CHAPITRE XXXIV ET DERNIER
DE LA BELLE ÉGLISE QUI FUT CONSTRUITE A MARBOURG EN l'honneur de la chère sainte ELISABETH ; ET COMMENT SES PRÉCIEUSES RELIQUES FURENT PROFANÉES, ET AUSSI DE LA FIN DE CETTE HISTOIRE.
Ave, gemma speciosa , Mulierum sidus, roea, Ex regali stirpe nata , NuDc in cœli8 coronala :
Salre, rosa pietatis ; Salve, flos Hungariœ ; Salve, fulgens margarita ; In cuelesti sede sita ; Roga regem Majeslatis Ut nos salvet hodie, Lumen mi tiens c^ritatis Ac cœlestis gratiœ.
Ancien office de S^'' Elisabeth.
Au milieu du bassin qu'arrose te cours sinueux de la Lahn, une éminence se détache en s'avançant de la chaîne des hauteurs qui l'entourent. L'ancien château gothique de Marbourg, construit par le petit-fils d'Elisabeth, en couronne le sommet; les maisons et les jardins de la ville et de l'uni*- Tersité se groupent en terrasse sur ses flancs et à ses pieds : les deux sveltes tours et les hautes nefs de Téglise de Sainte- Elisabeth s'élèyent entre la racine du mont et les bords de la rivière, qui s'arrondit pour enlacer l'enceinte de la ville. Hors de ses portes, de vertes prairies, de charmants jardins,
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D LK<2S seml'ic *kœ iœfasâble de ne pas aimer et admirer œttc hÊcVi^ vil!»: vk^ >l^«:H2rg. même en y arrivant, oomme IK415 Ta^*: as faut d'Abc^rd. sans aucune idée des trésors qu'elle recfcfme: mus a^mlûen plus encore lorsqu'on y dieitbe les traces de li cliêre sainte Elisabeth. lorsqu'on y renoootre partout ses souvenirs, qu'on y trouve son nom dans toutes les mènx'ii^ et sur toutes Ie:$ lèfres, comme sur tous les monuments! On a conservé des parties très-andenDes do courent trt de Tbospice qu elle fonda, et où elle mourut : ces oonstnicUous, aujourd'hui d^radées, qui ont longtemps servi de siège au grand bailliage de Tordre Jeutonique en Messe, entourent l'église, la séparent de la rivière, éL forment encore un ensemble antique et pittoresque. On remanpie
surtout un grand bâtiment, ayec pignons en gradins, appelé la firmaney (infirmerie), où une tradition constante, appuyée par plusieurs historiens', place le lieu même de sa mort. La porte de la ville la plus voisine de l'église s'appelle la porte Sainte-Elisabeth; à quelques pas en dehors, sur la route qui conduit au joli village de Wehrda, où elle passa les premiers temps de son séjour à Marbourg, on voit une fontaine à triple jet, qu'on appelle Elisabethsbrunn. C'est là qu'elle lavait elle-même le linge des malades : une large pierre bleue, sur laquelle elle s'agenouillait pendant ce rude travail, a été transportée dans l'église et s'y voit encore. Un peu plus loin, on arrive au pont (F Elisabeth^ puis au moulin d^ Elisabeth^ constructions dont l'origine est sans doute contemporaine de la Samte. De l'autre côté de la ville, la chaussée du pont que l'on traverse en venant de Cassel conduit jusque devant l'église, en passant au pied du mont où est construit le château, et le long des charmants ombrages du jardin botanique: cette chaussée s'appelle encore la Pierre des Pèlerins [PUgrimstein); c'est un souvenu* des longues files de pèlerins que les habitants de Marbourg ont vu pendant trois siècles arriver de tous les points de l'Allemagne pour visiter le saint tombeau, et dont l'affluence a tant contribué à la prospérité de la ville, qui n'était guère auparavant qu'un bourg ouvert '^.
n n'y a i)as jusqu'au sévère Conrad lui-même qui n'ait ici sa consécration populaire : une fontaine, appelée Mosnchsbrunny est couronnée par sa statue en habit de moine, avec un gros livre ouvert qu'il appuie sur son cœur : le peuple dit que chaque nuit, à minuit, il retourne une page de son volume.
Mais il est temps de parler de cette célèbre église qui est, plus qu'aucun autre*lieu du monde, l'apanage spécial et le
^ Winkelminn, p. 422 , etc.
* Winkelminn, p. 21 G.
produit de la gloire d'Elisabeth. Elle s*élève, comme doqi l'avons dit, 8ur les bords de la Lahn, au pied de 1% montagne du château, en face d'une crête élevée qui réunit cette sorte de promontoire avec les hauteurs voisines. Le terrain su lequel elle est construite est marécageux, et a dû offrir de grandes difQcultcs aux architectes; mais il est impossible de concevoir une position plus heureuse, plus propre à fidre valoir les beautés de l'édiGce, et à embellir par sa présence même la ville et le charmant paysage qui l'entoure. Il faot avoir parcouru tous les environs, avoir successivement étudié tous les points de vue qu'ils offrent sur la ville, pour apfHrécier le mérite de cette situation, et la valeur qu'elle ajoute as noble monument qui s'y élève. 11 semblequ^on aurait pu passer des années à parcourir ces environs, et qu'on aurait cherché en vain un site mieux adapté à cette fin. C'est, du reste, un trait distinctif de la plupart des grands édifices que nous ont légués les siècles chrétiens. Le peuple, frappé des avantages extraordinaires de cette position, comme de l'admirable beauté de l'église en elle-même, a entouré son origine de toutes sortes de traditions merveilleuses. Selon lui, ce fut d*abord Elisabeth elle-même qui eut l'idée de construire son église; elk voulait la placer au sommet d'un rocher nommé encore Kirchspitze, qui domine la basilique actuelle ; elle voulait, en outre, qu'il y eût une tour immense avec une cloche qui pût se faire entendre jusqu'en Hongrie. Mais tous les efforts qu'elle fit dans ce but furent inutiles; il lui fut impossible d'en creuser même les fondations; l'ouvrage du jour se trouvait détruit la nuit. Elle eut beau recommencer dans plusieurs endroits différents, elle n'eut pas plus de succès. Enfin un jour, impatientée, elle ramassa une*pierre et la jeta au hasard du haut du rocher, en jurant qu'elle bâtirait une église à l'endroit où cette pierre tomberait. La pierre Tint
tomber au lieu où s'élève aujourd'hui cette magnifique nef, et aussitôt on se mit à l'œuvre, et avec succès. Cette tradition semble puiser une nouvelle force dans la nature extrêmement marécageuse du terrain sur lequel l'église est bâtie, ce qui aurait éloigné tout projet de construction , à moins d'une raison surnaturelle'.
