‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 2)Chapitre 7 sur 74 · Quesla, privata del primo marito · texte numérisé non relu

Quesla, privata del primo marito

Mille e cent' anni e piU dispetta e scura Fino, a costui si stctti sunsa invito...

Danti', ParaJi<. c. XI.

féconder, non pas de son sang, mais de ce fleuve d'amour qui s'échappait de son cœur, et de ses cinq plaies dont il avait reçu la glorieuse communication de Celui qui avait aimé le monde jusqu'à sa mort. Lui aussi, c'était le monde entier qu'il embrassait dans son amour : tous les hommes d'abord, et avec un abandon sans bornes : « Si je ne donnais pas, » dit-il en se dépouillant de son seul vêtement pour en couvrir un pauvre, « ce que je porte à celui qui en a plus besoin que moi, je serais accusé de vol par le grand aumônier qui est dans le ciel. » Puis toute la nature, animée et inanimée : il n'y a poiiit de créature qui ne soit son frère ou sa sœur, à qui il ne prêche la parole du Père commun, qu'il ne veuille délivrer de l'oppression de l'homme, et dont il ne soit prêt à racheter les douleurs. « Pourquoi, dit-il à un boucher, pourquoi suspendez- vous et torturez-vous ainsi mes frères les agneaux ^ ? » Et à des oiseaux captifs : « Tourterelles, mes chères petites sœurs, simples, innocentes et chastes, pourquoi vous êtesvous laissé prendre ainsi? » Il savait, dit son

1. Quare fratres meos agniculos sic ligatos et suspeusos excrucias?... Sororculse meae turtures, siiuplices, iunoceutes et castse, ut quid ita vos capi permisistis ?... Sciens creaturas quantumlibet parvas, unurn secum habere principiuui. S, BoNAVENTURE, Vitu S. Fraiic, 176, ap. BoUaudist.

biographe, saint comme lui, que toutes les créat ures avaient la même origine que la sienne ; et il a montré par sa tendresse envers elles, comme par leur miraculeuse obéissance envers lui, ce que l'homme victorieux du péché, et qui a rétabli en lui-même les rapports naturels avec Dieu, peut être pour cette nature qui n'est déchue qu'à cause de lui, et qui attend de lui sa réhabilitation. Jésus et Marie lui ouvrent eux-mêmes tous les trésors de l'Église dans cette chétive chapelle de la Portioncule, qui nous est restée comme une relique précieuse de cette pauvreté dont il était, selon Bossuet, l'amateur désespéré^ ; le pape confirme ces faveurs célestes à la vue des roses blanches et rouges que François lui présente au milieu de l'hiver. Puis il monte sur lesrochers de l'Alverne pour y recevoir les stigmates triomphants *, qui devaient achever sa conformité avec le Sauveur, et faire de lui, aux yeux du peuple chrétien, le véritable porte-croix, le gonf alonier du Christ 3, tandis que le Saint-Siège ie

t. Heureux mille et mille fois le pauvre Frauçoi?, le plu? a rdeut, le plus transporlù, et, si j'ose parler de la sorte, 1 c plus désespéré amateur de la pauvreté qui ait peut-être été daus l'Eglise ! Bosst.'et, Pani'g>/n\jiic de saint François.

2. Corporc suc Christi triumphalia sligmata pra-t'erenti. Bulle iTAlexandre IV, Benigna.

3.11 gonfalonnierc di Cristo. Fiordti di S. Francesco, passim.

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nommerait, trois siècles plus tard, l'ange d'O rient, marqué du signe du Dieu vivant.

A la vue de ces deux hommes, le siècle comprit qu'il était sauvé, que du sang nouveau allait être instillé dans ses veines ; d'innombrables disciples se rangent sous ces entraînantes bannières ; il s'élève un long cri d'enthousiasme et de sympathie qui se prolonge à travers les siècles, qui retentit partout, dans les constitutions des souverains pontifes comme dans les chants des poètes. « Quand l'empereur qui règne toujours, dit Dante, voulut sauver son armée compromise, il envoya au secours de son épouse ces deux champions : leurs actes, leurs paroles, ramenèrent le peuple égaré. » « Ces deux ordres », dit Sixte lY en 1479, après deux siècles et demi d'expérience, « comme les deux premiers fleuves du paradis des délices, ont arrosé la terre de l'Église universelle par leur doctrine, leurs vertus et leurs mérites, et la rendent chaque jour plus fertile; ce sont les deux séraphins qui, élevés sur les ailes d'une contemplation sublime et d'un angélique amour, au-dessus de toutes les choses de la terre, par le chant assidu des louanges divines, par la manifestation des bienlaits immenses qu'a conférés au genre humain l'ouvrier suprême qui est Dieu, rapportent sans

cesse dans les greniers de la sainte Église les gerbes abondantes de la pure moisson des âmes rachetées par le précieux sang de Jésus-Christ. Ce sont les deux trompettes dont se sert le Seigneur Dieu pour appeler les peuples au banquet de son saint Évangile ' I ».

