A>-T. DU COMMUN DES APOTRES ET MARTYRS
Brev. RoDiain.
Après avoir ainsi tracé les traits généraux de la vie d'Elisabeth pendant toute la durée de son union avec le duc Louis, il nous faut retourner aux premiers temps de son mariage, pour raconter quelques-uns des incidents qui ont varié Tuniformité de cette vie, et qui ont été en même temps des preuves touchantes de la faveur de Dieu envers son humble servante.
En 1221 , peu de temps après les noces de la duchesse, le roi André son père, qui s'était croisé quelques années auparavant, et qui revenait d'une expédition glorieuse en Egypte *, apprit de bonne source que le mariage de sa fille s'était accompli, et qu'elle était devenue réellement duchesse de Thuringe. Pour mieux s'assurer du fait, il chargea quatre magnats de sa cour, qui allaient en pèlerinage à Aix-la-Chapelle ^, de passer à leur retour par la Thuringe, et de lui
* Elle avait duré trois ans (1 2 1 8-1 22 1 ), pendant lesquels les croisés avaient pris Damiette, Héliopolis, etc. Bonfin. Decad. lib. vu.
* Depuis le règne du roi saint Etienne, les Hongrois avaient coutume de se rendre eu très-grand nombre au pèlerinage d'Aix-laOhapelle, pour y vénérer
apporter des renseignements précis sur sa fille, sur son genre de yie, sur Tétai de sa cour et du pays qu'elle habitait, et pour l'inviter en même temps à venir accompagnée de son mari en Hongrie , pour réjouir les vieux jours de son père, car il avait grande envie de les voir tous deux \ Les magnats, après avoir accompli leur pèlerinage au sanctuaire de Notre- Dame d'Aix-la-Chapelle, prirent en effet pour revenir la route de Thuringe , au lieu de celle de Franconie , et arrivèrent un jour à la Warlbourg. Le landgrave les reçut avec empressement, mais il lui vint aussitôt à l'esprit que sa femme n'avait pas de vêtements convenables pour paraître devant ses convives ; qu'elle avait déjà découpé ses habits de noces pour leur donner une forme mieux adaptée à sa modestie^, et qu'il
les grandes reliques que Charlemagne y avait déposées. En 1374, ou , selon d'autres, en 1382, le roi Louis de Hongrie s'y rendit lui-même avec une suite pompeuse, et y bâtit une chapelle dite des Hongrois^ qu'il dota richement, en l'honneur, est-il dit dans l'inscription, de la sainte Vierge, de sainte Anne, de saint Etienne f saint Émeric, saint Ladislas, sainte Elisabeth, et des autres saints de Hongrie, Les pèlerins de cette nation ont joui, jusqu'à la révolution, de privilèges très-importants. On sait que, de nos jours même, ce saint pèlerinage continue à être très -fréquenté à l'époque de l'ostension des grandes reliques, qui a lieu tous les sept ans. En 1839, il y est venu cinquante-quatre mille pèlerins. II est vrai qu'en 149G il y en eut cent quarante-deux mille en un seul jour.
* Der erfure xu Uungeru in deme lande
Von einem manne guter hande...
Er wolde wissen obs also were...
Und wie es des Kœaig«lochter gienge Ob ir leben were geringe Oder ob ire hemchaft wurde grow Und ob sie mocbte zu ine keeme Und iren Herre mit ir neme Uf das er tie beide betchawet.
Vita Rhyt. § m.
^ Ire braotkieider batte sie zeachuitten
Und demutig gemacht nach irem tytten.
Ibid.
n*y avait plus le temps d'en commander de nouveaux, de sollicitude à cet égard , il Talla trouver dans sa chambre, et lui dit : a Âh ! chère sœur, voilà des gens de la oouv de a ton père qui arrivent; je suis sûr qu*ik viennent pour sa- « voir quel genre de vie tu mènes avec moi, et pour voir si (( lu as vraiment un train de duchesse. Mais toi, comment (1 vas*tu paraître devant eux? Tu t'occupes tant de tes paiK c( vres, que tu t'oublies toi-même; tu ne veux januds. porter u qae de ces misérables habits qui nous font honte à tou» « deux. Quel déshonneur pour moi quand ils iront dira en « Hongrie que je te laisse manquer d'habits , et qu'ils t'cmt c< trouvée dans un état si pitoyable ! Et voilà que je n'ai pins le c( temps de t*en faire faire d'autres qui conviendraient à ton tt rang et au mien ^ . » Mais elle lui répondit doucement : « Mon c( cher seigneur et frère ^ que cefo ne f inqtnèt& pas', car je (( suis bien résolue à ne jamais mettre ma gloire dans mes <c vêtements; je saurai bien m'excuser envess ces^seigniAiff% ce et' je m'eflbrcerai de les traiter avec tant de gaieté et d'ftf- (( fabilité , que je leur plairai tout autant que si j'avais Tes a plus beaux habits ^. » £t aussitôt elle se mit en pnieres^et
* Ach liebe sehwetter er dae sprach Deynes vaters dyner die seiu kommeii Nu weya ich wol, etc.. .
