‹ Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie, duchesse de ThuringeChapitre 57 sur 78 · EDWI6E, REINE DE POLOGNE, DUCHESSE DE LITHUANIE · texte numérisé non relu

EDWI6E, REINE DE POLOGNE, DUCHESSE DE LITHUANIE

On nous pardonnera de rassembler ici quelques détails puisés dans les anciens historiens de Pologne, sur une des princesses les plus remarquables du moyen âge, dont le caractère et la destinée offrent avec ceux de notre chère sainte Elisabeth des analogies qu'il sera bien facile de saisir.

Nous avons tiré ces détails principalement de Y Histoire po^ lùnaise de Jean Dlugosz ', ainsi que des chroniques de Stryikov^ski * et de Bielski S qui ont été imprimées dans la précieuse collection d'historiens en langue polonaise, publiée au dernier siècle parle jésuite Bohumolec.

^ Joannis Dlugossi seu Longini , Uistoriœ polonicœ , libri zii , etc, Liptiœ , 1 7 1 1 ; 2 Yolumes in-folio. Dlugosx Ait clianoine de CracoYie, précepteur des enfants du roi Casimir Ul , ardievêque nommé de Lemberg , et mourut en I4S0.

^^ronika Macieja Stryikowskiego, imprimé à Kœnigsberg en 1592 ; réimprimé par Boliumolec en 1766. L'auteur était chanoine de Samogitie.

* Kronica Marcina Bielskiego. L'auteur mourut en 1576.

Casimir le Grand, dernier roi de Pologne de la race nationale des Piast, mort en 4370, avait laissé sa couronne an fib de sa sœur, Louis d'Anjou, roi de Hongrie, issu de la rtcede saint Louis de France. Celui-ci régna de nom pendant doue années (1370-82), mais abandonna entièrement la Pologne! ses dissensions intérieures et aux attaques de ses ennemis, pour ne s'occuper que de la Hongrie. Il mourut en 1382, laissant deux filles, Marie, l'atnée, qui avait pour époux Sigismond de Luxembourg, marquis de Brandebourg, depuis roi de Bohême et empereur; et Hedwige, née en 4374 , et fiancée à l'âge de quatre ans au jeune duc Guillaume d'Autricbe, qui fut élevé avec elle à dater de ce moment. Les Polonab élurent aussitôt pour reine cette jeune Hedwige, qui avait à la fois dans les veines du sang de saint Louis et de saint Etienne. Mais sa mère, la reine Elisabeth, veuve de Louis, l'ayant gardée auprès d'elle sous divers prétextes, la couronne demeura pendant plusieurs années en proie aux brigues et aux attaques de plusieurs compétiteurs, entre autres de Sigismond, beau^frère d'Hedwige, et de Ziemowit, duc de Masovie. Celui-^i fut même élu roi par une diète de petite noblesse, impatientée des interminables délais qu'éproavait l'arrivée de la jeune souveraine. Enfin, sa mère, efifrayée par les menaces de toute la Pologne, consentit à se séparer de ta fille, et l'envoya en Pologne sous la garde du cardinal Démétrius, archevêque de Strigonie. Les prélats et les seigneurs de Pologne, qui désespéraient de la voir arriver, allèrent audevant d'elle avec un vif empressement, et la reçurent à Cracovie avec les plus grands honneurs. Elle n'avait pas encore quinze ans ; mais son éclatantô beauté, sés grftees, ses vertus.

sa pudeur et sa fervente piété inspirèrent aux Polonais tant d'enthousiasme et d'amour, qu'ils se regardèrent comme honorés d'avoir cette jeune fille pour seule maîtresse, satis songer à lui donner un époux qui pût leur servir de chef et de roi ^ Elle se fit couronner dans la cathédrale de Cracôvie le 45 octobre 1385, jour de la fête de sainte Hedwige, sa patronne. Les seigneurs lui garantirent le plein exercice des droits royaux jusqu'à ce qu'elle fût mariée. « Comment s'en étonner? » dit un historien; « elle avait reçu de la nature le don de la plus rare beauté ; elle était si merveilleusement belle, que la seule Hélène avait pu l'être comme elle *; mais sa piété et sa pudeur, sa modestie et sa douceur surpassaient encore sa beauté. Elle était très-instruite et même savante en littérature; elle avait toute la dignité, non-seulement de sa haute naissance, mais d'une nature supérieure ; elle semblait avoir sucé, avec le lait de sa mère, toutes les vertus. A peine sortie de l'enfance, elle avait dans toutes ses paroles, dans toutes ses actions , une gravité et une maturité qui témoignaient de la sagesse céleste qui l'inspirait *. »

Cependant le plus redoutable des voisins et des ennemis de la Pologne, Jagellon, grand-duc de Lithuanie, ayant appris, par la renommée et par les rapports de ses ambassadeurs, qu'il venait de monter sur le trône de Pologne une jeune

' Tante erat erga illam affectio , tam charitas immensa , ut Tiroa se esse oblJU , parère tam insigDi et yirtuosœ Teminse pularent non inglorium. Ea insnper charitate et affectione devicli, non dato^ non procurato illi sponso , (|tnai ipsa aola ad gubernandum regnum sine fnerito sufflceret, etc. Dlugosz, liv. X, col. 95.

