LE CHAI EAU DE WABTBOLHG
(T. l,p. 324 etsuiv.)
Ce château , qui a servi de résidence à notre Sainte depuis sa quatrième année jusqu'à sa vingt et unième, et qui a été le théâtre de tant d'événements de notre récit , subsiste encore en partie ; et dans toute l'Allemagne il n'y en a peut-être pas de plus remarquable par la beauté de sa position et le grand nombre d'intéressants souvenirs qui s'y rattachent K II n'est point de voyageur qui ne soit frappé d'admiration en passant au pied de la montagne où est situé ce château , et qui domine la ville d'Ëisenach et la grande route de Francfort à Leipzig et à Berlin. Il est rare de rencontrer un paysage aussi pittoresque, une vue aussi étendue et plus attrayante que celle dont on jouit du haut de la Wartbourg : la végétation
^ Limperg, das in Jahre 1708 lebende uud scbwebende Eisenach ; Tbon'i •chloss Waiiburg ; Grimm's Deutsche sagen, etc.
m APPENDICE.
des nombreuses forêts environnantes est surtout inagnifi<iiie; il n'y manque qu'une rivière ou un lac. Nous avons deoil dans notre texte les sites voisins qui rappellent le souveur (rÉlisabeth; il nous reste à rapporter ici quelques détails sv rhistoire de ce lieu lui-même, célèbre à plus d*un titre dus les annales d'Allemagne.
Le rocher à moitié garni de bois sur lequel est construit k château se divise en deux crêtes, dont Tune s'appelle Mittéstein, ou pierre du milieu, parce qu'on la regardait comme k point central de la jonction entre laHesse, la Thuringe.Ii Franconie et les districts de Buchen et d'Ëichsfeld. C'est sur l'autre que la Wartbourg fut fondée en i 067 par le fameia comte Louis de Thuringe, surnommé le Sauteur (der Springei], i\ cause du saut qu'il .fit du haut de la tour de GiebichensteÎD jusque dans la Saale qui coule au pied de cette prison , pour échapper au supplice qui l'attendait. Diverses traditions s'attachent à cette fondation. Selon les uns, le comte découTrit cet endroit un jour qu'il était égaré à la chasse, et y attendit longtemps ses serviteurs ; pendant cette attente il en examina la position , et en fut si enchanté, qu'il résolut d'y bâtir un château, en lui donnant le nom de Wartberg ou ôurg (montagne ou château de l'attente). Selon d'autres, la première fois qu'il gravit ce rocher, il fut tellement frappé de la beauté da site, qu'il s'écria à l'instant : « Attends, montagne, je ferai de toi un château » (Wart, berg, du sollsi mir ein scUou werden ').
Ce château a servi de résidence principale aux landgraves
> Grimni. 5fiO.
de Thuringe jusqu'en U40. C'est là qu'eut lieu, en 1270, une scène touchante et célèbre. Le landgrave Albert le Méchant, Ifils de celui qui avait usurpé la Thuringe au détriment des enfants de sainte Elisabeth , avait pour femme Marguerite, fille de l'empereur Frédéric II, la dernière de l'illustre et malheureuse maison de Hohenstauffen ; mais, livré à l'amour d'une concubine, il la prit bientôt en dégoût, et chargea enfin un ânier de ses domestiques d'entrer de nuit dans sa chambre et de lui tordre le cou, afin qu'on pût croire le lendemain que le démon l'avait étranglée. Le pauvre ânier eut des scrupules, et s' étant introduit auprès du lit de la duchesse^ il l'éveilla en lui demandant grâce : elle le prit d'abord pour un fou ou un ivrogne; mais il lui raconta la commission dont son mari l'avait chargé , en lui disant qu'il aimait mieux mourir avec elle que d'obéir. La duchesse, consternée, fit chercher son maître d'hôtel pour lui demander conseil ; celui-ci l'engagea à prendre la fuite sans délai , en abandonnant ses enfants. Elle voulut d'abord les voir; ils reposaient dans leurs berceaux * : l'un avait trois ans et l'autre dix-huit mois ; elle s'assit à côté des berceaux , et pleura beaucoup. Le maître d'hôtel et ses filles d'honneur la pressaient de partir. Voyant qu*il ne pouvait en être autrement, elle prit l'aîné de ses fils, nommé Frédéric, entre ses bras , le couvrit de baisers et de larmes, et finit, dans l'angoisse et l'amertume de son cœur maternel, par le mordre sur la joue jusqu'au sang. Elle voulut ensuite prendre son autre fils, mais le maître d'hôtel le lui ôta des mains , en disant : « Les voulez-vous donc tuer, ces en-
' Selon Rothe, p. 1744, uf das gemoUe huez by demt torme : dous ne saurions indiquer à quelle partie de l'édifice acluel s'applique celte désignation.
