‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 3)Chapitre 53 sur 63 · FURENT PROFANÉES ET AUSSI DE LA FIN DE CETTE HISTOIRE · texte numérisé non relu

FURENT PROFANÉES ET AUSSI DE LA FIN DE CETTE HISTOIRE

Ave, gâintna speciosa, Mlilierurn sidus, rosa, Ex regali stirpe nata, Nunc in coelis coronata :

Salve, Rosa pietatis :

Salve, flos Hungariae ; Salve, fulgens margarita :

In cœlesti sede sita ; Roga regem Maje>tati3 Ut nos salvet hodie, Lumen niittens caritalis Ac cœlestis gratiœ.

Ancien office de sainte Elisabeth.

Au milieu du bassin qu'arrose le cours sinueux de la Lahn, une éminence se détache en s'avançant de la chaîne des hauteurs qui l'entourent. L'ancien château gothique de Marbourg, construit parle petit-fils d Elisabeth, en couronne le sommet ; les maisons et les jardins de la ville et de l'université se groupent en terrasse sur ses

flancs et à ses pieds : Jes deux sveltes tours et les hautes nefs de l'église de Sainte-Elisabeth s'élèvent entre la racine du mont et les bords de la rivière, qui s'arrondit pour enlacer l'enceinte de la ville. Hors de ses portes, de vertes prairies, de charmants jardins, de longues et belles allées, attirent le voyageur, et le conduisent jusque sous les vieux ombrages qui couvrent les collines environnantes, d'où il peut jouir à son aise de la rare beauté de ce coup d'œil. Nous ne savons si c'est notre affection pour tout ce que la mémoire d'Elisabeth a sanctifié qui nous égare, mais il nous semble n'avoir jamais rencontré hors de l'Italie, un site plus pittoresque, plus attrayant, plus d'accord avec les souvenirs que l'on sait s'y rattacher. De quelque côté qu'on se dirige dans les environs de Marbourg, en tournant les yeux vers la ville, on retrouve toujours la même beauté sous des aspects infiniment variés : le caractère suave et pur des bords de la Lahn, les admirables proportions de la cathédrale, son élévation majestueuse au-dessus de tout ce qui l'avoisine, la disposition gracieuse et pittoresque de toutes les vieilles maisons, ainsi que des tours du vieux château, tout séduit et enchaîne la vue : on croit voir réalisé un de ces charmants paysages que les miniatures des anciens missels, que les tableaux des écoles de peinture catholique nous offrent encore dans les lointains des scènes qu'ils représentent.

Il nous semble donc impossible de ne pas aimer et admirer cette belle ville de Marbourg-, même en y arrivant comme nous l'avons fait d'abord, sans aucune idée du trésor qu'elle renferme ; mais combien plus encore lorsqu'on y lecberche les traces de la chère Elisabeth, lorsqu'on y rencontre partout ses souvenirs, qu'on y trouve son nom dans toutes les mémoires et sur toutes les lèvres, comme sur tous les monuments ; On a conservé des parties très anciennes du couvent et de l'hospice qu'elle fonda et où elle mourut : ces constructions, aujourd'hui déj^radées, qui ont longtemps servi de siège au grand bailliage de l'Ordre Teutonique en liesse, entourent l'église, la séparent de la rivière^ et forment encore un ensemble antique et pittoresque. Un remarque surtout un grand bâtiment, avec pignon en gradins, appelé la fimaney (infirmerie), où une tradition constante, appuyée par plusieurs historiens, place le lieu même de sa mort. La porte de la ville la plus voisine de l'église s'appelle la porte Sainte-Elisabeth; à quelques pas en dehors, sur la route qui conduit au joli village de Wehrda, où elle passa les premiers temps de son séjour à Marbourg, on voit une fontaine à triple jet, »[u'on appelle Elisabet/tsbrunn. C'est là qu'elle lavait elle-même le linge des malades : une large pierre bleue, sur laquelle elle s'agenouillait pendant ce rude travail , a été transportée dans l'église et s'y voit encore.

Un peu plus loin, on arrive au pont d'Elisabeth, puis au moulin d'ElisabeiJi, constructions dont l'origine est sans doute contemporaine de la Sainte. De l'autre côté de la ville, la chaussée du pont que l'on traverse en venant de Gassel conduit jusque devant l'église, en passant au pied du mont où est construit le château, et le long" des charmants ombrages du jardin botanique : cette chaussée s'appelle encore la Pierre des Pèlerins [Pilgrimstein] ; c'est un souvenir des longues files de pèlerins que les habitants de Marbourg ont vus pendant trois siècles arriver de tous les points de l'Allemagne pour visiter le saint tombeau, et dont l'alfluence a tant contribué à la prospérité de Id ville (jui n'était guère auparavant qu'un bourg ouvert.

Il n'y a pas jusqu'au sévère Conrad lui-même qui n'ait ici sa consécration populaire : une fontaine appelée Mœnchsfrrunn, est couronnée par sa statu:! en habit de moine, avec un gros livre ouvert qu'il appuie sur son cœur : le peuple dit que chaque nuit, à minuit, il retourne une page de son volume.

