Berthc aux gi-ands pieds, (i dit. de M. Paulin Taris
Jésus-Christ et de ses saints, à tousles hommages de l'Ég-lise. Cjomme la B. Dominique du Paradis, on lavait avec ses larmes les souilluresdesonâme ; comme sainte Odile, on rachetait avec elles les péchés de ceux quel'on avait chéris en ce monde ' ; recueillies par les anges qui les portaient aux pied s du Père des miséricordes, elles étaient comptées par lui comme un don précieux de repentir et de saint amour ~.
Et ce n'étaient passeulementles faibles femmes, ce n'était pas seulement le peuple ignorant qui ressentaient ainsi la douceur et la puissance des larmes : il suffit d'ouvrir au hasard un historien de ces siècles, pour voir à chaque page comment les princes, les rois, les chevaliers, les armées entières, s'épanchaient en pleurs sincères et involontaires. Tous ces hommes de fer, tous ces preux invincibles, portaient dans leurs poitrines un cœur tendre et naïf comme celui des enfants. On ne leur avait point appris à flétrir l'innocence naturelle de
1. Elle racheta l'àme de son père eu pleurant cinq jourt; et cinq nuits au point d'en devenir aveugle. C'est pourquoi elle est la patronne des maux d'yeux. On montre encore sur le mont Saint-Odile, en Alsace, la chapelle des Laruie s (Zœhren Capelle), où elle fitce sacrifice, et une fontaine, dont les pèlerins viennent encore de bien loin chercher l'eau, souveraine pour les maux d'yeux.
2. Une pauvre femme pleurait un jour ses péchés dans une église : l'évêque qui était à l'autel vit une colombe qui venait recueillir ses larmes et les porter au ciel. (Grimm, t. III, p. 40.)
leurs sentiments, ou à en roug-ir. Tls n'avaient point encoredesséchéet glacé dans leurs âmes la source des émotions simples, pures et fortes, de celte rosée divine r|ui féconde et embellit la vie. Qui ne se souvient des sanglots et des larmes immortelles de Godefroy et des premiers croisés, à la vue de ce tombeau du Christ qu'ils avaient conquis après de si merveilleux exploits et de si dures épreuves? Plus tard, Richard Gœur-de-Lion pleurait amèrement à la vue de Jérusalem, qu'il ne pouvait sauver ' ; et le confesseur de saint Louis raconte de son pénitent que, « quand Ton disait en la litanie ces mots : Biau sire Dieu, nous te prions que tu nous doignes fontaine de larmes - ; li saint roi disoit dévotement : 0 sire Dieu, je n'ose requerre fontaine de larmes; ainçois me souffisent petites gouttes de larmes à arrouser la sécherèce
démon cuer Et il reconnut à son confesseur
privément que aucune foiz lui donna notre Sire larmes en oraison; lesquelles quand il les sentait courre par sa face souef (doucement) et entrer dans sa bouche, elles lui semblaientsi savoureuses
1. Joiiivillc. p. IKi, (ki. 1761. Voy. aussi l'atluiirable scène lies Croisés et des Vénitiens en 1201, racontée par Viliehar- (iouiu.
2. Dans les anciennes litanies, à dater du neuvième siècle, et dans celles qui sont encore au Bréviaire parisien, on trouve le verset suivant : Utcompunctionem cordis foniemquf lacrijmartim nohix dones, te rogamiis, etc.
et très douces, non pas seulement au cuer, mais à la bouche K »
1. Le Confesseur, p. 324, ap. Michelel, Hist. de France. Le bréviaire franciscain, dans l'Office de saint Louis, vante aussi son assiduité à pleurer : lacrymarum assiduitas.