IDE LA DEUXIÈME ÉDITION
Personne n'avait encore songé à nous donner rhistoirfe de sainte Monique; et pourquoi n'avouerions-nous pas qu'à la première ouverture que nous fimes de notre projet, nous trouvâmes, parmi nos amis eux-mêmes, un peu d'étonnement avec beaucoup d'inquiétude ? Où étaient les matériaux et quel pouvait être l'intérêt d'une pareille histoire? Les matériaux! il y avait plus d'un an que nous les étudiions avec une émotion croissante ; et que voulait-on de plus que ce drame d'un fils sauvé par les larmes de sa mère, et devenant, sous cette rosée vivifiante, un grand * génie et un grand saint? Nous résolûmes donc de passer outre, comptant sur Dieu pour nous bénir, et , s'il y avait témérité dans notre projet,
^vœhe hoduv des mères pour nous absoudre- Nous n'avons pas eu lieu de nous en repentir. La première édition de cet ouvrage, tirée à un nombre considérable d'exemplaires, a été enlevée eîi quelques semaines; et, malgré tous nos efforts, il nous a été impossible de répondre plus tôt à l'empressement du public, qui depuis plusieurs mois nous en demande une seconde.
Mais ce qui, mieux encore que cette bienveillance empressée, est pour nous le signe de la bénédiction de Dieu sur ce livre, ce sont les sentiments avec lesquels il a été accueilli. Depuis qu'il a paru, il n'est pas de jour qui ne nous apporte quelques lettres, signées la plupart du temps de noms inconnus, et empreintes de toutes les tristesses et de toutes les espérances des mères. Voilà six mois que nous entendons battre leurs cœurs et crier leurs âmes , et que nous recueillons des témoignages de reconnaissance dont la vivacité nous étonne.
V Introduction venait à peine de paraître, qu'une dame du monde éprouvée par de grands malheurs, et élevée par ces malheurs mêmes aux plus hautes vertus, nous demandait la permission de faire imprimer cette Introduction à
cent mille exemplaires, « afin de procurer, nous « écrivait-elle , à une foule de mères la conso- « lation qu'elle y avait trouvée elle-même. » Et le même jour nous recevions d'un père de famille, un de ces hommes de foi et de cœur comme il n'y en a plus assez dans la société moderne, la lettre suivante, que sa trop grande bienveillance nous oblige à mutiler : « Un* cri « s'échappe de toutes les poitrines à la lecture « de votre préface de la Vie de sainte Monique. « De pareils accents sont faits pour consoler a bien des misères et pour rendre l'espérance à « bien des cœurs brisés. Les mères s'attendris- « sent jusqu'au fond des entrailles, et les pères « eux-mêmes essuient les larmes que vous leur « arrachez. Oui, monsieur l'abbé, je crois être « l'écho de tous les chefs de famille en vous « disant que vous nous avez subjugués. Votre « émotion nous a émus ; vos accents si vrais , si « éloquents, si passionnément exprimés, ont ce fait vibrer les dernières fibres de notre sen- « sibilité, en nous forçant à rentrer dans cette « voie des joies austères, mais assurées, que « donne la foi, et en réveillant l'énergie de a notre volonté par l'amour le plus noble et le « plus pur qui puisse jamais enflammer un cœur.
Merci, Monsieur; le service que vous nous rendez ne se paie pas; mais si la reconnaissance d'un père a quelque valeur , daignez en accepter Thommage, etc. »
Écoutons maintenant la voix d'une mère : « Si je réfléchissais, Monsieur, à la hardiesse qui me fait vous écrire, je ne prendrais pas la pjume ; mais je cède à l'élan d'une âme accablée de douleur et qui n'ose encore s'abandonner à l'espérance. Je viens de lire votre livre, et j'ai baigné de mes larmes la page où vous dites qu'une mère peut sauver son fils , si elle le veut. Mais moi , Monsieur , je ne suis qu'une pauvre pécheresse : le puis-je malgré cela? J'aurais dû être sainte, ayant été mariée à un homme de bien que Dieu a éprouvé de mille manières, qui a été trahi, calomnié, ruiné, et avec lequel j'ai vécu de pleurs et de larmes depuis quatorze ans, et l'année dernière il a terminé sa vie, accablé d'épreuves. Il me reste un fils ; mais , hélas ! c'est lui qui a été la source la plus amère des larmes de mon pauvre mari. Priez pour ce malheureux enfant. Qu'il ait le courage d'abandonner la vie qu'il mène, pour laquelle il a tout sacrifié, son père, sa mère , son nom, sa fortune, Ahl
« du moins qu'il ne perde pas son âme. Ohl (c Monsieur, sainte Monique doit vous aimer; « priez-la pour une mère qui se meurt de douce leur en pensant au salut de son fils, etc. »
J'ai là^ sous les yeux, plus de cinquante lettres baignées des mêmes larmes, et arrachées aux mêmes émotions. Je les laisse pour en choisir une, d'un ton bien différent, mais qui, elle aussi, a été profondément à mon cœur. Elle est d'une dame du monde qui porte un nom considérable, une grande âme qui faillit un jour et se releva plus grande, transfigurée par le repentir et par le douloureux sacrifice que lui arracha l'amour de Dieu. Après quelques mots sur l'ensemble du livre : « Vous dirai -je maintenant, « ajoute-t-elle , mon émotion aux pages qui « nous montrent rapidement la malheureuse « jeune fille qui oublie Dieu pour Augustin.. .y c< et pour laquelle Augustin oublie Dieu? Pour c< moi, cette figure voilée n'a pas de voiles. C'est « mon âme elle-même qui lutte quinze ans, qui « s'échappe enfin, qui ne se repose qu'en Dieu, « qui passe le reste de sa vie à prier , à se puri- « fier, à aimer encore! L'histoire ne dit rien « des grâces qui furent assez fortes pour l'arec racher des côtés d'Augustin et d'Adéodat,