Mais il est temps de parler de cette célèbre église, qui est plus qu'aucun lieu du monde l'apanage spécial et le produit de la gloire d'Elisabeth. Elle s'élève, comme nous l'avons dit, sur les bords de la Lahn au pied de la montagne du château, en face d'une crête élevée ([ui réunit cette sorte

de promontoire avec les hauteurs voisines. Le terrain sur lequel elle est construite est marécag^eux, et a dû offrir de grandes difficultés aux architectes; mais il est impossible de concevoir une position plus heureuse, plus propre à faire valoir les beautés de l'édifice et à embellir par sa présence même la ville et le charmant paysage qui l'entoure. Il faut avoir parcouru tous les environs, avoir successivement étudié tous les points de vue qu'ils offrent sur la ville, pour apprécier le mérite de cette situation, et la valeur ({u'elle ajoute au noble monument qui s'y élève. Il semble qu'on aurait pu passer des années à parcourir les environs et qu'on aurait cherché en vain un site mieux adapté à cette fin. C'est, du reste, un trait distinctif de la plupart des jj,rands édifices que nous ont légués les siècles chrétiens. Le peuple, frappé des avantages extraordinaires de cette position, comme de l'admirable beauté de l'église ellemême, a entouré son origine de toutes sortes de traditions merveilleuses. Selon lui, ce fut d'abord Elisabeth elle-même qui eut l'idée de construire son église ; elle voulait la placer au sommet d'un rocher nommé encore Kirchsuitze qui domine la basilique actuelle; elle voulait, en outre, qu'il y eût une immense tour avec une cloche qui put se faire entendre jusqu'en Hongrie. Mais tous les efforts qu'elle fit dans ce but furent inutiles, il lui fut impossible d'en creuser même les fondations;

l'ouvrage du jour se trouvait détruit la nuit. Elle eut beau recommencer dans plusieurs endroits différents, elle n'eut pas plus de succès. Enfin un jour, impatientée, elle ramassa une pierre et la jeta au hasard du haut du clocher, en jurant qu'elle bâtirait une église à l'endroit où cette pierre tomberait. La pierre vint tomber à l'endroit où s'élève aujourd'hui cette magnifique nef, et aussitôt on se mit à Tœuvre et avec succès. Cette tradition semble puiser une nouvelle force dans la nature extrêmement marécageuse du terrain sur lequel l'église est bâtie, ce qui aurait éloigné tout projet de construction, à moins d'une raison surnaturelle ^

Le peuple raconte encore que, pendant toute la

1. On racontait eu Auvergne une tradition semblable, que nous allons transcrire d'après r^4u2;er^?ie au moyen âge, de M. Dominique Branche, 1842. p. 468 : « Lorsque la basilique du Puy en Velay eut été achevée et dédiée à la sainte Vierge, sainte Anne descendit du ciel pour visiter le nouveau palais de sa fille. Contente de ce travail, elle saisit le marteau du maître maçon et prit soudain son vol, qu'elle abattit sur le sommet de la Durande. Alors, se tournant vers l'Auvergne, qui à son gré n'offrait à la Reine du ciel aucune église digne de sa gloire, elle lança le marteau eu

disant :

Au lieu où ce marteau chéera Une église s'élèvera.

Le marteau alla tomber à une lieue de là, sur a rive droite de l'Allier, eu un vallon désert, et tout à coup surgit du sol, comme une fleur, l'église romane des Ghases, que l'on consacra à sainte Marie . »

DE SAINTE ELISABETH DE HONGRIE 3i9

durée de ces grands travaux, les fonds étaient déposés dans un coflret ouvert où chaque ouvrier allait prendre ce qui lui était dû, et que, lorsqu'il en prenait trop, dans la nuit, l'argent retournait de lui-même au coffre : symbole naïf de cette foi et de ce désintéressement dont les nations modernes ont perdu l'habitude, en même temps que le secret des merveilles sans rivales de l'art chrétien.

Approchons maintenant de l'église même ù travers un jardin de roses, tleur qui, ici, comme à Wartbourg, semble spécialement consacrée à Elisabeth. Disons d'abord que la première pierre de ce noble édilice fut posée par le bon Landgrave Conrad, la veille de l'Assomption de l'année 1235, quelques mois après la canonisation de la Sainte ' , et que cette date fait de l'église de Marbourg la plus ancienne de celles de l'Allemagne qui ont été construites dans le style ogival -. Il fallut vingt

1. Ou a constaté l'existence de deux églises plus anciennes que celle-ci, où il est probable qu'Elisabeth priait et que ses obsèques furent célébrées : l'une d'elles a disparu dans les constructions plus récentes des chevaliers; l'autre dite de Saint-Frauçois, de forme romane, existait encore il y a environ cinquante ans, et a été détruite par les derniers chevaliers.

