Das waltGott! Dast ist S. Elisabetheu Heilligthuml
digne petit-fils d'une sainte, se tournant vers le commandeur : «C'est lourd, monsieur le commandeur : je voudrais bien qu'il n'y eût que des écus ! mais il y en aura là, de bons vieux florins de Hongrie ' . — Je ne sais pas ce qu'il y a ; de ma vie je ne me suis approché de si près, et plût au ciel que je n'y fusse pas aujourd'hui - !» La châsse étant ouverte, le landgrave y plongea les mains, et en retira une cassette longue de cinq quarts d'aune, doublée de damas rouge, qui contenait les ossements de la Sainte : il les prit et les remit à un officier de sa maison nommé de Kollmatsch, lequel les jeta dans un sac à fourrage -^quetenait un domestique, et les fit porter aussitôt au château. Le landgrav e découpa ensuite lui-même un morceau de la châsse, qu'il croyait d'or massif, et le fit essayer par un orfèvre : quand on lui dit que ce n'était que du cuivre doré, il dit : « Voyez ces prêtres comme ils trompent les gens! Ils font ce cercueil de cuivre, et ont gardé tout l'or pour eux. » Puis il
mein Gebeines, ibre Knochen! Komm her, Muhme Eltz ! Das i?t meiue Altermuter ! » Ibid,
1. « Herr Commthur! es ist schwer, wolte wunscheu, das es eitel Kronen weren, eswerdeiider alten ungarschen Gulden seyn! » Ibid.
2. « Er wûsste uicht, was darinnen er sej-, seine Lebtage nicht sonohdabei gekammen, und wolte Gott, erware auch jetzo nicht zo nahe dabei ! » Ibid.
3. Welcher solche in einen beysich gehabten Futters;;k steckte. Ibid.
s'aperçut qu'il manquait le chet de la sainte ; et après beaucoup d'insistance, il obligea le commandeur de lui montrer une armoire secrète de la sacristie, où cette tête était renfermée avec la couronne et le calice d'orque l'empereur Frédéric lui avait consacrés le jour de sa translation solennelle trois cents ans auparavant. Philippe fit aussitôt emporter ces objets précieux au château et on ne les a plus revus,
C'est cet homme que les protestants ont surnommé Philippe le Généreux.
En cette même année 1539, il obtint une dispense sig-née du docteur Martin Luther et de sept autres théologiens évangéliques assemblés à Wittemberg-, pour prendre une femme en sus de celle qu'il avait déjà, et qui lui avait donné un grand nombre d'enfants. Faut-il s'étonner de ce que depuis lors l'antique et glorieuse maison de Hesse soit tombée, dans ses branches protestantes, au point de vivre pendant un siècle du prix de ses sujets qu'elle vendait à l'Angleterre pour être em ployés à combattre les sauvages de l'Amérique.
Les ossements de la Sainte furent enterrés peu après dans un lieu inconnu de tous, excepte du landgrave et de deux de ses confidents. En 1540, sous prétexte de dérober aux dangers de la guerre la précieuse châsse, il ordonna qu'elle fût déposée au château de Ziegenhayn. Mais deux ans après, cédant aux instances du commandeur Jean de
Rehen, l'empereur Charles-Quint, renouvelant Tordre qu'il avait donné dès l'année même du sacrilège, obligea Philippe, qu"il avait fait prisonnier à la bataille de Mûhlberg, de faire rapporter à Marbourg cette propriété sacrée, et de restituer à l'église les reliques de sainte Elisabeth. On les déterra, et le même Georges de Kollmatsch, qui les avait emportées lors du sacrilège, dut les remettre au commandeur. Cependant elles ne furent pas replacées dans la châsse : d'après la quittance qu'en délivra Jean de Rehen le 12 juillet 1548, il en manquait dès lors une grande partie, et, à dater de cette époque, on en perd la trace certaine. Une tradition invétérée veut que le commandeur les ait fait enterrer dans un coin reculé de l'église, laquelle, étant dès lors abandonnée aux réformés, ne pouvait offrir un lieu propre à la vénération des reliques d'une sainte. La commanderie elle-même, dont le siège était à Alarbourg, était dévolue alternativement à un chevalier catholique et à un chevalier luthérien. Un interrogatoire judiciaire, du 81 mai 1634, constate qu'à cette époque on venait de s'apercevoir de l'efîraction de la pierre devant le maître-autel, et sous laquelle on croyait que les ossements de la Sainte étaient déposés : on n'y dit pas que tous ces précieux restes aient été enlevés, mais cela semble résulter de l'ensemble de ces interrogatoires. En 1718, un rapport adressé à l'électeur de Trêves,
grand-maître de TOrdre Teutonique, par l'archiviste de l'Ordre, daté de Mergenheim, le 18 juillet, constate que, d'après les renseignements pris sur place, les reliques avaient récemment été trouvées près de la tombe du landgrave Conrad, dans une caisse de fer, pendant qu'on y creusait une fosse pour un chevalier qui venait de mourir, et qu'on les avait aussitôt replacées au même endroit ^ Vers 1840 on commença des fouilles sous les pierres situées devant le maître-autel, mais sans rien trouver.