* Stryikowski, liv. xiii, c. 1.

' Dlugosz, 1. c.

îQO appendiciî;.

vierge tellement belle et gracieuse, que dans le monde entier aucune femme ne pouvait rivaliser en beauté avec elle*, conçut le désir de Tépouser. Il lui envoya à cet effet une ambassade, dont le chef, Skirgyello, frère du grand-duc, ayant été admis en présence de la reine et de son conseil , lai paria en ces termes : « Il y a longtemps que des princes et des rois « illustres ont sollicité notre puissant souverain JagelloD, « grand-duc des Lithuaniens, d'embrasser la foi des chrétiens, « en abandonnant la foi de ses pères ; mais ni leurs persaa- « sions, ni les guerres que lui ont faites dans ce but les croisés « de Prusse, n'ont jamais pu l'y engager. C'est à vous, noble « et illustre reine, à vous et au royaume de Pologne , que le « grand Dieu a réservé cet éternel honneur. Si votre excei- « lence daigne accepter pour époux notre susdit seigneur « Jagellon, voici à quoi il s'engage. D'abord lui et ses frères « les ducs de Lithuanie , avec les seigneurs et tout le peuple « de Lithuanie et de Samogitie , gmbrasseront la foi catho- « lique, celle que vous et votre royaume pratiquez et observez. « Il rendra ensuite tous les captifs chrétiens qui lui sont « échus parle droit de la guerre; il incorporera au royaume « de Pologne, par une union irrévocable et intime, toutes aee « terres de Lithuanie et de Samogitie , même celles qu'il a « conquises sur la Russie; il s'engage à regagner, pour la Po- « logne, la Poméranie, la Silésie et les autres provinces qui « en ont été détachées ; enfin il offre de payer les deux cent « mille florins qui ont été remis au duc Guillaume d'Autriche « comme arrhes de la consommation de son mariage avec

^ Adeo venustam decoramque existere, ut pro illa lempesUte in orbe aniverso, parem in forma non babere crédita sit. Ibid.

« VOUS. » Telles furent les offres de ce barbare '. Elles parurent fort avantageuses aux seigneurs et aux prélats de la Pologne, mais fort tristes à la jeune reine , qui était passionnément attachée à Guillaume^ et qui objecta qu'elle lui avait été solennellement fiancée, et couchée dans le même berceau que lui^ Elle obtint qu'on consulterait d'abord sa mère, la reine Elisabeth de Hongrie. Les ambassadeurs lithuaniens, accompagnés d'une députation de trois seigneurs polonais, allèrent aussitôt trouver cette princesse à Bude. Après de longues hésitations, Elisabeth se laissa dominer par l'intérêt de la propagation de la foi catholique ', et répondit qu'elle consentait volontiers à ce que sa fille Hedwige fît ce qu'il y avait de plus utile pour la république chrétienne et pour la Pologne ^ Au retour des ambassadeurs, une diète fut convoquée à Cracovie pour délibérer sur les demandes de Jagellou, ainsi que sur les droits de Guillaume et les prétentions de Ziemowit, duc de Masovie, et de Ladislas, duc d'Oppeln, tous deux Polonais et catholiques, qui briguaient aussi la main d'Uedwige et la couronne de Pologne. On délibéra pendant plusieurs jours : les seigneurs qui voyaient le plus souvent la jeune reine, et qui connaissaient son éloignement pour le projet d'alliance avec Jagellon , soutinrent qu'il était odieux d'aller chercher un barbare étranger pour en faire leur roi, au préjudice des princes catholiques et nationaux; mais la grande majorité fit valoir l'intérêt de la foi chrétienne et du repos de la Pologne.

* Hœc barbarus. Dlugosz.

* Slryikowski , 1. c.

* BieUki, 1. vu, p. 225.

* Quud et reipublicœ chrUlianœ et »uœ profùtunim duxerlnt. Dlugoez, 1. c.

accompagnée de ses demoiselles d'honneur et de ses chevaliers, trouver son fiancé au couvent des Franciscains : elle y passait de longues heures avec lui dans le réfectoire des frères, en se livrant au plaisir de la danse et à d'autres récréations, mais toujours avec la modestie et la décence qui la distinguaient *. Plus elle le voyait, et plus son affection devenait irrésistible. Elle résolut enfin d'accomplir son mariage avec lui avant l'arrivée de Jagellon. Mais les seigneurs polonais réàolurent en même temps de s'y opposer à tout prix ; et plusieurs d'entre eux ayant rencontré un jour le jeune duc comme il cherchait à s'introduire secrètement dans les appartements intérieurs de la reine, ils le chassèrent du château en l'accablant d'injures *. Hedwige, persévérant dans ses intentions, se décida à aller le rejoindre dans la ville; mais en arrivant à la grande porte du château , elle la trouva fermée par ordre des barons. Désespérée et révoltée par cette oppression, la passion de la jeune fille l'emporta dans son cœur sur la dignité de reine : elle demanda au portier une hache , qu'il lui donna. Alors, brandissant cette arme, elle se mit à frapper avec fureur sur les verrous et les cadenas de la porte qui la séparait de son amant, mais sans pouvoir la briser ^ Aucun de ceux qui assistaient à cette scène doulou-

^ lii ejusdem cœnobii rerectorio, Wilhelmo duci, chorearum soIaUis, parco taiMA et castigato atque honestissimo moderamlne, utebatur. Ibid.

