ligo miilavi stalum meum
■i. Ap[)rehensa ile.\tera frairis, qaa f.aterniiatem spopoii-
Mais de plus grands prodiges eurent lieu près de sa tombe, dès les premiers jours qui suivirent ses funérailles. Des malheureux atteints par de pénibles infirmités, des sourds, des boiteux, des aveugles, des insensés, des lépreux, des paralytiques, qui étaient venus, peut-être la croyant vivante encore, implorer sa générosité, s"en retournaient entièrement guéris, après avoir prié dans la chapelle où elle reposait. Les récits contemporains nous ont conservé le détail authentique de ces guérisons ^ : nous n'en citerons qu'une seule, telle qu'elle fut racontée, sous la foi du serment, aux juges apostoliques : elle donnera une idée des autres. Un homme de Marbourg, nommé Henri, et âgé de quarante ans, avait depuis quelque temps la vue si faible, qu'en marchant il prenait souvent les champs de blé pour le grand chemin, ce qui lui attirait les moqueries de ses camarades. Enfin il devint tout à fait aveugle, et fut obligé de se laisser conduire partout où il voulait aller. Il se fit alors mener au tombeau de celle qu'on appelait déjà
derat, quam molendinum confregeral, saiiavit eum. Qui ad tactum tanquam dolens expavens repente evigilavit... In suée salutis procuratrice Dominum benedixit,
1. Oa peut voir surtout dans le récit de la mort d'Elisabeth, inséré dans Mariène, CoUectio amplissima, p. 1, 1255,-36, l'énumération des guérisons miraculeuses qui suivirent immédiatement son décès, avec la date du jour de chacune. On y remarque plusieurs personnes guéries de la rage.
Vheureuse Elisabeth, et il lui fit un vœu en lui offrant deux cierg-es. Les commissaires du Saint- Siège lui demandèrent de quelles paroles il s'était servi pour l'invoquer ; il leur répéta celles-ci : « Cher dame sainte Elisabeth, g'uéris mes yeux et je serai toujours ton fidèle serviteur, et je paierai chaque année de ma vie, deux deniers à ton hôpital. » Et aussitôt la vue lui revint plus claire qu'il ne l'avait jamais eue. C'était le quinzième jour après la mort de la Sainte.
Plus le bruit de ces prodiges se répandait dans les environs de Marbourg-, et plus on voyait s'accroître la foule des malheureux de toute sorte qui venaient solliciter la g'uérison de leurs maux divers : la miséricorde divine ne faisait pas défaut à la foi du peuple chrétien, et chaque jour elle accordait, aux prières de ceux qui prenaient Elisabeth pour avocate, des grâces plus nombreuses et plus évidentes. Ce n'était pas seulement des diocèses voisins de Mayence et de Trêves qu'on voyait accourir les malades et les âmes souffrantes ; il en venait chaque jour des provinces plus éloignées, de Cologne, de Brème, de Magdebourg. Ceux qui se retiraient consolés ou guéris étaient aussitôt remplacés par de nouveaux venus qui s'en allaient bientôt tour à tour, annonçant les puissantes miséricordes du Seigneur à ceux qu'ils rencontraient en route. « J'y ai été moi-même vers cette époque, » dit le moine Goesarius, « et jamais
de ma vie je n'avais vu tant de monde à la fois qu'il y en avait à Marbourg et dans les environs. On pouvait à peine se frayer un chemin pour entrer dans l'église ou pour en sortir i. »
Maître Conrad, attentif aux éclatants résultats d'une vie dont il se sentait en quelque sorte responsable, et dont il pouvait s'arroger ajuste titre une partie de la gloire, n'hésita pas à faire connaître au pape Grégoire IX les merveilles dont la puissance divine entourait le tombeau de la glorieuse défunte et la vénération toujours croissante du peuple, en lui proposant de constater et de déclarer solennellement ses droits à l'invocation des fidèles. Ce grand pape, qui, malgré ses quatrevingt-dix ans, avait le cœur tout jeune d'amour et de sollicitude pour l'honneur de Dieu et de TÉglise, qui avait déjà eu le bonheur de canoniser saint François d'Assise, et qui en cette même année avait inscrit à côté de lui dans le ciel son plus illustre disciple, saint Antoine de Padoue, répondit à la proposition de Conrad, avec un affectueux empressement, mais en même temps avec une
1. Aliis recedeiuibus, alii occuirebaiit, sanitatera consecuti, Dei virtutem venieutibus nuntiabant... Ego circa idem tempus ibi fui, et non recordor me in tota vita mea tautum simul vidisse populum, quantum in oppido Maiburg et circa illud tune temporis aspexi. Vix aliquis in ecclesiam sine magno labore intrare vel exire poiuit. Csesar. Heisterbach, ap. Mss BoUand., dans un sermon cité tout au long par M. Stêedler, à la fia de sa traduction.