Sie woUea dich nue beschawiu
In eren aU eine lantgnsBn .
Nu wilt du tragen jamerlietae kleidcr.. .
Das mut ich gar aère klagen
Oas ty dahime daton tagen
Das ich dir lasM Icieidêr g«bwchm.
Vhfellhyt. §m«
Das du dich mit armen leuthen also aère beltummeHit, das du din 8eU>er Yergissist. RoUie, Gtir. 1074. — > Tetnpur ut tibi in ornatu provideam non habeo... Theod. lib. ii, c. 8.
* Liebir Herre und Bruder... Rotiie, 1. c. Non magni pendas boc quia in Yestiiu propoëui nunquam gloriari. Theod. 1. c.
demanda à Dieu de la rendre a^éable à ses amis; puis, s tétant habillée le mieux qu'elle pouTait, elle alla rejoindre son mari ei les envoyés de son père. Non-seulement elle les enchanta par la cordialité de son accueil , par la douceuv et Taménité de ses manières, par sa beauté éclatante et fraîche comme Taube du jour ' ; mais, à la grande surprise du duc et à la grande admirationtles étrangers, elle leur parut vêtue d*habits de soie magnifiques, et enveloppée d'un manteau de Telours d'azur, tout parsemé de perles du plus grand prix ^. Les Hongrois dirent que la reine de France n'aurait pas su être aussi richement parée '. Après un brillant festia, le duc fit beaucoup d'instances pour engager ses convives à rester plus longtemps avec lui; mais comme ils s'excusèrent sur ce que leurs compagnons de pèlerinage ne voudraient pas les attendre, il descendit avec eux à la ville „ y défraya tovie la dépense que leur suite y avait faite, et les accompagna jus-
Ich wïll mich
ÊCho frolich uud bebaglich macheu Das ich ine also wol mag bebagenu Also ich schone kleider bette getrageu.
Tita Rbyt. § xvi.
' Et fu taut bêle et colorée
Canne rose eauki matUiée.
Moine Robert.
< \iL Rh. — Mm. DMOUtadU — Koclieui, p. 80ë. — Hyaeinthioi coloriai vetiibufl qus margaritis erani preliosisiimis adoroate. Theod.
^ £iac Kœnigia von Fraakreich
Nicht mochte getragen eren gleicb.
TîtaRbyt. i'.e.
Dans fous les monumenrB du moyen ftge , c'est toujouns la retne dt France
qui eft posée commeLe type de Ta beauté et de IjMinagiilfieuoe. Ba lOdto, de
même.
B«n fld l'weibwr reins diiPranca
Pftiehe deli* altM-mi par la jpi §ÊaU.{gpaii!Lê^,
Gukto GumiceUi.
qu*à une certaine distance. Puis il revint en toute hâte auprès de sa femme, et lui denianda comment elle avait fait pour se vêtir ainsi. Elisabeth lui répondit avec un pieux et doux sourire : « Voilà ce que sait faire le Seigneur quand (( cela lui plait'. »
Plusieurs auteurs rapportent une version différente de ce miracle^. Ils disent que, comme le bruit des vertus d'Elisabeth se répandait partout, un puissant seigneur (selon quelques-uns , c'était Tempereur lui-même) vint à traverser les Étals du Landgrave. Celui-ci alla au-devant de lui, et voulut le recevoir dans son château. Mais l'étranger refusa d'accepter son invitation, à moins que le duc ne lui promît en même temps de lui faire voir la duchesse, et de le laisser parler avec elle. Louis y consentit volontiers, et emmena le seigneur à la Wartbourg. Après un grand festin , le seigneur rappela au duc sa promesse; celui-<;i envoya dire à Elisabeth, qui était dans sa chambre à prier, de venir lui parler. Mais elle avait, selon sa coutume, donné aux pauvres tous ses habits et toutes ses parures; de sorte qu'elle fit répondre en secret à son mari qu'elle le priait humblement de l'excuser pour cette fois, parce qu'elle n'avait pas de costume convenable pour paraître devant ses hôtes. Mais le seigneur insistant toujours, Louis se leva de table et alla la supplier lui-même de venir, en lui faisant quelques doux reproches de ce qu'elle ne lui avait pas obéi tout d'abord. Elle répondit qu'elle le suivrait sur-le-champ. . ci Beau doux sire,» ajoùta-t-elle , (( j'irai et je ferai votre volonté ; car ce serait une grande folie ce à moi de vous contredire en rien. Je suis vôtre, sire, je (1 vous suis donnée , je vous ai loyalement obéi , et doréna-
' Pie Bubridens : Talia, inquit, Bcit Dominus operare. Theod. lib. U , e. 8.