* Dum ad Cracoviensem arcem thalami sécréta cum Hedwigi regina susceptttfos enbilia, perductus esset... tam ei arce quam ex thalamOy cum dedecore et injuria exclusus expulsusqoe est, et ab omni carnali commercio regin» prsdlcttt sequestratns.

* Stryikowski, 1. c. — Petita dataque securi, violare illas manu pfopria nitebatur. Dlugosz, 1. c.

reuse n*osait ni désobéir aux barons, ni arrêter la colère de la reine. Cependant le vieux Dimitrj de Goraj , grand trésorier du royaume, s*approcha d'elle, et, fort de Fautorité que loi donnaient ses cheveux blancs , il la supplia de se calmer, et de sacrifier son inclination au bien de la patrie, aux vœux de ses sujets, mais surtout à Tintérét de la religion. Hedwigene répondit rien : elle laissa tomber sa hache, fondit en larmes, et rentra chez elle.

Il fallut cependant céder. Le duc Guillaume, craignant pour sa vie, quitta secrètement Cracovie, en laissant toutes ses richesses à la garde de Gnicwosz, qui ne les lui restitua jamais. Au commencement de Tannée 1386, Jagellon arriva en Pologne. Au bruit de son approche , les seigneurs se réunirent en grand nombre à Cracovie , et redoublèrent de prières et d'instances auprès delà reine Hedwige pour la déterminer à ne pas repousser Falliance du prince barbare, en réfléchissant à rintérét de la foi , qui avait toujours été le premier intérêt des Polonais*. Hedwige avait elle-même envoyé un agent confidentiel pour voir Jagellon, et lui rapporter secrètement des détails sur sa personne et sur ses mœurs. Cet envoyé revint, en disant que le duc n'était nullement aussi affreux qu'on Tavait représenté à la reine ; que sa figure était bien un peu longue, mais n* avait rien de repoussant; que ses mœurs étaient graves et dignes d'un prince ^ Mais elle n'en fut pas plus réconciliée avec cette destinée : elle insistait surtout sur

1 Ui uiagnu fidei fructu, qui principaliter a Polonis quaerebatar, penaato, barbari principis non fasiideret conjugium. Ibid.

' Fadem obloiigam , nulla tamen turpitudine notatam , morea gra?et et principe dignas enunclal et reginœ anxietatem de agresU et derormi dads corpore dudum conceptam, disaeruit. Ibid.

le pacte solennel des fiançailles contracté entre elle et Guillaume ; elle débattit longuement et douloureusement ce point avec ses conseillers ; elle s'obstinait à regarder un mariage avec tout autre que son fiancé comme un adultère. Cette pensée lui était plus amère que la mort '. Les scrupules de conscience venaient joindre leurs tortures à Tagitation douloureuse de son âme '. En attendant, Jagellon fit son entrée ofScielle à Cracovie le \2 février, et alla aussitôt rendre visite à la reine au château. Il la trouva au milieu d'un grand nombre de nobles dames et demoiselles, et resta tout ébloui de sa beauté *. Le lendemain, il lui envoya les plus riches présents, comme gages de son admiration. Mais le duc Guillaume était revenu secrètement à Cracovie, déguisé en marchand. Uedwige le savait, et l'y avait encouragé *. Les seigneurs polonais le surent aussi bientôt, et le firent chercher avec tant de soin, qu'il eut beaucoup de peine à s'échapper de leurs mains.

Enfin Hedwige succomba ; son cœur fut vaincu et pris d'assaut : expugnata fuit, dit le prélat qui a écrit cette histoire ^. Dieu seul pouvait donner à ce cœur de quinze ans, dévoré par une passion ardente et légitime , la force de consommer le plus douloureux sacrifice : aussi fut-ce à lui qu'elle eut recours. Voyant que rien ne pouvait plus la

* Diu et graviter propter superius fœdus cum Wilhelmo ictum reluctabatur... Âlteris nuptiis suam contaminare pudicitiam, amarius morte putalMt Dlugoftz, 1. c.

' Timor quoque divinus, et vis conscienUœ mentem suam terrebant. Ibid.

* BieUki, Dlugosz.

* Sub habilu dissimulato mercatorio , non sine annuentia Hedwigii dandesUne advenisse.