Pendant les restaurations de l'église opérées à la suite de l'inondation de 1847, en procédant aux excavations nécessaires pour la repose du tombeau de Conrad, le beau-frère de notre Sainte, dans le bras droit ou méridional du transsept, on trouva le 20 juillet 1854, un cercueil de pierre contenant une boîte de plomb, et dans cette boîte divers ossements avec la portion d'un crâne. On dressa procès-verbal de cette découverte; mais le cercueil fut aussitôt replacé dans la terre au lieu où il avait été trouvé, devant l'autel de saint Jean- Baptiste. Plusieurs crurent que ce cercueil devait contenir les ossements de sainte Elisabeth, conformément à la tradition déjà mentionnée qui maintient que ces restes sacrés n'ont pas quitté
1. Le texte du rescrit de l'électeur graud-maîtrc et de la répouse de larchlviste a été publié dans les Uistorische polilische BlœtU-7- de Munich, t. XLVIII, p. 798. 1S61.
l'église. L'autorité ecclésiastique ne s'étant pas prononcée à ce sujet, et n'ayant même ordonné aucun examen, la prudence exige qu'on s'abstienne comme elle de prononcer '.
Il est du reste certain que les reliques de la sainte ne furent pas intégralement déposées à Marbourg, puisque, comme on l'a vu plus haut, la duchesse Sophie, fille d'Elisabeth, portait avec elle une côte de sa sainte mère, sur laquelle elle faisait prêter serment.
Vers la fin du seizième siècle, à une époque où l'Espagne faisait beaucoup de frais et d'efforts pour sauver les reliques des saints qui se trouvaient dans les pays envahis par 1 hérésie, la pieuse infante Isabelle-Claire-Eugénie, gouvernante des Pays-Bas, dont la mémoire est encore aujourd'hui si populaire en Belgique, acquit le crâne avec plusieurs ossements de sa sainte patronne, et les fit transporter à Bruxelles et
1. Voir sur ce sujet deux opuscules intéressaut^, dout voici les titres : 1° Die Wierauffindunrj der Gebeine der h. Elisabeth, vou Anton Scharfenberg. Maiuz, 1835. — 2° Ueber die Auffindung der Beliquiens der h. Elisabeth , von D' B. Dudek. 0. S. B. Wiea. 1858. Uu troisième travail, publié en 1861 dans le tome XLVIII des Historischen poiitischen Blatter de Munich, conclut à l'authenticité des reliques retrouvées en 1851. Ou y voit que l'évêque de Fulda, diocésain actuel de Marbourg, avait réclamé de nouvelles recherches, auxquelles s'est refusé le gouvernement de l'électeur de Hesse.
DE SAINTE ELISABETH DE HONGRIE 3i5
déposer chez les Carmélites ' ; le crâne l'ut plus tard envoyé au château de la Roche-Guyon en France, d'où il a été, en 1830, transféré à Besançon par le cardinal duc de Rohan -, Une portion a été envoyée jusqu'à Bogota, dans l'Amérique méridionale. Un de ses bras fut envoyé en Hongrie; d'autres portions de ses reliques se voyaient encore à Hanovre, à Vienne, à Cologne, et surtout à Breslau, dans la riche chapelle que lui consacra en 1080, le cardinal Frédéric de liesse, évêque de cette ville et un de ses descendants. On conserve dans cette même chapelle le bâton en bois noir qui lui servit d'appui lors de son expulsion de Wartbourg--'. Nous avons déjà parlé de son verre qui est à Erfurt, de sa robe de noces qui est à Andechs, de sa bague d'alliance qui est à
1. Sanderi, Chorographia Biabantiœ, t. II, p. 348 et notes des M?s. Bollandistes à. Bruxelles. Le courent des Carmélites a disparu avec tant d'autres .<;ous les coups du vandalisme démocratique et la trace de ces précieuses reliques a été perdue, mal^'ré les effort de M. Staedtler pour les retrouver. Voj'ez sa traduction allemande, p. 491.