Le peuple raconte encore que, pendant toute la durée de ces grands travaux, les fonds étaient déposés dans un coffre ouvert où chaque ouvrier allait prendre ce qui lui était dû, et que lorsqu'il prenait trop, dans la nuit l'argent retournait de lui-même au coffre : symbole naïf de cette foi et de ce désintéressement dont les générations modernes ont perdu rhabitude, en même temps que le secret des merveilles sans rivales de l'art chrétien.
Approchons maintenant de l'église même, à travers un jardin de roses, fleur qui, ici comme à Wartbourg, semble spédudement consacrée à Elisabeth. Disons d'abord que la première pierre de ce noble édifice fut posée par le bon landgrave Conrad, la veille de l'Assomption de l'année 1235, quelques mois après la canonisation de la Sainte^,
' On racontait en Auvergne une tradition semblable, que nous allons transcrire d'après l'Auvergne au moyen âge, de M. Dominique Branche, 1842, p. 498 : « Lorsque la basilique du Puy en Velay cul été achevée et dédiée à la sainte Vierge, sainte Anne descendit du ciel pour visiter le nouveau palais de sa flUe. Contente de ce travail, elle saisit le marteau du maître mayon et prit soudain son vol, qu'elle abattit sur le sommet de la Durande. Alors, se tournant vers l'Auvergne , qui à son gré n'offrait à la reine du ciel aucune église digne de sa gloire, elle lanya le marteau, en disant :
Au lieu où ce marteau chéera Une église s'eletera.
Le marteau alla tomber à une lieue de là, sur la rive droite de l'Allier, en on vallon désert ; et tout à coup surgit du sol, comme une fleur, l'église romane des Chases, que l'on consacra à sainte Marie. »
« On a constaté l'ciislence de deux églises plus anciennes que celle-ci, où
et que cette date fait de Téglise de Marbourg la pliu ni-
denne de toutes celles de l'Allemagne qui ont été omstniilei
dans le style ogival'. 11 fallut vingt années pour achefer la
fondations seulement, et yingt-huit autres pcmr élever la
parties les plus essentielles, qui ne furent terminées qa*CD
1283 ; rintérieur, les flèches et tout cet ensemble grandiose,
tel qu'il se présente aujourd'hui à nos regards, ne fut oom-
plélé que dans le courant du quatorzième siècle. L*églisei
230 pieds de long, 83 de large; ses fondations ont 43 pieds de
profondeur; la hauteur des voûtes intérieures est de 70 pieds,
celle des deux tours , surmontées de leurs flèches, de 303
pieds. Ces deux tours étaient réunies vers la moitié de kor
hauteur par une galerie qui servait de communication entre
elles, comme cela se voit encore à Boppart et ailleurs en
Allemagne. 11 y avait un gros anneau de fer attaché à Tune
des tours vers cet endroit, et la tradition populaire Toolaît
qu*il y eût autant de pieds de profondeur dans les fondatioDe
qu'il y avait de pieds de hauteur depuis le sol jusqu'à cet
anneau ^.
Ce qui frappe d'abord dans cette basilique, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, c'est son admirable harmonie, sa parfaite unité ; sous ce rapport elle nous semble sans pareille. Quoique ayant été près d'un siècle et demi en constructioii.
il est probable qu'Élisabelh priait et que ses obsèques furent eélébréet : l'i d*ellc4 a disparu dans le» constructions plus récentes des chevalien ; TaBlre, dite de Sainl-Franyois, de Torme romane, existait encore il y a eoTlron dmqnante ans, et a éié détruite par les derniers cheraliers.
1 Moller. Die iLirche der tieilige Elisal>eth zu Marburg, in-folio. Dimutadt, 1823, avec 18 planches. Nous avons emprunté à cet excellent ouinge trois mes de la façade , du grand portail et de l'ensemble de l'édiflea , que Ton trouvera dans la collection des Monanteiui hutoriques de saUtie tiimèêik. Infolio, publiés en 1837 chez Boblet.
s Descript. Mss. de l'église de 1677, ap. iusti. Voneit de 18SS.
DE SAINTE ELISABETH DE HONGRIE. 16t
on la dirait d'un seul jet, et sortie en un jour du moule de la sainte et forte pensée qui l'a conçue. C'est le monument nonseulement le plus ancien, mais encore le plus pur et le plus complet de l'architecture gothique dans les pays germaniques, et nous pensons qu'il n'y a guère en Europe un édifice considérable où cette architecture se présente aussi totalement libre de toute influence étrangère à son essence^ de tout mélange des formes qui l'ont précédée ou suivie. On n'aperçoit nulle part la trace du plein cintre, dit roman ou byzantin (sauf dans une petite porte latérale de la nef), pas plus que des ornements fleuris et surabondants qui ont peu à peu altéré la simple beauté de l'ogive.
Il résulte de cette rare et merveilleuse unités en même temps que des proportions excellentes de toutes les parties de l'édifice, un ensemble qui produit sur l'âme une impression de douceur pieuse et de satisfaction intime, à laquelle les hommes même les plus étrangers aux inspirations religieuses de l'art pourraient, ce nous semble, difficilement échapper. En errant sous ces arcades si simples, si légères et si solides à la fois, dans le silence et l'abandon actuel de cette vaste enceinte, en goûtant le calme et la fraîcheur qui y régnent, on peut se croire quelquefois transporté, pour ainsi dire, dans l'atmosphère d'Elisabeth, et on reconnaît, dans ce monument élevé à sa gloire, le miroir le plus fidèle de sa personnalité sacrée. Les caractères et les contrastes de sa charmante vie semblent tous s'y réfléchir; on y trouve, comme en elle-même, quelque chose d*humble et de hardi à la fois, de gracieux et d'austère, qui séduit en même temps qu'il impose. Chacune de ces pierres, consacrées et marquées de la croix pontificale, semble, comme chacun des actes de sa vie, s'élancer vers Dieu et le ciel, en se dépouillant de tout ce qui peut enchaîner à la terre. Tout en ce lieu respire
Œavrei. Vtll. — Saiute Elisabeth, il. 11
et inspire la ferveur et la simplicité, ces deux fondements du caractère d'Elisabeth. On est tenté de croire avec le peuple, et malgré le témoignage des dates historiques, qu'il faut lui attribuer Tidée, le plan et même Texécution de ce glorieu édifice, surtout quand on cherche en vain dans les récite li dét:iillés de ce temps un nom, un seul nom qui nous ait conservé la mémoire d*un architecte, d*un maçon, d*un ouvrier quelconque, panni tous ceux qui, pendant cent cinquaDte ans, ont travaillé à cette œuvre immense. Ils semblent avoir pris, pour se cacher, les mêmes précautions que d*aii(ies pour éternisiT leurs hisignifiants ouvrages. Anonymes sublimes, ils ont voulu confondre leur gloire dans œlle de la chère Sainte, aimée du Christ et des pauvres; et quand leur mission laborieuse a été achevée, ils sont moris comme ils avaient vécu, dans la simplicité de leurs cœurs, ignorants, ignorés, oubliant tout, hormis Dieu et Elisabeth , oubliés de tous, hormis de lui et d'elle*.