* DlugODX, 1. r.

sauver* elle se rendit, couverte d'un voile noir, à la cathédrale de Cracovie ; et là , elle s'agenouilla devant un grand crucifix qu'on y montre encore aujourd'hui, et y resta toute seule pendant trois heures en larmes et en prières. Elle se releva, après avoir arraché de son cœur sa volonté, son amour, l'espérance de son bonheur, et les avoir cloués au pied de la croix , comme un sanglant holocauste offert an Ciel pour le salut de sa patrie. Seulement, avant de sortir de la chapelle, elle prit son voile noir, et en recouvrit l'image du Sauveur crucifié, comme d'un linceul dans lequel elle ensevelissait son amour. Elle alla du même pas trouver le chapitre* et lui fit une fondation pour que ce signe du deuil de son âme fût perpétuellement entretenu et renouvelé au besoin. Cette fondation a survécu à la Pologne elle-même ; ce même crucifix existe encore, et il est toujours recouvert d'un voile noir: on l'appelle encore le crucifix cTHedwige^,

Puis elle déclara qu'elle consentait à épouser le duc de làthuanie, non certes pour son plaisir, mais pour accroître le domaine de la foi orthodoxe et assurer le repos des chrétiens'. Le 14 février, Jagellon reçut le baptême des mains de l'archevêque de Gnesen; et le même jour il célébra son mariage avec cette Hedwige dont on ne savait ce qu'on devait le plus admirer, la beauté de son corps ou celle de son âme '. Trois

> n fe trouve au fond du bas-c6té septentrional du chceor : on y Tait jours des fidèles en prières, avec cette fervente et expansive piété qui térise les compatriotes de la généreuse et infortunée Hedwige.

* Non voluptatis explendœ causie, sed fidei ortliodois impUtiidtoMi , et chrifltianorum quietem procuratura. Dlugosi, p. 104.

' Cum virpine décora et insigni Hedwigi, moribusne incertum est an venustiore. Ibid., p. 105.

jours après , il se fit couronner en présence d'Hedwige avec une très-grande pompe.

Le duc Guillaume, désespéré , quitta Cracovie et s'en retourna en Autriche. Selon quelques auteurs, il ne voulut jamais se marier tant qu'Hedwige vécut. Plus tard , il épousa Jeanne, fille du roi de Naples. Il mourut peu après.

Une fois mariée à Jagellon , la jeune reine consacra à son nouvel époux toute sa tendresse et toute sa fidélité ' . Vers le milieu du Carême , Jagellon la conduisit dans la grande Pologne, afin d* employer sa popularité et sa douceur à pacifier les dissensions entre les nobles et les prélats qui déchiraient cette province. Ce fut pendant ce voyage qu'eut lieu le trait délicieux que nous avons cité sur elle dans notre texte. La cour était à Gnesen : une contribution excessive fut assise pour son entretien sur les paysans des environs, et la plupart de leurs bestiaux furent saisis. Ils s*en vinrent tout en pleurs, avec leurs femmes et leurs enfants, se plaindre, en remplissant Tair de leurs clameurs. Hedwige , profondément émue, éclaira son mari sur son injustice, fit restituer tout ce qui avait été pris, et lever l'interdit que le chapitre de Gnesen avait déjà lancé pour châtier cette oppression ; puis elle s'écria : c Les bestiaux leur sont rendus; mais qui leur rendra leurs « larmes ? »

Grâce à l'intervention de cette jeune et touchante médiatrice, le roi réussit à rétablir la paix et la sécurité dans toute la Pologne. L'année suivante (1387), il la mena avec lui en Lithuanie , pour lui faire connaître sa nouvelle patrie et ses

^ Niemccwici. Spiewy hUtoryczne,

i08 APPENDICE.

nouveaux sujets, et pour la faire assister à leur ccHiversiooi la foi chrétienne. Il renversa toutes les idoles du pajs, éteignit les feux perpétuels, fit abattre les forêts sacrées. Ton les Lithuaniens, à l'instar de leur roi, reçurent le baptême. Pour abréger cette cérémonie, qui eût été interminable s'il avait fallu administrer séparément le sacrement à chaque individu, on répartit tous les néophytes, d'après leur sexe, ea divisions nombreuses ; puis on aspergeait d*eau bénite chaque division en masse, et on assignait un même nom de baptême i tous ceux qui y étaient compris. A la première division d'hommes, le nom de Pierre ; à la première de femmes , celui de Catherine, et ainsi de suite. Les chevaliers seuls et leun familles furent baptisés individuellement. Les nouveaux chrétiens reçurent avec enthousiasme leur reine de seize ans, qui venait leur apporter la paix et la lumière de la vraie foi. Pendant tout son séjour, elle donna des preuves éclatantes de sa ferveur toujours croissante et de son ardent dévouement à It religion *, par la profusion de ses dons à la nouvelle cathédrale de Saint-Stanislas de Wilna, et aux autres églises et fondations religieuses que son mari instituait, d'après ses avis, dans les principaux lieux de son royaume. Pendant qu'Hedwige était ainsi glorieusement occupée en Lithuanie, die apprit la mort cruelle de sa mère chérie, la reine de Hongrie, lâchement assassinée, comme l'avait été la mère de sainte Elisabeth, par des seigneurs rebelles.

