur en parlement, son procureur spécial, pour accepter derechef icelle donation, requerrir ladite insinuation, faire toutes déclarations et sermens à ce nécessaires.
« Sera ladite future épouse douée de la somme de deux
t3l8 NOTES
cens écus de rente chaque an à prendre sur les plus clairs biens dudit futur époux, dont elle jouira par ses mains sa vie naturelle durant, comme aussi du château et maison forte dudit Bouibilly, granges, et pourpris d'icelui et paf forme de douaire.
« Sera enjoaillée de bagues et joïaux, par ledit sieur son époux, jusque à la somme de six cents écus.
« En faveur aussi et contemplation du futur mariage, le sieur Fréiriyot père, pour tous les droits de ladite fille, tant maternels, paternels, de ses aveux et ajeules, tant maternels échus que paternels à échoir, lui a promis et constitué en dot de mariage la somme de seize mille six cens soixante- six écus deux tiers qui seront païez, savoir huit mille écus en acquis et paiements de pareille somme diie par ledit sieur futur époux à messire François de Rabutin, chevalier, seigneur de la Vault, G'^^'xy et Forclans, portant arihérages à cause de l'acquisition des moulins dudit Bombiily, desquels arrhérages ledit sieur Frémyotr demeure chargé dès à présent, ensemble de tous ceux qui pourront ci -après échoir selon et tels qu'ils se trouveront devoir être païez par le contract sur ce fait dont ledit sieur Frémyot a dit être suffisamment informé, lequel fera en sorte que ledit sieur futur époux et ses hoirs ne puissent ores ni à l'avenir être inquiétez pour le paiement tant de ladite somme principale qu'autres.
« Plus paiera ledit sieur Frémyot la somme de deux mille écus en deniers contens, et le surplus de ladite dot montant à mille six cens soixante -six écus deux tiers, après le décès dudit sieur Frémyot à prendre sur les plus clairs biens d'icelui, demeurant néantmoins au choix de ladite future épouse et de ses enfants, si elle précède sondit père, de se contenter de ladite somme de seize mille six cens soixante-six écus deux tiers pour tous droits personnels, maternels, fraternels, et de ses ayeux et ayeules, ou bien de partager auxdites successions et autres biens dont ledit Frémyot demeurera saisi au jour de son décès et rapportant ce qu'elle aura touché et reçu, en prenant tant moins, de laquelle somme constituée en dot ci -dessus, la somme de mille écus sortira nature de meubles au profit de la communion dcidits futurs mariés et le surplus de toute ladite
(lot servant nature de propre et action, héritage au profit d'icelle future épouse et de ses hoir?, soit à chacun au lointain degré tout ainsi et en la même l'orme que si c'étoit héritage, action paternelle, ayant fait troc en la personne des aveux de ladiie future épouse, et à ces fins demeureront lesdits derniers assignez, et particulièrement par spéciale assignation sur lesdites terres et seigneurie de Bourbilly et Sauvigny, pour par ladite future épouse et ses hoirs en jouir par leurs mains jusques au remboursement et restitution desdits deniers dotlaux sans qu'elle ni sesdits hoirs soient tenus préconter ou détruire les fruits desdits assignats parliculiers sur le sort principal desdits deniers dottaux, sans qu'ils soient tenus en faire aucune confusion sur eux, et pour plus grande sûreté dudit douaire et assignat ledit sieur Chantai a voulu, et par ces présentes consent que nonobstant ladite subslitution, à laquelle ladite seigneurie de Bourbilly y est affectée, ladite demoiselle future épouse et les siens en jouissent jusques à l'extinction dudit douaire et remboursement dudit assignat et toutefois ou desdits deniers doitaux restans à païer après le décès dudit sieur futur époux ; icelui en acquérera héritage au nom et profit d'icelle future épouse et des siens, eu ce cas il sera ensemblement sesdits hoirs déchargés d'autant dudit assignat.
ce Pourront lèsdits futurs époux faire donation l'un à l'autre simple, mutuelle, tant entre vifs que par testament ou en donnant de dernière volonté, de portions de biens qui leur seront lors échus, comme bon leur semblera..