2. MoUer, die Kirche der heilir/e Elisabeth zic Marhurg. Infolio, Darmstadl, 1S23, avec 18 planches. Nousavons emprunté à cet excellent ouvrage trois vues de la façade, du grand portail et de l'ensemble de l'édifice, que l'on trouvera dans la collection des Monuments hisloriijue-i df aainlc Elisabeth, in-folio, publié en 1S37, chez Bobiet.

années pour achever les fondations seulement, et ving-t-huit autres pour élever les parties les plus essentielles, qui ne furent terminées qu'en 1283 ; l'intérieur, les flèches et tout cet ensemble grandiose, tel qu'il se présente aujourd'hui à nos regards, ne fut complété que dans le courant du seizième siècle. L'église a 230 pieds de long, 38 de larg-e; ses fondations ont 43 pieds de profondeur ; la hauteur des voûtes intérieures est de 70 pieds, celle des deux tours, surmontées de leurs flèches, de 303 pieds. Ces deux tours étaient réunies vers la moitié de leur hauteur par une galerie qui servait de communication entre elles, comme cela se voit encore à Boppart et ailleurs en Allemagne. Il y avait un gros anneau de fer attaché à l'une des tours vers cet endroit, et la tradition populaire voulait qu'il y eût autant de pieds de profondeur dans les fondations qu'il y avait de hauteur depuis le sol jusqu'à cet anneau.

Ce qui frappe d'abord dans cette basilique, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, c'est son admirable harmonie, sa parfaite unité; sous ce rapport elle nous semble sans pareille. Quoique ayant été près d'un siècle et demi en construction, on la dirait d'un seul jet, et sortie en un jour du moule de la sainte et forte pensée qui l'a conçue. C'est le monument non seulement le plus ancien, mais encore le plus pur et le plus complet de l'architecture g-othique dans les pays g-ermaniques, et nous pen-

sons qu'il n'y a guère en Europe un édifice considérable où cette architecture se présente aussi totalement libre de toute influence étrang-ère à son essence, de tout mélange des formes qui l'ont précédée ou suivie. On n'aperçoit nulle part la trace du plein cintre, dit roman ou byzantin (sauf dans une petite porte latérale de la nef), pas plus que des ornements fleuris et surabondants qui ont peu à peu altéré la simple beauté de l'ogive. Il résulte de cette rare et merveilleuse unité, en même temps que des proportions excellentes de toutes les parties de l'édifice, un ensemble qui produit sur l'âme une impression de douceur pieuse et de satisfaction intime, à laquelle les hommes même les plus étrangers aux aspirations religieuses de l'art pourraient, ce nous semble, difficilement échapper. En errant sous ces arcades si simples, si légères et si solides à la fois, dans le silence et l'abandon actuel de cette vaste enceinte, en goûtant le calme et la fraîcheur qui y régnent, on peut se croire quelquefois transporté, pour ainsi dire, dans l'atmosphère d'Elisabeth, et on reconnaît dans ce monument élevé à sa gloire le miroir le plus fidèle de sa personnalité sacrée. Les caractères et les contrastes de sa charmante vie semblent tous s'y rclléchir; on y trouve, comme en elle-même, quel<iue rhose d'humble et de hardi à la fois, de gracieux et d'austère, qui séduit en même temps qu'il impose. Chacune de ces pierres

consacrées et marquées de la croix pontificale semble, comme chacun de ces actes de sa vie, s'élancer vers Dieu et le ciel, en se dépouillant de tout ce qui peut enchaîner à la terre. Tout en ce lieu respire et inspire la ferveur et la simplicité, ces deux fondements du caractère d'Elisabeth. On est tenté de croire avec le peuple, et malg-ré le témoig-nage des dates historiques , qu'il faut lui attribuer l'idée, le plan et même l'exécution de ce glorieux édifice, surtout quand on cherche en vain dans les récits si détaillés de ce temps un nom, un seul nom qui nous ait conservé la mémoire d'un architecte, d'un maçon, d'un ouvrier quelconque, parmi tous ceux qui, pendant cent cinquante ans, ont travaillé à cette œuvre immense.

Ils semblent avoir pris pour se cacher les mêmes précautions que d'autres pour éterniser leurs insignifiants ouvrages. Anonymes sublimes, ils ont voulu confondre leur gloire dans celle de la chère Sainte aimée du Christ et des pauvres; et, quand leur mission laborieuse a été achevée, ils sont morts, comme ils avaient vécu, dans la simplicité de leurs cœurs, ignorants, ignorés, oubliant tout, hormis Dieu et Elisabeth, oubliés de tous, hormis de lui et d'elle ^.

1. Nous ne savons sur quel fondement s'appuie la Revue archéologique (15 mai 18i9), pour attribuer la construction de notre église à Villard de Honuecourt. Il est vrai que cet architecte, dont le précieux Album, récemment découvert.

C'est en recherchant en vain leurs noms qu'on reconnaît combien il y avait une autre force que celle des efforts matériels, que celle même de l'intelligence la plus savante, dans l'enfantement de ces maisons de Dieu, vraiment dignes de ce nom, et antérieure à la misérable dégradation de l'architecture religieuse depuis le xvi'' siècle. On se surprend à croire à je ne sais quelle vie supérieure et mystérieuse répandue dans ce fruit de l'antique puissance de notre foi ; on se rappelle ces belles paroles de saint Augustin : « Nul ne pourrait rentrer ici, si ces poutres et ces pierres n'adhéraient point les unes aux autres dans un ordre certain, si elles ne s'attachaient ensemble par une pacifique cohésion, et si, pour ainsi dire, elles ne s'aimaient pas entre elles '. »

S'il nous fallait définir en deux mots ce qui nous paraît être le caractère distinctif de l'église de Sainte-Elisabeth, nous dirions que c'est une pureté et une simplicité en quelque sorte virginales. La véritable architecture chrétienne y apparaît dans

doit être pulilié par M. Laspus, a voyagé en HoDgrie, et qu'on le regarde comine l'auteur de la cathédrale de Cambrai dont les transepts arrondis rappellent ceux de Marbourg. Mais il n'y a dans cette coïncidence aucune preuve qui permette de conférer avec certitude un si grand honneur à notre compatriote.