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dau la iyrèt. les gais d'ELsenach s'en ^lervurant, et se minmt 1 le poorsoiTre. Gxnme il hitaît le pas, la petite non- ▼efle-nêe commen^^a à crier beaucoup. Le prince dit à h n«:>nrnce de h £ûre taire; mais die repondit : € MoBsetgnenr, < elle ne se taira qu'en tétant'. » Frédéric fit anssitdt biie halle, et dit : i Je ne tcox pas que cette poorsiùle rf*— pJ'iA»
' « W«lll ihr dfe fTiHi «ird. «la» er as * Ml
B«lkr, p. lîCr.
icma fille de se nourrir, dût-il m'en coûter toute la Thuringe. » Et il resta immobile, la lance au poing, attendant les ennemis, qui étaient si proches , qu'on entendait les pas de leurs chevaux. Quand la petite eut fini de teter, il reprit sa course, et arriva heureusement en lieu sûr.
En 4317, une grande partie du château fut consumée parle feu du ciel. — En 4 334, le landgrave Frédéric le Sérieux, et sa femme Mathilde de Mîsnie, fondèrent un couvent de Franciscains en l'honneur de la chère sainte Elisabeth , à la porte même du château , sur la descente qui conduit à Eisenach. En 4 440, la Tliuringe fut réunie à la Saxe , et la Wartbourg cessa d'être une résidence souveraine, si ce n'est par intervalles. On connaît l'histoire de la captivité simulée de Luther dans ce château. On y voit la chambre où il logeait, où le diable vint le tenter, et se fit jeter à la tète par le fougueux réformateur une bouteille d'encre, qui alla se briser contre la muraille en faisant une large tache que l'on entretient soigneusement.
Aujourd'hui, il ne reste guère de cette vénérable et célèbre résidence, telle qu'elle était du temps de sainte Elisabeth, que le Landgrafenhaus , vaste bâtiment à l'extrémité sud-est de la cour intérieure , et construit à plomb sur le bord du rocher : encore le toit, la distribution intérieure et les fenêtres en sont modernes. La chapelle et la Bittersaal, ou salle des chevaliers, sont seules du douzième ou treizième siècle. On ne peut qu'admirer les arcades élégantes partagées par des colonnettes accouplées , avec des chapiteaux très-variés^ dans la grande salle. La chapelle a deux belles croisées à plein cintre, et un assez bon bas -relief du quinzième
Savret. Ylll. — Sainte ÉliMbeth. 11. 15
)i6 APPENDICIÙ.
siècle. On y voit , à côté de la chaire où prêcha Luther, m détestable tableau dans le goûi moderne, qui est ceiisére^ présenter la Sainte pratiquant les œu\Tes de miséricorde, ë entre autres sujets le miracle des roses. Eln 1 708, un moatrait encore une chambre que le savant Paulini crovait avoir été réellement celle de la duchesse * ; mais elle a disparu dans les réparations et les reconstructions subséquentes. Il n\ a plus aujourd'hui qu un prétendu lit de sainte Elisabeth, qui a été renouvelé vingt fois au moins, mais dont on enipoile toujours des morceaux, comme préservatif contre le lual de dents.