« Le survivant desdits Tuturs emportera précipiiment et avant tout partage tous ses habits servants à sa personne avec sa chambre garnie des meilleurs meubles de leur communion, ou pour icelle chambre garnie la somme de quatre cents écus, et chacun desdits survivants; et si c'est ledit futur époux qui survive, il emportera encore ses armes et ses chevaux, et ladite future épouse au cas de survivance, outre sesdits habits, chambre garnie comme dessus, emportera aussi précipiiœent toutes ses bagues et joyaux, en quelque valeur qu'ils puissent être, sans aucune réJuction, ou pour icelle la somme de six cents écus, et à son choix, et encore son carosse harnaché de quatre bons chevaux, ou pour iceux la somme de quatre cents écus, et à son choix;
le surplus du présent traité sera fait et réglé suivant la générale coutume du pais et duché de Bourgogne. Ainsi a été \ouIu, accordé par Icsdites parties dont elles sont contentes, promeltans par leurs sermens, par elles prêtés es mains de moi, ledit notaire, avoir et toujours à jamais pour agréable le présent contrat de point en point, sans y contrevenir, et quant à ce, ont soumis et obligé leurs biens présents et à venir par la cour de la chancellerie du duché de Bourgogne, renonçant à toutes choses à ce contraires. Fait et passé en présence de Charles d'Esbares, ecuïer, demeurant de présent à Semur, et M" Claude Faby, du lieu d'Époisse, demeurant à présent audit château, témoin requis, qui ont signé avec les parties ci -dessus, et encore de Jean Coulon, capitaine audit château de Bourbilly, témoin qui a signé; et ladite minute originale est signée : Guy de Rabutin, Frémyot, Christophe de Rabutin, Jeanne Frémyot, Jean Frémyot, de Neufchèzes, pour présent : Frémyot, J. Frémyot, d'Esbares, Faby, J. Coulon et F. Boëdot, notaire. »
LETTRE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES AU VICOMTE MAIEUR ET ESCHEVINS DE DIJON '.
(Voyez page 193.)
A MM. le vicomte maieuret eschcvins de la ville de Dijon.
a Messieurs, ce m'est une extrême faveur que vous ayés désiré de m'avoir en vostre ville pour le service de vos âmes, et ne puis penser comme ce bonheur est arrivé que vous sachiés mon nom et que je suis au monde. Cela m'estonne d'autant plus que je me voy esloigné de le mériter, n'ayant rien en nloy qui puisse respondre à l'opinion que vous avez de moy, qu'une fort entière affection à l'accroissement de la gloire de Dieu et à ceux qui la désirent, entre lesquels sachant que vous tenés des premiers rangs, je vous supplie de croire que vous ne sauriez faire voir aucune
1 Archives de Dijon, Correspondance municipale, B. 22, registre xi, n<> 35.
occasion de vous rendre service que je ne m'y porte de tout mon cœur. En cette volonté, je m'essayeray de vaincre toutes les difficultés qui me pourroyent destourner de me rendre auprès de vous au temps que vous m'avez marqué en votre lettre. Mais vous me permettrés, s'il vous plaît, de vous dire que si vous aviés agréable que ce fût seulement pour le Caresme, je n'aurois à vaincre nulle difficulté; car je n'en rencontrerois pas une. Ce sera pour l'Advent que j'auroy beaucoup à débattre pour m'eschapper des grandes incommodités qui se présentent contre l'extrême désir que j'ay de vous contenter; et néanmoins plutôt que de vous donner aucun sujet de croire que je veuille user d'aucune exception à vos volontés, je vous assure dès maintenant que si vous-mêmes ne me donnés le pouvoir de demeurer icy l'Advent, je n'y demeureray non plus que le Caresme; mais fotceray tous les enipescliemcnts pour me trouver en tous deux les tems en votre ville. J'attendray donc de vous , par ce porteur, la déclaration de votre volonté à laquelle, toutes cousiJéralions laissées, je me rangeray entièrement.
« Dieu veuille vous donner. Messieurs, le comble de ses grâces, et à moy autant de pouvoir qu'il m'a donné d'aifection de le faire connoistre.
« Votre serviteur plus humble en Jésus-Christ.
« François, évesque de Genève.
« Annecv, 22 août 1003. »
NOTICE DÉTAILLÉE D£S PRINCIPAUX MANUSCRITS QUI ONT SERVI A COMPOSER CETTE HISTOIRE
(Voyez la préface.)
J'ai indique dans l'introduction et en quelques notes répandues dans l'ouvrage les principaux manuscrits qui ont
servi à composer cette histoire. Mais il sera utile, je pense, d'en dresser ici une liste détaillée et raisonnée. On verra quel est le caractère pleinement historique de la vie de sainte Chantai, et s'il est possible de trouver des témoins mieux inlbruiés et plus sincères. Si jamais, d'ailleurs, ce que Dieu nous épargne, le monasière d'Annecy venait à connaître les malheurs qui ont dispersé les bibliothèques et les archives des ordres religieux en France, cette liste retrouverait un jour une nouvelle et triste importance. Elle servirait à suivre à la trace et à. retrouver peut-être quelques-uns de ces monuments précieux; car presque tous ceux dont je vais parler appartiennent au monastère d'Annecy. Je me renferme, du leste, dans l'examen des manuscrits. Je ne parlerai que par occasion des imprimés, dont la liste serait trop considérable, et qui d'ailleurs ne courent plus autant risque de se perdie.
