ET COMMENT LA CHERE ' SAINTE ELISABETH 1>H1T
NAISSANCE ET FUT TRANSPORTÉE A EISENaCH
(juasi Stella iiiatutiiia in tneJLo nebulce EccL., L. G.
Elisabeth fut lille d'ung noble roy, et fut noble de lignage ; mais elle fut plus noble par foy «t par religion, et sa très noble lignée elle l'ennoblit par exemple, elle l'esclaircit jiar miracle, elle l'einbellitpar grâce de sainteté.
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Parmi les princes qui régnaient en Allemagne au commencement du treizième siècle, il n'y en avait point de plus puissant ni de plus renommé que llermann, landgrave - de Tburinge et de Hesse, et comte palatin de Saxe. Le courage et les
1. Nous avous cru pouvoir conserver la naïve quaiilication dout se servent tous les anciens écrivains allemanils qui ont parlé de notre Sainte, depuis Tauler et Suzo jusqu'au P. Martin de Kocbieni : die liebe H. Elisabel.
2. Le titre de landgraf n'a point d'équivalent exact en français, surtout au féminin ; mais comme le ranj,' et l'au" torité des princes qui l'ont porté étaient en tout semblables
talents qu'il avaitreçus avecThéritag-e de son illustre père, Louis le Ferre, l'un des princes les plus remarquables du moyen âg-e; la protection spéciale du pape Innocent III; sa proche parenté avec l'empereur Barberousse dont il était neveu, avec le roi Otlocar de Bohême, et les maisons de Saxe, de Bavière et d'Autriche ; la position de ses vastes États au centre de l'AUemag-ne, qui s'étendaient depuis le Lahn jusqu'à l'Elbe : tout lui assignait un grand rôle politique. Bien qu'il ne fût pas au nombre des sept électeurs du Saint-Empire Romain, c'était cependant son influence qui déterminait leur choix, etson alliance était reg'ardée comme décisive pour le succès des divers prétendants à la couronne impériale. Il fut aussi plus d'une fois l'arbitre des destinées de l'Empire. « Quand il s e trouve un roi trop court ou trop long, dit un poème contemporain, ou peu lait pour réjouir le pays et tout le monde, le seigneur de Thuring'e lui ôte sa couronne et la donne à qui il veut. » C'était principalement à lui que le célèbre empereur Frédéric II avait dû son élection en 1211.
Ce n'était pas seulement sa puissance qui lui attirait le respect de l'Allemagne; il se distinguait
à ceux des ducs, nous avons en général rendu les termes de landgraf et landgrœfin par ceux de duc et duchesse, qui se trouvent d'ailleurs employés dans ce sens par quelques auteurs allemands de cette époque. Voyez les Mss. de Heidelberff.
encore par sa g'énérosité sans bornes, son instruction et sa piété. Il ne se couchait jamais sans avoir entendu ou fait lui-même une lecture tirée de l'Écriture sainte. Il avait étudié dans sa jeunesse à Paris, qui était alors le sanctuaire suprême de la science sacrée ou profane. Il en avait rapporté un amour très vif pour la poésie : pendant tout son règne, il fit recueillir avec soin les poèmes héroïques des anciens Germains, et entretenait à cette fin plusieurs écrivains occupés à transcrire les chants des vieux maîtres. Vivant à l'époque où la poésie catholique et chevaleresque jetait en Allemagne son plus pur éclat, il en comprit toute l'immortelle beauté. S'il ne put, comme l'empereur Henri VI et beaucoup d'autres princes et seigneurs de son temps, prendre place parmi les chantres d'amour [Minnesœnger), et entendre comme eux répéter ses vers dans les châteaux et les chaumières, nul d'entre eux du moins no le surpassa en admiration du Gai savoir, en munificence et en atfection envers les poètes: ils formaient sa société habituelle, et étaient l'objet de sa plus vive sollicitude. Sa cour était en quelque sorte leur patrie à tous, et pendant toute sa vie orageuseil ne démentit jamais cette prédilection de ses jeunes années'. Aussi ont-ils célébré à l'envi sa gloire et ses qua-
1. C'est grâce à lui que lleuri de VelJeck put achever sou Enéide, la plus aacieaue épopée allemande qui nou? ait été conservée.
