‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 3)Chapitre 37 sur 63 · Voy. Indication des sources, édition en 2 vol. in-S · texte numérisé non relu

Voy. Indication des sources, édition en 2 vol. in-S

été transmis au pape * : il n'en s'en était pas contenté et avait prescrit un examen plus attentif, en demandant des témoig"nag-es plus précis et mieux certifiés -. De là sans doute la rédaction authentique transmise par maître Conrad contient la narration détaillée de trente-sept g-uérisons subites et surnaturelles, rédigée conformément aux ordres du pape, avec les détails les plus précis sur les lieux, les dates et les personnes, ainsi que sur les formules de prières qui avaient été employées. La plupart de ces récits sont empreints, à nos yeux du moins, du plus touchant intérêt. On y voit que les infortunés qui avaient recours à elle lui parlaient toujours le tendre et familier lang-ag-e que son extrême douceur et humilité avait autorisé

1. Le professeur Henke a découvert et, publié dans son très savant écrit sur Conrad de Marbourg (1861) cette première relation des miracles de la Sainte, très différente de celle qui a été publiée par Léon AUatius et dans les Analecta llassiaca de Kuchenbecker : elle est rédigée au nom de l'archevêque de Mayence, de trois abbés des Prémontrés, de deux prévôts, et d'un frère mineur nommé Ange : elle énumère très brièvement les miracles constatés par les dépositions recueillies lors de la solennité de la Saint-Laurent (10 août 1232), où l'affluence était si grande, dit la pièce en question, que les témoins pouvaient à peine approcher des prélats chargés de les entendre. Les cinquante-huit guérisons miraculeuses indiquées dans cette première relation sont réduites à trente-sept dans la seconde, beaucoup plus exacte et plus détaillée, laquelle fut rédigée d'après la demande expresse du pape.

2. Voir ses nouvelles instructions, à l'Appendice de la neuvième édition, p. 249.

pendant sa vie : « Chère sainte liilisabeth, » lui disait-on, « guéris ma jambe et je serai toujours ton zélé serviteur... » Ou bien : « Sainte dame et duchesse Elisabeth \je te recommande ma pauvre fille.» « 0 bienheureuse Elisabeth! » s'écriait une pauvre mère en ensevelissant le corps de son fils qui venait de mourir, « pourquoi ai-je perdu ainsi mon fils? Viens donc à mon secours, et faisle revivre. » Un instant après, le pouls de l'enfant recommença à battre, il revint à la vie, et, après avoir longtemps essayé do parler, il dit vers minuit : « Oùsuis-je, bien-aimée? » il nereconnaissait pas encore sa mère -.

Une autre pauvre mère, dont la fille était depuis cinq ans atteinte des plus cruelles infirmités, entre autres d'énormes tumeurs sur le dos et la poitrine, la (it porter au tombeau d'Elisabeth, et y resta avec elle deux jours en prières. Au bout de ce temps, voyant que ses prières n'étaient pas exaucées, elle murmura hautement contre la Sainte, en

1. Cara domina Elisabeth, saiia me in crure ineo, et semper iibenier serviam tibi... Cara domina sancla Elisabeth, sana oculos meos... Sancta domina iandgravia Elisabeth, meam filiam graticC tuie recommendo... A|i. Conr. Marb., p. Ii8, 144.

2. Beata Elisabeth, puerum meum qnomodo sic amisi? Succurre, et fac quod spiritus ejus redeat intra ipsum... Et his diclis puer revixil... Et puisus arteriarum vit;e reddita; indicium primuni fuit... Impotens loqui usque ad noctis médium, et tune dixit : Ubi sum, dilecta? et adhuc matreni non recosrnovit... I/jid., p. 126.

disant : « Puisque tu ne m'as pas exaucée, je détournerai tout le monde de venir à ton sépulcre *. » Elle partit ensuite de Marbourg- vivement irritée ; mais, après avoir fait un mille et demi, les cris et la douleur de sa fille Toblig-èrent de s'arrêter auprès d'une fontaine dans le village de Rosdorf; l'enfant s'y endormit quelques instants, et, lorsqu'elle s'éveilla, elle dit quelle avait vu venir à elle une belle dame dont le visage était tout resplendissant, dont les mains étaient toutes blanches et fines, et qu'elle avait doucement passé ses mains sur les parties les plus douloureuses de son corps, en lui disant : « Lève-toi et marche. » Et aussitôt la jeune fille s'écria : « 0 ma mère ! voici que je me sens délivrée dans tout mon corps!» Elles retournèrent ensemble au tombeau pour y rendre grâces à la Sainte, et y laissèrent le panier dans lequel la malade avait été apportée ^.