1° Procès fait par autorité apostolique sur la réputation de sainteté, vertus et miracles de la vénérable ser-~ vante de Dieu Jeanne -Françoise Frémyot de Chantai, t) vol. in-folio. Ce recueil contient, entre autres pièces de la plus haute importance, tout l'ensemble des dépositions des témoins entendus, soit par l'autorité de l'Ordinaire en 1715 et 1716, soit par les commissaires apostoliques en 1720, 1722, et les années suivantes. C'est dire assez le prix inestimable d'un pareil monument. On a vu, dans la Préface de cette histoire, par quel ensemble de circonstances il était resté fermé par les sceaux des notaires apostoliques , et par conséquent inconna et inconsullé jusqu'à feu Ms^" Rendu, évêque d'Annecy, qui brisa les cachets et fil déposer les six volumes dans les archives de la Visitation. Il est juste cependant de dire que, si aucun historien français n'eu a encore eu connaissance, un historien italien a pu étudier ce procès de canonisation à Rome, où il y en a une copie. Cet historien est Carlantonio Saccarelli, dont l'ouvrage, du reste, n'a jamais élé traduit en français. [Vita délia venerabile madré Giovanna-Francesca Fremiot di Chantai, fondatrice delV Ordine délia Visitazione di Maria; composta da Carlçintonio Saccarelli, di' cherici regolari ministri degl' infirmi. (Nuova edizione, Milano, 1845.)
2" Procès fait par aulorité apostolique sur la réputa-
lion de sainteté, vertus cl ^niracles pour la béatification et la canonisation de saint François de Sales, 6 vol. infolio. Dans les dépositions entendues lors du procès de béatification du saint évêque de Genève, on trouve une muliilude de choses qui ont rapport à sainte Chantai, particulièrement en ce qui regarde la venue du saint à Dijon , la fondation de l'Institut, la rédaction des règles, la multiplicaiion des n}a!sons, la mort de saint François de Sales, etc. C'est là aussi que l'on trouve toutes les dépositions de saitite Chantai sur les vertus du saint evèque de Genève, dépositions admirables sans l'étude desquelles il ne faut pas espérer de connaître jamais l'àîne de ia sainte. M. de Baudry a récemment donné une excellente édition de ces dépositions. Paris, chez Périsse, 1 vol. in-8°, 1843,
3° Recueil des difficultés opposées à la béatification et à la canonisation de la vénérable servante de Dieu Jeanne- Frémyot de Chantai, 1 vol. in-fol. (Arch. d'Annecy.) J'en parlerai suffisamment au second volume de cette histoire. (Pièces justificatives, note 1.)
4*' Différents mémoires écrits par la vénérable mère de Chantai sur sa vie, ses peines intérieures ou ses fondations. Dans ces diilërents mémoires, les uns, relatifs aux premières années de sainte Chantai dans le monde, à ses peines intérieures et aux soucis de son veuvage, ont été écrits d'après les oidres de la mère de Chatel, qui, étant supérieure d'Annecy, jugea qu'il importait à la gloire de Dieu que les trésors de vertus cachés dans le cœur de la sainte tussent manifestés. Malheureusement ce que nous en possédons est très court, soii que le reste ait été perdu, soit, ce qui est plus probable , que par la mort de la mère de Cliatel la sainte se fût vue dégagée de l'obligation d'écrire ses Mémoires. Les autres sont relatifs à la fondation de plusieurs monastères. Ce sont des espèces de procès-verbaux d'installation rédigés par la sainte, et écrits tout entiers de sa main sur la première page du livre destiné à contenir les actes du monastère. Le plus important est celui dans lequel la sainte décrit les commencements de la Visitation à Annecy depuis le 6 juin 1610 jusqu'à l'érection de la Visitation en ordre religieux, l'an 1618. Les autographes ou des copies anciennes et authentiques de ces mémoires sont conservés précieuse-
ment à Annecy. On n'en a inséré qu'une partie dans le procès de canonisation de la sainte.
