Elle avait duré troisans (1218-1221) pendant lesquels les
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source que le mariag-e de sa fille s'était accompli, et qu'elle était devenue réellement duchesse de Thuringe. Pour mieux s'assurer du fait, il chargea quatre mag-nats de sa cour, qui allaient en pélerinag-e à Aix-la-Chapelle ^ de passer à leur retour par la Thuringe, et de lui ra[)portGr des renseig-nements précis sur sa fille, sur son genre de vie, sur l'état de sa cour et du pays qu'elle habitait, et pour l'inviter en même temps à venir, accompag-née de son mari, en Hong-rie, pour réjouir les vieux jours de son père, car il avait grande envie de les voir tous deux. Les magnats, après avoir acccmpli leur pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle, prirent en effet
croisés avaient pris Damiettc, Héliopolis, etc. {Bouiiu. Decad. lih. VII).
1. Dppuis le règne du roi saint Etienne, les Hongrois avaient coutume de se rendre en très grand nombre au pèlerinage d'Aix-la-Chapelle, pour y vénérer les grandes re" liques que Charlemague y avait déposées. Eu 137i, où, selon d'autres, en l:iS2, le roi Louis de Hongrie s'y rendit luimême avec une suitepompeuse, et y bâtit une chapelle dite des Hongrois, qu'il dota richement, en l'honneur, est-il dit dans l'inscription, de la sainte Vierge, de sainte Anne, de saint Etienne, saint Émfiric, saint Ladislas, sainte Elisabeth et des autres saints de Hongrie. Les pèlerins de cette nation ont joui, jusqu'à la Révolution, de privilèges très importants. On sait que, de nos jours même, ce saint pèlerinage continue à être fréquenté i l'époque de l'ostension des grandes reliques, qui a lieu tous les sept ans. En 1839, il est venu cinquaate-quatre mille pèlerins. 11 est vrai qu'en I i96, il y en eut cent quarante-deux mille en un seul jour.
pour revenir la route de Thuringe, au lieu de celle de Franconie, et arrivèrent un jour à la Wartbourg-. Le Landgrave les reçut avec empressement, mais il lui vint aussitôt à l'esprit que sa femme n'avait pas de vêtements convenables pour paraître devant ses convives ; qu elle avait découpé ses habits de noce pour leur donner une forme mieux adaptée à sa modestie, et qu'il n'y avait plus le temps d'en commander de nouveaux. Plein de sollicitude à cet ég^ard, il l'alla trouver dans sa chambre et lui dit: « Ah! chère sœur, voilà des g^ens de la cour de ton père qui arrivent ; je suis sûr qu'ils viennent pour savoir quel genre de vie tu mènes avec moi, et pour savoir si tu as vraiment un train de duchesse. Mais toi, comment vas-tu paraître devant eux ? Tu t'occupes tant de tes pauvres, que tu t'oublies toi-même ; tu ne veux jamais porter que de ces misérables habits qui nous font honte à tous deux. Quel déshonneur pour moi quand ils iront dire en Hongrie que je te laisse manquer d'habits, et qu'ils t'ont trouvée dans un état si pitoyable ! Et voilà que je n'ai plus le temps de t'en faire faire d'autres qui conviendraient à ton rang et au mien. » Mais elle lui répondit doucement : « Mon cher seigneur et frère, que cela ne t'inquiète pas, car je suis bien résolue à ne jamais mettre ma gloire dans mes vêtements; je saurai bien m'excuser envers ces seigneurs, et je m'efTorcerai de les traiter avec tant
de g"e^ieté et d'affabilité, que je leur plairai tout autant que si j'avais les plus beaux habits. » Et aussitôt elle se mit en prière, et demanda à Dieu de la rendre agréable à ses amis; puis s'étant habillée le mieux qu'elle pouvait, elle alla rejoindre son mari et les envoyés de son père. Non seulement elle les enchanta par la cordialité de son accueil, par la douceur et l'aménité de ses manières, par sa beauté éclatante et fraîche comme l'aube du jour ' ; mais, à la grande surprise du duc et à la grande admiration des étrangers, elle leur parut vêtue d'habits de soie magnifiques : et enveloppée d'un manteau de velours d'azur, tout parsemé de perles du plus grand prix. Les Hongrois dirent que la reine de France n'aurait pas su être aussi richement parée -. Après un brillant festin, le duc fit beaucoup d'instances pour engager ses convives à rester plus longtemps avec lui; mais, comme ils s'excusèrent sur ce que leurs compagnons de pèlerinage ne voudraient pas les at-
!• Et fu tant bêle et coloréo
Comme rusâ est la matinée.