Un jeune homme dont les jambes étaient paralysées et qui avait en outre une cruelle douleur à

1. Mater irata murmiiravit contra dominam Elisabeth, dicens : Omiies avertam homines a visitatioiie sepulcri tui, quia non exaudisti me. Ibid., p. 130.

2. Resedit juxta fontem... fîlia exdolore corporis muitum plorante... Obdormiens parum, cum evigilasset dixit, se in somno quamdam dominam ad se venientera vidisse, cujus faciès splendida, manus graciles et candidae, quae manibus suis lenivit corpus ejus in dorso et pectore, et dixit : Surge et ambula... 0 mater, ecce jam resolvor in toto corpore meo... Sportam, in qaa puella portata fuerat, apud sepulcrum relinquentes. Ibid.

l'épine dorsale, se fit transporter dans un chariot au tombeau de la duchesse, où le mal qu'il avait au dos fut g-uéri : et comme on le ramenait chez lui : « Sainte Elisabeth, je ne retourne plus chez toi, à moins que par ta miséricorde je ne puisse y aller sur mes pieds ; mais j'irai bien si tu me donnes cette grâce *. » Quelques jours après, à la fête de la Toussaint, il se sentit guéri complètement et put accomplir sa promesse.

Nous nous arrêtons, presque à regret, dans ces récits, qui sont des témoig"nages si précieux de la foi et des mœurs de cette époque. Ce recueil des dépositions ne put être terminé que dans les premiers mois de l'année 1233, et son envoi ù Rome fut retardé par des causes qui nous sont restées inconnues. Avant qu'il eût lieu, Goniad avait péri victime de son zèle pour la foi. La hardiesse avec laquelle il accusait et poursuivait les seigneurs et les princes les plus puissants, lorsque leur foi lui semblait suspecte, avait depuis longtemps excité contre lui des haines et des rancunes redoutables, que la sévérité excessive et l'injustice évidente de quelques-uns de ses arrêts augmentaient chaque jour. Le 30 juillet 1233, comme il revenait de Mayence à Marbourg, il fut

1. Reductus in biga, uiiJe veiierat, ita dixil : Sancta Klisabelh, de cœlero ad te non veiiiam, uisi de tua misericoidia per me vadain : et ibo si fuerit milii data facultas. lOid. p. Ii3.

surpris près du villag-e de Kappel par plusieurs chevaliers et vassaux du comte de Sayn, qu'il venait d'accuser d'hérésie ; ils fondirent sur lui et regorgèrent. Les assassins voulurent épargner son disciple et compagnon frère Gérard, franciscain; mais celui-ci s'opposa à leur dessein, et embrassa si fortement le corps de son maître, qu'il leur fut impossible de tuer l'un sans l'autre '. Les corps de Conrad, de son ami et de douze autres prêtres laïques, victimes des hérétiques, furent transportés à Marbourg, au milieu des regrets du peuple. Il fut enterré dans la même chapelle que la sainte duchesse, sa fille en Jésus- Christ, et à peu de distance de sa pierre sépulcrale -'. La mort de Conrad, qui avait veillé aussi

1. Glutino caritalis corpori ejus adheerens simul cum eo periit : et qui in tota viia se amaverant, in morte non sunt separati, \n uno loco occisi, et uno loco sepulli, lioc est in basiiica B. Elisabetiiœ. Caesar. Heisierb., ap. Mss. Boll.