« mon âme reconnaissante est là pour les conter. c< L' histoire ne dit pas non plus qu'elle quitta « tout et se donna à Dieu pour que son fils s'y c< donnât lui-même, pour enserrer sa jeune c< âme dans les mille liens de ses incessantes c< prières , et afin que , si un jour la vérité lui a était connue, ou qu'il tombât lui-même, il sût « comment on se relève ; et qu'enfin elle avait « tendrement, mais constamment pleuré le malce heur qu'il fût né! Je suis là pour le dire. Mon c< mal ne se guérit pas vite ; mais je ne doute pas « de finir ma vie, avec ou sans guérison, dans « l'amour de Dieu, qui est plus fort que tout. « Priez pour moi, et demandez avec moi la parce faite réalisation des vues de Notre -Seigneur « sur mes ruines. Je l'attends en priant et en c< pleurant sans relâche ni repos , mais en paix. » Elle ajoute, en faisant allusion à un passage du livre : ce Dieu au ciel, et ceux que j'ai aimés, ce offerts à Dieu et rachetés à force de larmes I ce Cela me suffît presque. ^ Et que faut -il de ce plus, même pour aller au ciel, si on a un recc pentir plus mêlé d'amour que de crainte ? )>^
Voici maintenant des accents bien difi'érents. C'est une toute jeune fille, un de ces anges de piété, de pureté, de modestie, qui, dans des fa-
milles nombreuses et peu fortunées , se dévouent quelquefois à aider la mère, et, si elle venait à manquer, à la suppléer; et qui bien jeunes encore, à dix-huit, à vingt ans, portent dans leurs cœurs dé vierges toutes les angoisses de la maternité. «Ily a quelques jours, m'écrit-elle, j'avais lu la préface de votre livre dans les Annales d'Orléans y et j'avais eu une petite pointe de tristesse en voyant cette double vie à laquelle il est donné à une mère d'enfanter ses enfants et de laquelle je semblais exclue. J'étais allée m'en plaindre à Notre -Seigneur, qui m'avait fait entrevoir votre pensée; et déjà j'en étais toute consolée, quand j'ai lu, dans l'ouvrage, la note que vous avez ajoutée à la préface * , et qui m'a rendue toute joyeuse de nouveau. Oh! c'est que j'ai des Augustins aussi, de tout petits Augustins. Le bon Dieu les a faits proportionnés à leur Monique. Et j'ai mieux senti que jamais, en vous lisant, qu'il faut que je me donne tout entière pour eux. Mes lâchetés, mes découragements, mes manques de foi à leur endroit me remplissent de regret. Si j'avais mieux cru en Dieu , s'il y avait eu plus de
1 Voir la page 58 , la note relative à Eugénie de Guérin.
« ferme espérance dans toutes les larmes que « j'ai déjà versées pour eux, peut-être qu'ils « seraient des saints aujourd'hui! Et puis, c'est « qu'il n'y a pas seulement l'âme des miens c< qui m'occupe, j'en vois tant d'autres 1... Et « je voudrais tant que l'Église ait tous les « amours 1 »
On touche ici de la main, ou plutôt du cœur, ce commerce avec les âmes qui est si doux, et dont parlait avec tant d'élévation le P. Lacordaire, lorsqu'au début de son illustre apostolat il commençait à en sentir le charme : « Le commerce avec les âmes, écrivait-il, se révélait à moi, commerce qui est la véritable félicité du prêtre quand il est digne de sa mission , et qui lui ôte tout regret d'avoir quitté pour Jésus- Christ les liens , les amitiés et les espérances du monde. Je voyais naître ces affections et ces reconnaissances, dont aucune qualité naturelle ne peut être la source, et qui attachent l'homme à l'apôtre par des liens dont la douceur est aussi divine que la force. Quand une fois on a été initié à ces jouissances, qui sont comme un arôme anticipé de l'autre vie, tout le reste s'évanouit, et l'orgueil ne monte plus à l'esprit que comme un souffle impur dont le goût amer ne
peut le tromper. » Je l'avais déjà éprouvé, ce doux commerce des âmes , lors de la publication de V Histoire de sainte Chantai; sainte Monique me le révèle aujourd'hui avec quelque chose de plus touchant et de plus ému.
11 ne faudrait pas croire, cependant, qu'un livre de ce genre tombât toujours dans des mains aussi pieuses ; il s'égare quelquefois dans des régions tout à fait mondaines, et il vous revient de là des accents qui ont leur charme aussi et leur lumière. « 11 faut bien que je vous le con- « fesse. Monsieur, m'écrit une mère, une Vie c< de Saint ne m'avait jamais tentée comme lec- « ture intéressante , et si votre volume ne m'eût « été envoyé par mon fils , qui l'a gagné à une (f loterie, jamais, sans doute, je ne me le fusse c< procuré. Je rends grâces au Ciel de sa bonne « chance et de ce qu'il a pensé à m'en faire cac< drau. Il ne prévoyait pas que cet ouvrage c< allait être pour moi une nouvelle et puissante « manifestation de Dieu à l'âme qui le cherche. c< Car, Monsieur, c'est saint Augustin surtout « qui m'a fait du bien, trouvant, hélas 1 bien plus « d'analogie entre son âme tourmentée et privée « de lumière et la mienne, qu'entre ma misère « et rincomparable vertu de sainte Monique.
Voulez -VOUS m'autoriser, Monsieur, à vous dire toute ma pensée sur votre ouvrage? Je crains que le modèle que vous offrez aux mères ne soit si parfait, qu'aucune ne se sente le courage de s'essayer à le suivre. Nous sommes si lâches 1 Nous aimons si peu Dieu ! Et si nous aimons beaucoup nos enfants, nous les aimons si peu pour Dieul Je croyais aimer mon fils en* vraie mère chrétienne , du moins depuis quelque temps que j'ai reçu du Ciel la grâce d'un peu plus de sérieux, et, ayant triomphé de tous les obstacles pour le placer dans une maison d'éducation chrétienne, je croyais avoir fait tout ce que j'avais à faire; mais. Monsieur, comme j'ai été détrompée par le modèle que vous avez mis sous mes yeux. Ehl qui jamais, dans notre temps, pourra s'élever si haut? J'en suis presque découragée. Je me demande si Dieu exige un tel amour de toutes les mères; et, s'il le demande , conmaent le conquérir ? Aimer ses enfants jusqu'à désirer de les perdre plutôt que de les voir pécher 1 quelquefois je dis à Dieu dans mes prières que tel est mon désir. Mais que de réticences! Il me semble, en le « disant, que je blasphème mon amour. »
Oh ! non , vous ne blasphémez pas votre amour, ô mère qui commencez à entrevoir les sommets divins de T affection et qui hésitez à y monter. Courage! l'heure n'est pas loin où vous serez une vraie mère !