5"* Mémoires de feiie notre très -honorée sœur la mère Françoise-Magdeleine de Chaugy, professe de ce premier monastère de la Visitation d'Annecy, en l'année 1660, secrétaire de notre vénérable mère de Chantai, et ensuite supérieure de ce premier monastère , pour la vie de ladite vénérable mère de Chantai, \ vol. manuscrit in-folio, relié en parchemin. Le manuscrit autographe de ces précieux mémoires existe encore au premier monastère d'Annecy. Il y en a trois copies authentiques : l'une dans le procès de béatification, l'aulre dans celui de canonisation, et une troisième, plus belle encore, signée aussi et parafée par les notaires apostoliques, mais séparée des projets de canonisation et conservée dans les archives d'Annecy. Ces mémoires très curieux, dont nous avons raconté les origines dans notre histoire, ont paru en 1644, trois ans après la mort de sainte Chantai, sous ce titre : La Vie de la vénérable mère Jeanne" Françoise Frémyot, fondatrice , première mère et religieuse de l'ordre de la Visitation de Saincte-Marie, par Henry de Maupas du Tour, évesque et comte du Puy, 1 yol. in-4*^. Paris, 1644, Car cette histoire de sainte Chantai par M. de Maupas n'est autre que l'ouvrage même de la mère de Chaugy, arrangé ou plutôt défiguré; ce qui ne l'a pas empêché d'avoir alors un immense succès et d'être plusieurs fois réédité. De nos jours, M. l'abbé Boulanger, aumônier de la Visitation du Mans, a eu l'heureuse idée de rééditer les Mémoires mêmes de la mère de Chaugy, débarrassés de la mauvaise rhétorique de M. de Maupas. Le succès a été considérable. Nous regrettons seulement qu'il n'ait pas connu ou pas cru devoir publier la belle protestation que la mère de Chaugy mit en tète de ses Mémoires. Celle qu'il a donnée est bien de la mère de Chaugy, mais c'est, pour ainsi dire, le premier jet; elle l'a plus tard développé ainsi qu'il suit: « Je proteste ne vouloir donner que la très pure vérité telle que je l'ai apprise , tant de la bouche de notre très digne mère de Chantai que de plusieurs autres personnes dont nous avons pris les informations de longue main, particulièrement de M. Robert, grand vicaire de l'évêque de Chàlons; de M. Colon, receveur de la maison de Chantai; de M. Dauben-
ton, ancien serviteur de M*^'" de Bourges ; de M. Goujon d'Autun, qui étoit de la maison de Chantai; et d'une des femmes de chambre de notre très digne mère; mais principalement de nos très honorées sœurs et mères Marie-Jacqueline Favre, Jeanne- Charlotte de Bréchard, Péronne Marie de Chatel, Marie-Adrienne Fichet, Marie-Aimée de Blonay, premières filles et compagnes de notre très digne mère, lesquelles, pour ne pas détenir la vérité en justice, me remirent des Mémoires en 1636, dans la crainte d'être prévenues ou surprises par la mort. C'est de ces Mémoires que j'ai tiré la plus grande partie de ce que je diray, ainsi que les déclarations que m'ont faites notre chère sœur Madeleine-Elisabeth de Lucinge, supérieure de notre monastère de Turin, et notre sœur Jeanne-Thérèse Picoteau, qui ont presque toujours accompagné notre digne mère. J'ay ajouté à tout cela ce que j'ai tiré de quantité de Mémoires que nos monastères nous ont envoyés et que nos sœurs d'Annecy m'avoient remis, et ce que moi-même j'avois remarqué et recueilli avec grande affection depuis plusieurs années, particulièrement depuis l'année susdite 1636, que j'ai eu la grâce d'être une de celles qui écrivoient journellement sous cette digne mère. Je commence donc, au nom de Notre-Seigneur, le 2 février 1642, dans notre premier monastère d'Annecy.
« Soeur Françoise-Madeleine de Chaugy. »
Cette préface est à tous points de vue précieuse. Elle nous fait voir la mère de Chaugy prenant la plume le 2 février 1642, c'est-à-dire six semaines après la mort de sainte Chantai, usant des plus grandes précautions pour ne pas commettre d'erreurs, ne s'en fiant pas à ses souvenirs, se faisant remettre des Mémoires par toutes les premières mères de la Visitation , interrogeant même tous ceux qui dans le monde avaient connu la sainte , et élevant ainsi un monument pleinement historique dont nous nous sommes beaucoup servi et dont nous avons fait dans notre histoire admirer la beauté. Si nous osions émettre un vœu , ce serait que la prochaine édition de ces Mémoires fût faite sur l'autographe lui-même. Nous avons acquis la certitude que la copie dont on s'est servi est abrégée en plusieurs points.