' Ce sont : le manuacrit franciscain de Heidelberg, celui des Bollandistea à
Bruxelles, le poëme du frère Robert à la Bibliolhèque royale, le Paasional, etc.
« vant je ferai aussi toute votre volonté ; car vous êtes, après a Dieu, mon Seigneur ^ »
Puis quand il fut sorti, elle se mit à genoux et dit : a Seia gneur Jésus-Christ, père très-clément et très-fidèle, doux <c consolateur des pauvres et de tous ceux qui sont en peine, a ami et auxiliaire fidèle de tous ceux qui se confient en toi, a viens à Taide de ta pauvre servante , qui s'est dépouillée a de toute sa parure pour Famour de toi.» Aussitôt un ange lui apparut, et lui dit : « 0 noble épouse du Boi des « cieuX) voici ce que Dieu , que tu as tant aimé, t'envoie du « ciel , en te saluant avec une tendre amitié ^; tu te vêtiras a de ce manteau et tu te couronneras de cette couronne , en a signe de ta gloire éternelle. )> Elle remercia Dieu , mit la couronne et le manteau, et se rendit à la salle du festin. En la voyant si richement habillée et si belle, tous les convives furent effrayés, car son visage brillait comme celui d'un ange. Elle s'assit au milieu d'eux, et les salua avec cordialité et gaieté; puis elle leur tint des discours plus doux que le miel ; tellement qu'ils se trouvèrent plus nourris de ce qu'elle leur disait que par tous les mets du festin'. Le seigneur,
' Biau doux sire, iou irai.
Et Totre volonté ferai ; Car grant folie ie feroie Se de riens tous contredisoie. Vostre soi ; si tous sui donée, Et loiauté tous ai portée, Et ferai des or en avant, Sire, trestot Totre cominant ; Car ie ne le dois contredire.
Vous estes, après Dieu, me sire.
Le moine Robert, Mss.
* SpouM cwlestis régis... Jésus Chrfstus, quein loto corde et tota anima dileiisti, amicabiliter te salutans Mss. Bolland.
> Das sie me gespiset und getrostet wurdent geistlichen denoes von aller der wirthschaft. Mss. Heid. n^ cv, p. 16, 17.
enchanté d'avoir vu cette Elisabeth qu'il désirait tant connaître, prit congé ; le duc l'accompagna pendant un certain temps , puis revint en toute hâte auprès de sa femme, et lui demanda d'où elle avait eu cette parure. Elle ne put le lui cacher. Alors le pieux prince s'écria : « En vérité, c*estun bien « bon Dieu que le nôtre ! Il y a du plaisir à servir un maître « si bon , qui vient si fidèlement an secours des siens. Moi (( aussi je veux dès à fyrésent être à toujours et de plus en a plus son varlet *. w
L'année suivante, en 1222, conformément à Tinvitation que les envoyés du roi André leur avaient faite en son nom, le duc Louis conduisit Elisabeth en Hongrie, tl confia la garde de ses États, pendant son absence, aux comtes de Muhiberg , de Gleichen et autres, et se fit accompagner des comtes de Stolberg, de Schv^ilrbourg , de Besenbourg, de Beichlingen et d'une foule de seigneurs , parmi leeqaels on remarquait Rodolphe de Yarila, fils du sire Gautlâer, qui avait été chercher Elisabeth en Hongrie onze ans auparavant. Il avait succédé à son père , non-seutemetft dans ses fonctions de grand échanson , mais surtout dans son féal dévouement à la duchesse. Celle-ci avait pour compagnes dans ce voyage les épouses des comtes que nous venons de nommer, et un grand nombre de nobles dames et demoiselles. Le roi André rcçut sa fille et son gendre avec une vive joie; ils restèrent assez longtemps à sa cour, et assistèrent à beaucoup de fêtes et de tournois qui furent donnés en leur honneur, et où les chevaliers thuringiens se distinguèrent particulièrement.