Qu'ajouterai-je à toutes les lettres que je viens de citer? C'est le bonheur d'un livre comme celui-ci , qui s'adresse aux meilleurs sentiments de l'âme, de pénétrer plus loin encore, en des régions tout à fait séparées de nous, et d'y exciter là aussi des émotions pleines d'espérance. Parmi toutes ces lettres, en voici une qui arrive d'Angleterre , et qui est signée par un ministre protestant, une de ces âmes en ti^avail de la vérité , comme il y en a tant dans ce noble et religieux pays : c< Je viens de parce courir avec bonheur votre beau livre siu* c< sainte Monique , et laissez-moi vous en remer- « cier. Il me paraît avoir d'autant plus d'ac- « tualité que l'on pourrait comparer notre siècle « lui-même au bouillant Augustin. Ah 1 puisse « la voix divine retentir victorieuse : Prends et « lis y et l'Écriture le ramener à l'Église , cette « mère attristée , dont la mission est de p€frsé- « vérer dans la prière et les larmes. Car, Mona sieur, ne pensez-vous pas, comme moi, que
« le jour approche où, suivant la promesse de « Malachie, le cœur des pères et le cœur des « enfants se rapprocheront ? Sept cents millions « de créatures humaines attendent notre concic< liation pour embrasser l'Évangile. Essayons^ c< comme autrefois sainte Monique, de hâter c< leur délivrance , à force de prières, de soupirs c< et de saints labeurs. Le soir même du jour où c( j'achevais cette lecture, je montrais votre « livre, dans un salon protestant, à une dame c< haut placée , grande admiratrice de M"' de c< Chantai , et qui a transcrit pour son édification « plusieurs des pages que vous avez écrites. « L'attendrissement nous a tous gagnés en peu- « sant aux maux de ce siècle. 11 faut que nous « ayons pour lui les angoisses d'une mère pour « son Augustin. »
Je ne me lasserais pas de feuilleter ces lettres , où retentit, dans un accent si vrai , si profond et si vif, ce grand amour paternel et maternel, notre suprême espérance aujourd'hui, et où l'on voit à la fois combien les douleurs sont profondes, mais aussi, grâce à Dieu, combien les ressources sont grandes. Citons-en encore une; je ne sais rien de plus consolant que de telles paroles : « Veuillez permettre à une simple
« femme, à une mère vendéenne, tout émue <c encore de la lecture de votre Vie de sainte ce Monique, de vous adresser les plus vifs re- « mercîmentsau nom de toutes les mères chré- <( tiennes. Aucune ne la lira, j'en suis persuadée, « sans être soulevée de terre , touchée au plus « profond de son cœur, et enthousiasmée par « la grandeur de sa vocation et la sublimité de « ses pouvoirs. Oui, Monsieur, vous avez rai- « son : s'il faut être prêt à mourir pour sauver la ce vie temporelle à son enfant, combien plus pour « sauver son âme 1 Et quand on a cette décision « dans le cœur, oui, je le crois, j'en suis sure, « il est impossible qu'on n'y réussisse pas. J'ai ' « tressailli en lisant la page où vous nous mon- « trez la mère des Macchabées, la mère de saint a Symphorien , et plusieurs autres , excitant c( elles-mêmes leurs jeunes fils à mourir plutôt « que d'offenser Dieu. Mais, Monsieur, poiu*ft quoi n'avez-vous cité que des mères de l'anti- « quité? Croyez-vous celles d'aujourd'hui inca- « pables d'un tel héroïsme? N'en savez- vous « point d'exemples dans les temps modernes? » Et cette mère, piquée d'une noble jalousie , me citait l'exemple de deux ou trois femmes qui, pendant les horreurs de la Révolution, avaient
égalé tout ce qu'il y a de plus sublime dans l'histoire de la mère des Macchabées : M°^® de la Roche Saint-André, par exemple, qui, condamnée à mort avec ses trois filles, demanda et obtint qu'elles montassent sur l'échafaud avant elle, a afin que je voie, disait-elle, tout ce que j'aime en sûreté; » et M"® Saillous de Saumur, qui, conduite à l'échafaud avec sa jeune fiUe âgée de dix-huit ans et de la plus rare beauté , remarquant avec inquiétude les assiduités d'un officier de l'escorte connu pour un misérable, et les hésitations de sa fille, qui, en le suivant, pouvait se sauver, offrit une récompense au bourreau pour que celle-ci mourût avant elle. Elle vit tomber la tête de sa fille ; et au moment de la suivre elle-même, déroulant ses cheveux, elle en tire quelques pièces d'or qu'elle y avait cachées, les donne au bourreau, et meurt joyeuse en pensant que du moins la vertu de son enfant est à l'abri.
Voilà ce que m'écrivait cette mère vendéemie; et à ces deux faits héroïques elle aurait pu joindre l'histoire de cette irlandaise, que citait un jour O'Connell. Son fils hésitait en présence d'un vote contraire à la liberté de l'Irlande , dans la crainte de voir sa vieille mère , sa jeune femme,
ses petits enfants chassés de leur maison et condamnés à la misère et à la faim. Tout à coup, au moment où, succombant à ces navrantes images, il allait déposer dans Turne un vote coupable, sa vieille mère apparaît, lui saisit le bras et lui crie : c< Souviens -toi de ton âme et de la liberté. »
Je pleurais en lisant cette tettre, et je me disais : Ohl oui, ce siècle est bien troublé ; mais le cœur des mères y bat d'une manière trop sublime , pour qu'il n'y ait pas tout à espérer. Oui , oui, le siècle des Augustins sera racheté par le siècle des Moniques.
C'est pour aider à ce mouvement que j'ai écrit ce livre ; et je bénis Dieu qu'il ait éveillé dans les âmes un tel écho , et je bénis aussi les mères qui ont achevé ma pensée avec leur cœur, et qui ont su y trouver, par l'intuition de leur amour, ce que mon faible génie n'avait pas su y mettre.
11 s'en faut bien, en effet, je ne le sens que trop , que ce livre réponde à la grandeur et à la beauté du sujet ; hélas ! il ne répond pas même à pion rêve. Mais parmi les reproches qui ont pu lui être adressés , il en est un, je dois le dire , que je n'accepte pas. C'est d'avoir parlé trop longuement de saint Augustin, « Laissez dire à qui le
« voudra, m'écrivait un de nos plus grands orac< teurs, que Thistoire de sainte Monique ne c( sera jamais que celle de saint Augustin. Et c( c'est là précisément sa grandeur et sa beauté. c( C'est la nouveauté et l'originalité de votre « livre. » Et une mère m'écrivait de son côté : « Ceux qur seraient tentés de se plaindre que « dans l'histoire de sainte Monique saint Augus- « tin soit au premier plan, et y tienne trop de « place, ne savent pas ce que c'est qu'une mère. « C'est le bonheur dès mères de mettre leurs « enfants au premier plan, et de se cacher der- « rière eux. Mais en se cachant, elles continuent « à les porter. Elles vivent en eux, et, pour ma c( part, je ne concevrais pas l'histoire d'une a mère où l'on ne trouverait pas celle de ses c( enfants.»