lités ; car son nom se trouve dans le Titurel, le Parcifal et tous les monuments les plus populaires de la poésie nationale : aussi Walter von der Vogelweide, le plus grand poète de cette période, a-t-il dit de lui : « Les autres princes sont tous très cléments, mais nul n'est si généreux que lui ; il l'était autrefois, et il Test encore... Nul ne souiïre de ses caprices... La fleur de Thuringe brille à travers la neige, son été et l'hiver de sa gloire sont doux et beaux comme son printemps. »
Il arriva en l'an 1206 que le duc Hermann, se trouvant à son château de Wartbourg, au-dessus de la ville d'Eisenach, réunit à sa cour dix des poètes les plus renommés de l'Allemagne, savoir: Henri Schreiber, Walter von der Vogelweide, WolfrandEschenbach, Reinhart de Zw^etzen, qui étaient tous quatre des chevaliers d'ancienne lignée; Bitterolf, officier de sa maison; et enfin Henri d'Ofterdingen, simple bourgeois d'une famille pieuse d'Eisenach^ Une rivalité violente se déclara bientôt entre les cinq poètes de noble naissance et le pauvre Henri, qui était au moins leur égal en talent et en popularité. La tradition les accuse d'avoir voulu même attenter à sa vie, et
1. Une tentative récente a été faite par M. de Spann, pour revendiquer au profit de l'Autriche la naissance et la gloire de ce poète célèbre, et pour lui attribuer la rédaction du poème des Nibelungen. Voyez Heinrich von Ofterdingen und das Nibelungen Lied. Liuz, ISiO.
raconte qu'un jour qu'ils fondirent tous ensemble sur lui, il ne put leur échapper qu'en se réfugiant auprès de la duchesse Sophie (car le duc lui-même était en course), et en se cachant dans les plis de son manteau. Pour vider leur différent, ils convinrent de se livrer un combat public et définitif en présence du duc et de sa cour, et avec l'assistance du bourreau, la corde à la main, qui devait pendre, séance tenante, celui dont les chants seraient reconnus inférieurs à ceux de ses rivaux, montrant ainsi que la gloire et la vie étaient à leurs yeux inséparables. Le duc consentit à cette condition, et présida cette lutte solennelle, qui retentit dans toute l'Allemagne et à laquelle vinrent assister une foule de seigneurs et de chevaliers. Ils chantèrent tour à tour, et sous les formes les plus variées, l'éloge de leurs princes favoris, les grands mystères de la religion, le mariage légitime de l'âme avec le corps après la résurrection, Tinépuisable clémence de Dieu, la puissance du repentir, l'empire de la Croix, et surtout les gloires de Marie, la bien-aimée de Dieu, neuf fois plus belle que la miséricorde, qui est elle-même plus belle que le soleil. Ces chants, recueillis par l'auditoire, se sont conservés jusqu'à nos jours, sous le titre de la Guerre de la Waribourg . Leur collection forme encore aujourd'hui un des monuments les plus importants de la littérature germanique, à la fois comme un trésor des croyances anciennes et
populaires, et comme un irrécusable témoig-nage du rôle immense que jouait la poésie dans la société, la science et la foi de ce siècle. 11 fut impossible de décider du mérite des ménestrels rivaux, et il fut convenu que Henri de Ofterdingen irait chercher en Transylvanie le célèbre maître Klingsobr, tellement expert dans les sept arts libéraux, et surtout en astronomie et en nécromancie, que les esprits mêmes étaient obligés, disait-on, d'obéir à sa science, et que le roi de Hongrie lui faisait une pension de trois mille marcs d'argent pour prix de ses services. Un délai d'un an fut accordé à Henri pour faire ce voyage ; et, au jour marqué, il se trouva aux portes d'Eisenach avec le grand savant K
Tandis que toute la chevalerie allemande avait les yeux fixés sur cette lutte dont la mémoire devait se perpétuer jusqu'à la postérité la plus éloignée, le Seigneur, toujours jaloux de la gloire de ses élus, l'avait destinée surtout à entourer d'une au-
1. Une tradition populaire, mentionnée par les historiens, veut que, le délai étant expiré moins un jour avant qu'il s pussent partir de Transylvanie, Klingsorh se fit transporter , ainsi que son client, en une seule nuit, jusqu^à Eiseuach dans la cour du meilleur aubergiste. Henri en s'éveillant entendit les cloches de Saint-Georges qui sonnaient ma tines, et reconnut leur son; aussitôt il se leva, et ayant regardé autour de lui, il se vit à Eisenach, ce dont il remer cia Dieu sur-le-champ. (Voj*ez surtout Vita Rhjjtmica, § 5.)
réole de poésie et de g-loire populaire le berceau d'une de ses humbles servantes.
En effet, Kling-sohr, s'étant log-6 à Eisenach, chez l'aubergiste Henri Hellgrelî, à gauche de la porte Saint-Georges, descendit, le soir même de son arrivée, dans le jardin de son hôte, où se trouvaient plusieurs seigneurs de Hesse et de Thuringe, venus exprès pour le voir, ainsi que des officiers de la cour du prince, et beaucoup d'honnêtes bourgeois de la ville, qui, selon la coutume encore existante de la bomie Allemagne, y buvaient le coup du soir. Ces braves gens l'entourèrent et lui demandèrent de leur apprendre quelque chose de nouveau : sur quoi il se leva, et se mit à coatempler les astres avec attention pendant longtemps. Puis il leur dit : « Je vous apprendrai quelque chose de nouveau et de joyeux aussi ; je vois une belle étoile qui se lève en Hongrie, et qui rayonne de là ù Marbourg, et de Marbourg dans le monde entier. Sachez que cette nuit même il est né à monseigneur le roi de Hongrie une fille qui sera nommée Elisabeth, qui sera donnée en mariage au (ils du prince d'ici, qui sera sainte, et dont la sainteté réjouira et consolera toute la chrétienté *. »
1. 11 serait saii.- doute suporflu do déclarer ici que nous uous iQclinoas devaut la proscriptioa prononcée par l'Église uolamiueut dans l'admirable bulle de Sixte-Quiut, Cœli et lerrœ crealor Dcus, contre tout ce qui touche à l'astrolojie; mais uous u'avons pas dû passer sous silence une tradition invétérée, et qui est reproduite par tous les écrivains.
