Née eu
magnifiquement par l'institution de la fête du Saint-Sacrement, laquelle eut pour premier auteur une pauvre Cistercienne (sainte Julienne de Liège), pour confirmation le miracle de Bolsène\ et pour chantre saint Thomas d'Aquin^
Nous ne craignons pas qu'on nous reproche d'insister plus longuement sur cette énumération des saints et des institutions religieuses d'une époque dont nous aspirons à donner une idée ; car tout homme qui aura étudié avec la moindre attention le moyen âge saura parfaitement que ce sont là les véritables pivots de la société d'alors; que la création d'un Ordre nouveau était alors pour tous les esprits un événement bien plus important que la formation d'un nouveau royaume, ou la promulgation d'une législation savante ; que les Saints étaient alors les véritables héros du peuple, et qu'ils absorbaient à peu près toute la popularité de l'époque. Ce n'est qu'après avoir apprécié le rôle que jouaient dans l'opinion publique la prière et les miracles, ce n'est qu'après
1. 1263. La fête fut instituée en i26i par Urbain IV, eu mémoire de ce miracle.
2. Ou sait que ce futlui qui rédigea l'office de la messe du Saint-Sacrement^ et qu'il est reconnu pour auteur de la prose LaudiSion et de l'hymne incomparable Adoro te supplex. Un tableau, à Bologne, le représente écrivantle Lauda Sion sous la dictée des Anges.
avoir étudié et compris la carrière de saint Dorainique, qu'on peut se rendre compte de la présence et de l'action d'un Innocent III et d'un saint Louis.
Mais ce n'est pas seulement sur le monde politique que s'exerçait l'empire de la foi et de la pensée catholique ; dans sa majestueuse unité, elle embrassait tout l'esprit humain, et l'associait ou l'employait à tous ses développements. Ainsi sa puissance et sagloire sontprofondémentempreintes sur toutes les productions de l'art et de la poésie de cette époque, tandis qu'elle sanctifiait et consacrait, loin de les arrêter, tous les progrès de la science. Et ce treizième siècle, si fécond pour la foi, ne fut pas non plus stérile pour la science. Déjà nous avons nommé Roger Bacon et Vincent de Beauvais : c'est indiquer l'étude de la nature purifiée et ennoblie par la religion, en môme temps que l'introduction de l'esprit de classification et de généralisation dans la direction des richesses intellectuelles de l'homme. Nous avons nommé saint Thomas et ses contemporains dans les Ordres mendiants : c'est rappeler les plus belles gloires de la théologie, la première des sciences. Le Docteur angélique et le Docteur séraphique commentèrent à Tenvi le fameux Pierre Lombard, le Maître des sentences, qui
avait régné si longtemps sur les écoles, et il ne faut oublier ni Alain de Lille, le Docteur uni' verset, qui vivait encore dans les premières années du siècle, ni Guillaume Durand, qui en illustra la fin, et qui donna le code le plus complet de la Liturgique dans son Rationale. La plupart de ces grands hommes embrassaient à la fois la théologie, la philosophie et le droit, et leur nom appartient également à l'histoire de ces trois sciences. Raymond Lulle \ que sa sainte vie fit honorer comme bienheureux, appartient plus spécialement à la philosophie. La traduction des œuvres d'Aristote, entreprise par les soins de Frédéric II, et devenue si rapidement populaire, ouvrit à cette dernière science des voies nouvelles dont nous ne devons constater que le commencement à l'époque qui nous occupe. La législation n'eut peut-être jamais de plus belle période. D'un côté, les papes, organes suprêmes en même temps de la foi 'et du droit, donnaient au droit canonique tous les développements que comportait cette magnifique garantie de la civilisation chrétienne, siégeaien t eux-mêmes comme juges avec une assiduité exemplaire ^, publiaient des collections immenses,