apostolique prudence. « Nous avons appris par ta lettre, lui écrivait-il, cher fils Conrad, avec des larmes d'une douce joie, comment ce g-lorieux ouvrier dont rien ne limite la puissance a béni sa servante Elisabeth d'illustre mémoire, en son vivant notre très chère lille en Jésus-Christ et duchesse de Thuringe; comment de faible et fragile qu'elle était par la nature, il l'a rendue, par le don de sa grâce, robuste et inébranlable dans le culte de son nom divin; et comment, après l'avoir admise dans l'assemblée des Saints, il manifeste par des signes glorieux la béatitude qu'il lui a accordée *. » Toutefois le pontife, se souvenant que tout ce qui reluit n'est p((S or, et voulant lever tous les doutes des esprits soupçonneux, ordonna à l'archevêque de Mayence, à l'abbé d'Eberbach, et à maître Conrad, de recueillir des témoignages publics et solennels sur tout ce qui, dans la vie de la duchesse, avait pu être agréable à Dieu et aux hommes, ainsi que sur les miracles qui avaient suivi sa mort, et, après avoir rédigé par écrit ces diverses dépositions et les avoir munies de leurs sceaux, de les envoyer à Rome par des messagers fidèles. Il prescrivit en même temps l'ordre et la
1. Sane cum lœlitia dulcium lacrymarum concursibus comitata, dilecte (ili Conraile, ex litteris tuée devotioiiis accepimus, quod ille artifex gloriosus, etc. Voyez l'original de ce bref, dans toute son étendue, au n° vu de l'Appendice de l'édition en 2 vol. in-8°.
méthode qu'il fallait suivre dans l'examen des témoins, en y mettant un soin et un esprit de détail qui prouvent toute la sollicitude et la sage réserve avec laquelle il entamait cette délicate matière.
Cependant l'archevêque Sigefroi de Mayence, dans le diocèse duquel étaient situés la ville de Marbourg et le tombeau d'Elisabeth, avait été également frappé par les merveilles que la bonté divine faisait éclater au sein de son troupeau. A la prière de maître Conrad et d'après une révélation qui lui fut faite dans une vision, il se rendit à Marbourg et y consacra solennellement, le jour de la fête de saint Laurent (10 août 1232), deux autels que les fidèles avaient construits en l'honneur d'Elisabeth dans l'église même où elle était enterrée. Une immense multitude s'y était rassemblée, tant pour assister à cette cérémonie que pour écouter le sermon que maître Conrad devait prononcer en l'honneur de son illustre pénitente. Pendant que celui-ci prêchait, il lui vint à l'esprit qu'il ne pourrait jamais y avoir d'occasion plus favorable pour satisfaire aux vœux du souverain pontife; et aussitôt, sans y avoir plus longtemps réfléchi, il enjoignit à tous ceux qui, parmi les auditeurs, auraient obtenu quelque guérison ou faveur céleste par l'invocation de la duchesse, de se présenter avec leurs témoins le lendemain, à l'heure de prime, devant l'archevêque deAIayence
et les autres prélats qui étaient venus assister à la dédicace des autels. A l'heure fixée on vit arriver un nombre considérable de personnes qui affirmaient toutes qu'elles avaient reçu des grâces par l'intercession d'Elisabeth. L'archevêque, étant pressé de retourner à cause de certaines aifaires très importantes, se borna à faire écrire les faits les plus remarquables et les plus avérés : il ne put les sceller, pas plus que les autres prélats, parce qu'ils n'avaient pas leurs sceaux avec eux. Maître Conrad copia mot à mot toute cette série de déyositions, en recueillit lui-même plusieurs autres, toujours sous la foi du serment, et après avoir relu l'ensemble à l'archevêque de Mayence et à l'abbé d'Eberbach, qui n'ytrouvèrent rien à chang-er *, il l'envoya au pape, en y ajoutant un résumé delà vie dÉlisabeth d'après ses propres souvenirs. Ce précieux monument nous a été conserve -, et forme la source la plus ancienne où doive puiser l'historien de la Sainte.
Un autre récit, recueilli à l'occasion delà même solennité, dénombrait cinquante-huit miracles obtenus par l'intercession de la Sainte, et avait
1. Séries subnotata quam de verbo ad verbum compilatam eçro Conradus humilis pi-redicator vobis proximo destinavi; nec riuippiam mine au(iitum inovit coiiiscieiitias nostrum irium ad variaiidum seu minuendum aliquid circa liane seriem. Préambule de la lettre de Conrad, p. lUS.