IM HISTOIRE
été consacrée, rouée depuis 1539 au culte qui regarde Tinfocation des saints comme une idolâtrie, n*a jamais depuis Ion retenti d*un seul hommage public en son hooiieur.
Ainsi cette âme, si chère au ciel et à la terre, ii*a point ea le sort de tant d'autres saints, dont la dépouille est restée jusqu^à ce jour au sein du peuple fidèle, entourée du culte et de l'amour des générations sucœssÎTes, à l'ombre des antels où se célèbre chaque jour le sacrifice sans tache. Au contraire, tout le pays qu'habitait cette sœur des anges a trahi sa foi ; les fils du peuple qu'elle a tant aimé, tant consolé, tant soulagé, ont méconnu et renié sa puissante protection. La Thuringe, où elle vécut jeune fille et épouse ; la Hesse, ou s'écoula son veuvage , ont toutes deux renoncé au cathdicisme. L'orgueilleuse empreinte de Luther est venue ternir les purs souvenirs de ce château de Wartbourg, à jamais sanctifié par sa pieuse enfance, par les épreuves de sa jeunesse, par cette union conjugale sans rivale dans sa tendresse et sa sainteté. Du haut de ses vieilles tours d'où planait sur toute la contrée son infatigable amour, l'œil du voyageur cherche en vain une église, une chaumière catholique. A Eisenach, dans cette ville où elle a si bien représenté le Christ par sa charité et ses soufirances, il n'y a pas un seul catholique pour l'invoquer, pas un autel, pas une pierre sainte où l'on puisse s'agenouiller pour honorer son doux nom et invoquer une bénédiction sur un pèlerini^ à elle consacré ^ Enfin, dans la ville même où elle est morte, ou
cleuseB de la cliftMe commis par les Français , mais qu'ils ne troufmit pis le plus petit mot de blAme pour la profanatiou sacrilège des reliqaea dont eeUe chftsse n*était que le dép6t.
1 Ceci était vrai quand nous avons visité cette ville pour la première Ms; mais depuis, et grâce au sèle de M. PfkiT, évèque de Fulda, U y a malntannt à Eisenach une chapelle catholique sous le vocable de sainte fiUaateth.
tant de milliers de pèlerins sont venus adorer ses reliques, où le marbre est encore tout usé et creusé par leur foi, sa vie n'est plus qu'un fait historique, et le peu de catholiques qui s'y trouvent n'ont pas même une messe le jour de sa féte^ ! Sa tombe même n'a pas été respectée, et parmi ses descendants il s'est trouvé un homme qui en a arraché ses os, en l'insultant '.
N'est-ce donc point pour tout catholique un devoir que de lui rendre hommage, que de chercher à réhabiliter sa gloire et à lui offrir le tribut de son zèle et de son amour, fût-ce même sous la forme la plus insignifiante ? C'est ce qu'a bien senti ce pauvre capucin que nous citons à regret pour la dernière fois, lorsqu'il disait, au milieu du dix-septième siècle : <( En visitant cette grande et belle église et ce riche tombeau « de la Sainte, j'ai eu le cœur percé de douleur en les voyant a entre les mains des luthériens, et désormais si honteusea ment dépouillés de leur ancienne splendeur. Oh ! je m'en a suis plaint à Dieu tout-puissant dans le Ciel , et j'ai « recommandé de mon mieux à sainte Elisabeth d'y mettre
' Depuis 1811, et grâce à la conquête française et à la constitution nouvelle, r exercice du culte catholique, sévèrement interdit pendant trois siècles par la tolérance protestante, est autorisé à Marbourg. 11 y a une petite église catholique et environ trois cents fidèles ; mais le curé qu'on y a placé se borne à dire la messe le dimanche ; et quand nous lui avons demandé, le Jour même de la fête de sainte Elisabeth, s'il ne disait pas une messe en son honneur, il nous a répondu qu*il n'y avait jamais songé.