Aussi, bien loin d'avoir diminué, dans cette nouvelle édition, la part de saint Augustin, j'ai cru devoir l'augmenter, heureu^ de suivre le conseil que me donnait, dans une lettre trop aimable, un des plus grands défenseurs que l'Église de Dieu ait dans ce siècle *. Après m'avoir exprimé les appréhensions bienveillantes
1 M. Auguste Nicolas.
qu'il avait éprouvées à Tannonce de \ Histoire de ainte Monique y il ajoutait : « Grâces à Dieu, qui a béni votre désintéressement et la piété de votre zèle , ces craintes ont fait place à la plus large satisfaction. U Histoire de sainte Monique est réellement écrite, non moins bien, quoique plus vivement que sainte Chantai. Il y a plus de jet, sans qu'on s'aperçoive qu'il y ait moins de correction. Vous n'avez pas moins heureusement franchi l'écueil du sujet; vous avez regagné en profondeur et en élévation ce qu'il vous refusait eh variété et en étendue; moins riche de cadre et de plan que sainte Chantai, ce n'est pas une époque ni un mouvement de l'histoire de la sainteté que peint votre nouvel ouvrage ; c'est moins et plus. C'est une figure relevée par une autre , comme dans le tableau d'Ary Scheffer. Mais c'est la Mère et le Fils ; et par là vous avez été et vous irez plus avant dans l'humanité chrétienne. La simplicité et l'exiguïté même du sujet fera de voire sainte Monique comme une flèche empennée de saint Augustin. » Et après ces trop aimables paroles, il ajoutait : « Oserai-jo vous dire qu'un chapitre, montrant en racourciet en arrière -plan l'essor du génie et
c( de la sainteté de celui-ci après la mort de c( sainte Monique, eut peut-être été un beau « fond d'or, sur lequel elle se fût encore plus c< enlevée. »
Docile au conseil d'un tel maître, j'ai essayé d'écrire ce chapitre ; mais pour en faire « un beau fond d'or, » il m'aurait fallu le pinceau de l'éloquent apologiste qui a bien voulu m'en donner l'idée.
C'est, du reste, la seule addition que j'aie faite à cette seconde édition ; et si on y joint quelques retouches aux endroits les plus difficiles , quelques délicatesses de sentiment ou de goût, indiquées avec bienveillance, acceptées avec gratitude , on aura à peu près toute la différence qui existe entre cette seconde édition et la première.
Qu'il reprenne donc sa course , ce livre que Dieu a daigné bénir ! Qu'il aille de nouveau consoler et fortifier les mères. Qu'il leur apprenne à demeurer grandes en étant dévouées, à sauver ce siècle et à se sauver elles - mêmes en aimant l'âme de leurs enfants. Un historien protestant disait de la vieille France que c'était un royaume fait par des évéques. Hélas! ni les évoques ni les prêtres ne referont la France •
moderne, si les mères chrétiennes ne viennent à leur aide ^ Dieu a confié aux mères le berceau de l'homme : le berceau, c'est-à-dire presque tout.i
Meurseault, le 29 juillet 1866.
Une histoire comme celle dont j'entreprends le récit ne devrait pas s'écrire; il la faudrait chanter : car c'est un poëme. C'est le poème du plus bel amour qui fut peut-être jamais; de l'amour le plus profond et le plus tendre, le plus élevé et le plus pur, et aussi le plus fort, le plus patient et le plus invincible; qui traverse vingt -cinq années d'épreuves et de larmes sans faiblir un instant, ou plutôt qui grandit avec les épreuves, devient plus ardent et plus obstiné en proportion même des obstacles; et qui, triomphant enfin (car qui pourrait résister à un pareil amour?), s'achève heureux dans une sorte de ravissement et d'extase.
Avez -vous vu quelquefois la belle peinture d'Ary Scheffer qui représente sainte Monique
et saint Augustin sur le bord de la mer ? Saint Augustin est assis au premier plan. C'est un jeune homme d'une trentaine d'années. Sa figure est pâle, fine, un peu tristfe encore, comme un malade qui a beaucoup soufl^ert et qui entre en convalescence ; ses yeux sont noirs, profonds, pas assez trempés peut-être de sensibilité et de tendresse, mais pleins du plus beau feu; sa bouche pensive est fermée, comme celle d'un homme habitué au travail de l'esprit. Des cheveux courts, taillés en rond autour de la tête, laissent voir un front large, sur lequel tombe un rayon de lumière, symbole de l'état où est maintenant cette puissante intelligence. Le coude du bras droit est appuyé sur le genou, et l'avant- bras semble se relever pour soutenir une tête fatiguée; mais la tête n'a plus besoin d'appui : elle est droite, un peu renversée en arrière, afin de laisser au regard la liberté de se diriger vers le ciel. De sa main gauche, Augustin presse les mains de sa mère, comme pour dire que si, après tant d'erreurs, de déceptions et de luttes, il peut maintenant lever vers Dieu lin regard purifié et heureux,* c'est à sa mère qu'il le doit.
Et cette mère, qu'elle est radieuse à côté de lui I Elle est tout entière dans la lumière, tandis
qu'Augustin est encore un peu dans l'ombre, ainsi qu'il convient à un pénitent; ^t elle le domine de toute la tête , pour montrer qu'elle l'a précédé et que jusqu'ici elle est montée plus haut que lui dans la vérité et dans l'amour. Sous l'épanouissement de sa figure qui rayonne de joie, j'aurais aimé qu'on pût apercevoir la trace effacée de ses larmes ; mais que ses yeux sont beaux, comme tous les yeux du reste qui regardent le ciel! que cette bouche entr'ouverte laisse bien voir ce qu'il y a de tendresse dans cette âme aimante! et que voilà bien la joie pure, sereine, reconnaissante, d'une mère qui a retrouvé son fils! Vêtue de blanc, enveloppée de longs voiles qui retombent ainsi que des ailes au repos, on dirait qu'elle n'attend que le signal de s'envoler; et, dans l'état où elle est, ayant ramené à Dieu son Augustin, le laissant chrétien, repentant, en voie de devenir un saint, elle s'envolerait en effet, si de ses deux mains elle ne pressait la main de son fils. Voilà ce qui la retient encore. Mais, en regardant de près ces deux mains qui sont serrées plus qu'elles ne serrent et qui vont s'entr'ouvrir, on pressent que cette dernière étreinte ne la retiendra pas longtemps.
