‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 3)Chapitre 1 sur 63 · Z HISTOIRE · texte numérisé non relu

Z HISTOIRE

Il menait avec lui l'élite de la chevalerie de ses États : cinq comtes. Louis de Wartbourg-. Gunther de Kefernburg-, Meinhard de Muhlberg-, Henri de Stolberg- et Burkhard de Brandenberg- ; son échanson Rodolphe, sire de Varilla; son maréchal Henri d'Ebersberg; son chambellan Henri, sire de Fahnern ; son sénéchal Hermann de Holsheim, et une foule d'autres barons et chevaliers '. Le nombre des fantassins qui le suivaient était petit, nous dit un chroniqueur, à cause de la grande distance qu'il y avait à parcourir. Cinq prêtres, et parmi eux son aumônier Berthold, qui a écrit sa vie, étaient chargés de munir de messes, de confession et d'autres secours spirituels tous ces guerriers pendant leur expédition.

Outre ces comtes et seigneurs, qui étaient tous vassaux immédiats du duc Louis, il était accompag-né, en sa qualité de chef des croisés de toute l'Allemagne centrale, d'une foule d'autres chevaliers de Souabe, de Franconie, et des bords du Rhin. On remarque parmi eux le nom de ce comte Louis de Gleichen, si célèbre en Allemagne par ses aventures romanesques pendant cette croisade. Une tradition, enracinée et appuyée par de nombreuses preuves historiques, raconte qu'ayant été fait prisonnier en Palestine, et transporté en

\. Leurs noms se trouvent, ainsi que tons ceux que nous veuous de citer, dans Rothe, p. 1717. Voy. aussi Justi, p. 88, etc.

Egypte, il fut délivré par la fille du Soudan, Melechsala, à condition qu'il l'épouserait, quoiqu'il eût laissé en Thuringe se femme née comtesse d'Orlamunde. Il l'emmena avec lui à Rome où il obtint, à ce qu'on prétend, l'autorisation du pape pour cette double union, et de là à son château de I<^leichen, où les époux vécurent dans la plus parfaite union ' .

Pourvu d'une si bonne compagnie, le duc prit route à travers la Franconie, la Souabe et la Bavière, franchit les Alpes du Tyrol,et, passant par la Lombardie et la Toscane, alla rejoindre l'Empereur en Apulie. La réunion eut lieu dans la ville de Troja, vers la fin d'août 1227, L'Empereur y avait rassemblé une puissante armée ; près de soixante mille hommes y campaient sous la bannière de la croix. Mais une épidémie s'était déclarée au sein de ces troupes et retardait leur embarquement. Cependant tout y était disposé. Le landgrave eut une conférence secrète avec l'Empereur

1. Cette histoire, déjà qualidee, dans uue chiouique du quinzième siècle, de historiam nominalissimam comitis de Gleichen, a été l'objet de nombreuses discussions entre les savants et historiens allemands des deux derniers siècles, qui ont tour à tour combattu ou affirmé la réalité de ce double mariage. On peut en voir l'énumération dans Justi, p. 92-04- Le tombeau de ce comte, couché entre ses deux femmes, se voit dans la cathédrale d'Erfurth. Les traditions de la chevalerie française attribuent le même trait à Gilles de Trazegnies.

dans l'île de Saint-André, pour y traiter en détail de la conduite de l'expédition: car, malgré sa jeunesse, aucun prince n'inspirait plus de confiance à son suzerain comme à ses inférieurs. Aussitôt après cette conférence, les deux princes s'embarquèrent à Brindes, ayant recommandé à Dieu leur trajet par des prières solennelles et d'autres cérémonies religieuses. Mais, dès que le duc Louis eut mis le pied sur son navire, il se sentit saisi d'une fièvre froide. Au bout de trois jours, l'Empereur lui-même, ne pouvant supporter la mer, fit relâcher à Otrante ^ où était l'impératrice -. Le duc l'y suivit, quoiqu'une grande partie de ses hommes eussent continué leur route vers la Palestine. Il rendit visite à l'impératrice avec le respect accoutumé ; mais sa fièvre redoubla de violence et il put à peine regagner son vaisseau, où il fut obligé de s'aliter. Le mal fit des progrès rapides, et bientôt il faUut renoncer à tout espoir de guérison 3, Le duc fut le premier à reconnaître la gravité de son état, dicta aussitôt son testament et fit appeler le

1. 11 y tomba aussi malade ou feignit de l'être, et licencia son armée : ce qui lui valut l'escommuDication du pape Grégoire IX.

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