* En Allemagne, comme en France, la fausse science et Thistoire rationaliste n'ont jamais manqué d'apporter leur concours à l'œuvre sacrilège de la violence et de la cupidité. En 1837, trois cents ans après l'attentat de Philippe le Généreux, un historien éminent de l'école moderne, M. Lttden, a imprimé ce qui suit, au tome XU, liv. 26, c. ix, de son Hiitoire des Allemands : « Elisabeth était une femme exaltée , qui n'a su trouver d'autres calmants pour ses nerfs que les spasmes d'une religion convulsive. » Die nwr Beru^ kigung ihrer Nerven in einer krampfhaften Religiositûi zu finden vermoekt kat.
iHt HISTOIBE
« ordre. Biais aussi, par oompensatioa de tout llioiiiiear qae € les non-catholiques ne te rendant pas, deYonsHMXis tlM»»- € ler d'autant plus, t*inToquer avec une fenreur redoublée, c 6 glorieuse serrante de Dieu! et nous réjouir à jamaisde c ce que Dieu t*a retirée dès ton enduice du fond de ta Henc grie, pour te donner à notre Allemagne, ooomie le plus « précieux des bijoux '. »
On lui a du reste laissé, même dans les pays qui ont oublié ou renié sa glcnre, un hommage peutrétre le plus don et le plus aimable de tous ceux qu*dle a jamais reçus ; on a laissé à une petite fleur, tout humble et modeste coaune elle, le nom de fleurette d Elisabeth ^ : elle ferme son calice le soir, lorsque la lumière du soleil disparaît, comme ÉUsabetb savait fermer son âme à tout ce qui n^était pas un rayon de la grâce et de In lumière d*en haut.
Que nous serions heureux si ce faible témoignage que nous cherchons à rendre à sa gloire pouvait être agréé par elle, comme a dû Tétre le sentiment de pieuse et confiante affection qui a autrefois porté quelques paysans catholiques à donner son nom chéri à la fleur qu'ils aimaient !
Aussi bien qu'il nous soit permis, avant de donn^ congé à ces pauvres pages, d'élever une dernière fois notre cœur et notre humble parole vers vous, ô douce Sainte ! vous, qu'après tant d'âmes ferventes, nous oserons nommer aussi notre chère Elisabeth 1 0 bien-aimée du Christ, daignei être la céleste amie de notre âme, et l'aider à devenir l'amie de votre
> P. MarUnuf à Kochem, p. 83«.
s El'uaUtken^amcken; c'est m des nombreux Bomi donaét ea AUenagM à la fleur dite qf$tm helkmtkemwm en latin , fieur du soUU ou kgrbê dCor tn français, fior del sole eu italien, etc. Nemnich'a GatbolicoB» oder poly^otlcn lexicon der Naturgeachichte.
Ami! Tournez vers nous, du haut des cieux, un de ces tendres regards qui, sur la terre, guérissaient les plus cruelles infirmités des hommes ^ . Nous sommes venus, dans un siècle sombre et froid, nous éclairer à votre lumière sainte, nous réchauffer au foyer de votre amour; et vous nous avez accueilli, et votre pensée nous a donné maintes fois la paix. Soyez bénie pour tant de précieuses larmes que nous a values le récit de vos peines et de votre patience, de votre charité et de votre angélique simplicité ; pour tant de travaux et d'errements que vous avez protégés, tant de jours solitaires que vous seule avez peuplés, tant d'heures tristes que votre chère image a pu seule charmer. Soyez-en bénie à jamais, et daignez bénir à votre tour le dernier venu et le plus indigne de vos historiens.
RESPONDENS JESUS DIXIT : CONFITEOR TIBI , PATER DOMINE COEU ET TERRiE , QUIA ABSCONDISTI HiEC A 8APIENTIBUS ET PRUDEN- TIBUS, ET REVELASTI EA PARVULIS.