Le moine Robert.
2. Dans tous les monuments du moyeu âge, c'est toujours la reine de France qui est posée comme type de la beauté et de la magnificence. En Italie, de même.
Ben mi rassemlira reina (ii Franza
l'oiché deU'altre mi par la piu gente (gentilu).
GuiDO GuiMCKLLl.
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tendre, il descendit avec eux à la ville, il défraya toute la dépense que leur suite y avait faite, et les accompag-na jusqu'à une certaine distance. Puis il revint en toute hâte auprès de sa femme, et lu demanda comment elle avait fait pour se vêtir ainsi. Elisabeth lui répondit avec ua pieux et doux sourire : « Voilà ce que sait faire le Seig-neur quand cela lui plaît. »
Plusieurs auteurs rapportent une version différente de ce miracle. Ils disent que, comme le bruit des vertus d'Elisabeth se répandait partout, un puissant seigneur (selon quelques-uns^ c'était Tempereur lui-même) vint à traverser les États du landgrave. Celui-ci alla au-devant de lui, et voulut le recevoir dans son château. Mais l'étranger refusa d'accepter son invitation, à moins que le duc ne lui promît en même temps de lui faire voir la duchesse, et de le laisser parler avec elle. Louis y consentit volontiers, et emmena le seigneur à la Wartbourg. Après un grand festin, le seigneur rappela au duc sa promesse : celui-ci envoya dire à Elisabeth, qui était dans sa chambre à prier, de venir lui parler. Mais elle avait, selon sa coutume, donné aux pauvres tous ses habits et toutes ses parures; de sorte qu'elle fit répondre en secret à son mari qu'elle le priait humblement de l'excuser pour cette fois, parce qu'elle n'avait pas de costume convenable pour paraître devant ses hôtes. Mais, le seigneur insistant toujours.
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Louis se leva de table et alla la supplier de venir, en lui faisant de doux reproches de ce qu'elle ne lui avait pas obéi tout d'abord. Elle répondit qu'elle le suivrait sur-le-champ. « Beau doux sire, » ajoute-t-elle, « j'irai et je lérai votre volonté ; car ce serait une grande folie à moi de vous contredire en rien. Je suis vôtre, sire, je vous suis donnée, je vous ai loyalement obéi, et dorénavant je ferai ainsi toute votre volonté; car vous êtes après Dieu, mon seigneur '. »
Puis, quand il fut sorti, elle se mit à genoux et dit : « Seigneur Jésus-Christ, père très clément et très fidèle, deux consolateur des pauvres et de tous ceux qui sont en peine, ami et auxiliaire fidèle de tous ceux qui se confient en toi, viens à l'aide de ta pauvre servante, qui s'est dépouillée de toute sa parure pour l'amour de toi. » Aussitôt un ange lui apparut et lui dit : « 0 noble épouse du Roi des cieuxl voici ce que Dieu, que tu as tant uimé, t'envoie du ciel en te saluant avec une tendre amitié; tu te vêtiras de ce manteau et tu te couronneras de cette couronne en signe de ta gloire éternelle. » Elle remercia Dieu, mit la couronne et le manteau, et se rendit à la salle du festin. En la voyant si richement habillée et si belle , tous les convives furent elTrayés, car son visage brillait comme celui d'un ange. Elle s'assit au mi-