^ Werlichen er isl ein gutter Got : C5 ist gut eime bo getruwen, etc... Nu wil ouch von diBemc tage sin knccht fUrbaz iem^r me sin Mes. Heid. n9 C¥, p. ] C, 17. Passional. f. 59. M. Stœdtler, dans sa traduction allemande de notre histoire, cite plusieurs textes qui rapportent à l'impreasion faite sur le duc par ce miracle, sa résolution de prendre la croix.
Ils assistèrent aussi aux secondes noces du roi, qui se remaria avec Yolande de Courtenay, fille de l'empereur français de GonstantiBople. André , à cette occasion , les <x)mb}a de présents, et leur donna surtout des fnerres précieuses de la plus grande valeur. Tous les chevaliers , toutes les dames de leur suite, et jusqu'aux moindres domestiques, reçurent du roi des dons très-riches. 11 fit même construire une voiture d'une forme particulière , pour contenir tout Tor et les bijoux que sa fille devait emporter avec elle. Quand le moment du départ fut arrivé, le roi les mena à une grande chasse, car le duc Louis était grand chasseur ^ Puis ih se séparèrent, et le duc ramena heureusement en Ilturinge sa femme, sa suite, et ses nouvelles «ridiesses^.
Quelques temps après son retour, 4e duc maria sa sœur, la belle Agnès , compagne d'enfance d'Elisabeth, à Henri, duc d'Autriche ^ ; et soit à cette occasion , soit pour fêler son retour dans ses États, il donna à la Wartbourg un grand festin, auquel il convia tous les comtes et les principaux seigneurs de «or duché, avec leurs femmes. C!omme on allait se mettre à table, on remarqua l'absence de la ducfhesse, qui n'était point venue y selon ia coutume, prendre de Teau pour se kverles meins avec les hôtes de son mari^ Ils déclarèrent tous qu'ils ne voulaient point commencer jusqu'à ce que la duchesse ne fût arrivée. Cependant Elisabeth, en venant de l'église à la salle du festin, avait vu couché sur les mar-
* Landgraf Ludewig ein beutiucister wa£... Vil. lUiyt. x\.i. « Rolhe, p. 170S. VU. Rbyt. xxvii.
' Agnès fut grand'mère de ce jeune Frédéric , duc de Bade-Autriclie, qui inonnit sur l'écharaud avec Conradin de Souabe.
^ Das sie nicht mit irem jungfrawe queme
l ud wasser mit dem Herre uehme.
VitaRhyt. §xix.
ches de Tescalier un pauvre malheureux presque nu, et d*uD air si malade et si faible , qu'elle s'étonna de ce qu*il avait pu, dans un pareil état, monter de la ville au château ^ Des qu*il Taperçut , il la conjura de lui donner quelque aumône en l'honneur du Christ. Elle lui répondit qu'elle n*en avait pas le temps, qu'elle n'avait du reste plus rien à donner, mais qu'elle lui enverrait à manger du festin. Mais le pauvre insistait toujours avec de grands cris pour qu'elle lui donnftt quelque chose sur-le-champ, jusqu'à ce que la duchesse, se laissant vaincre par la pitié, ôta le précieux manteau de soie dont elle était couverte, et le jeta au menditot. Celui-ci l'ayant pris, le roula à la hâte, et disparut subitement^. Elisabeth n'ayant plus que sa robe sans manteau, ce qui était tout à fait contraire à Tusage du temps ^, n'osa plus entrer dans la salle du festin , et retourna dans sa chambre , où elle se recommanda à Dieu. Mais le sénéchal, qui avait vu tout ce qui s'était passé , alla aussitôt le raconter au duc devant tous les convives, en lui disant : « Voyez, Monseigneur, si ce que notre ce très-chère dame la duchesse vient de faire est raisonnable ! « Tandis que tant de nobles seigneurs sont ici à l'attendre, « elle s'occupe d'habiller les pauvres, et vient de donner son « manteau à un mendiant ^» Le bon landgrave dit en riant: <( Je vais voir ce qui en est; elle nous viendra tout de
^ Rothe Chron. 1705.