18 juillet I83(i.
^ V. les miracles rapportés, t. 11, p. 33-37
LOUIS LE FËURÉ, LANDGRAVE DE TUURINGE.
(Voir l. I, p. 187.)
Ce prince, aïeul du mari de sainte ÉlisaJbeih, qui régna de 4449 à 1 168, a laissé une mémoire trè&-populaire en Allemagne, à cause des efforts qu*il fit pour protéger le pauvre peuple contre l'oppression des seigneurs. Dans les premières années de son règne, il avait agi avec une nonohalanoe et une mollesse qui avaient encouragé ses vassaux dans leurs babiludes de violence et de rapine, et l'avaient fait regarder luimême comme un prince làctie et incapable. Voici comment on raconte la cause du changement qui s'effectua en lui. Un jour qu'il chassait, il s'égara, et fut obligé de demander asile pour la nuit à une forge dans la forêt de Ruhla. Le forgeron lui ayant demandé qui il était, il répondit qu'il était un dm chasseurs du landgrave Louis. « Fi du landgrave !» dit le forgeron; « chaque fois qu'on le nomme, ce pitoyable sire»
« il faudrait s'essuyer la bouche ' . » Le prince ne répondit rien. Le forgeron lui dit alors : « Je veux bien t' abriter, mais « pas pour Famour de ton maître. Va dans Vécurie avec ton « cheval; tu y trouveras du foin : il n*y a pas d'autre lit ici. » Louis gagna Técurie, mais ne put dormir; et pendant toute la nuit il entendit le forgeron qui forgeait, et qui, chaque fois qu'il frappait le fer avec son gros marteau , criait : € Durcisse toi, duc, durcis-toi^ duc, comme ce fer'. » Et il ajoutait mille injures, en disant : « Méchant, inf&me, misérable sei- « gneur, à quoi sers-tu ù ton pauvre peuple '? » Et il nommait tous ceux qui outrageaient les lois, racontait tout haut à ses apprentis toutes les indignités qui se commettaient dans le pays, et qui demeuraient sans remède et sans réparation, à cause de la fainéantise du duc. Cela dura jusqu'au matin. Le landgrave recueillit chacune de ces paroles, et sortit de là un autre homme qu'il n'y était entré. Dès le lendemain, il changea complètement de système ; et comme il rencontrait beaucoup de résistance chez les seigneurs, qu'il avait habitués à une excessive tolérance, il eut recours aux moyens les plus violents. Il leur fit la guerre à tous successivement, prit et renversa leurs châteaux ; et un jour qu'il avait fait prisonniers un grand nombre de ceux qui s'étaient ligués contre lui, il leur dit : « Je ne veux pas vous tuer, parce que cela dépeu- « plerait mon pays, ni vous mettre à rançon, parce que cela
^ « Prui des LAndgrareD ! wer ihn nennet, sollte aile mal das Maul wiachen, des barmherzigen Herml n Grimm's DeuUcbe aagen, &&0. RoUm, p. 1683, etc., etc.