C'est de cette mère que j'écris. Je voudrais raconter son histoire, pour consoler tant de
mères chrétiennes qui pleurent aujourd'hui comme elle pleura autrefois ; pour avertir celles qui , plus jeunes , n'ont encore que de vagues inquiétudes ; pour leur révéler à toutes ce que Dieu a mis en elles de forces divines , ' quand il s'agit du salut éternel de leurs enfants; ce qu'il a caché de ressources imprévues et infaillibles dans cette chose auguste qu'on appelle la Paternité et la Maternité.
Leibnitz disait : ce On réformerait le monde, si on réformait l'éducation. » Je dis à mon tour ; On réformerait l'éducation, et les enfants, et les jeunes gens, et les hommes, et on tirerait ce siècle de la redoutable crise religieuse qu'il traverse, si on parvenait à transformer les mères. Et que faudrait -il pour cela? une chose bien simple, et cependant rare, qui manque à presque toutes les mères, même aux meilleures; je veux dire la conscience de leurs forces divines, et le courage d'aller jusqu'au bout, quand il s'agit de l'âme de leurs enfants.
En général, il y a bien peu d'hommes qui aillent au bout de leurs forces. Quel est le penseur, par exemple , qui va au bout de sa raison? Quel est l'orateur qui sait tirer de son cœur tous les accents qui y sont contenus? Quel est l'homme public ou privé, quel est le chrétien, qui , appliqué à une œuvre du temps, ou à une
œuvre de l'éternité, sache y mettre toute son âme? Pour aller au bout des forces de son esprit ou de son cœur, il faut un sanglant effort, devant lequel presque tous reculent; c'est là, -. pour le dire en passant, ce qui fait la rareté des héros ou des saints. De même aussi, à un autre point de vue, le malheur de ce temps et son redoutable péril, c'est qu'il n'y a presque plus de mères qui aillent, pour sauver leurs enfants, jusqu'au bout des forces divines de la maternité.
Je le disais un jour à une mère chrétienne que tourmentait l'avenir de son jeune fils, et qui me confiait ses inquiétudes; je lui disais: <r De quoi avez-vous peur ? votre fils sera ce que vous le ferez : bon, pur, noble, généreux, brave, craignant Dieu, n'ayant point d'autre crainte, si vous-même vous avez ces vertus dans l'âme, et si vous savez les lui mettre si profondément au cœur que rien ne puisse les en arracher jamais. — Vous croyez ? me dit-elle ; mais les passions, mais l'air corrompu du siècle; mais tant de périls qu'une mère ne peut ni prévoir ni conjurer! — Des périls qu'une mère ne peut prévoir, il y en a sans doute, reprenais-je; des périls qu'une* mère ne peut conjurer, il n'y en a point, si elle sait employer les forces que Dieu lui a données. Et dût l'enfant succomber un instant
au mal, si sa mère le veut, il sortira de l'abîme et renaîtra à la vertu. — Si sa mère le veut ?... — Oui, veuillez seulement. — Et en le voulant de toutes les puissances de mon âme , j e sauverai mon enfant? — Oui, certes. — Eh bien, je le voudrai, y> reprit -elle avec un accent que je n'oublierai jamais. Elle Ta voulu, en effet, cette noble et chrétienne mère, elle le veut encore; et, bien que l'œuvre ne soit pas finie, et que l'enfant, comme une faible barque, flotte encore à l'orage de ses dix -neuf ans , tout annonce que la volonté de sa mère sera plus forte que tous les vents et que tous les flots.
Voilà la doctrine du livre que j'offre aujourd'hui au public chrétien.
Mais, avant d'apporter à* l'appui de cette doctrine un exemple mémorable, je voudrais qu'on me^ permît d'y insister en quelques mots ; car cette doctrine, si simple, si élémentaire, en dehors de laquelle la maternité n'est qu'un supplice douloureux, puisque ce n'est plus qu'un ministère impuissant; cette idée qui était si populaire autrefois, qui faisait battre d'un si bel enthousiasme tant de nobles cœurs, est une de celles qui ont le plus pâli de nos jours; ef j'avoue que je ne puis ni le comprendre ni m'en consoler.
Regardez, en effet, la vie du temps, et voyez comment Dieu s'y est pris pour que, même sous ce rapport, la paternité et la maternité aient déjà une sorte de toute - puissance. L'enfant naît d'une affection qui lui préexiste, et qui est la plus tendre, la plus douce, la plus profonde de toutes les affections. Longtemps avant d^apparaître en ce monde , il vit dans la pensée de son père; il habite les rêves heureux du cœur de sa mère. Et quand il vient enfin s'asseoir à leur foyer, ce n'est ni un inconnu ni un étranger. Il est la substance même de ses parents; il porte leur sang dans ses veines; il a leur double image sur sa figure; en sorte que, quand le père le regarde, il retrouve sur ses lèvres, dans son sourire , quelque chose du charme de celle qui le lui a donné ; et que la mère à son tour, quand elle contemple son enfant, aperçoit aussi dans ses yeux, sur son front, quelque chose de l'intelligence et de la noblesse de celui auquel elle le doit \ Et comme si ce n'était pas encore assez de ces liens tout-puissants pour assurer à
t Qui né se rappelle les admirables paroles que la mère de saint Jean Chrysoslome adressait, à son fils et que celui-ci nous rapporte au premier livre du Sacerdoce : « Je ne pouvais, disaitelle, 6 mon fils, me lasser de vous regarder, parce qu'il me semblait voir sur votre visage une image vivante de mon cher mari qui n'est plus. » [De Sacerd., lib. 1 , n. 5.)
l'enfant une protection efficace, au moment où. il sort, pour ainsi dire, du cœur de son père, da cœur de sa mère, il les enflamme; il y met une élévation, une tendresse , un désintéressement, un dévouement vraiment admirables; et, parce qu'il n'y aurait rien de plus triste qu'un tel amour s'il était désarmé, il y ajoute je ne sais quelle force qui n'est pas de la terre. Ce jeune homme si léger, si dissipé, si ardent au plaisir, d'où vient qu'il a tant changé ? Il est père! Cette jeune fille, « hier il lui fallait une nourriture délicate, une robe fine, une couche molle; le moindre souffle de l'air l'incommodait : aujourd'hui un pain grossier, un vêtement de bure, une poignée de paille ne lui importent guère , tandis qu'elle a dans sa mamelle une goutte de lait pour nourrir son enfant, et dans ses haillons un coin de manteau pour l'envelopper K 3) Hier, le moindre regard d'un homme l'intimidait: où sont les armées, les foudres, les périls, qui pourraient aujourd'hui la faire. pâlir ? On en cite une qui, apprenant que son fils avait été enlevé par des barbares, se jeta au milieu d'eux et les fit reculer par la, majesté de sa douleur et le cri auguste de son amour. Et qui n'a entendu parler de cette autre mère qui , voyant son fils
1 Chateaubriand , Génie du Christianisme,
emporté par un lion, le suivit éperdue, et trouva dans ses entrailles un sanglot capable d'attendrir cette bête fauve ?