* At ille niagis et magis elamabat.... quod ille mira celeritate complicaDM abscessit. Tlieod. II, 9.
' Oa stund sie in irem rucken baer
Und das zu der zeit ungewœhnlich Dai sy alio lu iiiche seize sich...
Vita Rhyt. § xix.
* Judical nuiio Dominus meus , si rationi sit consonum , quod conjun ejuR pnedilecta Domina nostra , etc. — Tune mitissimus princeps subridens dulciter... Theod. 1, c.
i( suite'. » Quittant pour le moment ses hôtes, il monta chez elle et lui dit : « Sœur bien-aimée, ne viens-tu pas dîner a avec nous? nous serions depuis longtemps à table, si nous a ne t'avions attendue^. » «Je suis toute prête à faire ce que « tu veux, mon frère chéri,» répondit-elle, a Mais où est <i donc, » reprit le duc, « le manteau que tu avais en allant « à l'église? » ((Je l'ai donné, mon bon frère,» dit-elle; « mais, si cela t'est égal, je viendrais comme je suis. » A ces mots, une de ses femmes de chambre lui dit : « Madame, en a venant ici j'ai vu votre manteau pendu à un clou dans <( l'armoire ; je vais vous le chercher. » Et aussitôt elle revint avec le même manteau que le pauvre venait d'emporter. Elisabeth se mit un instant ù genoux , et remercia Dieu À la hâte '. Puis elle alla au festin avec son mari. Tandis que tous les chevaliers, et notamment le duc d'Autriche et sa jeune épouse, se livraient à la joie, le landgrave Louis était «érieux et recueilli , car il pensait en lui-même à toutes ces
* Und sprftch : Ich muss d%s beseheii Sy sali gleichwohl ze uns gehcn.
* Veaiettue ad prandenduin nobiscum, dilecla? Tlieod. 1. c. — Swester wast ist das das du nicht will zu tisclie komtnen. Vil. Hhvt. — (lOd. Dannst.
' Parala »um ul vis, frater dllectUsinie. Theod. I. v.
Bruder ich hab iha vergebeu
Ich komme also, ists dîr cbeuu...
Zu hant die Gurtell mayd dae sprai-h
Fra^ ewera besten niantell ich aach
Itzuod uf dem nrcke hangea
AU ich zu each kaem gegaugeu
D«u hule ich i-uch wolt irs han. —
Sy gprach : • Ilole iiie heer, so gae icii danu ; ■
Sv koiet dae uf die erden uvder
liud dancket GoUe gar geschwiude .
Vit. Rhyt. § xiz.
CKuvre». Yll. — Sainte Elisabeth, i. 10
grâces si nombreuses que Dieu conférait à son Elisabeth \ « Qui pourrait clouter, » ajoute un de ses pieux et naïfs historiens, (( que ce ne fut un ange du ciel qui rapporta le manteau, et le Christ lui-mcnie qui prit la figure d'un mendiant nu, pour éprouver sa bien-nimce Elisabeth, comme autrefois le glorieux saint Martin ^? Il avait ainsi paré sa chère fleur Élisal)eth, ce lis de pureté et de foi , comme n'avait pu l'être Salomon dans toute sa gloire'. »
Mais Dieu réservait à ce noble et pieux couple une grâce encore plus douce et plus chère à leurs cœurs. La plus précieuse bénédiction du mariage ne pouvait être refusée par le Tout-Puissant à ces deux époux, qui offraient à tous les yeux le modèle d'une union chrétienne. Il donna donc à sa fidèle servante la grâce de la fécondité, comme pour la récompenser dès ici-bas de la pureté de son âme et de son corps.
En 1223, Élisibeth, étant âgée de seize ans, devint mère pour la première fois. A l'approche de ses couches, elle s'était fait transporter au château de Creuzburg, sur la Werra, à quelques lieues d'Eisenach. Elle y était bien plus tranquille qu'à la Wartbourg, et s'y trouvait encore plus rapprochée de son mari, qui était allé tenir les états de la liesse à Marbourg ^ Beaucoup de nobles dames vinrent iK)ur l'assister, et la veil-
' l nd Laat);T«f Ludwig til s«re
Dcr l><*d«chte dy goUiche ère U\ Re>ner F.li&abet ^as geftcheeu.