C'est en recherchant en vain leurs noms qu*on reoonnait combien il y avait une autre force que celle des efforts mal6riels, que celle môme de Tintelligence la plus SïiVante, dans Tenfantement de ces maisons de Dieu, vraiment dignes de ce nom, et antérieures à la misérable dégradation de larchitecture religieuse dt*puis le seizième siècle. On se surprend à croire à je ne sais quelle vie supérieure et mystérieuse répandue dans ce fruit de Tantique puissance de notre foi; on se
1 Nous ne savons sur quf*l fondement s'appuie la Revue archéologiqHe (15; 184f)), pour allribiier la consiruction de notre église à Villird de Honnreoart. n est Yiai que cet architecte, dont le pr«^cieux Alàum, r^eemmeiit déroawrl, doit être publié par M. La^us. i voyagé en Hongrie, et qu*on le regarde comme l'auteur de la calliédrale de Cambrai, dont les Irea^epls arrondin nypellent ceui de Marbourg. Maitt il n'y a dans celte rolncideni-e inrune preavr qui permette de couférer avec certitude un si grand tionfieor I notre compatriote.
rappelle ces belles paroles de saint Augustin : « Nul ne pour7 «rait entrer ici, si ces poutres et ces pierres n*adhéraient «point les unes aux autres dans un ordre certain, si elles « ne s*attachaient ensemble par une pacifique cohésion, et «si, pour ainsi dire, elles ne s*aimaient pas entre elles'.»
S*il nous fallait définir en deux mots ce qui nous parait être le caractère distinctif de Téglise de Sainte-Elisabeth, nous dirions que c*esl une pureté et une simplicité en quelque sorte virginales. La véritable architecture chrétienne y apparaît dans sa beauté primitive, parée des seules grâces de la jeunesse, tout fraîchement éclose et s*épanouissant au soleil de la foi. En la rapprochant des cathédrales plus pompeuses et j)lus récentes de Strasbourg, de Cologne, de Salisbui7, d'Amiens; en comparant entre elles ces images diverses de rimmortclle Épouse du Seigneur, on pourrait trouver la même différence qu'entre la parure d'une vierge qui s'approche pour la première fois de la table sainte, et l'éclatante parure d'une mariée.
Qu'on nous pardonne quelques détails. L'extérieur, qui a Tavantage d'être complètement dégagé de toute autre construction, nous offre la curieuse particularité de deux rangées de fenêtres l'une sur l'autre , tandis qu'à l'intérieur râévation des murs latéraux n'est interrompue par aucune galerie ou division. Ces fenêtres sont, du reste, de la plus grande simplicité : ce sont deux ogives géminées, surmontées d'une ouverture circulaire et encadrées dans une grande ogive, disposition identique avec celle employée à Notre- Dame de Paris, et qui semble dériver de celle des fenêtres à plein cintre des cathédrales de Pise et de Sienne, de l'Or-San-
* Ligna ista et lapides, si non sibi certo ordine cohiererent, si non se padflce innecterent, si non se Invicem, coliaerendo sibi, quodam modo amarent. ■emo hue intraret. S. August., serm. 336, in Dedic.
Michèle et du palais Strozzi, à Florence, et de la plupart àa bons édifices du moyen âge en Italie. On ne voit ni pinacles, ni clochetons, ni arcs-boulants à jour, ni aucun des ornements du gothique postérieur; seulement, deux galeries font le tour de l'édifice entier. La façade principale ou occidentale est de la plus élégante simplicité : elle se compose d*un large portail surmonté d'une grande croisée et d'un pignon trèsorné, flanquée de deux hautes tours avec leurs flèches en pierre, parfaitement semblables, et dont on ne saurait assex admirer la forme élancée et pure. Le tympan du portail est occupé par une belle statue de la sainte Vierge, protectrice spéciale de l'ordre Teutonique. Elle écrase les Tices et les péchés sous la figure de petits monstres ; de ses pieds sortent, à droite, une vigne chargée de grappes nombreuses; à gauche, un rosier garni de fleurs, où chantent de petits oiseaux ; de chaque côté, un ange agenouillé vénère cette reine victorieuse du péché, et source éternelle des fruits de la vérité et des fleurs de la beauté. L'exécution répond à la grâce touchante et au sens profond de ^image^ Les feuillages des chapiteaux et des filets de la voussure de ce portail sont aussi traités avec une délicatesse exquise. La masse unie et sans ouvertures de la base des deux tours forme un heureux contraste avec la riche ornementation du portail lui-même. 11 en est de même des fenêtres élancées du premier étage de ces tours avec la riche et large croisée du milieu, ainsi qu'avec le pignon. On doit admirer Thabileté merveilleuse qu^on a mise à dissimuler la jonction de ce dernier membre avec les tours, par des panneaux a jour et une sorte de balustrade cré-
* M» Moller, l'un des première archéologues et architectes de l'AUemagne,
que, dans le coure de ses longs travaui, il n*a jamaia renconiré one
itatlon de la sainte Vierge qui lui parût mieux oooçae ni mieux
que eeUe-d. Die kirche der H. Elisabeth, p. 6.
nelée, d*un goût aussi pur qu'original. Les deux tours renfermenl sept cloches, dont la plus petite est d'argent, qui forment entre elles des accords parfaits et savamnient conibinés.