Après que le Christianisme eut été solidement établi en Lithuanie, le roi et la reine revinrent à Cracovie (4388), où la

< Quanli esset fervoris in Deum et in amplitudinem tue relf^oals moii«traTit. Dlu{toax, p. 112.

paix de leur union fut compromise par la jalousie de Jagellon. La calomnie lui avait fait concevoir de violents soupçons sur la fidélité de son épouse. Il l'accabla de reproches, et annonça même l'intention de divorcer. Les barons réussirent à le calmer, et Hedwige elle-même exigea du roi le nom de son accusateur et un jugement solennel ' . Le roi nomma Gniewosz, le même qui avait été Thôte du duc Guillaume , et qui s'était approprié tous ses trésors. Il avait osé accuser celle qu'on nommait déjà la Sainte reine * d'avoir eu des relations clandestines avec le duc Guillaume depuis son mariage. La cause fut appelée et jugée à la diète de Wislica (1389). La reine se justifia par le témoignage de toute sa maison et par serment. Le castellan Jean Tenczvnski et douze autres chevaliers afiSrmërent également par serment que l'honneur de la reine étai^ à l'abri de tout soupçon, et s'ofirirent à la défendre par combat. Gniewosz, confondu, garda le silence. Le sénat le condamna à une peine spéciale, en présence de toute l'assemblée et de la reine outragée. 11 fut forcé de se courber sous un banc, et de déclarer, dans cette posture, qu'il avait aboyé malhonnêtement comme un chien contre la vertueuse et chaste reine sa souveraine ; et après avoir dit ces paroles , il lui fallut imiter trois fois l'aboiement d'un chien ^. A dater de ce moment, rien ne vint plus troubler l'union de Jagellon et d'Hedwige , qui passèrent le reste de leurs jours dans la paix et l'amour *.

« Bielski, p. 233.

2 Stryikowski, p. 448.

* Stryikowski, p. 449.

* Sine suspicione y sine Jurgiis rixisqae , in amœnitaie dulcedineque coa-

ŒuTres. Yill. — Sainte Élitabcth. li. 14

En 1390, Jagellon étant allé défendre la Lithuanie coAie les chevaliers Teu toniques, Hedwige trouva que les firontîèRi de Pologne étaient menacées du côté de la Hongrie. EDenisembla aussitôt une armée ; et quoiqu'elle n'eût alors que diineuf ans, elle en prit elle-même le commandement. Ri^ie saurait égaler l'enthousiasme avec lequel les guerriers polonais virent leur jeune souveraine à cheval au milieu delem escadrons. Us cherchèrent à lui témoigner leur amour, m obéissant à ses moindres ordres avec la plus scrupuleuse fidélité ' . A la tête de ses troupes, elle entra dans la Russie rouge', et, combinant son plan de campagne avec autant de prudence que d'intrépidité, elle prit d'assaut ou par capitulation les villes et les forteresses de Przemisl, Jaroslaw, Halicz, Leopol et une foule d'autres, et reconquit toute cette vaste province que son propre père Louis avait détachée de la couronne de Pologne pour la donnera celle de Hongrie. Hedwige, tout entière aux intérêts de sa patrie, répara ainsi l'injustice de son père ; et en effectuant, par son héroïque courage, cette réunion qui a duré jusqu'à la ruine de la Pologne, elle s'est assuré, dit son historien , dans le cœur des Polonais un étemel souvenir*.

Aussitôt après elle marcha sur la Silésie, et reconquit également toutes les possessions polonaises que Ladislas,

Jugalis foederis, stabili concordia et cbaritate, utriusque statua peraMuit, Dlugoitz, p. 123.

* Tanta erat apiid milites afTectio et charitas ut omnes UU juitA ae yriro parereut, et singuia quip jubebat, obedienler exsequerentur. Mû,, p. 1)6.

' Ce qu'on appelle aujourd'hui le royaume de Gallicie.

^ Sempilernum apud Polonos pro hujusmodi beroleo opère hâbitnra reeordium. Dlugoai, 1. c.

duc (l'Oppeln, avait usurpées sur la couronne. Ce fut par ces nobles victoires qu'elle salua le retour de son époux '.

Mais la Lithuanie, sans cesse envahie et ravagée par les chevaliers Teutoniques, était en outre toujours déchirée par de cruelles guerres intérieures entre les princes des branches collatérales delà maison de Jagellon. Le roi crut qu'Hedwige seule pourrait venir à bout de les pacifier, et Ty conduisit de nouveau en 1393. Les princes lithuaniens, vaincus par le charme qu'elle exerçait sur tous, la reconnurent pour juge : ils plaidèrent leur cause devant elle. Elle réussit à les réconcilier, et, par un acte solennel et public, ils convinrent que si désormais il s'élevait entre eux quelques dissensions, au lieu d'avoir recours aux armes , ils prendraient pour arbitre et pour juge sans appel la jeune reine de Pologne ^

Cependant ce malheureux pays restait encore exposé aux incursions des chevaliers Teutoniques, qui redoublaient chaque jour de cruauté et de perfidie. Ce fut encore Hedwige qui dut intervenir pour préserver la Lithuanie des maux les plus redoutables.