2. Les meurtriers de Conrad furent d'abord absous par le concile de Mayence; mais le pape Grégoire IX, par sa bulle datée de Pérouse, des calendes d'août i235, blâme sévèrement le concile de ce procédé: par une autre bulle, en date du même jour, il les absout lui-même moyennant une sévère pénitence. Labbe, Co7idlia, tom. XI, pars II, col 2346 et 2347. — Toutes les circonstances relatives à la mort de maître Conrad sont relatées avec beaucoup de soin et d'impartialité dans un savant opuscule du docteur E. L. Th. Henke intitulé : Conrad von Marburg, et publié à Marbourg en 1861. L'auteur remarque avec raison que la mort de Conrad mit un terme aux procédures inquisitoriales en Allemagne, où elles ne reparurent que lors des odieux procès de sorcellerie, au dix-sepiième siècle.

fidèlement à la gloire posthume d'Elisabeth, qu'à son salut pendant qu'elle vivait encore, fut un grand obstacle pour la canonisation que beaucoup de fidèles avaient désirée et espérée. Les pièces qu'il avait rassemblées furent négligées ou perdues, et le zèle qu'on avait témoigné pour cet intérêt populaire commença à se ralentir.

Toutefois le Seigneur ne tarda pas à susciter un nouveau et zélé défenseur de la gloire de son humble servante, et là même où cette protection semblait la plus inattendue. Des deux frères que le duc Louis, mari d'Elisabeth, avait laissés, et dont nous avons vu l'indigne conduite envers leur belle-sœur, l'un, Henri, gouvernait les duchés pendant la minorité du jeune Hermann, fils de Louis ; l'autre, Conrad, se livrait sans frein aux violences que pouvaient lui suggérer toutes les passions de la jeunesse. En 1232, à l'occasion d'une pénitence infligée par l'archevêque de Mayence à l'abbé de Reinhartsbrunn, protégé naturel de la maison de Thuringe, le landgrave Conrad fut tellement irrité contre le prélat, qu'il courut sur lui en plein chapitre à Erfurt, le prit par les cheveux, le renversa par terre, et l'aurait certainement poignardé si ses serviteurs ne l'eussent empêché. Mais, non content de ces excès, il se mit à ravager les possessions du siège de Mayence, et assiégea entre autres lieux la ville de Frilzlar. Il la prit d'assaut et, |>our se

venger des dérisions g-rossières qu'il avait eu à essuyer de la part des femmes de la ville pendant le siège, il y fit mettre le ieu, qui consuma la ville tout entière avec ses égalises, ses couvents et une grande partie des habitants.

Il se retira ensuite en son château de Tenneberg, près Gotha, où la main de Dieu ne devait pas tarder à le toucher. Un jour, il vit arriver une fille de joie, qui semblait tombée dans la plus profonde misère, et qui venait lui demander l'aumône . Le landgrave lui ayant reproché très durement l'infamie de sa profession, l'infortunée lui répondit que c'était la misère seule qui l'y avait forcée, et lui fit un tableau si déchirant de cette misère qu'il en fut ému au point de lui promettre de subvenir dorénavant à tous ses besoins, à condition qu'elle renoncerait à sa vie criminelle. Cet incident produisit une proionde impression sur son âme ; il passa la nuit suivante tout entière dans une agitation extrême, en réfléchissant combien il était plus coupable que cette malheureuse qu'il avait insultée, et que la seule pauvreté avait poussée dans le vice, tandis que lui, riche et puissant, faisait un si grand abus de tous les dons de Dieu. Le lendemain matin, il communiqua ses pensées à plusieurs de ses compagnons d'armes et de violence, et apprit avec surprise qu'ils avaient été agités par les mêmes réflexions : ils regardèrent aussitôt cette voix intérieure et

simultanée comme un avertissement du ciel, et résolurent de faire pénitence et de chang-er de vie. Ils s'en allèrent d'abord pieds nus à un pèlerinage voisin, à (îladenbuch, et de là à Rome, pour obtenir du pape même l'absolution de leurs péchés.