2. Ou le vénère aujourd'hui à l'hôpital de Saint-Jacques dans cette ville.
3. Ce bâton a été mouté eu argent, et garui de bandelettes eu spirale du même métal, oîi se trouve la généalogie de la maison de liesse, depuis sainte Elisabeth jusqu'au cardinal Frédéric. Justi, p. 2aS. M. Guénébault possède une curieuse gravure où cette relique est représentée dans un reliquaire, avec celle de plusieurs autres saints. Il y a un bâton semblable à Dessau, qui porte la descendance de la maison d'Anhalt.
Braunfels, avec son livre d'heures, sa table et sa chaise de paille. Enfin on montre à Tongres son voile, et au couvent des sœurs de Saint-Charles à Goblentz, une chemise qu'elle avait teinte de son sang-, en se donnant la discipline.
En 1833, M. le comte de Boos-Waldeck possédait un bras de la Sainte, provenant de l'abbaye d'Altenberg ; il l'avait offert en vente à plusieurs souverains qui la comptent parmi leurs aïeux, mais il ne trouvait pas d'acheteurs ! Cette précieuse relique a enfin trouvé un asile dans la chapelle du château de Sayn, grâce à la piété de la princesse Léonille de Wittgenstein, à laquelle le comte de Boos l'a remise en 1851.
A Marbourg, on ne montre d'elle aujourd'hui qu'une grande tapisserie à laquelle on dit qu'elle a travaillé, qui représente l'histoire de l'Enfant prodigue, et dont on se sert pour la cérémonie de la sainte communion, selon le rite luthérien. Sa châsse vide depuis trois siècles fut, comme on l'a déjà dit, emportée à Cassai sous le règne du roi Jérôme, puis ramenée à Marbourg, en 1814, et replacée dans la sacristie ^ La magnifique église qui lui a été consacrée, vouée depuis 1539 au culte
1. M. Stsedtler remarque avec beaucoup de raison que les écrivains modernes de rAUemagne ne se font pas faute de s'élever contre le vol des pierres précieuses de lâchasse commis par les Français, mais qu'ils ne trouvent pas le plus petit mot de blâme pour la profanation sacrilège des reliques dont cette châsse n'était que Tenveloppe.
qui reg-arde l'invocation des saints comme une idolâtrie, n'a jamais depuis lors retenti d'un seul hommag-e public en son honneur.
Ainsi cette âme, si clièreau ciel et à la terre, n'a point eu le sort de tant d'autres saints, dont la dépouille est restée jusqu'à ce jour au sein du peuple fidèle, entourée du culte et de l'amour des générations successives, à l'ombre des autels où se célèbre chaque jour le sacrifice sans tache. Au contraire, tout le pays qu'habitait cette sœur des anges a trahi sa foi ; les fils du peuple qu'elle atantaimé, tant consolé, tant soulagé, ont méconnu et renie sa puissante protection. LaThuringe, où elle vécut jeune fille et épouse; la Hesse, où s'écoula son veuvage, ont toutes deux renoncé au catholicisme. L'orgueilleuse empreinte de Luther est venue ternir les purs souvenirs de ce château de Wartbourg, à jamais sanctiliéparsa pieuse enfance, par les épreuves de sa jeunesse, par cette union conjugale sans rivale danssa tendresse et sa sainteté. Du haut de ses vieilles tours d'où planait sur toute la contrée son infatigable amour, l'œil du voyageur cherche en vain une église, une chaumière catholique. A Eisenach, dans cette ville où elle a si bien représenté le Christ par sa charité et ses soullrances, il n'y a pas un seul catholique pour l'invoquer, pas un autel, pas une pierre sainte où l'on puisse s'agenouiller pour honorer son doux nom et invoquer une bénédiction sur un
pèlerinage à elle consacrée Enfin dans la ville même où elle est morte, où tant de milliers de pèlerins sont venus honorer ses reliques, où le marbre est encore tout usé et creusé par leur foi, sa vie n'est plus qu'un fait historique, et le peu de catholiques qui s'y trouvent n'ont pas même une messe le jour de sa fête - 1 Sa tombe même n'a pas été respectée, et parmi ses descendants il s'est trouvé un homme qui en a arraché ses os, en l'insultant ^.
N'est-ce donc point pour tout catholique un
1. Ceci était vrai quand nous avons visité cette ville pour la i^remière fois ; mais depuis, et grâce au zèle de M. Plaff, évêque de Fulda, il y a maintenant à Eisenach une chapelle catholique sous le vocable de sainte Elisabeth.