Cette force et cet amour ont quelque chose de si profond, ils découlent si sensiblement du cœur de Dieu même et des entrailles de son infinie bonté, qu'on peut dire sans exagération que le cœur d'un père, d'une mère, est le plus bel ouvrage de ses mains; du moins tous les autres pourraient périr /tant qu'il restera en ce monde un cœur de mère, il y aura de la bonté divine une preuve irrécusable ^car si d'humbles femmes font de telles choses pour leurs enfants, que fera donc Dieu pour les siens ? et quels miracles de générosité et de force ne sortiront pas de cet océan de l'amour infini, si une seule goutte de cet amour, déposée par Dieu dans un cœur fragile, en produit quelquefois de si grands ?
Aussi l'Église, qui se défie de tous les amours de la terre, parce qu'elle en connaît la fragilité; l'Église, qui dit à l'enfant, même de la meilleure des mères : « Mon enfant, aime toujours ta mère et n'oublie jamais le sein qui t'a conçu; i> l'Église qui dit au jeune homme, à la jeune fille, au moment où ils s'approchent, ravis, de l'autel pour s'y promettre un éternel amour : d Mes enfants, aimez-vous toujours; d l'Église enfin qui.
comme les vieillards, ne croit guère à Téternité des serments et à la durée des amitiés de ce monde, n'éprouve vis-à-vis de la plus humble des mères ni crainte ni inquiétude; elle compte sur son cœur : c'est le seul amour de la terre dont elle ne se défie pas^
Et Dieu lui-même, quand il veut nous exciter à la confiance et nous faire entendre la grandeur de soiï amour pour nous, et par conséquent la certitude de son secours tout-puissant, ne cherche point d'autre image que celle d'une mère : (( Une mère peut- elle oublier son enfant, et ne pas venir au secours du fils qu'elle a porté dans ses entrailles ? Non. Eh bien, quand même, elle, votre mère, vous oublierait, moi je ne vous oublierai jamais * I » Voilà le père et la mère, tels qu'ils sont sortis du cœur de Dieu; voilà cet incomparable amour, cette force invincible, à l'ombre desquels croissent en paix les enfants.
Mais quoi ! c'est pour la vie misérable du temps que Dieu a opéré de tels miracles I Pour des choses passagères, périssables, pour une vie qui va s'éteindre au tombeau. Dieu a fait la paternité si grande ! Et pour l'âme il n'aura rien
1 Numquid obUvisci potest mulier infantem suum , ut non misereatur filio uteri sui? Et si illa oblita fuerit , ego tamen non obliviscar tui. (Isaïe, ii, 15.)
fait ! Et quand il s'agit de cette vie divine que Dieu a mise en nous et que tant d'ennemis cherchent à nous arracher, il aura laissé la maternité désarmée, spectatrice impuissante de dangers qu'elle ne peut pas conjurer, de ruines qu'elle ne relèvera jamais! Ah! ne blasphémons pas ainsi l'œuvre de Dieu. Vis-à-vis de la première vie, la mère peut beaucoup; vis-à-vis de la seconde, elle peut tout. Et le monde serait sauvé , si on parvenait à en convaincre les mères.
Le comte de Maistre écrivait un jour à sa fille, cette vive et spirituelle Constance, qui ne trouvait pas assez beau le rôle des femmes dans la société et voulait qu'elles prissent la plume et écrivissent des ouvrages : « Comme tu te trompes, ma chère enfant, sur le vrai pouvoir et la vraie mission des femmes! Les femmes n'ont fait ni V Iliade , ni V Enéide, ni la Jérusalem délivrée, ni Phèdre, ni Athalie, ni le Discours sur Vhistoire universelle, ni Télémaque, etc.; mais elles font quelque chose de plus grand que tout cela; c'est sur leurs genoux que se forme ce qu'il y a de plus excellent dans le monde *. 3) Voilà la première des forces divines que Dieu a accordées à la maternité. Il ne lui a pas seulement
1 De Maistre , Lettres inédites, tome I, p. 494.
donné le pouvoir de former le corps de l'enfant; il lui a donné le grand honneur de faire son âmel
Sans doute, si le père est vulgaire, si la mère est occupée de futilités et de bagatelles, ils ne mettront sur l'âme de leur enfant qu'une empreinte vulgaire comme eux|Mais prenez une vraie mère, une de ces âmes pleines de foi et d'élévation, qui aimeraient mieux mourir que de trahir Dieu et leur conscience, selon l'énergique devise de nos pères : Potins mori quam fœdari; et imaginez ce qui arrivera de l'âme d'un enfant pendant les neuf mois où il dort dans un sein sanctifié par un tel amour; et pendant les deux ou trois années où, penchée sur son berceau, elle l'éveille à la vertu et à l'honneur en même temps qu'à la vie; et pendant ce doux printemps de l'adolescence où l'enfant croit à sa mère et ne croit, pour ainsi dire, qu'à elle; et plus tard même, à cet âge périlleux de la jeunesse, où, ne recevant plus la vérité de personne, nous l'entendons encore de la bouche d'une mère chrétienne; et toute la vie enfin ,^car tant qu'on a sa mère, il sort de son cœur, comme d'un doux soleil, une influence qui éclaire, qui échaufl'e et qui vivifie :|ce qui arrivera? c'est que l'empreinte mise par une telle mère sur l'âme de son enfant sera ineffaçable et résistera à toute
profanation. Ou l'enfant montera à la lumière et à la vertu, et il y demeurera toujours; ou, s'il vient à succomber un instant, il conservera du moins des restes de feu sacré, des étincelles de probité et d'honneur prêtes à se ranimer, des tristesses et des malaises au milieu du mal, preuve évidente qu'il n'était pas fait pour lui; mille stigmates divins qui révéleront aux plus inattentifs qu'une mère chrétienne a passé par là : semblable à ces beaux marbres antiques que la main des Vandales a mutilés, et qui gardent, à travers toutes les dégradations et toutes les ruines, la trace du grand maître qui les avait sculptés.