Ce sont là les seuls vestiges matériels qui restent de notre chère Sainte à la Wartbourg, de nos jours ; mais on retrouve à chaque pas sou souvenir, au milieu des roses qui v sont plantées en abondance, comme en mémoire' de son luii-ade : en parcourant ces Iieu\ charmants, on sent qu'ils étaient digues, au moins par leur beauté, d'être habités et sanclitiés par elle, et sa douce et céleste image semble s'v revêtir, daus Vâme du pèlerin, d'un attrait de plus*.
^ Annal. Isenacens. 1698, p. 42.
* DepuU qiij ces i>a^^eà ont é.\é publiées, en 183G, le grand-dac de Sue^ Weiniar, souverain du pays d'Eisenach, a fait restaurer le ehàleau de Warlbourg avec autant de goût que de respect pour les aouveuirs de m sainte aïeule : il l'a fait surtout décorer par un peintre tout à fait distingué, M. Blaurice de Schwind de fresques où se trourent reproduite les priocipanx traits de la vie de sainte Éli^ab.^li , et qui méritent de compter parmi Ici meilleures production.^ de Tart religieux contemporain, il faut surtout eigoaicr les deux compositions qui représentent le^ Adieux du duc Louis et de la Sainte, et la mort de celle-ci daus sa cliaumière à Marbourg.
RKVI^LXTION FAITE PAR LA SAINTK VIKRGK A SAIN I K ÉLISABKTH.
Tirée des Mm. des BolUadistes à Bruiellef>.
fT. I. p. 399.)
Quomodo beata Viryo Maria proposuii sermrc virginitatem cum
esset in tempio,
Semel vero dum stans cogitarem quod nunquam ab eo vellem discedere, surrexi et ivi ad legendum , desiderio inveniendi aliquid quod animam meam confortaret, cumque librum aperuissem, occurrît roihi illud Isaiae : « £cce virgo concipiet. » £x quo dum intellexi quod filius Dei virginem debebat eligere de qua debebat originem trabere, statim proposui in corde meo, ob illius virginis reverentiam et gratiain, virginitatem servare et me sibi tradere ancillam et ei servire,
2|g APPENDICE.
et nunquam ab ea recedere etiamsi expediret per totu
mundum peregrinari cum ipsa. Nocte vero quadam « ad on-
tionem deTote prostrata, a&ectuosissime Dominum depreciU
sum, ut mihi dignaretur tanio iempore vilain pnestare qvod
ipsam virginem viderem oculis meis , sibi serrirem manibsi
et caput meum ad suam reverentiam inclinarem , et ad qtf
obsequia jtotalîter me confeirem. Et ecce quidam spkndor
clarior sole, et de splendoris medio audivi vocem dicaite
mihi : c Praepara te ad pariendum filium meum. » Et adjoniit
certissime : c Scias quod illa subjectio, quam, mei aoiore,
alteri Tis facere, volo quod ab aliis tibi fiât, et voie» qood sis
filii mei Mater, Domina et Dominatrix , ut ipsum non solum
habeas, sed omnibus quibus tibi placuerit illum prcsiare
possis. Nec meam gratiam, nec meum habebit amorem, née
filii mei, qui te non amaverit, et qui te filii mei matrem coo-
fessus non fuerit, in regnum meum non intrabit.
€ Tu, înquit, petisti a me ut gratiosam te reddam illi virgini quse eum genuerit, ut de te tantum confidat quod menu filium tibi prsestet , et de te ipso tuus impleatur affectus; e ego dico tibi quod ipsam habebis, et a me non ab alio doua bitur tibi, et qui tuam gratiam non postulaverit, a filio et d filio consolationem habere non poterit. » His auditis , pn timoré examinis affecta , in fiaiciem comiens meipsam sustî nere non potui, sed angeli tune venerunt et leYaverunt et coo fortaverunt me; ex tune divinis laudibiis me totalifter dedi ita quod Deum laudareet sibi gratias reddere satiari non po teram die ac nocte. Et expectans certissime divin» promis sioniseffectum, rogabam Deum Patrem instantissime, diceos € Supplice, misericordissime Pater, clementissime et be
nignissime, ex quo iibi placet quod debeam filium tuum parère; supplico, inquam, utmihi donare digneris spiritum sapientiœ, quo instructa sciam ei servire secundum voluntatem suam; donum intellectusquo illustrata valeam percipere voluntaiem suam, quia si humano more nascetur, scio quod siatim loqueiur; donum consilii quo informata sciam omnia consulte et discrète agerecirca eum; donum fortitudinis, quo roborata débite et reverenter valeam portare divinitatem suam; donum scientiae, quo erudita sciam omnes prudenter instruere quicumque ab eo habuerint aliquid facere; donum pietatis, quo ordinata sciam compati humanitati suse et ei in omnibus subvenire ; donum timoris, quo humiliata ei cum timoré et amore et débita reverentia serviam. » Ista sunt quas petebam a Deo Pâtre antequam mihi donaret filium suum : considéra ergo salutationem meam mihi missam a Deo et ab angelo allatam , et invenies omnes petitiones meas impletas.