Jagellon avait tout préparé pour faire à ses implacables ennemis une guerre décisive, où il comptait employer contre eux toutes les forces de la Pologne , ajoutées à celles de la Lithuanie. Avant qu'elle éclatât , on convint d'une entrevue entre le roi et le grand maître de l'Ordre à Jnowroclaw, en Cujavie. Mais les seigneurs, craignant que la trop juste fureur de Jagellon ne fût un insurmontable obstacle à tout accommodement, supplièrent la reine d'y aller en sa place. Elle y

* Slryikowaki, p. 454.

* Dlugosz, col. 138.

consentit, et se rendit à Jnowroclaw avec plusieurs éFéquesd barons et une suite très-brillante. Elle y rencontra le gnaà maître Conrad de Jungen et les principaux commaDdears de l'Ordre : elle leur proposa les conditions les plus équitables relativement à la restitution de certaines terres qu'ils venaieDl d'usurper; mais ils les refusèrent toutes sous de vains prfr> textes. Alors, dit un chroniqueur, cette femme bénie, inspirée du ciel , les foudroya par son indignation ' : c Vous êtes si « avides, leur dit-elle, que vous trahissez par votre avarice « non-seulement le roi votre seigneur, mais Dieu môme. Vous « avez juré fidélité et vassalité aux rois de Pologne , comme « à vos seigneurs et bienfaiteurs , qui vous ont souvent pn>- « tégés contre les païens, et vous n*avez rien tenu i Vous vous t dites ecclésiastiques, et vous arrachez de force aux pauvres « gens leurs biens, comme des brigands ; et tout cela, étant « chrétiens et non païens ! Je ne sais pas, en vérité, comment « vous avez le cœur de commettre tant de brigandages et de « cruautés. Mais vous verrez , » ajouta-t-elle ; « tant que je « vivrai, je réussirai peut-être à dissuader le roi de vous faire « la guerre; car, avant tout, je désire que le sang chrétien ne « soit pas versé. Mais quand je serai morte, vous recevrez le « juste châtiment d'une si indigne conduite; le juste Dieu « vous payera le prix de votre ingratitude et de votre insa- « tiable cupidité '. » Ainsi parlait la jeune et courageuse reine à ces impitoyables guerriers, et sa prédiction ne devait pas tardera se vérifier. Après sa mort prématurée » Jagellon,

1 Fœmina benedicta, cœlesti quodam sensu fnspirata. Dlogota, eol. 1&2. — Zgromila ic moviac... Bielski, p. 235. > Ibid.

dans les éclatantes victoires de Grûnberg et de Tannenberg , porta à rOrdre un coup dont il ne se releva jamais. Le grand maître et ses chevaliers, tout en ne se laissant pas convaincre par les exhortations de la reine, ne purent se défendre de l'admirer, et de la remercier solennellement de ce qu*iU l'avaient trouvée si zélée pour le maintien de la paix.

Cette sollicitude d*Hedwige pour la patrie de son époux ne diminuait en rien celle qui remplissait son cœur pour sa chère Pologne, dont elle savait fort bien défendre les intérêts chaque fois qu'ils pouvaient être compromis par l'union avec la Lithuanie. Ainsi , le roi son mari ayant donné à son favori Spithkon , palatin de Cracovie , l'investiture de la Podolie à titre de fief perpétuel , Hedwige protesta de toutes ses forces contre cette donation qui répugnait aux usages et aux lois de la Pologne , et elle vint à bout de l'annuler. Éclairée par une lumière supérieure ', et malgré l'attrait qu'ofirait à la Pologne une guerre contre les infidèles, elle ne voulut pas souffrir que les troupes polonaises prissent part à l'expédition téméraire que Witold , frère de son mari , entreprit avec les Lithuaniens contre les Tartares, et qui fut suivie d'une défaite terrible.

Sa renommée devint bientôt si grande , que les Hongrois songèrent à la prendre pour reine à la mort de sa sœur aînée Marie, au lieu de l'époux de celle-ci, Sigismond de Luxembourg. Mais Sigismond vint à Cracovie pour supplier sa belle-sœur de ne pas accepter leurs offres, et pour renouveler son alliance avec elle ^ Il n'est pas dit d'ailleurs qu'Hed-

^ Spiri tu révélante. . . Dlugosz, p. 156. * Bielski, 1. c.

114 AimmcE.

wige , toole Polonaise de csor , eût Toala d*aiie autre coaromie.

Elle employait les loisirs que lui faûssaieDt les guerres* io négociations et le goavememenl de son royaanie, à FéCnde, i ranmtoe et i la piété. Jamais on ne la rit en colère , ni kaitaine, ni orgneillense, ni Uirée à de firîvoles distractions; dk aTait de Véloignement pour tonte sorte de luxe et de &ste: elle aimait snrtoat à s*enfermer pour prier avec une ardate dévotion et le plus tendre amour de Dieu ' ; elle jeûnait poidant l'Avent et portait un ciliée en Carême ; elle était d'âne générosité sans bornes envers les pauvres, les TeoTes, les orphelins, les étrangers, les pèlerins; pleine de compassion et d^aflTection pour tous ceux qui soufifrai^it ; ses aumônes h faisaient accuser, comme notre Elisabeth , de prodigdilé. Malgré sa jeunesse , elle était regardée comme très-savante ; elle se livrait surtout à la lecture de TEcriture sainte, dont elle fit faire la première traduction en polonais (4390^ ; elle lisait aussi assidûment les Homélies des quatre docteurs de l'Église, les Vies des Pères, les Sermons des Saints, les Médilations et les œuvres diverses de saint Bernard ^ de saint Ambroise, ainsi que les Révélations de sainte Brigitte. Elle avait feit également traduire tous ces ouvrages en polonais. Ce n'était pas seulement pour elle-même qu'elle aimait la science : elle entretenait à ses frais une foule de pauvres étudiants dans les collèges. Elle rétablit le collège général, fondé par Casimir II à Casimierz ; elle fonda elle-môme à Prague (1397) un vaste et magnifique collège, qu'elle dota très-ricke-