* « Landgraf werde hart, landgraf werde hart, wie dies Eiaen ! >
* « Du Bchmeliger bosir unseligir herre, was saltu dynen armea luUiin enger gelebin... Sehsl du nicht wie deiue Rathe mœhren dir im munde. ■
« est au-dessous de moi ; mais je veux vous humilier aux « yeux du peuple.» Il les fit conduire dans un champ, et les attela quatre par quatre à une charrue dont deux de ses valets tenaient le manche, tandis que lui-même les aiguillonnait avec un fouet. A chaque sillon, il en attelait quatre autres, jusqu'à ce qu'ils y eussent tous passé ; puis il fit entourer ce champ de grosses pierres, lui donna le nom de champ des Nobles S en fit un champ d'asile pour les malheureux, et le consacra comme un souvenir étemel de sa justice et de sa sollicitude pour les droits outragés du pauvre peuple. Ce châtiment, d'un genre nouveau, fit dans toute l'Allemagne un effet prodigieux. Cependant les seigneurs et chevaliers, ne pouvant lui résister par la force, conspirèrent sans cesse contre lui. Pour se dérober à leurs poignards, il fut forcé de se faire forger une armure qui le couvrait tout entier et qu'il ne quittait jamais, ce qui lui valut son surnom de Ferré. Il redoubla de sévérité à mesure qu'il avançait en âge, mit fin à tous les désordres en suppliciant les plus coupables, et devint enfin la terreur de ses vassaux. Il les tint en respect jusqu'à sa mort; car, se sentant atteint d'une maladie mortelle à Naumburg, il fit appeler ceux des seigneurs qui lui avaient le plus longtemps résisté, et leur dit : « Je sais que je vais « mourir, et que je ne guérirai pas de ce mal. Or, je vous « ordonne, par l'amour de votre propre vie S quand je serai « mort, de me rendre les honneurs funèbres en portant mon « corps sur vos épaules d'ici à Reynhartsbrunn. Il faut que <L vous me le juriez. » Et ils le jurèrent; car, dit l'historien^
< Edelacker.
* Alzo Heb alzo uch uwir îeben sey. RoUie, p. 1G8G.
ils le craignaient plus que le diable *. De plus, quand ii eut rendu le dernier soupir, ils tinrent parole, et le portèrent sur leurs épaules de Naumburg jusqu'à Reynhartsbrunn, one dis* tance de vingt lieues, craignant tout le temps qu*il n'eût M semblant d'être mort pour mettre à Tépreuve leur fidélité.
C'est ce landgrave Louis qui fit construire le château de Naumburg, où Elisabeth et son mari séjournaient souvent, et où eut lieu le miracle du lépreux qu'elle avait couché dans le lit de son époux. Le Ferré y reçut la visite de son beaufrère, l'empereur Frédéric Barberousse. Un matin que celuici se promenait et examinait la construction et la situation du château, il dit au dpc : « Votre château me plaît bien; « mais il manque de rempart. Il en faudrait un fort et beau € tout alentour. — Oh ! » répliqua le duc , « je ne me son- € cie pas de rempart; je puis en faire un aussitôt que je veux. « — Combien de temps vous faudrait-il ? » dit l'empereur. — « Moins de trois jours, » reprit le duc. Frédéric se mit à rire en disant : « Ce serait vraiment merveille, quand « même tous les maçons du Saint-Empire s'y trouteraiait € ensemble. » On se mit à table. Cependant le landgrave envoya sur-le-champ des messagers à cheval à tous les comtes, barons et chevaliers des environs, avec ordre de venir de nuit à Naumburg dans leurs plus beaux équipements et avec tous leurs hommes. Au point du jour, ils étaient tous là avec leurs armures dorées et argentées, leurs casaques de stàe et de velours, et leurs cottes d'armes, comme pour un tournoi. Le prince les arrangea en cercle autour du château, l'épée ou
> Wan sy yorchtin en me danne den Tufil. Ibid.
la lance à la main; et aux endroits où il aurait dû y avoir une tour, il plaça un comte ou un baron, la bannière haute. Puis il alla trouver l'empereur, et lui dit : « Le rempart dont je « vous ai parlé hier est tout fait; voulez-vous le voir? )» Barberousse, ébahi, lui dit : « Vous me trompez. » Et il fit le signe de la croix, croyant qu'il y avait quelque sorcellerie. Mais lorsqu'il fut sorti et qu'il eut vu toute cette magnificence, il dit : « Vraiment, de ma vie je n'ai vu de rempart plus beau, « plus noble et plus fort; je le reconnais devant Dieu et de- « vaut vous, cher beau-frère. Grâces vous soient à jamais « rendues de me l'avoir montré M »
* Grimm, 552. Ex Bange, Winkelmann, Rothe.
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