1. Ligua ista et lapides, si non sibi certo ordine cohiererent, si non se pacifiée innecterent, si non se iuvicem, cohœrendo sibi, quodam modoamarcnt, nemo hue iutraret. S. August., serm. inDedi.

sa beauté primitive, parée des seules grâces de la jeunesse, tout fraîchement éclose et s'épanouissant au soleil de la foi. En la rapprochant des cathédrales plus pompeuses et plus récentes de Strasbourg-, de Golog'ne, de Salisbury, d'Amiens ; en comparant entre elles ces images diverses de l'immortelle épouse du Seigneur, on pourrait trouver la même diiïérence qu'entre la parure d'une vierge qui s'approche pour la première fois de la table sainte, et l'éclatante parure d'une mariée.

Qu'on nous pardonne quelques détails. L'extérieur, qui a l'avantage d'être complètement dég-ag-é de toute autre construction, nous offre la curieuse particularité de deux rangées de fenêtres l'une sur l'autre, tandis qu'à l'intérieur l'élévation des murs latéraux n'est interrompue par aucune galerie ou division. Ces fenêtres sont, du reste, de la plus grande simplicité : ce sont deux ogives géminées surmontées d'une ouverture circulaire et encadrées dans une grande ogive, disposition identique avec celle employée à Notre-Dame de Paris, et qui semble dériver de celle des fenêtres à plein cintre des cathédrales de Pise et de Sienne, de l'Or San Michèle et du palais Strozzi, à Florence, et de la plupart des bons édifices du moyen âge en Italie. On ne voit ni pinacles, ni clochetons, ni arcs-boutants à jour, ni aucun des ornements du gothique postérieur; seu>

lement, deux g-aleries font le tour de l'édifice entier. La façade principale ou occidentale est de la plus élég-ante simplicité; elle se compose d'un large portail surmonté d'une g^rande croisée et d'un pignon très orné, flanquée de deux hautes tours avec leurs flèches en pierre, parfaitement semblables, et dont on ne saurait assez admirer la forme élancée et pure. Le tympan du portail est occupé par une belle statue de la sainte Vierge, protectrice spéciale de l'Ordre Teutonique. Elle écrase les vices et les péchés sous la figure de petits monstres; de ses pieds, sortent, à droite, une vigne chargée de grappes nombreuses; à gauche, un rosier garni de fieurs, où chantent de petits oiseaux; de charjue côté un ange âge nouille vénère cette reine victorieuse du péché, et source éternelle des fruits de la vérité et des fleurs de la beauté. L'exécution répond à la grâce touchante et au sens profond de l'image '. Les feuillages des chapiteaux et les filets de la voussure de ce portail sont aussi traités avec une délicatesse exquise. La masse unie et sans ouverture de la base des deux tours forme un heureux contraste avec la riche ornementation du portail lui-

1. M. Moller, l'un des preuiiors archéologues et architectes de l' Allemagne, déclare que, dans le cours de ses longs travaux, il n'avait jamais rencontré une représentation de la sainte Vierge qui lui parût mieux exécutée que celle-ci. Die Kirche dcr h. Elisabeth, p. G.

même. Il en est de même des fenêtres élancées du premier étage de ces tours avec la riche et large croisée du milieu, ainsi qu'avec le pignon. On doit admirer l'habileté merveilleuse qu'on a mise à dissimuler la jonction de ce dernier membre avec les tours, avec des panneaux à jour et une sorte dô balustrade crénelée, d'un goût aussi pur qu'original. Les deux tours renferment sept cloches, dont la plus petite est d'argent, qui forment entre elles des accords parfaits et savamment combinés.

En entrant dans l'intérieur, on est frappé par la division de l'église en trois nefs d'égale hauteur. Cette particularité, qui se trouve assez rarement dans les grandes basiliques du moyen âge, paraît avoir été un trait distinctif des églises de l'Ordre Teutonique' ; elle se trouve dans les magnifiques églises de la Prusse, où l'Ordre établissait alors même sa domination et notamment à Dantzig et à Pelplin.