En entrant dans Tintérieur, on est frappé par la division de réglise en trois nefs d'égale hauteur. Cette particularité, qui se retrouve assez rarement dans les grandes basiliques du moyen âge, parait avoir été un trait distinctif des églises de Tordre Teutoniquc * : elle se retrouve dans les magnifiques églises de la Prusse où l'Ordre établissait alors même sa domination, et notamment à Dantzig et à Pelplin.
La couleur naturelle de la pierre commence à ressortir de dessous le badigeon dont elle a été autrefois recouverte. On voit partout les jonctions des pierres de taille; on admire la merveilleuse union de solidité et de légèreté qui a permis de ne donner aux murs latéraux que deux pieds et quelquefois dix-huit pouces seulement d'épaisseur. Une double rangée de colonnes établit la division des trois nefs; elles sont tout à fait simples, et flanquées seulement de quatre colonnettes chacune : leurs chapiteaux, taillés en feuilles de vigne, de lierre, de rose et de trèfle, sont les seuls ornements de sculpture que l'architecte ait admis. Une petite statue en bois, de la Sainte, tenant une église à la main, est adossée à l'une des colonnes de la nef^.
L'église, comme toujours, avant qu'on eût imaginé de
' Schuaa^se, Niederlœiidische briere, p. 1G7. Moller remarque que l'église de Sainte-Elisabeth semble avoir servi de modèle sous ce rapport à beaucoup d'autres églises de la Hesse, telles que celles de l'abbaye de Haïna, de Fried^ berg, Frankeuberg, etc.
' Nous l'avons fait graver dans les MonumenU, Elle était sous un dais, et sur le pilier qui la supporte on voyait les traces d'une fresque qui représentait notre Sainte et sainte Catiierine. — De[>uis la restauration moderne de l'église, on a transféré, fort à tort, cette jolie statue dans le tympan des gedilia du prêtre célébrant et de ses deux assistants, qui sont à gauche du maître-autel. Elle y est peu remarquée.
lee HISTOIRE
prendre les temples païens pour modèles des églises chrétiennes, est en forme de croix : le chœur, ainsi que le transept, ou les deux bras de la croix, se terminent par des absides polygonales. Le chœur est fermé par un assez beau jubé en boiseries. Le magnifique retable du niaitre-autel, consacré le 1*"^ mai 1290, est parfaitement d*accord avec le style du reste de Téglise; il est formé par trois arcs ogives inscrits dans des dais triangulaires, et flanqué de quatre clochetons, le tout surmonté par un couronnemeot de la sainte Vierge en relief. Les fenêtres du chœur sont garnies d'admirables vitraux de la fin du treizième siècle, qui mériteraient une étude spéciale. Les six fenêtres du chevet contiennent de grandes figures en pied, et des sigets historiés en médaillons. On y distingue Notre-Seigneur, avec Adam et Eve à ses pieds; sainte Elisabeth couronnée; saint François (en tunique bleue) et Notre-Dame; douze médaillons représentent divers traits de la YÎe de notre Sainte. Les huit autres fenêtres n'offrent qu'une sorte de tapis de fleurs ou de plantes, dont le dessin et les couleurs sont heureusement assortis. Les vitraux du reste de 1 église ont été détruits par l'armée du roi très-chrétien Ix)uis XV, qui, dans la guerre de Sept- Ans, avait changé cette église en magasin de fourrages.
Dans les deux bras du transept , on remarque , sur quatre autels abandonnés, des sujets de sculpture et de peinture représentant des traits de la vie,de notre Sfdnte, ainsi que les légendes de sainte Anne \ de sainte Catherine, de saint Jetn- Baptiste et de saint George, attribués en partie à Técole d*Albcrt Durer, mais, selon nous, d'une date plus ancienne et
1 On remarque ddos celle-ci le groupe qui reprétente sainte Anne invitant Notre-Dame à allailbr l'enfant JéâUi, puitf Salomé et d'autre* aaintas «Qielgiiant à lire à leurs enranls.
d'un goût plus purement religieux que le sien. Ce sont des bauts-reliefs en bois doré, recouverts par des volets en bois qui sont revêtus au dehors et au dedans de peintures sur toile collées contre le bois, naïves et expressives, mais un peu trop retouchées. On y disUngue le départ de la petite princesse dans une voilure couverte pour venir de Hongrie en Thuringe ; ensuite le miracle du manteau apporté par un ange, en échange de celui qu'elle avait donné à un pauvre, au moment de se rendre à la salle du festin, avec de curieux détails sur le service de table du roi ; puis le miracle du lépreux déposé dans le lit de son mari' ; le dernier embrassèment d'Elisabeth et de Louis, lors du dépari de celui-ci pour la croisade; la Sainte expulsée de la Waribourg, et réfugiée dans une étabie à pourceaux ; sa chute dans la boue; la visite du comte Banfi; sa prise d'habit, etc. Les reliefs représent^'nt sa mort, ses obsèques, et rexaliation de ses reliques en présence de l'empereur. Ces trois morceaux sont évidemment l'œuvre d'un artiste digne de traiter de tels sujets^. Dans le bras méridional de la croix^ on voit les tombeaux 4es princes de la maison de Thuringe et de Hesse, qui ont recherché l'honneur d'être enterrés dans l'église de leur illustre aïeule. « Dans ce palais du roi suprême, » dit un historien, « Elisabeth, sa royale épouse, fut la première « ensevelie; et puis elle y reçut plusieurs autres conci- (( toyens, saints et féaux serviteurs de Dieu, destinés à sor- « tir avec elle de leurs tombeaux au dernier jour, et à jouir
* Dans le fond du Ut conjugal un voit les armoiries des deux époux, sur des écussons séparés, mais penciiés vers le haut et réunis sous un cimier commun. L'écu de la Sainte /Bst écartelé , au premier et uu quatrième , de gfUiules à la croix patriarcale de Hongrie ; au deuxième, iascé d'argent et de gU6UÎes ; au troisième, fretté d'azur et d'argent.
' Nous avons publié la partie centrale de ce haut-relief, celle qui représente la mort de la Sainte.