Et ici, je voudrais que le temps me permît de dérouler les annales de la paternité et de la maternité chrétiennes; je ferais apparaître, pour enflammer les cœurs d'un généreux enthousiasme, les deux générations des grandes âmes : celles qui vont tout droit à la lumière et à la vertu; et celles, hélas I qui n'y arrivent, comme dit M. de Maistre, qu'en décrivant une courbe rentrante qui les ramène au point d'où elles étaient parties *; et dans les unes et les autres,
1 « Si la mère s'est fait un devoir d'imprimer profondément sur le front de son fils le caractère divin, on peut être à peu près sûr que la main du vice ne Teffacera jamais. Le jeune homme pourra s'écarter sans doute , mais il décrira . si vous voulez me
VOUS verriez quelle est la profondeur de ce caractère divin, quand il a été mis sur une âme par une vraie mère. Qui a fait saint Bernard, par exemple? qui Ta fait si pur, si fort, si embrasé d'amour de Dieu? Son père, Tescelin; sa sainte mère, Aleth. Et sainte Chantai? Ah ! elle n'avait plus de mère ; mais elle avait, dirai-je, un père , ou une mère, ou tous les deux à la fois, dans cet incomparable magistrat qu'on appelle le président Frémyot. Et saint Symphorien, à qui dut-il l'héroïsme de sa vie et de sa mort, si ce n'est à son intrépide mère, Augusta ? Peut-on prononcer le nom d'Origène, de ce génie si grand et si tendre, sans voir apparaître son vénérable père Léonide penché sur son berceau, et baisant avec respect la poitrine de son fils comme le temple du Saint-Esprit? Et saint Jean Chrysostome, élevé, môme lorsqu'il était déjà évêque, à de si nobles pensées, à de si magnanimes résolutions par le courage de sa sublime mère? Et saint Athanase, et saint Ambroise, et saint Grégoire le Grand? et plus tard, saint Louis, saint Edouard, saint François d'Assise? et, dans les temps modernes, saint François de Sales, sainte Thérèse? Il faudrait citer tous les héros et tous
permettre cette expression, une courbe rentrante qui le ramènera au point dont il était parti. » ( De Maistre , Soirées de Saint-Pétersbourg, tome I, p. 87.)
les saints ; car on n'en a presque jamais vu apparaître un seul, sans que Dieu lui ait donné, dans un père ou une mère dignes de lui, un précurseur capable de le préparer à ses grandes destinées. Et si les ombres de l'histoire ne permettent pas toujours d'apercevoir les mains vénérables qui ont formé son âme, n'hésitez pas à en affirmer l'existence; à peu près comme quand je vois un marbre de Michel-Ange ou un tableau de Raphaël; il m'importe peu qu'ils soient signés; je les regarde, et, à travers les ombres qui couvrent leurs origines , et qui ne me cachent tout au plus qu'un vain nom, je salue le génie qui les a conçus et qui seul a pu en doter le monde.
Il y a longtemps qu'un brillant et profond écrivain , profond malgré sa légèreté apparente , a dit : € Fortes creantur fortïbus et bonis, [ Les forts naissent des forts; les bons sont créés par les bons \1)) Et la sainte Écriture dit mieux encore, parce que sur cette belle pensée elle met un rayon d'en haut : a Generatio rectorum ôenedicetur. Les justes engendreront des enfants dignes d'être bénis par Dieu. 3) Gela sera toujours vrai, pour l'honneur des mères chrétiennes.
1 Horace.
Quant à ces âmes, si belles aussi, qui, avant de retrouver le chemin de la lumière, restent un instant dans les ténèbres, mais y demeurent tristes, inquiètes, tourmentées de la vérité absente, souffrant de la blessure que leur a faite leur mère, j'en apporte, dans ce livre, un tel exemple, qu'il est inutile, je crois, d'en citer d'autres. On y verra comment se met ce caractère divin sur l'âme d'un enfant, et, quand il a été mis par une vraie mère, s'il est possible aux passions, même les plus violentes, de l'effacer jamais.
Seulement, ô mères, pour agir à de telles profondeurs dans l'âme d'un enfant, oh I qu'il faut souffrir ! Les douleurs des enfantements terrestres ne sont rien à côté de celles-là; et c'est justice du reste, puisqu'il s'agit de former ce qu'il y a de plus grand en ce monde. Un auteur, posant sa plume, disait : <r Je viens d'achever cet ouvrage austère dans le silence d'un travail de dix- sept nuits; et, frémissant encore des souffrances qu'il m'a causées, je le considère avec inquiétude, et je me demande si ma voix sera écoutée des hommes. 3) 0 mères, en pouvezvous dire autant? Frémissez - vous encore des souffrances que vous a causées la formation de l'âme de votre enfant? et pourra-t-on écrire un jour de vous ce qu'Augustin a dit de la mère
admirable dont je vous présente la Vie : « Elle a plus souffert pour m'engendrer à la vérité et à la vertu que pour me mettre au monde? :p Voilà la première leçon que contient ce livre; et je me persuade que, dans les tristes temps où nous sommes, elle ne manque ni d'intérêt ni d'opportunité.
y II en renferme une seconde , très - importante aussi, qui est la^conséquence nécessaire de cellelà. A quoi eût-il servi que Dieu donnât aux mères la force divine de mettre sur l'âme de leurs enfants une empreinte sacrée, si, quand les passions se lèvent. Dieu n'avait investi les mères d'une seconde force, toute-puissante et infaillible aussi : la force de protéger efficacement leurs enfants, et de les arracher, si elles le veulent, à tous les périls.
Et n'est-ce pas pour cela que Dieu a fait cette loi admirable que, quand le jeune homme monte les sommets ardents de la vie, le père les redescend; que, quand la jeune fille approche de ses lèvres cette coupe enchantée où l'on croit à seize ans qu'on va boire le bonheur, la mère achève de la vider et en est à la lie, et qu'elle se désenchante des vanités et des illusions du monde , juste à l'heure où ses enfants courent le danger de s'en laisser éblouir ? Pourquoi ? sinon pour qu'ils puissent trouver, sur des lèvres dont ils
ne suspecteront jamais la sincérité, la seule parole qui soit capable de les sauver en les désabusant.