2. Depuis 1811, grâce à la conquête française et à la constitution nouvelle, l'exercice du culte catholique, sévèrement i nterdit pendant trois siècles par la tolérance protestante, est autorisé à Marbourg. Il y a une petite église catholique et environ trois cents fidèles; mais le curé qu'on y a placé se borne à dire la messe le dimanche, et, quand nous lui avons demandé, le jour même de la fête de sainte Elisabeth, s'il ne disait pas la messe en son honneur, il nous a répondu qu'il n'y avait jamais songé.
3. En Allemagne, comme en France, la fausse science et l'histoire rationaliste n'ont jamais manqué d'apporter leur
concours à Tœuvre sacrilège delà violenceet delà cupidité. En 1837, trois cents ans après l'attentat de Philippe le Généreux, un historien éminent de l'école moderne, JVI. Lûden, a imprimé ce qui suit, au tome XII, liv. XXVI, c. xi, de son Histoire des Allemands : u Elisabeth était une femme exaltée, qui n'a su trouver d'autres calmants pour ses nerfs que les spasmes d'une religion convulsive... »
devoir que de lui rendre iiommag-e, que de cherciier à réhabiliter sa gloire et à lui offrir le tribut de son zèle et de son amour, fût-ce même sous la forme la plus insignifiante ? C'est ce qu'a bien senti le pauvre capucin que nous citons à regret pour la dernière fois, lorsqu'il disait, au milieu du dixseptième siècle : « En visitant cette grande et belle église et ce riche tombeau de la Sainte, jai eu le cœur percé de douleur en les voyant entre les mains des luthériens, et désormais si honteusement dépouillés de leur ancienne splendeur. Oh ! je m'en suis plaint à Dieu tout-puissant dans le ciel, et j'ai recommandé de mon mieux à sainte Elisabeth d'y mettre ordre. Mais aussi par compensation de tout l'honneur que les non-catholiques ne te rendent pas, devons-nous t'honorer d'autant plus, t'invoqucr avec une ferveur redoublée, ô glorieuse servante de Dieu ! et nous réjouir à jamais de ce que Dieu t'a retirée dès ton enftince du fond de ta Hongrie, pour te donner à notre Allemagne, comme le plus précieux des bijoux. » On lui a du reste laissé, même dans les pays qui ont oublié ou renié sa gloire, un hommage peutêtre le plus doux et le plus aimable de tous ceux qu'elle a jamais reçus; on a laissé aune petite fleur, tout humble et modeste comme elle, le nom de ficure/te iV Elisabeth * : elle ferme son calice le
1. EUsahethenblûmchen ; c'est un des nombreux noms donnés eu Allemagne à la fleur dite cytiis helianthemutn en
soir, lorsque la lumière du soleil disparaît comme Elisabeth savait fermer soa âme à tout ce qui n'était pas un rayon de la grâce et de la lumière d'en haut.
Que nous serions heureux si ce faible témoignag-e que nous cherchons à rendre à sa g'ioire pouvait être agréé par elle, comme a dû l'être le sentiment de pieuse et confiante affection qui a autrefois porté quelques paysans catholiques à donner son nom chéri à la fleur qu'ils aimaient !
Aussi bien qu'il nous soit permis, avant de donner congé à ces pauvres pages, d'élever une dernière fois notre cœur et notre humble parole vers vous, ô douce Sainte I vous, qu'après tant d'âmes ferventes, nous oserons nommer aussi no^re chère Elisabeth! 0 bien-aimée du Christ! daignez être la céleste amie de notre âme, et l'aider à devenir l'amie de votre Ami! Tournez vers nous, du haut des cieux, un de ces tendres regards qui, sur la terre, guérissaient les plus cruelles infirmités des hommes. Nous sommes venus, dans un siècle sombre et froid, nous éclairer à votre lumière sainte, nous réchauffer au foyer de votre amour; et vous nous avez recueillis, et votre pensée nous a donné maintes fois la paix. Soyez bénie pour tant de précieuses larmes que nous a values le récit de
latin, /Zew/' du soleil ou herbe d'or eu français, flore del sol en italien etc. Nemûich^s Catolicon, oder poli/glotten Lexicon der Naturgeschichte .
VOS peines et de votre patience, de votre charité et de votre angélique simplicité, pour tant de travaux et d'errements que vous avez protég-és, tant de jours solitaires que vous avez peuplés, tant d'heures tristes que votre imag-e a pu seule charmer. — Soyez-en bénie à jamais, et daig-nez bénir à votre tour le dernier venu et le plus indig-ne de vos historiens.
Respondens Jésus dixit : Confitebor iiM Pater domine cœli et terrœ, quia abscondisti Tiœc a sapieniibus et prudentibus, et revelasti ea parvulis.
18 juillet 1S39.