« avec elle de réternelle joie '. » Son directeur Conrad (le Marbourg; Adélaïde, fille du comte Albert de Brunswick, femme très- sainte et même renommée par ses miracles; le frère Gérard, provincial des Franciscains, d'une austérité remarquable, voulurent reposer auprès d'Elisabeth. U ne reste plus aucune trace de leur sépulture; en reyanche,oo retrouve eu très-bon état les beaux mausolées du landgrave Conrad, beau- frère de la Sainte, avec sa discipline à la main^; de la duchesse Sophie, fille d'Elisabeth, dont k visage est tout aplati par les baisers des pèlerins'; et ceux de quinze autres princes et princesses de Hesi»e du treizième au seizième siècle, parmi lesquels on admire surtout celui du landgrave Henri III le Ferréj mort en 1376, dont la statue est couchée à côté de celle vraiment belle de son épouse Elisabeth, sur la même pierre : trois petits anges semblent soutenir et adoucir Toreiller sur lequel reposent leurs deux têles, tandis que des statuettes délicieuses repn>sentent des moines et des religieuses agenouillés à leurs pieds, et lisant des prières pour le salut de leurs âmes. Beaucoup d'autres tombes, avec des figures couchées en relief, ou de magnifiques armoiries en bronze, sont enchâssées dans le pavé de Téglise^
* Principatur in hoc summi regi^ palalio, regalis illa EliaabeUi, flponfa eju8... Ho8 aliosque cives sanctorura et domeolicos Dei EliisabeUi nostrm beata in hoc suo suscepit domiciiio, resurrectura cum e\i in novissimo die et flniitura seternitatis gaudio. Theod. Suppi. apud Mm. BoUand.
* Voyez plus haut, t. H, p. inH,
* Ihid. t. n, p. MO.
^ Il faut encore signaler, parmi \o» grandes tombes du transept nord, celle d'Yolande de Lorraine, morte en 1521, femme du landgrave Guillaume; et, dans le bas côté méridional de la nef, la statue d'une mère couchée k oMé de son enlant. — Une inondation, qui a ravagé Téglise de Marbourg en 1847, avait arraché et confondu toutes ces tombes : elles ont été depuis replacées et rétablies par les soins du gouvernement hessois. Les états du pars, mr ta
Dans un des angles de Fautre extrémité de la croix, au nord, se trouve la chapelle où reposaient les reliques de sainte Elisabeth elle-même; cette chapelle forme une sorte de portique en carré long et à quatre arcades, dont deux sont adossées aux murs de Tabside, et les deux autres sont à jour. La voûte intérieure est à ogive croisée ; mais le sommet du carré est plat et terminé par une haute balustrade, d*oii Ton montrait sans doute les reliques au peuple assemblé, ou bien où se tenaient les musiciens dans les grandes solennités. De chaimants feuillages, sculptés et dorés sur fond d'azur, garnissent les archivoltes des arcades et le pourtour des angles de la chapelle, et contrastent avec la nudité des autres parties de rÉglise. Dans l'espace libre entre Tarcature et le sommet, on voit une fresque à demi effacée, qui représente le couronnement d'Elisabeth dans le ciel, avec une inscription dont on ne peut lire que ces mots : Gloria Thectonie...
DlGNUM GEMMA SoPHI£ FONS DECUS EcCLESl^. FlDEI... Une
autre fresque, sur la paroi du mur oriental, reproduit les obsèques de la Sainte. Au centre de cet édifice s'élève sa statue en bois colorié; les nattes de sa chevelure sont dorées; elle tient une église à la main. Enfin, sur la base latérale de la chapelle on voit un bas-relief qui en occupe toute la longueur et qui mérite une grande attention, tant par sou antiquité, qui remonte probablement au siècle même de la Sainte, que par son caractère simple et naïf. C*est le plus ancien monument d'art qui exibte sur notre Sainte, et à ce titre nous avons cru devoir le faire reproduire par la gravure. On y voit d'abord Elisabeth morte', les mains en croix^ couchée
proposition du ministre HassenpQug, ont voté une somme de 2l,t)00 écos pour la reslauration de l'église.
' On trouvera dans la collection des Monuments la réduction d'un desdn original , plus exact que la planche donnée par MoUer.
dans sou cercueil ouvert; Nôtre-Seigneur, ayant à sescfités Notre-Dame, est debout près du cercueil; rame d*ÉlisabeCh, fious la figure d*une petite fille nouyellement née, mais 4qa couronnée de gloire, est présentée par son ange gardien au Christ, qui lève la main pour la bénir; un autre ange Tencensé; la sainte Vierge regarde avec amour sK>n humble et docile élève; à côté d'elle, un homnie barbu, la lance à la main, et portant la croix des croisades, représente peut-être le duc Louis , mais plus probablement le pénitent Conrad. A droite, on voit saint Jean Tévangéliste, ami spécial de la Sainte , sainte Catherine et saint Pierre avec la def du Paradis; à gatiche, saint Jean-Baptiste, sainte Marie-Madeleine et un évèque, qu'on croit être Sigefroi, archevêque de Mayence. C*est devant ce bas-reliuf que venaient s*agenouiller les pèlerins; les marches en sont cmcore aujourd'hui profondément creusées et labourées par leurs genoux. La châsse dans laquelle furent reniermées , dès 1249^ les reliques de la Sainte était posée au-dessus de ce bas-relief, et protégée par un grillage qu*on voit encore. Elle est maintenant transportée dans la sacristie, qui est placée dans Tangle entre le chœur et le transept septentrional. Cette sacristie est elle-uième uu cliarniant morceau d'architecture, tout à fait digne de Téglise; ba double voûte étoilée porte sur un faisceau central de oolonnettes d'un très-gracieux effet. La châsse est un des monuments les plus curieux et les plus riches de la sculpture et de Torfévrerie du moyen âge : on n'en connaît pas plus lauteur que celui de Téglise elie-méme. £Ue
* Justi, p. 241, ex A>riuann. On peut voir une descripUoo trè»-6xacle de «e précieux monument , par M. Justi, dans son histoire de la Sainte, p. 24 l-t4S, et une assez bonne gravure dans les Monumeula Landgravwrmn Thuringiœ, de ^Samuel Reylier, Gotha, 1C92. Elle est reproduite dans notre eollection des Monumentt,
a la forme d'une maison gothique, avec double toit à pignoo, en carré long, de six pieds de long, deux pieds de large, et trois pieds et demi de haut. Elle est en bois de chêne recou* vert en argent doré : les deux côtés étroits forment deux portails, sous Tun desquels est une statue de la sainte Vierge couronnée d*un diadème de pierreries, avec Tenfant Jésus, et sous l'autre une figure de sainte Elisabeth en habit religieux, un livre à la main. Sur Tun des côtés longs, on voit une statue assise de Jésus-Christ docteur, avec trois apôtres à sa droite et trois à sa gauche ; sur l'autre Notre-Seigneur sur la croix, qui a la forme d'un arbre avec ses branches ^ Saint Jean et sainte Madeleine sont à ses pieds ; deux anges cou* ronnent sa tête penchée. Deux petits bas-reliefs, aux deux côtés de ces anges, représentent la Nativité et la Résurrection, avec ces belles inscriptions : Uic Virgo parit rorem vitœ retinetque pudorem; et : Hic stimulum morlis Chris tus vindt leo fortis. A droite et à gauche sont les six autres apôtres. Au-dessus de chaque apôtre on lit une phrase du Credo^ selon un usage assez fréquent dans les monuments de cet art chrétien, aussi profond et fécond que peu connu et peu apprécié par les catholiques modernes. Toutes ces figures sont surmontées de dais richement sculptés. Sur les plans inclinés du toit on a adapté huit bas-reliefs qui représentent
' Oo connaît la belle légende aï univerdellement répandue dans le8 8ièd«B de loi t d'après laquelle le bois de la croix était fait de l'arbre de la science dont Eve avait cueilli le fruit mortel. L'Église semble y faire allusion daas eette stance de l'hymne Pange lingua qu'elle chante, pendant Tadoralion de la croix, te veiidredi saint.