Ita faciebat mihi, nam mens mea desiderio concipiebat filium Dei, spiritus meus succeudebatur habendi ipsum, ex desiderio anima tota pinguefiebat et satiebatur immensa dulcedine , quia voluntatis magnitudine videbatur mihi jam ipsum habere. Sed lingua carnis tantum vigorem habere non poterat quod valeret voce manifestare interiorem ardorem , propterea solum exteriores sensus rogabam conservari et ordinari ad obsequium virginis repromissae. Sed Deus videns interiorem ardorem, et cemens exteriorem humilitatem, tempore sibi placito Gabrielem mihi archangelum destinavit, qui mihi promissiones a Deo mihi missas detulit, salutatione prsemissa, secundum quod Ëvangelium manifestât. Ego vero
tcQ APPENDICE.
quid feciî profunda devotioue genuflexî et junrtis manii dixi : « Ecce ancilla Domini; fiât mihi secundum verbi tuuin. » Tune donavit mihi Deus filium suum et septem du Spiritus sancti. Et sois quare hoc fecit? quia sibi credidi meipsam humiliavi.
LK 3|OiNASltkiE DE KKViXH^KISBhliN.N
Ce monastère, qui renfermait la sépulture des souvepains de Tliuringe, fut fondé, comme le château de Wartbourg qui était leur résidence habituelle, par le môme comte Louis, dit le Sauteur. Ce prince, égaré par Tamour que lui avait inspiré la beauté extraordinaire d'Adélaïde, femme du comte palatin Frédéric, avait tué celui-ci dans une dispute à la chasse» et avait ensuite épousé sa veuve. Après vingt ans (TunioaD, la miséricorde divine, qui veut le salut de tous, dit la chronique , et ne souifre pas volontiers que quiconque se perde , loucha le cœur d'Adélaïde. Elle conçut de grands remords, et voulut les faire partager à son mari. Le vendredi saint de Tannée 1083, elle le pria de dîner avec elle; et comme ils étaient tous deux à table, elle fit servir beaucoup de viande rôtie et bouillie, du gibier et d'autres mets gras : le comte,
très-scandalisé, lui demanda ce qu*elle voulait dire, et si dk ne savait pas qu*il ne convenait à aucun chrétien de manger de la chair le jour où son Créateur et Rédempteur était moit sur la croix pour le sauver? € Ah! dit Adélaïde « si cdioe « nous convient pas, que dirons-nous donc au bon Dieu pov « nous excuser de n* avoir rien fait pour mériter sa misai- € corde, et d*avoir laissé nos péchés grandir jusqu'au ciel, « sans l'ombre de repentir ni de douleur, comme en ont les € autres pieux chrétiens? » Louis, profondément touché, baissa la léte et commença à pleurer amèrement : sa codvosion était faite ^ Dès le lendemain, il envoya chercLcr son ami intime, Tévêque d*Halberstadt, et lui demanda le moyen de mettre sa conscience en bon ordre. D*après son avis, il alla avec sa femme à Rome demander au pape l'absolution de leurs péchés. Le pape lui imposa pour pénitence de renoncer au monde, et de se retirer dans un monastère qu'il bâtirait en rhonneur de la compassion de Notre-Dame et de saint Jean, lorsqu'ils se tinrent ensemble sous la croix au Calvaire'. De retour en Thuringe , Louis remit la seigneurie entre les mains de son fils, et lui abandonna tous ses États, excepté le seul château de Schauenbourg. Un jour qu'il cheyauchait de ce château â la Wartbourg, il vit un potier, nommé Reinhart, assis et travaillant près d'une fontaine très-abondante. Ce potier et quelques paysans de Fricherode qui se trouvaient là dirent au comte qu'ils voyaient, chaque nuit, deux belles lumières brûler près de cette fontaine. Tune au lieu où a été
* Rolhe, p. 1677.