Arrivé à Rome (1233), le duc donna l'exemple de la pénitence la plus sincère et d'une fervente piété. Tous les jours il recevait à sa table ving-tquatre pauvres, qu'il servait lui-même. Le pape lui donna l'absolution, en lui imposant pour condition de se réconcilier avec l'archevêque de Mayence et tous ceux à qui il avait fait tort; de construire et de doter un monastère, au lieu de ceux qu'il avait brûlés ; de faire publiquement amende honorable sur les ruines de Fritzlar, et enfin d'entrer lui-même dans un Ordre religieux. Pendant qu'il se rap|)rochait ainsi de Dieu, le souvenir de son humble et sainte belle-sœur, de cette Elisabeth qu'il avait méconnue et persécutée, lui revint aussi dans la mémoire ; il résolut d'expier ses torts envers elle en travaillant à jiropager sa gloire; et, dans les entretiens qu'il eut avec le souverain pontife, il lui parla en détail de sa grande sainteté et demanda vivement sa canonisation.

A peine en Allemagne (1234), il s'empressa d'accomplir toutes les conditions de son absolution. Il se rendit à Fritzlar, où ceux qui avaient

échappé au massacre des habitants étaient revenus chercher un refug-e auprès des ruines du principal monastère : il se prosterna tout de son long- devant eux, et les supplia, pour l'amour de Dieu, de lui pardonner tout le mal qu'il leur avait fait. Il fit ensuite une procession pieds nus et une discipline à la main ; il s'agenouilla devant la porte de l'église, et tendit la discipline à la foule des assistants, en invitant tous ceux qui voudraient à la prendre et à l'en frapper. Une seule vieille femme obéit à cette invitation, et lui donna sur le dos plusieurs coups, qu'il endura avec patience. Il fit immédiatement reconstruire le monastère et l'ég-lise, et y établit des chanoines, en même temps qu'il concédait à la ville de Frilzlar d'importants privilèges. Il se rendit ensuite à Eisenach, où, de concert avec son frère Henri, il fonda un couvent de Frères prêcheurs, sous l'invocation de saint Jean, mais à l'intention spéciale de sa belle-sœur Elisabeth, et pour expier ainsi sa participation aux cruelles épreuves qu'elle avait eues à souffrir dans cette même ville d'Eise nach, lors de son expulsion de la Wartbourg-.

A dater de ce moment, il se dévoua aux intérêts de sa g-loire avec le même zèle que le défunt Conrad. On pouvait croire d'ailleurs que c'étaient les prières de sa belle-sœur, unies à celles de son frère, qui lui avaient mérité la g-ràce de comprendre ses fautes, et de mépriser, comme on

disait alors, le inonde dans sa fleu7\ S'élant décidé à entrer dans l'Ordre Teutonique, il prit l'habit et la croix de l'Ordre dans l'ég'Use même de l'hôpital de Saint-François, fondé par Elisabeth à Marbourg : il fit confirmer par son frère la donation qu'Elisabeth avait faite de cet hôpital, et des biens qui en dépendaient, à ces moines chevaliers ', et y ajouta toutes ses propres possessions en Hesse et en Thuringe. Il obtint en outre que cette donation fût sanctionnée par le pape, et que cet hôpital, devenu un des chefslieux de l'Ordre Teutonique, fût exempt de toute juridiction épiscopale et doté de plusieurs autres droits et prérogatives, le tout en Ihonneur de la duchesse Elisabeth qui y reposait, atin, était-il dit dans sa supplique au pape, ([ue ce corps sacré, célèbre par la vénération des fidèles, jouisse du privilège de la liberté.

Cependant il insistait surtout auprès du pontife pour obtenir une reconnaissance solennelle de la sainteté de sa belle-sœur et des grâces nombreuses

1. Nous n'avons pu réussir à fixer précisément 1 époque de cette donation dans la vie d'Elisabeth; mais son existence est reconnue par tous les actes des pontifes et des papes relatifs à cette fondation. La légalité seule de cette donation avait été contestée par le duc Henri, parce qu'il n'avait entendu céder à Elisabeth que l'usufruit des domaines situés à Marbourg, et non la propriété absolue. Voyez Airmanii, llislorisch. diplomalischcr Sachrichte von der ersien Ankunft des deutsclien Ordens :u Mariiirg, cité par Justi, p. l'jl 190.