De p&reutis protoplasti Fraude factor condoleni, Quando pomi noxialis Morw in rooHem corrait, l>pM ligMioi timc notatit, Itamoa tigni «t •ulv<>r«\
1*2 nSTOfBE
phi^ears scènes de li TÎe d'Elisaheth, sortoof les «finnè h Sainte et de son épom pariant pcMir la croisade, avccta les détails, tels que la découieiie fiortuiie de la craîx dai raïundoiêre de Louis, le don de la Ii^ue, leur deniia* laser. Ces statuts et bas-ivlieEs, toos d*on IraraO cuelU, sont en argent massif el recouvert de <lonire. L^ne wwiMMy quantité de camées, d*oayi, de peries, de piètres giaféo,de saphirs, d*émeraades el d*aulres pierres do plus hant pii étaient incrustées dans b châsse et les encadrements des stah tnes : h plupart étaient antiques, et ajouteient a la laleor presque inestimable d'i n monument auquel la piété et Faffection des fidèles pour Elisabeth aTaient bit ooosacrer taotde trésors '. Un grand nombre de ces pierres grarà^ avaient été apportées d*Orient jiar Its (ièlerins et les cn>isês; quelquesunes étaient regardées comme un produit spontané de II nature^. On sait combien de qualités surnaturelles étaient attribuées aux pierres précieuses dans le moyen âge : c'était à la fois roroemcot le jilus précieux et rofifrande la |das significative qu'on pût consacrer au tombeau d^une sainte. Il 7 avait un on;x si admirable, que, d après une tradition très-
* Oo croyait généralenjcnt que celte cliis<e TiUit aa bm^i» six, ceat mSà, éciu d'Empire, c'est-à-dire plu^ de deui millioiu de franc» ; d'aatres eitimfr- Uoo« CD portaient la râleur à six fois cette somme.
' Cet pierreas ont une si grande importance historique et my thologiqne . que le célèbre Creuier, auteur de la Sffmboiiqtie, n'a pas dédaigné de eoosaerer à leur dMcription et à leur examen un outrage spécial intitulé ZmrGem^ wtenkunde : auiike grtchiiitteae Steiue tom Gra^tmakle der H, Etiêabtik, im étr Hoch ihr genanuter Kircke m Marbury, won D. Fa. CacozfJi, Leiptig, IS34. Puisque nou« aToos nommé ce savai«t écrivain, nous ne saurioDs paaier aom silence la louchaute description qu'il a faite, dans ses mémoires (V. Brockkmm Zdtgeiioiêen , w 7, Leipzig, 1822) , de l'impression qu'il ressentait pendant son enfance , passée à Marbourg , chaque fois qu'il entrait dans Téglisc de Sainle-Êlisabeth : il lui attribue son premier penchant pour les études religieuses et mystiques : il avoue que cette église porta le premier eoQp à son luthéranisme : « Cette Sainte-Elisabeth, dlMI, était pour moi tout an monde* »
répandue, un électeur de Mayence avait offert de Tacheter au prix de tout le bailliage d*Âmœneburg. Malgré les guerres et les troubles de religion, il restait huit cent vingt-quatre pierres précieuses (non compris les perles) en 1810, lorsqu'on les compta avant Tenlèvement ordonné par le gouvernement du roi Jérôme Napoléon. Celui-ci, qui avait déjà dépouillé de leurs trésors les principales églises de son nou* veau royaume , fit transporter la châsse à Gassel , où on vola les gemmes les plus précieuses , au nombre de cent dix-sept. Ainsi appauvrie et souillée par la main d'un satrape étranger, elle revint à Marbourg en 1814.
Celte châsse rappelle par sa forme et sa beauté la fameuse châsse de saint Sebald, à Nûrnberg, ornée des statues des douze apôtres, par Peter Fischer; mais elle a l'avantage d'être antérieure de trois siècles : il n'y a peut-être au monde que la châsse des trois rois à Cologne et les grands reliquaires d'Aix-la-Chapelle qui la surpassent en antiquité et en richesse.
Dans cette couche que la foi et l'amour du peuple chrétien avaient cherché à rendre digne d'elle, les reliques de la Sainte bien-aimée reposèrent jusqu'à l'époque de la réforme. Nous empruntons à deux historiens luthérietis ' le récit de ce qui se passa alors, comme un témoignage non suspect du genre de victoires que remportait en ce temps-là ce qu'on a depuis appelé la cause du progrès et des lumières. Le dimanche Exaudi de l'an 1539, le landgrave Philippe de Hesse, descendant en ligne directe Je sainte Elisabeth, s'en
' Le D' Justi, Auriolendanl de l'église lalhéritiooe à Blarbourg, dani la V édition de THistoire de sainte Élibabetti (1797), et dans ie Vorxeit de 1824 : il a lui-même extrait ces renseignements d'un ouvrage intitulé : Historische diplomaiischer Unterricht und grUndliche Déduction von des lioben Teutschen-Ritter-Ordens Gerechtsamen, etc., 1761, in-folio.