* In uDser lieb Frau und S. Johanns minne, der mit Ihr unterm Kreme stand ani sUllen Freitage. Grimm. 549.
bâtie depuis Téglise, et Vautre sur le site de la chapelle Saint-Jean. Louis fut étonné, et, se souvenant de son vœu, crut que Dieu lui désignait ainsi le lieu où il devait bâtir son monastère; il se mit aussitôt à Tœuvre, toujours de l'avis de son bon ami Tévéque d'Halberstadt, et quand le monastère fut achevé, il lui donna le nom de Reynhartsbrunn , en souvenir du potier de la fontaine. Il y passa le reste de ses jours dans la pénitence, et y fut enterré, ainsi que tous ses descendants, jusqu'à la séparation de la Hesse et de la Thuringe.
L'abbaye de Reynhartsbrunn joue un grand rôle dans toute la suite de l'histoire de Thuringe : ses abbés paraissent toujours avoir été des personnages très-importants dans le pays : nous avons vu quelle était la sollicitude et l'affection du mari d'Elisabeth pour ce lieu sacré. Les religieux ne trouvèrent pas dans tous ses successeurs des protecteurs aussi zélés ; ils eurent beaucoup à souffrir de la part des seigneurs voisins , et môme de celle de l'archevêque de Mayence, métropolitain ' de la province. Enfin le monastère fut incendié dans l'affreuse révolte des paysans de 1525, et ne fut jamais rétabli, grâce à l'introduction de la réforme. Les ducs de Saxe-Gotha, l'ayant sécularisé, y construisirent une sorte de château, que le duc actuel vient de faire rétablir dans la forme d'un ancien manoir gothique, avec assez de goût, mais un peu trop d'ornements ' . Il ne reste des anciennes constructions qu'un très-bon bas-relief du quinzième siècle, qui représente le Crucifiement, sur la porte d'une des cours ; et des pierres sépulcrales recouvertes des statues d'autant de souverains de la maisoi.
< L*architecle qui a accompli cette restauratioa s'appelle Eberhaid.
de Thuringe, savoir : de Louis I le Barbu (-f- 4036), Louis II le Sauteur (f 1096), Louis III, premier duc ou landgraïf (f 4449), Louis IV le Ferré (f 4168), Louis V le Doui, itcc la coquille de pèlerin, parce qu'il mourut à la croisade (1191), Louis YI le Saint, mari d*£lisabeth, et enfin le jeune He^ mann, leur fils et le dernier mâle de sa race. Le caractère de ces monuments semble assez contemporain de c^ux qu'ils représentent ; cependant on a élevé des doutes graves sur leur authenticité ; on les croit refaits de souvenir par un moine, après un incendie qui aurait détruit les anciennes tombes, et dont parle Théodoric comme étant arrivé peu avant la composition de son ouvrage. Notre duc Louis est qualifié dans son épitaphe de maritus beatœ Elisabtthœ, ce qui indique une construction postérieure au moins de quelques années à sa mort.
Dans la chapelle, qui est toute moderne, on voit un crucifix ancien et beau , venant d*une vieille chapelle de Saint- Jean, située à une lieue du monastère, sur remplacement d*une église fondée par saint Boniface, et où un grand candélabre on pierre, au milieu des bois, rappelle le souvenir du grand apôtre de la Germanie.
