‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 3)Chapitre 2 sur 63 · Yolande de Brienne, qui mourut peu après · texte numérisé non relu

Yolande de Brienne, qui mourut peu après

3. Plusieurs historiens disent que l'Empereur fut véhémentement soupçonné d'avoir fait empoisonner le landgrave; mais on a peine à admettre un pareil soupçon, qui paraît tout a fait sans fondement, d'après l'alliance intime et confidentielle qui existait entre tous deux.

patriarche de Jérusalem pour qu'il lui apportât les derniers sacrements. Ce prélat vint accompagné de l'évéque de Sainte-Croix, et lui administra l'extrême-onction. Puis s'étant confessé avec humilité et une grande contrition de ses péchés, le prince fit assembler autour de son lit ses chevaliers, et reçut en leur présence le pain des forts avec la plus fervente dévotion et l'expression de la foi la plus vive '.

Il ne se trouve ni dans le récit de son aumônier, qui assistait à ses derniers instants, ni dans aucun des historiens qui les ont racontés depuis, un seul mot qui puisse nous faire croire que ce saint et pieux chevalier ait éprouvé un seul regret en quittant la vie. Ni sa jeunesse, dont il emportait la fleur dans sa tombe, ni sa patrie, dont il mourait éloigné, ni le pouvoir, dont il avait si noblement et si pleinement usé, ni ses proches, ni ses enfants, qu'il avait eu à peine le temps de connaître, ni même cette Elisabeth, qu'il avait si fidèlement, si tendrement, si uniquement aimée, nul de tous ces biens ne paraît avoir enchaîné, même pour un instant, son âme avide du ciel. Au contraire, nous dit-on, il avait hâte de mourir; et le bonheur d'avoir trouvé le trépas sous la bannière du Christ, à son service, â sa solde, pour ainsi dire, après avoirsacrifié tout pour cela, le dominait exclusi-

1. K,othe, p, 1717. — A celte époque ou recevait loiijoiir* rextrème-ouctioQ avaut le «aiiit Viatique.

b HISTOIRE

vement, et ne laissait de place dans son cœur à aucun souvenir, à aucun regret de la terre. Gomnae il n'avait vécu que pour Dieu et en Dieu, il lui sembla tout simple de mourir au premier moment voulu par Dieu, et au poste qui lui était assig-né. Gomme un docile et fidèle soldat, il reçut sans murmure le signal qui le rappelait avant la fin du combat. Celui qui avait versé tant de pleurs en quittant, pour un temps seulement, sa famille chérie; celui qui s'était arraché avec tant d'ang-oisse des bras d une épouse qu'il pouvait espérer de bientôt revoir, n'a plus, en ce moment de complète et irréparable séparation, ni un soupir, ni une larme à lui donner. C'est qu'il avait pu g^émir et pleurer d'être loin d'elle sur la terre ; mais, à la porte du ciel, cette chère image ne pouvait se présenter à lui qu'au sein des joies futures de l'éternité bienheureuse,

Il se borna à charg-er ses chevaliers d'aller annoncer sa mort à sa famille et à son Elisabeth, en lui portant la bag-ue qu'il lui avait montrée et certaines paroles qui ne nous ont pas été conservées. Il supplia aussi, au nom de Dieu et de Notre-Dame, tous ces hommes qu'il voyait là, de penser à lui s'ils survivaient à leur sainte entreprise, de rapporter ses os en Thuringe et de les enterrer à Reynhartsbrunn, où il avait choisi sa sépulture ; comme aussi de ne jamais l'oublier dans leurs prières. Quelque temps avant d'expirer, il vit une

foule de colombes blanches qui remplissaient la chambre et voltigeaient autour de son lit : « Voyez ! voyez! » dit-il, « ces colombes plus blanches que la neige. » Les assistants crurent qu'il délirait ; un moment après, il dit : « Il faut que je m'envole avec toutes ces belles colombes. » En disant ces mots, il s'endormit dans le Seigneur, quittant ce pèlerinage mortel pour rentrer dans l'éternelle patrie, et prendre place parmi les chevaliers de Dieu', le troisième jour après la Nativité de la sainte Vierge ^, ayant à peine accompli sa ving'tième année.

Dès qu'il eut rendu le dernier soupir, son aumônier Berthold vit les colombes dont il avait parlé qui s'envolaient vers l'orient; il les suivit longtemps du regard, et ne s'étonna pas de ce que lEsprit-Saint, qui était descendu sur le Fils de Dieu, sous la forme d'une colombe, eût envoyé des anges sous ce blanc vêtement, pour aller chercher et conduire au soleil de la justice éternelle cette jeune âme qui avait conservé dans son pèle-

1. « Videtisne columbas lias super nivem camlidas? » Ipsum fintasiis decipi putaverunt. Et ille post paululnui iterum dixis eis : « Oportet me cum clumbis istis spleudidissimis evolare. wQuodicto, in pace obdormiens, virchristiani^simus pro Christi uomine exsul et pereifrinus, Chri.*ti cruce siguatu>: a pnregriuatioiie vit;e praiseutis redieus ad patriam, ad Domiiium emigravit. Theod., 1. c. — Dani? les Heures françaises du moyeu âge, ou appelle souvent le> auges chevaliers, amis de Dieu.

i. 1 1 septembre 1227.

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