‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 2)Chapitre 24 sur 74 · Innoceut III siégeait ainsi trois fois par semaine · texte numérisé non relu

Innoceut III siégeait ainsi trois fois par semaine

fondaient des écoles nombreuses. De l'autre, on voyait naître la plupart des législations nationales de l'Europe, les grands Miroirs de Souabe et de Saxe, les premières lois publiées en allemand par Frédéric II à la diète de Mayence, le code donné par lui à la Sicile; en France, les établissements de saint Louis, accompagnés du Droit coutumier de Pierre des Fontaines, et de la Coutume de Beauvoisis de Philippe de Beaumanoir ' ;

Grégoire IX, luaoceut IV et Bouiface VIII étaient de célèbres jurisconsultes; no is avons <léji parlé de saint Raymond de Peaafort et du cardinal Henri de Suze, placé par le Dante dans son Paradis.

1. Comme depuis longtemps l'Église n'a pas eu de pires ennemis que les légistes, on ne saurait passer légèrement sur un des hommes qui ont le mieux montré comment on était à la fois catholique et légiste au moyen âge. Philippe de Beaumanoir, chevalier et bailli de Vermandois, cons<iiller du comte de Clermont fils de saint Louis, publia en 12S3 la Coutume de Beauvoisis, que les juges les plus compétents s'accordent à regarder comme le monument le plus important de l'ancien droit coutumier de la France, ce droit si fécond, si profond dans sa variété, et si bien adapté au développement provincial du pays. L'àme de ce jurisconsulte se peint tout entière dans la conclusion de son livre que voici : « Vous, roi des rois, sire des seigneurs, vrai Dieu, vrai homme. Père, Fds et SaintEiprit, et vous très glorieuse .Mère, reine et princesse de celui qui tout fit et qui tout peut, je vous gracie et vous adore de ce que TOUS m'avez donné espace de temps et voloaté de penser, tant que je suis venu à la fin de ce j'avois proposé faire en mon cœur, c'est i savoir un livre des coutume- de Beauvoisis... Et après que nous avons ordonné les coutumes el mises en écrit, nous regardâmes le siècle

enfin la version française des assises de Jérusalem, où se trouve le résumé le plus complet

et le mouvement de ceux qui, volontiers et accoutumément, plaident; et quand plus les regardâmes, moins les prisâmes, et plus les méprisâmes, et pensâmes des choses lesquelles faisoient mieux à pourchacier en ce siècle ; et quand nous eûmes moult pensé sur cette matière, il nous a semblé qu'il n'est rien que nul doive convoiter comme ferme paix; car celui qui ferme paix a afTermi en son cœur, est droitement sire du siècle et compagnon de Dieu : car il est sire du siècle en tant comme il est en bonne pensée et le cœur en paix, qu'il ne convoite à outrage nulle chose terrienne, et compagnon de Dieu pour ce qu'il est en état de grâce et sans péché. Ni dans ces deux voies nul ne peut avoir en son cœur ferme paix, car s'il est convoiteur des choses terriennes en aucune malicieuse manière, son cœur est en guerre et en tribulatiou d'eux pourchacier, et donc n'a-t-il pas ferme paix en sou cœur ; et s'il est hors d'état de grâce si comme en péché mortel, sa conscience même le guerroie ; car nous ne croyons pas qu'il soit nul si mal homme que son cœur ne soit guerroyé de sa conscience même. Donc ceux qui veulent avoir ferme paix doivent sur toute chose Dieu aimer et prier, et les choses terriennes despriser; et qui se peut faire, il a Dieu et le siècle.

« Et puisque nous avons dit que ferme paix est la meilleure chose à pourchacier, nous prierons celui qui est fontaine de paix, c'est à savoir Jésus-Christ le fils, et celle qui puise en ladite fontaine, paix toute fois qu'il lui plaît, pour ses amis, c'est-à-dire sa benoîte mère sainte Marie, en telle manière qu'ils nous veuillent donner et envoyer paix, comme ils savent que métier nous est au sauvement des âmes. Notre-Seigneur, selon son pouvoir et selon sa miséricorde : lequel pouvoir peut tout, et laquelle miséricorde n'est comparable à nulle autre miséricorde et ce nous octroie-t-il par la prière de sa très douce mère* Amen. »

qui soit resté du droit chrétien et chevaleresque. Tous ces précieux monuments de la vieille organisation chrétienne du monde nous sont restés dans les langues mêmes des divers peuples, et se distinguaient moins encore à ce titre que par leur esprit généreux et pieux de ce funeste droit romain, dont les progrès allaient bientôt altérer tous les principes de la société catholique. A côté de ces sciences intellectuelles, la médecine florissait dans ses métropoles de Montpellier et de Salerne, toujours sous l'influence et avec l'alliance de l'Église; et le pape Jean XXI, avant de monter sur le trône pontifical, trouvait le loisir de composer le Trésor des pauvres, ou Manuel de Vart de guérir. L'introduction de l'algèbre, des chitires dits arabes ', l'invention, ou du moins l'admission générale de la boussole -, signalent encore cette époque comme une

N'est-il pas cruel de penser que, peudant si loDgtemps, les auteurs catholiques eux-môiues, sur la foi de Fleury et de Boileau, ont traité de ténébreuse et de barbare l'époque où tout, jusqu'à des traités de jurisprudence, était ainsi imprégné par la foi et l'amour chrétien ?

Ceux qui voudraient en savoir plus long sur Beaumauoir trouveront des détails curieux dans un excellent article de M. Labûuiaye, inséré dans la Revue de Législalioii, t. XI, aunée 1840.

1. Elle eut lieu en Italie, sous Frédéric II, par Léonard ïibonacci, et eu France, sous saint Louis.

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