Du reste, quoiqu'on ne trouve presque plus rien du monastère où l'époux bien-aimé d'Elisabeth et elle-même se sont si souvent rendus, il reste toujours la position vraiment délicieuse de cet ancien édifice , dans un vallon à trois lieues de Gotha, un de ces beaux vallons que la main de Dieu semble avoir formés exprès pour servir de retraite à ses serviteurs. D*épaisses et antiques forêts garnissent les flancs des hauteurs qui forment le ravin au fond duquel s'élevait le menas-
tère : un heureux mélange de bois, de prairies et d*eaux vives anime le paysage, où règne un aspect retiré, paisible et hospitalier, parfaitement d*accord avec les souvenirs qui s'y rattachent. Du moins, à nos yeux prévenus, ce lieu a semblé, plus qu'aucun autre, empreint du charme suave et pur que le temps n'a pu effacer de tout ce que la chère sainte Elisabeth a marqué de son empreinte.
ACrtS ÉMAxNÉS DU SAlNT-SlÉGE RELATIVEMENT A LA CANOMSAl.ON
DE SAINTE ÉLISABEIH.
No 4.
RÉPONSE DU PAPE GRÉGOIRE IX A LA PREMIÈRE LETTRE DE MAITRE CONRAD DE BfARBOURG^
Ex Minrique, Aaual. Cisterceos. ad ann. I13t, p. 437.
Sane cum Isetitia dulcium lacrymarum concursibus comitatu, dilecti fili Conrade, ex litteris tuœ devotiouis accepimus : quod ille artifex gloriosus, qui terrain in aurum et aquam altérât in crystallum, clarœ mémorise ancillam suam Elisabetliam, quondam carissimam in Cbristo filiam nostram, landgraviam Thuringiae, jure naturœ fragilem et labilem,
' Voyez plus haut. p. 83 du texte de ce 11* volumt*.
demum dono gratise in cultu divini numinis stabilem el robustain, ac tamen mundanse miseriae compedibus expeditam, agrégat coUegio supemorum gloriam concessae beatitodinis signis exprimens gloriosis. Nam circa sepulcrum ejus et lods aliis per invocationem sui nominis et dévotion is sincer» saffragia, vita mortuis, lumen caecis, auditus surdis, verbam mutis, et gressus claudis, cœlesti dextra conferuntur '. Venim etsi per virtutum insignia, quibus olim jam dicta landgravit extitit multiplicitcr insignita, seu per famosa miracula, quibus ejus sancta rutilare dicitur sepultura, cœlestis sponsi vocibus esse de sanctorum numéro debent affirmarî ; tameo quia mentibus ambiguis subito rei veritas non clarescit, et repentinus non solet miraculorum relatibus quorumdam spiritus exaltare, eo quod omne rutilum auri iiomen non impetrat; nec cbur quodlibct nivem imitatur; nos quod Providentia preambula decet festinos in certis etlentos in dubiis înveiiiri, dissertationi vestrae, de qua plenam in Deo fiduciam obtinemus, per apostolica scripta mandamus, quatenus provide attendentes quod lux vera, sanctissimus Dominus Jésus Cbristus , signis publiais et prodigiis evidentibus trepidantit discipulorum pectora roboravit, mentes eorum dubias de resurrectionis admiranda gloria expressae certitudinis clarificans fulcimentis, vitam et conversationem landgravîae mémoratiB, quibus Domino et bominibus nascitur placuisse» nec non miracula quse , auctore Domino , de sui corporis sanctitate procedunt, kabitœ prae oculis sola diviua reverentia ma-
> D'ici à la fin de la lettre, le pontife répète presque textuellement le bref publié pour l'examen des miracleâ de «dnt Dominique. Vojfez Benedicl. uf Opéra, t. i, p. 42.
APPKNDICt:. 239
jeslatis, pcr testes idoneos studeatis inquirere cauta diligentia et sollicitudinc vigilanti, quae in scriptis redacta, sub sigillis vestris fidelitor conservatis, illa nobis posteaquam mandatum receperitis, per fidèles Duntios et solemnes transinissuri.
Dalum Anagniro 11 idus octob. annu Yl.