Les assistants entendirent ces paroles avec une grande joie: et le lendemain, de grand matin, les chevaliers montèrent à la Wartbourg pour les redire au landgrave, qu'ils rencontrèrent comme il allait à la messe. Ils ne voulurent pas le retenir, et l'entendirent avec lui ; mais aussitôt qu'elle fut finie, ils lui racontèrent ce qui s'était passé la veille. Le prince en fut surpris ainsi que toute sa cour; et ayant demandé aussitôt son cheval, il alla lui-même, avec une nombreuse escorte, chercher maître Klingsohr, et le ramena avec lui à la Wartbourg. On lui rendit les plus grands honneurs, surtout les prêtres, qui le traitèrent en évêque, dit un contemporain. Le landgrave le fit dîner à sa table; et, après le repas, ils parlèrent longtemps ensemble. Le prince, chez qui l'anxiété paternelle était déjà éveillée, lui demanda comment allaient les affaires de Hongrie, ce qu'entreprenait le roi, s'il était encore en paix avec les infidèles, ou si la guerre avait recommencé. Klingsohr satisfit en détail à sa curiosité : après quoi il s'occupa du grand procès qui l'avait amené à Eisenach. Il présida au nouveau combat qui s'engagea, et réussit à calmer la haine des rivaux de Henri son client, et à faire reconnaître publiquement son mérite. Il retourna ensuite en Hongrie, comme il était venu, c'est-à-dire, selon la tradition populaire, en une seule nuit.
Or la Hongrie était alors gouvernée par le roi
André II, dont le règne était aussi agréable à Dieu qu'à ses peuples'. Issu de cette glorieuse race des Arpads que le peuple hongrois a toujours entourée d'une sorte de vénération superstitieuse, illustré par ses guerres contre les nations infidèles qui entouraient les frontières de son royaume, il Tétait plus encore par sa profonde piété et par sa générosité envers l'Kglise et les pauvres. Quelquesunes de ces vastes mines d'or qui enrichissent encore aujourd'hui la Hongrie furent découvertes sous son règne, et le peuple fidèle ne manqua pas d'y voir une récompense accordée par Dieu à ses vertus. Ses mineurs vinrent lui raconter un jour qu'en fouillant les flancs d'une montagne, ils avaient entendu une voix leur crier de prendre courage, parce que ce roc renfermait une masse
1. Ronfinius, Decad. lib. VIII. S'il faut en croire un poème français de cette même époque, la langue française était dès lors très cultivée à la cour de Hongrie, par l'entremise de précepteurs et de gouvernantes venus de France :
Tout droit à celui teins que ci je vous devis, Avait une coutume ens el Tyois pals Que tout li grand seignor, li conte et li marchis. Avoient, autour eus, gens françoise tourdis Pour apprendre françois leurs lilles et leurs (ils. Li rois et la royne et Berte o le cler vis Sorens près d'aussi bien de françois de Paris, Comme se ils lussent nés el bourc à Sainct-l)enis. lierthe aux grands pieds, éd. de M. P&ris.
Il est donc probable que sainte Élis.ibcth savait \i français et le parlait.
d'or inépuisable que Dieu destinait au roi André, pour le réconapenser de sa piété et de sa charité. Le roi se réjouit grandement de la faveur divine, et profita de sa nouvelle richesse pour fonder des églises et des couvents et pour augmenter ses aumônes ^
Il avait pour épouse Gertrude de Méranie ou d'Andechs, de la maison peut-être la plus illustre de l'empire à cette époque. Elle descendait en droite lig-ne de Gharlemag-ne, et possédait les plus belles provinces du midi de rAllemagne. Le père de Gertrude, Berchtold III, était duc de Méraii et de Carinthie, margrave d'Istrie et souverain du Tyrol. Son frère Berchtold IV avait refusé, en 1198, la couronne impériale que les princes lui offraient unanimement. Une de ses sœurs, Hedwig'e, depuis canonisée, était duchesse de Silésie et de Pologne; et une autre, Ag-nès, fut l'épouse, célèbre par sa beauté et ses malheurs, de Phihppe Auguste, roi de France ~. Gertrude ne le cédait pas à son époux en piélé. Les historiens vantent son courage et son âme virile- Le plus tendre amour unissait ces deux nobles époux.
En l'an 1207, au jour et à l'heure annoncés par Klingsohr à Eisenach, la reine Gertrude ^ donna