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Tint à réglisc dédiée à son aïeule, et y fit célébrer pour il première fois le culte évangélique. Il était accompagné ài duc Albert de Brunswick, du comte d'isembourg , d'ua fameux poète, faiseur d'héroïdes à l'instar d'Orîdc*, et nommé Eobanus Hcssus, du professeur Crato, et d'unassa grand nombre de ces docteurs et savants qui avaient travesti leurs noms allemands contre de grotesques traducHons latines ou trrecqucs^, et parmi lesquels la réforme trouvait ses plus zélés adeptes. L'office terminé, il flt appeler le conimanHeur de l'ordre Teu tonique, en résidence à Marboorg, le sire de Milchling, depuis élu grand maître de TOrdre*, et se rendit avec lui à la sacristie où était déposée la châsse. Une multitude immense de peuple le suivit. Le prince et ses amis étant entrés dans la sacristie, le commandeur en fit fermer la porte |)Our arrêter la foule. La forte grille de fer derrière laquelle se trouvait la châsse était fermée : le commandeur refusa de l'ouvrir, et en jeta la clef au loin; le sacristain dit également qu'il ne saurai comment s'y prendre pour y pénétrer. Alors le landgrave ordonna à un des assistants de chercher des serruriers et des forgerons avec de grands roartc&ox et des ciseaux pour forcer la grille : mais en se présentant pour sortir à la porte de la sacristie que le conunaudeur avait fermée, on trouva qu'elle ne ]H)uvait pas s'ouvrir du dedans, mais st*ulement du dehors. Il fallut donc en jeter la def dehors à travers une des fenêtres, pour qu'on put la ramasser et l'appliquer extérieurement à la serrure. En attendant. Son
* Il en a même fait uoe d'Elisabeth à »ou mari Louit, alMeot en Tem Sainte, tur le modèle de celle de Pi^nélo|)e à Uljvsrt.
* Par exemple le docteur Eichmann s'appelait Dryander, Jean Elnniiiftai Ferrurius Montauus^ etc. On sait que Melanchthon n*e$t que la traduetloa Ai nom primitif de cet liérésiarqu'*, Schufurtfnl, littéraleraeot TVrrv-Jfoiiv.
* Wolfttang Schutibart de Miieiiilnft. éhi f^nml maître en t J>l^.
Altesse daigna dire : « S'il nous faut mourir de faim dans « cette sacristie, nous commencerons par manger le com- « mandeur. » « C'est à savoir, » répliqua celui-ci, « si je « suis d'humeur à me laisser manger*. » Cependant on apporta bientôt les instruments nécessaires pour reffraction : au moment où on y procédait, le prince s'écria : « Allons, a Dieu* merci! voilà donc les reliques de sainte Elisabeth! « voilà mes os et ses os! Viens-Ven, vieille maman Lisette! « Voilà ma grand'mère^! » Puis ce digne petit-fils d'une sainte, se tournant vers le commandeur, lui dit : «C'est lourd, a monsieur le commandeur : je voudrais bien qu'il n'y eût a que des écus ! mais il y en aura là de bons vieux florins de « Hongrie *. — Je ne sais pas ce qu'il y a ; de ma vie je ne « m'en suis approché de si près^ et plût au ciel que je n'y <c fusse pas aujourd'hui^ ! » La châsse étant ouverte, le land» grave y plongea les mains, et en retira une cassette longtie de cinq quarts d'aune, doublée de satin rouge, qui contenait les ossements de la Sainte : il les prit et les remit à un officier de sa maison, nommé de Collmatsch, lequel les fit jeter dans un sac à fourrage ^ que tenait un domestique, et emporter aussitôt au château. Le landgrave découpa ensuite lui-même un morceau de la châsse, qu'il croyait d'or massif, et le fil
< Ward Sein FUrsU. Gnaden sagen : wan man in der Cuslorey Hungers Klerben niQe«t, wollen wir den Land Commthuram erslen essen, sagt der Laod- ConimUiur : es inttMle einer ilin er^t Rragen, ob und wan Er geissen seyn wotRe. — Récit d'un témoin oculaire dans le second des ouvrages ci-dessus dtéa.
< « Das whII Gotl! Das isl S. Eli^^abethen Heiligtlium t mein Gebeinet, ihre Knochen I Koinm her, Mulime Kltz ! Das ist meine Altermutter I n Ibid.
> n Rerr Gommtiiur 1 es ist schwer, wollte wUnschen , das es eitel Kronen weren, es werd -n der alten ungarsclien Gulden sein 1 » Ibid.
* « Er wtisste nicht. was darinnen sey, er sey seine Lebtage nicht so Dab* dabei geiiammeu, und wollte Gult, er ware aucli Jelzo nicht zo nalie dabei I » Ibid.
* Welcher solche in einen bey sich g«habteii Fattersack steclLte. IMd.
essayer par un orfèvre : voyant que ce n'était que du cuivre doré, il dit : « Voyez ces prêtres, comme ils trompent les « gens! ils ont fait ce cercueil de cuivre, et ont gardé tout « Tor pour eux ^ » Puis il s aperçut qu'il manquait le chef de la Sainte; et après beaucoup d'insistance, il obligea le commandeur de lui montrer une armoire secrète de la sacruh tie, où cette tète était renfermée, avec la couronne et Fe calice d*or que l'empereur Frédéric lui avait consacrés le jour de si translation solennelle, trois cent trois ans auparavant. Philippe fit aussitôt emporter ces objets précieux au château , et on ne les a plus revus.
C'est cet homme que les protestants ont surnommé Philippe le Généreux.
En celte même année 1539, il obtint une dispense signée du docteur Martin Luther et de sept autres théologiens évaogéliques assemblés à Wittemberg, pour prendre une femme en sus de celle qu'il avait déjà, et qui lui avait donné uo grand nombre d'enfants. Faut-il s'étonner de ce que depuis lors l'antique et glorieuse maison de Besse soit tombée, dans ses branches protestantes, au point de vivre pendant un siècle du prix de ses sujets qu'elle vendait à l'Angletene pour être employés à combattre les sauvages de rAmé* rique?