La couleur naturelle de la pierre commence à ressortir de dessous le badigeon dont elle a été autrefois recouverte. On voit partout les jonctions des pierres de taille ; on admire la merveilleuse

1. Schnaase, Niederlœndische Briefe, p. 167. MoUer remarque que l'église de Sainte-Elisabeth semble avoir servi de modèle sous ce rapport à beaucoup d'autres églises de la Hesse, telles que celles de l'abbaye de Haïaa, de Freidberg, Fraukenberg, etc.

union de solidité et de légèreté qui a permis de ne donner aux murs latéraux que deux pieds et même dix-huit pouces d'épaisseur. Une double rangée de colonnes établit la division des trois nefs ; elles sont simples, et flanquées simplement de quatre colonnettes chacune ; leurs chapiteaux taillés en feuilles de vig-nes, de lierre, de rose et de trèfle, sont les seuls ornements de sculpture que l'architecte ait admis. Une petite statue en bois de la sainte, tenant une ég-lise à la main, est adossée à l'une des colonnes de la nef \

L'église, comme toujours, avant qu'on eût imaginé de prendre les temples païens pour modèle des églises chrétiennes, est en forme de croix : le chœur ainsi que le transsept, ou les deux bras en croix, se termine par des absides polygonales. Le chœur est fermé par un assez beau jubé en boiseries. Le magnifique retable du maître-autel, consacré le 1^' mai 1290, est parfaitement d'accord avec le style du reste de l'église : il est formé par trois arcs ogives inscrits dans des dais triangulaires, et flanqué de quatre clochetons, le tout surmonté par un couronnement de la sainte Vierge

1. Nous l'avons fait graver daus les Monuments. Elle était sous un dais, et sur le pilier qui la supporte on voyait les traces d'une fresque qui représeutait notre Sainte et sainte Catherine. — Depuis la restauration moderne de l'église, ou a transféré, fort à tort, cette jolie statue dans le tympan des sedilia du prèti'e célébrant et de ses deux assistants, qui sont à gauche du maître-autel. Elle y est peu remarquée.

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en relief. Les fenêtres du chœur sont garnies d'admirables vitraux de la fin du treizième siècle, qui mériteraient une étude spéciale. Les six fenêtres du chevet contiennent de grandes figures en pied et des sujets historiés en médaillons. On y distingue Notre-Seigneur avec Adam et Eve à ses pieds ; sainte Elisabeth couronnée ; saint François (en tunique bleue , et Notre-Dame; douze médaillons représentent divers traits de la vie de notre Sainte. Les huit autres fenêtres n'offrent qu'une sorte de tapis de fleurs ou de plantes, dont le dessin et les couleurs sont heureusement assortis. Les vitraux du reste de l'église ont été détruits par l'armée du roi très chrétien Louis XV, qui, dans la guerre de Sept ans, avait changé cette église en magasin de fourrages.

Dans les deux bras du transsept, on remarque, sur quatre autels abandonnés, des sujets de sculpture et de peinture représentant les traits de la vie de notre Sainte, ainsi que les légendes de sainte Anne ^ de sainte Catherine, de saint Jean-Baptiste et de saint Georges, attribués en partie à l'école d'Albert Durer, mais selon nous, d'une date plus ancienne et d'un goût plus purement religieux que le sien. Ce sont des hauts reliefs en bois doré,

1. On remarque daus celle-ci le groupe qui représente sainte Anne invitant Notre-Dame à allaiter l'enfant Jésus, puis Salomé et d'autres saintes femmes enseignant à lire à leurs enfants.

recouverts par des volets en bois qui sont revêtus au dehors et au dedans de peintures sur toile collées contre le bois, naïves et expressives, mais un peu retouchées. On y distingue le départ de la petite princesse dans une voilure couverte pour venir de Ilong-rie enThuringe ; ensuite le miracle du manteau apporté par un ange, en échange de celui qu'elle avait donné à un pauvre, au moment de se rendre à la salle du festin, avec de curieux détails sur le service de table du roi ; puis le miracle du lépreux déposé dans le lit de son mari ' ; le dernier embrassement d'Elisabeth et de Louis, lors du départ de celui-ci pour la croisade : la Sainte expulsée de Wartbourg-, et réfugiée dans une étable à pourceaux ; sa chute dans la boue, la visite du comte Banfi ; sa prise dhabil, etc Les reliefs représentent sa mort, ses obsèques, et l'exaltation de ses reliques en présence de l'Empereur. Ces trois morceaux sont évidemment l'œuvre d'un artiste dig^ne de traiter de tels sujets -. Dans le bras méridional de la croix, on voit les tombeaux des princes de la maison de Thuringe

1. Daus le fond du lit coujugal, on voit les armoiries des lieux époux sur des écussons séparés, mais penchés vers le haut et réunis sous un cimier commun. L'écu de la Sainte est écartclé, au premier et au quatrième, de gueules à la croix patriarcale de Hongrie; au deuxième, fascé d'argent et do gueules; au troisième, fretté d'azur et d'argent.