A peine les Ordres qui devaient mériter de si magnifiques éloges sont-ils nés, que déjà leur propagation et leur puissance deviennent un des faits historiques les plus importants de l'époque. L'Église se trouve tout à coup maîtresse de deux armées nombreuses, mobiles et toujours disponibles, qui se mettent incontinent à envahir le monde. En 1277, un demi siècle après la mort de saint Dominique, son Ordre avait déjà quatre cent dix-sept couvents dans toute l'Europe. SainrFrahçois, de son vivant, rassemble un jour cinq mille de ses moines à Assise; et trente-cinq

i. lustar duoruiu prituoriim flnm'mum a cœlestiumvolupr tatum paradiso egredientium SS. uuiversalis Ecclesi;6 terrain... irritantes, magis in dieui lructuo?am efflciuut. Ui suiit duo Serapiiiui qui ia sublimis coatetuplatiouis et seraphici amoris alis elevati, a terrenisque rébus abstracti, assiduo divioaruiu lauduoi clamore, et immeusorum beneficiorum huinauo geaeri a sumiuo opiflce Deo exhibilorum declaratioue... Domiuo Deo muad;i3 sei,'etis animaruin scilicet liciJciuptoris uostri J.-C. pretio?i sanguiuis effusioue redemptariim, copiosos iu horrea sauclie Ecclesia} manipules referuut. Hi sunt diKL' tub;p perquas Dominus prreciplt ad pabuliim S. Evaugelii uuivcrsum populum... advocari.

bb INTRODUCTION

ans plus tard, à Narbonne, on trouve, en dénombrant les forces de l'Ordre séraphique, qu'il y avait déjà, en trente-trois provinces, huit cents monastères et au moins vingt mille religieux. Un siècle plus tard, il y en avait cent cinquante mille. La prédication des nations païennes recommence : des franciscains, envoyés par Innocent lY et saint Louis, pénètrent dans le Maroc, à Damas, jusque chez les Mongols; mais ils s'oc-^ cupenl surtout de vaincre les passions du paganisme dans le cœur des nations chrétiennes : ils se répandent sur l'Italie déchirée par tant de discordes, essayant de réconcilier partout les partis, de déraciner les erreurs, se posant comme les arbitres suprêmes, ne jugeant que d'après la seule loi de l'amour. On les voit, en 1235, parcourir toute la Péninsule avec des croix, de l'encens, des branches d'olivier, chantant et prêchant la paix, reprochant aux villes, aux princes, aux chefs même de l'Église, leurs fautes et leurs ressentiments. Les peuples, au moins pour un temps, s'inclinent devant cettemédiation sublime : la noblesse et le peuple de Plaisance se réconcilient à la voix d'un franciscain; Pise et les Visconti, à celle d'un dominicain; et dans la plaine de Vérone on voit deux cent mille âmes se presser autour du bienheureux Jean de Vicence, frère

prêcheur, chargé par le pape d'apaiser toutes les discordes de la Toscane, de la Romagne, de la Marche Trévisane. Dans cette occasion solennelle, il prend pour texte ces paroles : Je vous donne la paix, je vous laisse ma paix ; et, avant qu'il ait fini, une explosion de sanglots et de larmes lui montre que tous ces cœurs sont touchés, et les chefs des maisons rivales d'Esté et de Roraano donnent, en s'embrassant, le signal de la réconciliation universelle. De si heureux résultats ne duraient pas longtemps, il est vrai; mais le mal était au moins vigoureusement combattu, la sève du christianisme était ravivée dans les âmes, une immense lutte se livrait chaque jour et partout au nom de l'équité contre la lettre morte de la loi, au nom de la charité contre les mauvais penchants de l'homme, au nom de la grâce et de la foi contre la sécheresse et la pauvreté des raisonnements scientifiques. Rien ne se dérobait à celte influence nouvelle qui agitait les paysans épars dans les campagnes, qui partageait l'empire des universités, qui allait chercher jusqu'aux rois sur leurs trônes. Joinville nous apprend comment, au premier lieu oii il débarqua en revenant de la croisade, saint Louis fut accueilli par un franciscain, qui lui dit que « oncques royaume ne se perdit, sinon par défaut .de

bO INTRODUCTION

justice, et qu'il eust à prendre garde de faire bon droit et hastif à son peuple, et oncques ne l'oublia le roi ^ »

On sait comment il tenta de se dérober à son épouse si tendrement aimée, à ses proches, à ses conseillers, pour renoncera lacouronne qu'il portait si glorieusement, et aller lui-même mendier, comme saint François. Mais il lui fallut se borner à devenir pénitent du tiers ordre; car dans leur armée conquérante ils avaient place pour tout le monde. A côté de ces bataillons de moines, de nombreux monastères s'ouvraient pour les vierges qui aspiraient à l'honneur de s'immoler au Christ, et les vastes affiliations connues sous le nom de Tiers Ordres offraient une place aux princes, aux guerriers, aux époux, aux pères de famille, en un mot à tous les fidèles des deux sexes qui voulaient s'associer, au moins indirectement, à la grande œuvre de la régénération de la chrétienté.

La tradition raconte que les deux glorieux patriarches de cette régénération avaient eu un moment le projet de réunir leurs efforts et leurs Ordres en apparence si semblables ; mais l'inspiration céleste qui les guidait leur révéla qu'il y avait

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