Les ossements de la Sainte furent enterrés peu après sous une pierre nue de l'église, dans un lieu inconnu de tous, excepté du landgrave et de deux de ses confidents. En 1546, sous prétexte de dérober aux dangers de la guerre la précieuse châsse, il ordonna qu'elle fût déposée au château de Ziegenhayn. Mais deux ans après, cédant aux instantes prières
* « Sehet, die deuUcben Pfaffèn habeo die Leute beirogein, deo Strg kupfern gemacht, und das Guth geoommen ! » etc. Ibid.
du commandeur Jean de Rehen, Philippe fit reporter à Marbourg cette propriété sacrée, en même temps qu*il crut devoir obéir à Tordre que lui avait donné Tempereur Charles-Quint, dès l*année même du sacrilège, de restituer à l'église les reliques de sainte Elisabeth ^ On les déterra, et on les rendit au commandeur : cependant elles ne furent plus replacées dans la châsse ; d'après la quittance qu'en délivra Jean de Rehen le 12 juillet iS48, il en manquait dès lors une grande partie ^ et à dater de cette époque leur dispersion a été complète. Un interrogatoire judiciaire', du 31 mai 1634, constate qu'à cette époque on venait de s'apercevoir de l'efiraction de la pierre placée devant le maître-autel, et sous laquelle les ossements de la Sainte étaient déposés : on n'y dit pas que tous ces précieux restes aient été enlevés, mais cela semble résulter de l'ensemble des interrogatoires. Vers 1840 on a voulu faire des fouilles sous les pierres situées devant le maltre-autel, mais on n a rien trouvé.
Pendant les restaurations de l'église opérées à la suite de l'inondation de 1847, en procédant aux excavations nécessaires pour la repose du tombeau de Conrad, le beau-frère de notre Sainte, on trouva, le 20 juillet 1854, un cercueil de pierre, contenant une boite de plomb, et dans cette boite divers ossements avec la portion d'un crâne. On dressa procès-verbal de cette découverte; mais le cercueil fut aussitôt replacé dans la terre au lieu où il avait été trouvé, devant l'autel de saint Jean-Baptiste. Plusieurs crurent que ce cercueil devait contenir les ossements de sainte Elisabeth, conformément à une tradition opiniâtre qui maintient que ces
1 Justi, p. 250.
> Juflti. Vorzeit de 1824, p. 19.
* Publié d*aprèfl le Mu. deis archives consistoriales, dans la Voneit de JusU , ISaS, p. 278-83.
(Batres. VIII. — Saiute Éliiabcth, il. IS
jl7S RISTOIIIB
restes sacrés n*ont pas quitté Téglise. L'autorité ecdésiastique ne s'étant pas prononcée à oe snjet, et n'ayant mène ordonné aucun examen, la prudettoe exige qu'on s'abatieme de prononcer'.
n est du reste certain que les reliques de la Sainte m furent pas intégralement déposées à Marbotirg*, poisqne, comme on Ta vu plus haut (page 138), la dudiesse SopUe, fille d'Elisabeth, portait avec elle une côte de sa sainte mbe, sur laquelle elle faisait prêter serment.
Vers la fin du seizième siècle, à une époque où l'Espagne faisait beaucoup de frais et d*efibrts pour sauver les reliques des saints qui se trouvaient dans les pays envahis par rbéiésie, la pieuse infante Isabelle-Claire-Eugénie, gouvemante des Pays-Bas, dont la mémoire est encore aujourd'hui si populaire en Belgique, acquit le crâne avec plusieurs ossements de sa sainte patronne^ et les fit transporter à Bruxelles et d^ poser chez les Carmélites ^ : le crâne fut plus tard envoyé an château de la Roche-Guyon en France, d'où il a été vers i 830 transféré à Besançon par le cardinal duc de Rdian'. Une portion en a été envoyée jusqu'à Bogota, dans rAmérique méridionale. Un de ses bras fut envoyé en Hongrie: d'autres portions de ses reliques se voyaient enoofie à Hano>Te^, à Vienne, à Cologne, et surtout à Breslau, dans la
* Voir à ce sujet deux opuscules intéressants, dont voici 1m Utret : 1* Dk Wiederauffindang der Gebeine der H. Elisabeth f von Anton SchaifBBlwrf. Malnz. 18&5. — 2<» Ueber die Àuffindung der Reliquien der H. gfiwMI, von D' B. Uudek. 0. S. B. Wien. 1858.
' Sanderi chorographia sacra BralMuitis, tom. ii, p. 348, et note det Mm. BoUandistes à Bruxelles. Le couvent des Carmélites a dispara avec tant d'antres sous les coups du vandalisme démocratique, et la trace de cet prédemet reliques a été perdue , malgré les efforts de M. Stsedtier pour les reirevfer. Voyex sa traduction allemande, p. 491.
> On le vénère aujourd'hui à Thôpital de Saint-Jaequee daas ctito viBe.
* Thésaurus reliquiarum electoris Brunswieo-Lnneborgeiislt, Hanov.» 1711.
riche chapelle que lui consacra en 1680 le cardinal Frédéric de Hesse, évêque de cette ville et un de ses descendants. On conserve dans cette même chapelle le bâton en bois noir qui lui servit d'appui lors de son expulsion de la Wartbourg'. Nous avons déjà parlé de son verre qui est à Erfurt , de sa robe de noces qui est à Andechs, de sa bague d'alliance qui est à Braunfels, avec son livre d'heures, sa table et sa chaise de paille. Enfin on montre à Tongres son voile, et au couvent des sœurs de Saint-Charles àXoblentz^ une chemise qu'elle avait teinte de son sang en se donnant la discipline.
En 1833, M. le comte de Boos-Waldeck possédait un des bras de la Sainte, provenant de Tabbaye d'Altenberg : il Tavait offert en vente à plusieurs souverains qui la comptent parmi leurs aïeux , mais il ne trouvait pas d'acheteurs ! Cette précieuse relique a enfin trouvé un asile dans la chapelle du château de Sayn, grâce à la piété de la princesse Léonille de Wittgenstein, à laquelle le comte de Boos Ta remise en 1851.
A Marbourg il n'y a aucune de ses reliques. On n'y rencontre d'elle aujourd'hui qu'une grande tapisserie à laquelle oû dit qu'elle a travaillé, qui représente l'histoire de TEnfaiit pnxiigue, et dont on se sert pour la cérémonie de la commumoD, selon le rit luthérien. Sa châsse, vide depuis trois siècles, fut, comme on l'a déjà dit, emportée à Cassel sous le règne du roi Jérôme, puis ramenée à Marbourg en 1814, et replacée dans la sacristie ^. La magnifique église qui lai a
' Ce bâton a été monté en argent, et garni de bandelettes en spirale du même métal, où se trouve la généalogie de la maison de Hesse, depuis sainte Elisabeth jusqu'au cardinal Frédéric. Justi , p. 268. M. Guénébault por^sède une curieuse gravure où cette relique est représentée dans un reliquaire, aver celles de plusieurs autres saints.
* M. StSMitler remarque avee beaucoup de raison que les écrivains modernes de rAlleMHigne ne se font paa fonte de s'élever contre le vol des pierres pré-