2. Nous avons publié la partie centrale de ce haut-relief, qui représente la mort de la Sainte.

et de Hesse, qui ont recherché l'honneur d'être enterrés dans l'ég-lise de leur illustre aïeule. « Dans ce palais du roi suprême, » dit un historien, « Elisabeth, sa royale épouse, fut la première ensevelie; et puis elle y reçut plusieurs autres concitoyens, saints et féaux serviteurs de Dieu, destinés à sortir avec elle de leurs tombeaux au dernier jour, et à jouir avec elle de l'éternelle joie ^ » Son directeur Conrad de Marbourg*; Adélaïde, fille du comte Albert de Brunswick, femme très sainte et même renommée par ses miracles ; le frère Gérard, provincial des Franciscains, d'une austérité remarquable, voulurent reposer auprès d'Elisabeth. 11 ne reste plus aucune trace de leur sépulture; en revanche, on retrouve en très bon état les beaux mausolées du landgrave Conrad, beau-frère delà Sainte, avec sa discipline à la main; de la duchesse Sophie, fille d'Elisabeth, dont le visage est tout aplati par les baisers des pèlerins; et ceux de quinze autres princes et princesses de Hesse, du treizième au seizième siècle, parmi lesquels on admire surtout celui du landgrave Henri HI, le Ferré, mort en 137G, dont la statue est couchée à côté de celle vraiment belle de son épouse, Elisa-

1. Priucipatur in hoc summi régis palatio, regalis illa Elisabeth spousa ejus... Hos aliosque cives sanctorum et domesticos Dei Elisabeth nostra beata in hoc suo suscepit (Jomicilio, resurrectura cum eis innovissimo die etfruitura ieterDitatis gaudio. Theod. Suppi., apudMss. BoUand.

belh, sur la même pierre : trois petits anges semblent soutenir et adoucir Toreiller sur lequel reposent leurs deux têtes, tandis que des statuettes délicieuses représentent des moines et des religieuses agenouillés à leurs pieds, et lisant des prières pour le salut de leurs âmes. Beaucoup d'autres tombes avec des figures couchées en relief, ou de magniliques armoiries en bronze, sont enchâssées dans le pavé de l'église \

Dans un des angles de l'autre extrémité de la croix, au nord, se trouve la chapelle où reposaient les reliques de sainte Elisabeth elle-même; cette chapelle forme une sorte de portique en carré long et à quatre arcades, dont deux sont adossées aux murs de l'abside, et deux autres sont à jour. La voûte intérieure est à ogive croisée; mais le sommet du carré est plat et terminé par une haute balustrade, d'oià l'on montrait sans doute les reliques au peuple assemblé, ou bien où se tenaient les musiciens dans les grandes solennités. De charmants feuillages sculptés et dorés sur fond

1. Il laut encore signaler, parmi les graudes tombes du transsept nord, celle d'Yolande de Lorraine, morte en 1521, fename du landgrave Guillaume; et, dans le bas-côté méridional de cette nef, la statue d'une mère couchée à côté de son enfant. Une inondation, qui a ravagé l'église de Marbourg en 1847, avait arraché et confondu toutes ces tombes : elles ont été depuis replacées et rétablies par les «oins du gouvernement hessois. Les états du pays, sur la proposition du ministre Hassenpllug, ont voté une somme de 21,000 écus pour la restauration de l'église.

d'azur, garnissent les archivoltes des arcades et le pourtour des angles de la chapelle, et contrastent avec la nudité des autres parties de l'église. Dans l'espace libre entre Tarcature et le sommet, on voit une fresque à demi effacée, qui représente le couronnement d Elisabeth dans le ciel, avec une inscription dont on ne peut lire que ces mots ; Gloria. Theutonie. Dignum gemma Sophie fons Decus Ecclesie. Fidei... Une fresque, sur la paroi du mur oriental, reproduit les obsèques de la Sainte. Au centre de cet édifice s'élève sa statue en bois colorié; les nattes de sa chevelure sont dorées; elle tient une église à la main. Enfin, sur la base latérale de la chapelle, on voit un bas-relief qui en occupe toute la long-ueur et qui mérite une grande attention tant par son antiquité qui remonte probablement au siècle même de la Sainte, que par son caractère simple et naïf. C'est le plus ancien monument d'art qui existe sur notre Sainte, et à ce titre nous avons cru devoir le faire reproduire par la gravure. On y voit d'abord Elisabeth morte \ les mains en croix, couchée dans son cercueil ouvert; Notre-Seigneur, ayant à ses côtés Notre-Dame, est debout près du cercueil ; l'âme d'Elisabeth, sous la figure d'une petite fille nouvellement née, mais déjà couronnée de gloire, est

1. On trouvera dans la collection des Monuments la réduction d'un dessin original, plus exact que la planche donnée par Moller.

présentée par son ang-e gardien au Christ qui lève la main pour la bénir : un autre l'encense; la sainte Vierge regarde avec amour son humble et docile élève ; à côté d'elle, un homme barbu, la lance à la main, et portant la croix des croisades, représente peut-tHre le duc Louis, mais plus probablement le pénitent Conrad. A droite, on voit saint Jean l'évangéliste, ami spécial de la Sainte, sainte Catherine et saint Pierre avec la clef du paradis; à gauche, saint Jean-Baptiste, sainte Marie-Madeleine et un évêque, qu'on croit être Sigefroi, archevêque de Mayence. C'est devant ce bas-relief que venaient s'agenouiller les pèlerins; les marches en sont encore aujourd'hui profondément creusées et labourées par leurs genoux.