■ NuIU in ea leritas, nulla ira , nulla notaii poterat supefbia, inridia, Tel siiuulfaa. Summa in ea devolio, iminensus amor Dei, etc. Diugnaa, p. 161.

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ment, et qu'elle consacra exclusivement à l'éducation de l'élite de la jeunesse lithuanienne, afin, disait-elle, d'arroser les nouvelles semences de la foi orthodoxe que son mari avait plantées en Lithuanie '. Elle légua en mourant tous ses bijoux, ses meubles et son argent à Tévéque et au castellan de Cracovie, pour être consacrés à la fondation d'une université dans cette ville. Son vœu fut rempli deux ans après sa mort, et c'est à elle que la célèbre Université de Cracovie doit son origine. Elle fit en outre , de concert avec son mari , une foule d'importantes fondations religieuses, d'églises, d'hôpitaux et de couvents, entre autres celui des Carmes, aux portes de Cracovie, en l'honneur de la fête de la Visitation nouvellement établie ; puis la belle église et abbaye de Sainte-Croix à Cleparz, où elle plaça des moines bénédictins qu'elle fit vei^ir de Prague, pour y célébrer l'office dans la langue et le chant sonore des Slavons, comme cela se pratiquait chez les Bénédictins de Prague*. Elle avait un goût très-vif pour la musique d'église, et fonda dans la cathédrale de Cracovie, en l'honneur de la sainte Vierge, un collège spécial de seize prêtres , destinés à chanter les psaumes en deux chœurs, d'après un mode particulier \ La réunion si rare et si séduisante de tant de qualités et de

^ Plantationem fldei orthodoxœ novellam in Lilhuaniae terris, a rege in- •titatam rigatura... Dlugosz, p. 154.

' Sonoro cantu et Icctione in idiomale slavonico. U>id., p. 127. L'écrivain se félicite à cette occasion de ce que Dieu, dans sa bonté, a accordé à la langue •Uye le privilège de servir à son culte et à la célébration des mystères sacrés, privilège qui avait été jusque-là réservé au latin, au grec et à l'hébreu.

' Jugi jubilatione, cantu ordinario cessante, psalmos Davidicos bini et blui, in dextro et sinistre choro , vicibus et clioris inter se parlitis ei squo , de* cantaturos. Ibid., p. 150.

cris de joie, et cherchèrent à exprimer leurs transports par toute sorte de façons extravagantes. Un d'entre eux, voulant lui montrer qu'il était prêt à braver la mort pour elle, se jeta du pont dans la rivière ; malheureusement il n'eut pas la force de regagner le rivage, et finit par se noyer. Hedwige, vivement émue , fit chercher son corps ; et lorsqu'on l'eut repêché , le voyant inanimé, elle pleura beaucoup, puis ôta son tablier qui était d'une riche étoffe verte brochée d'or, et en recouvrit la figure du défunt, à qui elle fit ensuite faire de magnifiques obsèques. Le tablier fut conservé comme une relique par la corporation des chaudronniers pendant plus de quatre siècles. Cette parure royale ornait les humbles funérailles de tous les chaudronniers, et rappelait ainsi à chaque génération l'amour de leur reine Hedwige. Il existait encore en 4809; mais alors les Autrichiens, devenus maîtres de Cracovie, le firent fondre, pour en retirer l'or mêlé à la soie •. Une seule douleur affligeait la Pologne sous le sceptre de

sa bien-aimée Hedwige et du souverain de Lithuanie : c'était de voir leur alliance rester sans fruit; c'était de penser que cette tendre mère de la Pologne n'avait point d'enfants à qui elle pût léguer son amour du pays et l'exemple de tant de vertus. Mais à la fin de 1398 la reine devint enceinte. A cette heureuse nouvelle, une joie merveilleuse se répandit dans tout le royaume \ Jagellon annonça la grossesse de sa femme à la plupart des rois et princes chrétiens, et surtout au pape Boniface IX, qui lui répondit par une lettre pleine d'affection,

^ ReDBeigDements Msb, reçus de Cracovie.

* UniTeraum regnum, mira impletum hilarilate, lœtabatur se per uteil reginalis fœcuDditatem.

24 g APPENDICE.