6° Deux manuscrits avec ce titre, savoir, en lête du premier : Vive Jésus! Premier manuscrit de feue 7iolre très honorée sœur ta mère Louise-Dorothée de Marigny, professe de ce j^remiei" monastère de Vannée 1623, touchant la vie et les vertus de N. V. mère de Chantai. Et en tête du second : Vive Jésus ! Second manuscrit de notre très honorée sœur la mère Louise-Dorothée de Marigny, touchant la vie et les vertus de N. V. mère de Chantai. La mère Louise-Dorothée de Marigny, une des premières religieuses de la Visilation, supérieure et fondatrice de plusieurs monastères, femme d'éminente vertu, fut témoin pendant de longues années des actions héroïques de sainte Chantai. Ces deux manuscrits, encore inédits, ont été insérés dans le procès de béatification, tome II, p, 947. Le premier avait été composé probablement en 1 637, d'après les ordres de la mère de Chatel; le second fut remis cinq années après à la mère de Blonay. 11 est en forme de lettre, et commence par ces mots, qui, malgré leur forme modeste, en font voir l'importance : « Ma^ très honorée sœur et très chère mère, le Mémoire que, pour obéir à votre Charité, je vais faire de la vie et des actions de notre précieuse et bienheureuse mère, sera sans nul ordre; puisque mon loisir et mes incommodités ne me permettent pas d'y mettre beaucoup de temps, et, pour mieux dire la vérité, mon extrême ignorance m'en rend incapable. Je dirai aussi avec beaucoup de simplicité et de brièveté ce qui me viendra, dans la croyance de ne dire que ce que les autres savent beaucoup mieux que moy, qui n'ay eu le bonheur de demeurer qu'environ dix ans dans notre bénit monastère d'Annecy, pendant lequel temps cette bienheureuse mère a fait plusieurs voyages en fondations, qui m'ont ôté le bonheur d'en toujours jouir. »
7° Un mémoire manuscrit avec ce titre : Vive Jésus! Manuscrit de feue notre très honorée sœur Françoise-Angé' lique de la Croix, professe de ce premier monastère en Vannée 1624, touchant la vie et les vertus de notre vénérable mère de Chantai. Il faut dire de la mère de la Croix ce que nous avons dit de la mère de Marigny. C'est un témoin admirablement placé pour bien voir, puisqu'elle a vécu près de vingt ans avec la sainte, et dont la haute vertu garantit la sincérité. Elle a commencé à écrire, ou du moins à jeter
quelques notes sur le papier dès 1631, c'est-à-dire dix ans avant la mort de sainte Chantai. Voici le début de son Méinoire. — « Au nom de Jésus, Marie, Joseph , et de la sainte obéissance, je vais dire en toute vérité et simplicité ce que je me souviendrai d'avoir remarqué ou entendu dire des vertus de notre bienheureuse mère et sainte fondatrice, bien que d'autres savent les mêmes choses et plus au long; l'ayant appris de notre bénite source (Annecy) et d'autres de nos maisons oîi nous avons passé avec sa Charité (sainte Chantai), de quoi je fis un petit brouillon l'année 1631 et 163!2. » Le manuscrit se termine ainsi : « J'avoue et proteste devant Dieu que tous les arlicles et recueils sont véritables comme je crois, et que j'ai vu et entendu moi-même la plupart des choses que j'ai dites, qui, en vérité, ne sont rien ou peu au prix de ce que j'en ai vu et de ce que je crois de cette bénite mère, que j'ai toujours estimée comme une grande sainte. » Ce Mémoire a é(é inséré au Procès de canonisation, t. II, p. 552. 8° Un manuscrit portant ce titre : Déclaralion de noble seigneur Georges-Hector de Vincent de Fességny, touchant la vénérable mère de Chanlcd, du i°^ décembre 1659. Hector de Fességny était premier syndic d'Annecy pendant que sainte Chantai y habitait. Se voyant déjà âgé et infirme, il écrivit ce Mémoire pour servir plus tard au procès de canonisation de la sainte. « Doutant, dit-il, que les preuves de la béatification de la mère de Chantai ne se pussent pas faire avant noire décès , à cause de nos infirmités et de notre âge de 67 ans, avons voulu faire la présente attestation, laquelle pourra servir après notre décès aux députés de Sa Sainteté pourlcs preuves de sa béatification.» Ce McHioiVe, jointau testament d'Hector de Fességny et scellé de son sceau, portait sur l'enveloppe ces mots : « Voici dans ce papier écrit les mêmes paroles que j'ai ouï dire à la très digne mère la mère de Chantai, fondatrice de l'ordre de la Visitation, et des Mémoires que j'ai appris des supéi'ieurs de la Visita^ tion très véritables; ce qui m'a obligé de les écrire pour le bien et l'honneur d'icelle mère, en cas que le Saint- Père le Pape ordonne , pour les preuves de sa bonne vie et mœurs, sa canonisation, ainsi que je l'espère, comme du bienheureux François de Sales, son directeur. Le tout écrit et signé par moi, Hector de Fességny, attestant, et d'avoir cacheté de
mon sceau en dedans et en dehors pour preuve de la vérité de tout mon écrit. »
9° Mémoire de la sœur de Clermonl Mont-Saint- Jean sur la vie et les vertus de la très digne mère de Chantai. Manuscrit in-4°, conservé dans les archives d'Annecy. Cette religieuse, qui avait prononcé ses vœux le 6 septembre 16l26, et qui mourut cinq ans avant sainte Chantai, fut pendant plusieurs années sa secrétaire. « C'était, au témoignage de la bienheureuse, une âme très rare et bien chérie de Dieu, capable de tout ce à quoi on la voudroit employer; et j'allois avec elle, ajoute la sainte, avec une grande confiance. » Confidente de sainte Chantai et l'accompagnant partout, elle mettait en noie tout ce qu'elle remarquait. Il en est résulté un mémoire précieux sur la vie intime de la sainte.