Ibid.
» Rollie. (.lu. Thur. HOC. Vil. Kh\l. 1. c. xxi.
3 Sii' l'alfi- i-œlcstitt liiiiiin liliuai KlisaLctli vestivit , quomodo iiec Salouion in (iijiiii gioi'iu sua potuil opcriri. Tlieod. I. c. Ce manteau Ait consené jusqu'au «luiiuiî'ui: Mî'clo chez les Franciscaine d'Eisenach. qui on avaifnl fait un onieitienl pour la ni2«i>e.
Dae meiiite ft>e ^ereu irero herr^* nae
l ti'l MCI*: • Kir II ^eruhel dae.
lèreiit nuit et jour. Le 28 mars, trois jours après l'Annonciation de Notre-Dame, elle mit au monde son premier-né. Le duc n'avait pas pu quitter à temps Marbourg, ce fut là qu'on vint lui annoncer qu'il lui était né un fils. Louis, au comble de la joie, récompensa richement le messager, et partit surle-champ pour aller rejoindre la jeune mcre. Il arriva assez à temps pour voir baptiser l'enfant, et lui donna le nom de Hermann, en mémoire de son père. Pour manifester la satisfaction que lui causait la naissance de ce fils, il fit construire en pierre le pont de bois qui conduisait à la ville de Creuzburg *. Ce pont existe encore avec une belle chapelle gothique consacrée à saint Liboire, évêque du Mans.
Un an après (1224), la duchesse étant à la Wartbourg, d'où le duc n'avait pas voulu lui permettre de s'éloigner^ afin qu'il pût être toujours auprès d'elle, accoucha d'une fille qui fut nommée Sophie, comme la duchesse-mère. Cette princesse épousa depuis le duc de Brabant, et fut la tige de la maison actuelle de Hesse.
Elisabeth eut encore deux autres filles; la seconde fut également nommée Sophie, et la troisième, née après la mort de son père, Gertrude : toutes deux furent consacrées à Dieu dès le berceau, et prirent le voile des épouses du Seigneur.
Fidèle en tout à l'humilité et à la modestie qu'elle s'était prescrites, Elisabeth conserva scrupuleusement ces vertus au milieu des joies de la maternité, comme elle l'avait fait au milieu des magnificences souveraines. Après chacune de ses couches, quand le moment de ses relevailles était arrivé, au lieu d'en faire, comme c'était l'usage, l'occasion de fêtes et de réjouissances mondaines, elle prenait son
* Rothe. Chron. — Berth. Capp. Mas. — Winkelmann.
* Der lantgraf. wolll »ie nirgcnl loêèe. Vil. Rhyt. xx.
nouYeau-né entre ses bras, sortait secrètement du château, yétue d*une simple robe de laine ' et nu-pieds, et se dirigeait vers une église éloignée, celle de Sainte-Catherine, située hors des murs d*Eisenach. La descente était longue et rude, le chemin rempli de pierres aiguës qui déchiraient et ensanglantaient ses pieds délicats ^. Elle portait elle-même pendant le trajet, son enfant, comme avait fait la Vierge sans tache ; et, arrivée à Téglise, elle le posait sur Tautel avec un cierge et un agneau, en disant : « Seigneur Jésus- « Christ, je vous offre, ainsi qu'à votre chère mère Marie, « ce fruit chéri de mon sein'. Voici, mon Dieu et mon « Seigneur, que je vous le rends de tout mon cœur, tel « que vous me l'avez donné, à vous qui êtes le souverain et « le père très-aimable de la mère et de l'enfant. La seule « prière que je vous fais aujourd'hui et la seule grâce que « j'ose vous demander, c'est qu'il vous plaise recevoir ce « petit enfant, tout baigné de mes larmes, au nombre de vos « serviteurs et de vos amis, et lui donner votre sainte béné- « diction *. »
> A «on retour, elle donnail toujours la robe qu'elle avait portée à une pauvre mère récemment aceouchée comme elle-même. Theod., Jean Lefèrre, etc.
* Ibat siquidem per difflcilem castri descensum, via dura et saxon... Theod. II , 5. Das ire fut» blUteten. Paseional. 58.
' Herr J. G. ich opfre dir und deiner lieber Mutter Marie mein allerlietwiA Frucht. Passion. 1. <•.
* l-.e P. An'hanfiTC. p. 112, ex Waddinp.