que Dieu accordait chaque jour à son intercession. Le pape céda enfin à ses instances ; et voulant, dit un contemporain, que la pieuse simplicité de l'Église militante ne fût pas trompée si les faits avancés n'étaient pas prouvés, mais aussi que l'Église triomphante ne fût point frustrée de sa gioire si la vérité se trouvait d'accord avec la renommée', il chargea, par un bref daté du 5 des idées d'octobre de l'année 1234, l'évéque de Hildesheim et les abbés Hermann de Georgenthal et Raymond de Herford, de procéder à un nouvel examen des miracles attribués à Elisabeth. Dans ce bref-, il ordonnait aux trois commissaires de lui envoyer le résultat de l'examen dont il avait autrefois chargé l'archevêque de Mayence et maître Conrad; et dans le cas où ils ne trouveraient pas ces pièces, de recueillir par écrit les dépositions des mêmes témoins et de tous les autres, et de les lui faire parvenir dans le délai de cinq mois après la réception de la lettre. L'évéque et ses collègues, dociles aux ordres du souverain pontife, firent publier dans tous les diocèses circonvoisins le bref, en indiquant un jour où tous

1. Ut si forsan opinioni res minime respoiideret, non circumveniretur pia simplicitas Ecclesite militautis, si vero fama veritatis viribus et suffragio niteretur, débita laus non negligeretur Ecclesite triumphantis. Pré^mijule de la déposition des quatre suivantes, p. 2007.

2. Ce bvef est donné en entier dans l'Appendice, n" viu, de la neuvième édition, en 2 vol. in-8".

les fidèles qui avaient connaissance de quelque guérison obtenue par les prières de la duchesse eussent à se trouver à Marbourg-, pour en déposer avec l'attestation de leurs prélats et curés. Au jour marqué, les commissaires apostoliques se rendirent eux-mêmes à Marbourg, où ils trouvèrent réunis plusieurs milliers de personnes venues de toutes les parties de l'Europe : ils s'adjoignirent plusieurs abbés de Gîteaux et de Prémontré, un grand nombre de prieurs et de frères mineurs et prêcheurs, de chanoines réguliers, de religieux de rOrdre Teutonique, et dautres hommes doctes et prudents. Les témoins vinrent déposer, après avoir prêté serment devant cet imposant tribunal ; leurs dires furent scrupuleusement pesés et examinés par des légistes et des professeurs de droit. On ne trouve pas les noms des témoins qui se présentèrent cette fois*, à l'exception des quatre suivantes de la duchesse : Gutta. qui lui avait été attachée alors quelle n'avait encore que cinq ans; Ysentrude, sa confidente et sa meilleure amie:

1. Rutebeuf, poète frauçais à peu près coulempurain de la Sainte, et (|ui a écrit sa vie, nous dit qu'il ne nomme point le^ témoins parce qu'ils avaient tous des noms allemands :

Dont je pas les noms ne vos Doiiie...

Go ils ne fussent alleniant, Les noinasse; mais ce seroit Tons perdu qui les noiumeroit.

Plustoit l-'s iiiiinasse et a sois.

Ce ne fust langage transois.., ï'reudhomine furent et créable.

Elisabeth et Irmengarde, qui l'avaient servie pendant son séjour à Marbourg-. Ce fut alors qu'elles vinrent raconter toutes les quatre ce qu'elles savaient sur la vie de leur maîtresse : ces inappréciables récits nous ont été conservés dans leur entier \ et nous ont fourni la plupart des traits intimes et touchants de cette narration. Les dépositions de la plupart des autres témoins portaient sur les miracles obtenus par son intercession ; parmi le nombre immense qu'on en rapporte, il faut remarquer la résurrection de plusieurs morts ^. Cent vingt-neuf dépositions furent jugées dignes d'être recueillies, transcrites et munies des sceaux de l'évêque de Hildesheim et des autres prélats et abbés, pour être envoyées à Rome. Bernard de Buch, Salomon Magnus, frère prêcheur, et frère Conrad, de l'Ordre Teutonique, ci-devant landgrave, et beau-frère de la défunte, furent désignés pour porter au pape le résultat de l'examen qu'il avait prescrit, ainsi que celui qu'avait fait trois ans auparavant maître Conrad. Ils étaient en même temps porteurs des lettres d'un grand nombre d'évêques et d'abbés, de princes, de princesses et de nobles seigneurs, qui suppliaient tous humble-

Page 1