10" Mémoire de la m,ère Françoise-Hyéronime Favrot sur les vertus de la mère de Chantai. Manuscrit in-4° peu considérable. Il traite surtout des vertus de la bienheureuse, que la mère Favrot avait connue, mais seulement dans sej dernières années.
11° Recueil de ce qui s'est passé au commencement de l'Institut à la petite maison de la Galerie, où, nos premières mères ont demeuré deux ans et demi; recueilli par notre très honorée sœur Marie-Adrienne Fichet, septième religieuse , qui en a été témoin auriculaire et irréprochable. Manuscrit in--4°, n° 34, archives de la Visitation d'Annecy. Ce ne sont que quelques pages, mais pleines de grâce, de naïveté et de piété.
12° Mémoire de Denys de Marquemont , archevêque de Lyon, sur les inconvénients de laisser la Visitation en forme de simple congrégation. — Réponse de l'évéque de Genève (saint François de Sales) à un mémoire à lui présenté par Denys de Marquemont , sur les changements à faire à la congrégation de la Visitation. Ces deux pièces, dont l'importance est considérable, sont inédites, et se conservent à la Visitation d'Annecy. L'autographe de la première est perdu: mais la copie qu'on en a est de la main même de sainte Chantai. La seconde pièce est d'une main ancienne, mais qui n'est pourtant pas celle de saint François de Sales.
13° Histoire des fondations de l'ordre de la Visitation
Sainte-Marie, par notre très honorée sœur la mère Françoise-Madeleine de Chaugy, composée es années 1637 et 1638. Un volume manuscrit in-folio. Cet ouvrage est d'un prix inestimable. Il contient l'histoire de cinquante et une maisons fondées par sainte Chantai, ou de son vivant. Il a été écrit par ses ordres, sous ses yeux, revu et corrigé par elle, et forme par conséquent une des sources les plus pures et les plus abondanîes de l'histoire des origines de la Visitation. Nous y avons puisé à pleines mains , y trouvant tout ce qui instruit, charme, édifie : la grâce, la naïveté, la piété, avec l'exactitude historique la plus grande, puisque les récits de la mère de Chaugy, témoin oculaire, ont encore été contrôlés par la mère de Chantai elle-même. C'est surtout la lecture de ce manuscrit qui nous a déterminé à entreprendre l'ouvrage que nous publions aujourd'hui.
14° Fondations manuscrites de nos monastères.\[agt\olumes manuscrits in-4°. C'est une continuation et un supplément à l'histoire des fondations, écrite par la mère de Chaugy.
15" Livre auquel les sœurs de la Congrégation de Notre- Dame de la Visitation écrivent les ans et jours de leurs oblations, vœux et rénovations qu'elles en font. Un volume manuscrit in-folio. Ce volume nous a été d'un immense secours pour établir la chronologie, jusque-là très embrouillée, de la vie de sainte Chantai.
16° Livre du chapitre du premier monastère d'Annecy (1616-1694;. — Livre du noviciat du deuxième monastère d'Annecy (1634-1789). — Livre des contrats permanents (1612-1672). On voit par la date de ces manuscrits quelle en est la valeur inestimable. Ce sont les livres primitifs de la fondation. On ne les touche qu'avec respect comme les reliques. A toutes les pages apparaissent les signatures de saint François de Sales, de sainte Chantai, de la mère de Bréchard, de la mère de Chatel, de la mère Favre, de la mère de Blonay, etc.
17° Lettres autograpjJies et inédites de saint François de Sales, de sainte Chantai, de M^'' André Frémyot, de M. de Sillery, de la mère de Chatel, de la mère de Blonay, etc. etc. Il nous est impossible de donner ici plus de détails; tout ce que nous pouvons dire, c'est que nous indiquons sous ce titre un des trésors les plus précieux des ar-
chives d'Annecy. Nous n'osons évaluer le nombre des lettres do sainle Chantai inédites et inconnues; mais il est très considérable. Il en est de môme des lettres qui lui ont été adressées par des évêques, des religieux, surtout par les premières mères de la Visitation. Inutile de faire comprendre combien cette correspondance personnelle de la sainle jette de jour sur sa vie et sur les origines de la Visitation. Nous avons dû nous faire violence pour ne pas surcharger notre r Jcit de citations , d'autant plus précieuses à nos yeux qu'elles étaient inconnues. Si riches pourtant que soient les archives d'xUinecy, il s'en faut bien qu'on y trouve la collection complète des lettres inédites de la sainte. 11 n'est guère de monastère nui n'en possède quelques-unes. On nous en a montré partout.
L'étude des lettres autographes de sainte Chantai est absolument nécessaire à un historien; car les diflérentes éditions qui en ont été données ne sont pas sans défauts.