La châsse dans laquelle furent renfermées dès 12 'i9 ', les reliques de la Sainte, était posée audessus de ce bas-relief, et protégée par un grillage qu'on voit encore. Elle est maintenant transportée dans la sacristie, qui est placée dans l'angle entre *e chœur et le transsept septentrional. Celte sacristie est elle-même un charmant morceau d'architecture tout à fait digne de l'église; sa double voûte étoilée porte son faisceau central de co-

1. On peut voir uue (Jcscripliou très exacte de ce précieux monument, par M. Justi, dans son histoire de la Sainte, p. 2il-2'i8, et une assez bonne gravure dans les Monumenta Landgravioruni Tlmringiœ, tic Samuel Rejher, Gotha, 1692. Elle est reproduite dans notre collection des Monuments.

lonnettes d'un très gracieux effet. La châsse est un des monuments les plus curieux et les plus riches de la sculpture et de l'orfèvrerie du moyen âg-e; on n'en connaît pas plus l'auteur que celui de i'ég-lise elle-même. Elle a la forme d'une maison g-othique, avec double toit à pignon, en carré long de six pieds de long, deux pieds de large, et trois pieds et demi de haut. Elle est en bois de chêne recouvert en argent doré : les deux côtés étroits forment portails, sous l'un desquels est une statue de la sainte Vierge couronnée d'un diadème de pierreries avec l'enfant Jésus, et sous l'autre une figure de sainte Elisabeth en habit religieux, un livre à la main. Sur l'un des côtés longs on voit une statue assise de Jésus-Christ docteur, avec trois apôtres à sa droite et trois à sa gauche ; sur l'autre Notre-Seigneur sur la croix qui a la forme d'un arbre avec ses branches '. Saint Jean et sainte Madeleinesont à ses pieds. Deux anges couronnent sa tête penchée. Deux petits bas-reliefs,

1. On conoaitla belle légeade si universellement répandue dans les siècles de foi, d'après laquelle le bois de la croix était fait de l'arbre de la science dont Eve avait cueilli le fruit mortel. L'Eglise semble y faire allusion dans cette stance de l'hymne Panr/e lingua, qu'elle chante pendant l'adoration de la croix, le vendredi-saint :

De paientis protoplasti

Fraude factor condolens,

Quando pomi noxiaiis

Morsu iii mortem oorruit,

Ipse lignum tune notavit.

Damna li»ni ut solveret.

aux deux côtés de ces anges, représentent la Nativité et la Résurrection avec ces belles inscriptions : Hic Virgo parit roï^em vitœ retinetque pudorem ; et : Hic stimulum, mortis Christus vincit leo fortis. A droite et à g-auche sont les six autres apôtres. Au-dessus de chaque apôtre on lit une phrase de Credo, selon un usage assez fréquent dans les monuments de cet art chrétien, aussi profond et fécond que peu connu et peu apprécié par les catholiques modernes. Toutes ces figures sont surmontées de dais richement sculptés. Sur les plans inclinés du toit on a adapté huit bas-reliefs qui représentent plusieurs scènes delà vie d'Elisabeth, surtout les adieux de la Sainte et de son époux partant pour la croisade, avec tous les détails, tels que la découverte fortuite de la croix dans l'aumônière de Louis, le don de la bague, leur dernier baiser. Ces statues et bas-reliefs, tous d'un travail excellent, sont en argent massif et recouvert .Me dorure. Une immense quantité de camées, d'onyx, de perles, de pierres gravées, de saphirs, d'émeraudes et d'autres pierres du plus haut prix étaient incrustées dans la châsse et les encadrements des statues : la plupart étaient antiques, et ajoutaient à la valeur presque inestimable d'un monument auquel la piété et l'affection des fidèles pour Elisabeth avait fait consacrer tant de trésors '. Un grand nombre 1. On croyait généralement que cette châsse valait au

de ces pierres gravées avaient été apportées d'Orient par les pèlerins et les croisés; qaelqaesunes étaient regardées comme un produit spontané de la nature '. On sait combien de qualités surnaturelles étaient attribuées aux pierres précieuses dans le moyen âge : c'était à la fois l'ornement le plus précieux et l'offrande la plus significative qu'on pût consacrer au tombeau d'une sainte. Il y avait un onyx si admirable, que, d'après une tradition très répandue, un électeur de Mayence avait offert de l'acheter au prix de tout le bailliage d'Amœneburg. Malgré les guerres et les troubles de religion, il restait huit cent vingtquatre pierres précieuses (non compris les perles)

moins six cent mille écus d'Empire, c'est-à-dire plus de deux millions de francs; d'autres estimation? eu portaient la valeur à dix fois cette somme.