OÙ il s'offrait pour être parrain de Fenfant à nattre, et demandait au roi de lui imposer son nom de Boniface. Peu de temps avant que le terme d'Hedwige approchât « Jagellon fut obligé de quitter Gracovie pour présider à quelque expédition. Il lui écrivit pendant son absence de veiller à ce que tous les préparatifs pour son accouchement fussent accomplis avec la pompe convenable, et de faire bien garnir son lit et sa chambre de rideaux, de tentures et de draperies brodées en or, en perles et en pierres précieuses. Mais Hedwige lui répondit : € Il y a longtemps que j'ai renoncé aux pompes du siècle; ce € n'est pas à l'article de la mort, où se trouve si souvent une « femme en couche, que je voudrais en user : ce n*est pas par « l'or et les bijoux que je veux me rendre agréable au Dieu « tout-puissant qui m'a délivrée de l'opprobre de la stérilité <L pour me donner la grâce de la fécondité , mais bien plutôt € par l'humilité et la résignation*. » Le 12 juin 4399, cette dame presque sainte , dit Stryikowski , donna le jour à une fille, qui fut aussitôt baptisée dans la cathédrale de Gracovie, en présence du légat du pape, et reçut sur les fonts le nom d'Elisabeth, à jamais cher à la race de Hongrie, et celui de Bonifacia, d'après le pape sou parrain. Mais à peine Hedwige eut-elle mis au monde cet enfant tant désiré, que son état devint très-dangereux. La petite Elisabeth mourut au boutde trois jours; on voulut cacher à la jeune mère ce malheur, de peur que cette nouvelle ne la Ùi empirer; mais elle l'apprit au moment même par une révélation intérieure, et Fann^nça tout haut à ceux qui l'entouraient. Elle demanda bientôt les

' Sepompam sœculi dudum abdicasse, etc... sed in humiliUtis maosuetu-

dioe placere. Dlugosz, IGO, 2, p. 481.

APPENDICE. %i9

derniers sacrements, qu'elle reçut avec la plus fervente piété. Elle prit congé de son mari avec tendresse, en lui conseillant de se remarier, et en lui indiquant, pour seconde femme, sa cousine Anne, comtesse de Cilley, qui avait des droits à la couronne de Pologne '. Enfin, le 17 juillet, à midi, elle rendit le dernier soupir, pleine de bonnes œuvres et de mérites devant Dieu , et n'étant âgée que de vingt-huit ans.

Le légat du pape célébra ses obsèques ; elle fut enterrée dans la cathédrale de Cracovie, à gauche, devant le maîtrei^utel. L'amour du peuple et le souvenir de ses éclatantes vertus en firent bientôt une sainte ^ ; des guérisons miraculeuses eurent lieu en grand nombre auprès de ses cendres; beaucoup de malheureux vinrent y chercher les consolations qu'elle leur donnait si volontiers pendant sa vie, et les y trouvèrent. Les historiens qui ont raconté sa vie ^ semblent avoir cru que la postérité reconnaissante ferait solennellement constater sa sainteté ; ils se sont trompés , mais sa mémoire n'en est pas moins restée éternellement chère et sacrée en Pologne. Après sa mort, le roi Jagellon se remaria trois fois successivement; mais il déclara toujours que c'était Hedwige qu'il avait le mieux aimée; il garda toujours son anneau nuptial, et sur son propre lit de mort il le légua à l'évoque de Cracovie , qui lui avait sauvé la vie dans une ba-

I Bielski, 1. c.

* Godescard lui donue même ce titre, t. X, p. 178.

' BielslLi, 1. c. — Hujus deyotissimœ benedicteeque mulieriâ sanctitas apud nos declarata et monslrata est... et apud fbtura saecula declarabilur. Dlugou, p. 162.

taille, comme son bien le plus précieux, et comme une exhortation perpétuelle à bien servir cette patrie qu*Hedwige avait tant aimée.

On grava sur sa tombe une épitaphe en vers latins , dont voici quelques fragments :

€ Ici dort Hedwige, Vétoile de la Pologne.... Elle sut dompter son cœur par la raison , et se vaincre elle-même avec la force d'un géant. Elle était la colonne de l'Église , la richesse du clergé, la rosée des pauvres, l'honneur de la noblesse, la pieuse tutrice du peuple. Elle aima mieux être douce que puissante ; elle n'eut pas une étincelle d'orgueil ni de colère.... Hélas 1 cette royale étoile s'est couchée! elle a péri, la consolatrice des malheureux! elle a péri, notre dame, notre mère, notre espérance et notre confiance!. .. 0 Roi des cieux, reçois dans ton paradis cette reine des Polonais ' ! »

Sidus Polononim jacet hic Hedwig^...

Sed more gigantis animum ratione frenabat,

Se sibi subjicieas : nota papillis erat. Dos cleri, ros miseris fuit, Ecclesicque columna. Gratia Dobilium, civiuin tutrix pia...

... Noluit esse potens, maluit esse oiitis. Xon ibi delituit scintilla Tastus et ine ;

... Petit occasum, heu, reginale sidus ! Occubuit inopum solamen et miserorum ,

Et mater et domina, spesque fidesque simol. 0 rez polorum, reginam banc Polonomm,

Suscipe locandam in paradiso tuo !

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