La première édition parut en 1644, trois ans après la mortde sainte Chantai, et parles soins de la mère de Blonay. Elle contient quaire cents lettres, et est intitulée : Les épîtres spirituelles de la mère Jeanne- Françoise Frémyot, baronne de Chantai, 1 vol. ia-4°. Lyon, chez Vincent de Cœur Silly, 1644. On trouve à la tête un chapitre dédicatoire de la mère de Blonay, qui explique clairement de quelle manière et d'après quels principes a été faite cette édition : « Nous avons employé plus de sept mois à choisir et ranger les lettres les plus utiles, à joindre les points les plus conformes l'un à l'autre, et à retrancher toutes les redites. Car si l'on eût voulu imprimer toutes les lettres que notre incomparable mère a écrites, ainsi qu'on nous les a envoyées, je crois, sans exagérer, que le livre surmonteroit en grosseur la légende des saints... L'on a tâché de ne laisser en ce livre que ce qui est nécessaire, ou utile, ou qui peut être vu de tout le monde; ce que je dis , parce que l'on a jugé à propos que nous nous contentassions de garder en manuscrits plusieurs lettres qui ne sont propres qu'en certaines rencontres fort rares , ou à être serrées dans le cabinet de la charité, vous ne vous étonnerez pas de ne rencontrer que fort peu de ses épîtres signées et datées, s'il vous plaît de vous ressouvenir que presque jamais notre sainte mère ne
datait ses lettres du milliaire... Enfin, comme ce livre est quasi uniquement pour nous, mes très chères sœiii's, etc.» Ainsi Ton voit clairement les principes, on dirait aujourd'hui les défauts de cette édition. 1° C'est un choix; on a pris les lettres les plus utiles ; on a laissé les auti-es. 2» C'est un choix fait pour les religieuses ; c'est à ce point de vue qu'on s'est placé jiour faire ce triage. 3° On ne s'est pas contenté de ne pas éditer une foule de lettres jugées moins utiles, on a fait des retranchements, des suppressions dans celles que l'on publiait, 'i'^ On a réuni plusieurs lettres pour n'en faire qu'une : c'est ce que la mère de Blonay appelle joindre les points les plus conformes l'un à l'autre. Ainsi la lettre 36, par exemple, de l'édition de Biaise, est composée de deux lettres, l'une adressée à la mère Lhuillier, l'autre au commandeur de Sillery, etc. 5° On a supprimé presque toutes les adresses, et on les a remplacées par ces mots: A une dame, à une religieuse, à une communauté, à une grande servante de Dieu. Précaution ncce:-saire alors, trois ans après la mort de sainte Chantai; autrement c'eût été révéler les peines , les imperfections, les misères spirituelles d'une foule de personnes encore vivantes; mais précaution qui a ôté à ces lettres, au point de vue historique, la moitié de leurvaleur.G" La plupart de ces lettres n'étaient pas datées. On les a laissées sans date, faute très regrettable à laquelle on pouvait alors remédier plus facilement qu'aujourd'hui , et qui achève de diminuer notablement l'intérêt de ces lettres au point de vue historique.
Il ne faut pas blâmer la mère de Blonay; elle a fait ce qu'on faisait de son temps. Elle ne song'ait guère alors, et personne n'y songeait plus qu'elle, à donner une édition comme on sait les publier aujourd'hui. Elle voulait oîTrir à son Ordre un livre d'instruction et de lectures spirituelles, court, solide, pieux, contenant tout ce qu'il importerait aux sœurs de savoir, et le lui otTrant de la main et de la plume de sainte Chantai, et elle a parfaitement réussi; mais il faut regretter que tous les éditeurs, jusqu'à présent, aient copié cette édition presque sans y rien changer, et en se contentant d'y ajouter des lettres inédites. Et c'est ce qui rend si précieuse à un historien la riche collection des lettres autographes que possède le monastère d'Annecy.
18° Çonslilulions de VOrdre de la Visiiaiion , contenant la règle de Saint-Augustin, traduite par saint François de Sales, et les constitutions des sœurs de la Visitation. Manuscrit original, 1 vol. in-4°.
\^° Premier Cow/i^?nier. Manuscrit, corrige de la main de sainte Chantai, et approuvé à Paris, le 16 octobre 1635, par messeigneurs les évêques et arclievêques. On conserve à Annecy une autre copie du Coutuniier de 16:24 , revue aussi par sainte Ciiantal, et trois imprimés très précieux, l'un de 1629, l'autre de 1637, et le troisième de 1640, tous trois antérieurs à la mort de sainte Chantai et lui ayant servi.
20'^ Petite Coutume de ce monastère de la Visitation Sainte-Marie d'Annecy. C'est également le mapuscrit original, 1 petit vol. in-12.
21° Recueil de ce que notre très unique mère nous a dit aux récréations en ce monastère d'Annecy, répondant aux questions que nous lui avons faites sur nos règles, constitutions et coutumes. Revu et augmenté par sa Cha^ rite sur plusieurs questions qui lui ont été faites de nos maisons, cette année 1631 , 1 vol. in-4°. C'est le manuscrit original lui-même, revu et corrigé par sainte Chantai. On conserve aussi à Annecy la première édition de ses Réponses, imprimées en 1632.