1. Ces pierres ont une si grande importance historique et mythologique, que le célèbre Creuzer, auteur de la Symbolique, n'a pas dédaigné de consacrer à leur description et à leur examen un ouvrage spécial intitulé Zw Gemmenkunde : antikegeschnittene Steine von Grabmalile der h. Elisabeth, in der nach ihr genannter Kirche zu Marburg, von D. Fr. Greczeiî, 1834. Puisque nous avons nommé ce savant écrivain, nous ne saurions passer sous silence la touchante description qu'il a faite dans ses Mémoires (V. Brockhaus Zeitgenossen, n° 7 Leipzig, 1822) de l'impression qu'il ressentait pendant son enfance, passée à Marbourg, chaque fois qu'il entrait dans l'église de Sainte-Elisabeth : il lui attribue son premier penchant pour les études religieuses et mystiques : il avoue que cette église porta le premier coup à son luthéranisme : « Cette sainte Elisabeth, dit-il, était pour mo^ tout un monde ! »

en 1810, lorsqu'on les compta avant l'enlèvement ordonné par le gouvernement du roi Jérôme Napoléon. Celui-ci, qui avait déjà dépouillé de leurs trésors les principales églises de son royaume, fit transporter la châsse à Cassel, où on vola les gemmes les plus précieuses, au nombre de cent dix-sept. Ainsi appauvrie et souillée par la main d'un satrape étranger, elle revint à Marbourg en

Cette châsse rappelle par sa forme et sa beauté la fameuse châsse de saint Sebald, à Niirnberg, ornée des statues de douze apôtres, par Peter Fischer : mais elle a l'avantage d'être antérieure de trois siècles : il n'y a peut-être au monde que la châsse des trois rois à Cologne et les grands reliquaires d'Aix-la-Chapelle, qui la surpassent en antiquité et en richesse.

Dans cette coucheque la foi et l'amour du peuple chrétien avait cherché à rendre digne d'elle, les reliques de la Sainte bien-aimée reposèrent jusqu'à l'époque de la réforme. Nous empruntons à deux historiens luthériens ' le récit de ce qui se passa alors, comme un témoignage non suspect du genre

1. Le D'Justi, surintendant de l'église luthérienne à Marbourg, dans la i^° édition de VHistoire de sainte Eii^abetk (1797;, et dans le Vorzeil de 182i : il a lui-même extrait ces renseignements d'un ouvrage intitulé : Ilistorische diplomaslisc/tei' Unterricht und grïindliche Déduction von des hoben Teustcken-Ritter-Onlens-Gerecktsamen, etc., 1751, in-folio.

de victoires que remportait en ce temps-là ce qu'on a depuis appelé la cause du prog'rès et des lumières. Le dimanche Exaudi de l'an 1539 (18 mai), le Iandg"rave Philippe de Hesse, descendant en ligne directe de sainte Elisabeth, s'en vint à l'ég^lise dédiée à son aïeule et y fit célébrer pour la première fois le culte évangélique. Il était accompag-né du duc Albert de Brunswick, du comte d'Isembourg, d'un fameux poète faiseur d'héroïdes à l'instar d'Ovide 1, et nommé Eobanus Hessus, du professeur Grato, et d'un assez grand nombre de ces docteurs et savants qui avaient travesti leurs noms allemands contre de g-rotesques traductions latines ou g-recques -, et parmi lesquels la réforme trouvait ses plus zélés adeptes. L'office terminé, il fit appeler le commandeur de l'Ordre Teutonique, en résidence à Marbourg, le sire de Michling, depuis élu grand-maître de l'Ordre, et se rendit avec lui à la sacristie, où était déposée la châsse. Une multitude immense de peuple le suivit. Le prince et ses amis étant entrés dans la sacristie, le commandeur en fit fermer la porte pour arrêter la foule. La forte grille de fer derrière laquelle se trouvait

1. Il ea a même fait uue d'Elisabeth à son mari Louis, absent en Terre sainte, sur le modèle de celle de Pénélope à Ulysse.

2. Par exemple le docteur Eichmann s'appelait Dryander, Jean Eisenmann Ferrarhis Montanus, etc. Ou sait que Melancthon n'est que la traduction du nom primitif de cet héTésisirqae Schiimrzerd, littéralement te^e noire.

la châsse était fermée : le commandeur refusa de l'ouvrir, et en jeta la clef au loin ; le sacristain dit également qu il ne saurait comment s'y prendre pour y pénétrer. Alors le landgrave ordonna à un des assistants de chercher des serruriers et des forgerons avec de grands marteaux et des ciseaux pour forcer la grille ; mais, en se présentant pour sortir à la porte delà sacristie que le commandeur avait fermée, on trouva qu'elle ne pouvait pas s'ouvrir du dedans, mais seulement du dehors. Il fallutdonc en jeter la clef au dehors à travers une fenêtre, pour qu'on pût la ramasser et l'appliquer extérieurement à la serrure. En attendant, son Altesse daigna dire : « S'il nous faut mourir de faim dans cette sacristie, nous commencerons par manger le commandeur. — C'est à savoir, » répliqua celui-ci, « si jesuis d'humeur à me laisser manger '. » Cependant on apporta bientôt les instruments nécessaires pour l'ellraction : au moment où on y procédait, le prince s'écria : « Allons ! Dieu merci! voilà donc les reliques de sainte Elisabeth ! voilà mes os et ses os ! Viens-t'en vieille maman Lisette! Voilà ma grandmère- ! » Puis ce

1. Wanl Sciu Fiirstl. Gnadem pagen : Waii luau in iler Ciistorey llungers sterben luiië^t, woileu wir dcu Land- Cûuimtliur am erstcin essen. Sag der Land-Gouaiulhur : Es uiusste einer ihn erst frageu, ob und wan Er gerssen seya •wolte. — Récit d'im témoin oculaire daasle secoud des ouvrages ci-dessus cités.

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