22° Entretiens et chapitres de notre unique mère de Chantai. Nous n'en avons pas vu l'original ; mais nous en connaissons trois«copies: 1° les deux dont nous avons parlé dans cette histoire (II" vol., chap. xxxii); 2° une troisième que possède le monastère d'Annecy. Elle ne va que jusqu'en 1637, et se termine par ces mots : « Le présent exlrait a été fidèlement collationné, et se trouve conforme à l'original.»
23° Recueil des yniracles opérés par notre vénérable mère de Chantai. Nous désignons sous ce titre plusieurs manuscrits contenant des déclarations notariées relatives à des guérisons miraculeuses obtenues par l'intercession de la vénérable mère de Chantai.
24° Recueil de lettres adressées au Saitit-Siège pour obtenir la béatification de la vénérable servante de Dieu Jeanne-Françoise Frémyot, manuscrit in-4°. Ce recueil est très utile pour établir en quelle réputation de sainteté vécut et mourut la mère de Chantai.
25° Vie en abrégé de madame do Chantai. Bibliothèque publique de Dijon. Fonds Baudot. Recueil manuscrit n" 32. Belle copie du xvu" siècle. Cette Vie en abrégé a été souvent éditée. Mais nous indiquons ce manuscrit parce qu'en tête se trouve une lettre inédite de Bussy-Rabutin à madame deSévigné^ extrêmement curieuse en ce qu'elle fait cesser l'incertitude où l'on était relativement à l'auteur de cette Vie. On y voit que c'est Bussy-Rabutin lui-même, et non Louise de Rabutin , marquise de Coligny, sa fille , à laquelle on l'a longtemps attribuée. Voici du reste la lettre inédite de Bussy-Rabutin, qui supprime toute discussion :
« A Madame la marquise de Sévigné.
« 11 y a longtemps, Madame, que M. l'evesque d'Autun me presse d'écrire la vie de madame de Chantai, et enfin il a pris cette bonne œuvre si Tort à cœur que je l'ay entreprise pour lui plaire. Il est vrai que voulant connoître celle de qui j'avois à parler par la vie qu'on nous en a laissée, j'ay été si peu content de la manière dont elle est écrite que j'ay cru devoir à la mémoire de notre grande mère et à notre proximité (aussy bien qu'au zèle de mon amy) le soin de la montrer sous une autre forme. La matière en est si sainte qu'il m'a semblé aussi qu'en la mettant en œuvre je ne pouvois mieux réparer les folies de ma jeunesse. Je me suis même flatté que madame de Chantai, qui (comme vous savez, Madame) a prédit en me voyant enfant que je serois un jour un homme de bien, m'en obticndroit la grâce encore plus par reconnoissance que pour l'honneur de sa prophétie. Voilà, Madame, les raisons qui m'ont obligé à écriie la vie de madame de Chantai; pour celles que j'ay de vous l'offrir, elles sont si naturelles que ce seroit de ne l'avoir pas fait que j'aurois à rendre raison. Il seroit aussi dans les règles de faire icy votre éloge , Madame ; mais outre que je ne me suis pas adonné au style d'épitre dédicatoire, c'est que j'aurois peur de suspendre l'admiration que l'on doit à madame de Chantai si je disois icy de vous tout ce que vous méritez qu'on en dise. La postérité, en prenant un jour ce soin. Madame, fera honneur à notre siècle, pouivu qu'elle n'oublie rien des grâces de votre personne et des charmes de
voire esprit, et surtout qu'elle sache bien parler de la solide vertu qui vous a fait soutenir le veuvage à vingt ans avec une réputation digne de la petite-fille d'une sainte. Pour moy, Madame, je me contenleray aujourd'hui d'aitner et estimer en silence tant de bonnes et de grandes qualités. Je ne vous parleray pas mesrae de tout Thonneur qui vous revient du mérite de madame de Grignan et d'en avoir fait la plus jolie fille de France, une des femmes du royaume la plus accomplie, et je me contenteray de vous assurer de mon extrême tendresse et du respect avec lequel je suis, etc. ))
Ce sont, là les principaux manuscrits que nous avons eus entre les mains. Nous disons les principaux;' car nous en avons vu bien d'autres, mais de moindre importance, ou moins anciens, ou ne roulant que sur des points secondaires, et que pour cette raison il a suffi de citer en bas des pages dans le cours du récit. Quant aux ouvrages imprimés, la liste en serait trop longue, et il nous a paru sage de "ne pas nous engager ici dans un travail qui serait immense si nous voulions donner toute la bibliographie de sainte Chantai, mais qui aurait peu de valeur si nous ne parvenions pas, ce qui était probable, à la rendre complète.