N'est-ce pas encore pour cela que Dieu a mis, dans la paternité, une sorte d'intuition qui révèle à un père, à une mère, les vrais périls de leur enfant et la route qu'il faut lui faire suivre pour éviter les écueils? Et ne serait-ce pas aussi, pour la même raison, afin que l'enfant soit dirigé sur pette route périlleuse, que Dieu a fait la paternité toute sainte, et quelquefois même malgré elle, et qu'il a condamné tant de pères à ces sublimes contre- sens que l'on rencontre à chaque instant dans la vie, qu'on ne sait comment définir, qui font sourire et qui font pleurer ?
Je connais un magistrat, homme d'honneur, très -aimable et de beaucoup d'esprit, mais qui ne s'était guère servi jusque-là de son esprit que pour railler plus ou moins agréablement les choses saintes. Dernièrement j'allai le voir ; il avait son enfant sur ses genoux, une charmante petite fille de onze à douze ans , qui se prépare à sa première communion. Il lui faisait réciter son catéchisme; et, au moment où j'entrais, il achevait de lui expliquer ce que c'est qu'un mystère; qu'il y en a partout, dans la nature, dans la société, surtout dans l'homme; qu'il n'est pas
Digi
étonnant qu'il y en ait en Dieu; et, tout ravi de la vivacité avec laquelle sa petite fille avait saisi sa leçon, il me répétait ses réponses, quelquesuns de ces mots heureux qui sont si doux à recueillir sur les lèvres des enfants. Et je pensais, en voyant cette scène charmante, à Diderot conduisant sa fille au catéchisme de Saint-Sulpice, et lui en expliquant lui-même chaque chapitre ; et à un autre écrivain que je ne veux pas nommer, car il vit encore , qui a fait défense à ses enfants de jamais entrer dans son cabinet, de peur que leurs yeux ne se souillent en lisant les papiers qui sont sur sa table. H veut bien corrompre le monde; mais que voulez-vous, il est père ! il ne veut pas corrompre sa fille. Contresens touchants et augustes, qui se retrouvent à chaque pas dans des temps comme les nôtres. /Trop souvent l'homme est léger, sceptique, impie, railleur des choses saintes; le père est toujours saint. Dieu l'a voulu ainsi pour la protection des enfants.J
Mais surtout , c'est pour cela que Dieu a mis au cœur des pères, au cœur des mères, à l'heure du péril de leurs enfants, cette force invincible dont j'ai cité tout à l'heure de si grands exemples. Grâces cependant soient rendues à la bonté divine ! quelques douleurs qu'aient endurées les mères pour sauver la vie temporelle de leurs
enfants, pour sauver leur âme, elles ont fait davantage. Elles ont souffert afin de leur épargner des souffrances; elles se sont jetées à la gueule des lions, elles ont bravé des armées ennemies , elles ont passé des jours, des nuits, des semaines entières, sans manger ni dormir, au chevet de leurs enfants malades ; je l'ai vu souvent, étonné de leur force encore plus que de leur amour ; elles sont mortes pour eux; et que peut -on de plus pour ceux qu'on aime ? Et cependant, je le répète, pour sauver leur âme, elles ont fait mille fois plus. Car mourir pour ceux qu'on aime, oh I non, ce n'est pas le dernier effort de l'amour, parce que ce n'est pas le comble du sacrifice. Le comble du sacrifice, le sommet suprême de la douleur, ce n'est pas de donner sa vie; le grand martyre, quand on est mère, c'est de donner la vie de son enfant ; c'est d'estimer si haut la vérité, la vertu, l'honneur, la vraie beauté de l'âme, la vie éternelle de son enfant, que plutôt que de voir ces saintes choses fanées et flétries , on soit décidée à le voir mourir.
Je ne sais plus quel philosophe se posant cette question : Qu'est-ce que l'homme ? y fait cette réponse sublime : a: L'homme est un être qui est capable de donner sa vie pour la justice. i> La mère chrétienne est une bien autre merveille. C'est un être qui est capable de donner la vie même de
son enfant pour la justice ; qui aime tant la justice, la vérité, c'est-à-dire Dieu habitant l'âme de son enfant, que pour qu'il ne sorte pas de ce sanctuaire où elle l'a déposée elle-même, elle verrait plutôt se briser et disparaître l'enveloppe matérielle ; que dis-je ? c'est un être qui, lorsque la persécution éclate, lorsque le mal se montre, dans l'affreuse alternative qui lui est faite de voir périr son enfant dans le temps ou de le perdre pour l'éternité, n'hésite pas un instant à le présenter elle-même au bourreau, l'aimant mieux mort que souillé. Voilà ce dont Jésus- Christ a donné au monde l'étonnant spectacle , en créant la mère chrétienne.
Il eut à peine paru, en effet, qu'on vit d'humbles femmes prendre leurs petits enfants sur leurs genoux, et, parmi les baisers et les caresses mêlant les austères leçons de la foi, leur dire : € Mon enfant, j'aimerais mieux te voir mort à mes pieds que te voir jamais commettre un seul péché mortel. i>
Et ce qu'elle disait, cette sublime créature, elle le faisait. Tantôt, comme la mère des trois saints jumeaux de Lan grès, elle descendait dans la prison où ses trois petits enfants étaient enfermés pour la foi, et allant de l'un à l'autre avec un visage resplendissant de joie : « Ohl de tous mes glorieux ancêtres, leur disait- elle, il
n'en est aucun qui ait jeté sur mon nom un éclat pareil à celui que nous va procurer l'immortel honneur de votre mort. »
Tantôt , comme la mère de saint Symphorien d'Autun, apprenant que son fils était condamné à avoir la tête tranchée pour Jésus -Christ, et que déjà on le conduisait au martyre, tremblant qu'à seize ans, dans la fleur de la jeunesse, il n'eût un instant de regret pour cette vie qu'il allait quitter, elle court au-devant de lui, et du plus loin qu'elle l'aperçoit: a: Mon fils, lui criet-elle, regarde le ciel; on ne t'enlève pas la vie, on la change en une meilleure. »
D'autres fois, comme sainte Denise, elle se tenait debout au pied du chevalet, elle soutenait de son regard son cher enfant qui agonisait sous les coups; et, quand il était mort, elle emportait son petit corps meurtri de verges, et l'ensevelissait avec les chants de joie de lachrétienne et les gémissements douloureux de la mère.
Et si, pour soutenir un fils sur l'échafaud, les regards et les exhortations ne suffisaient pas, s'il fallait y joindre des supplications et des larmes , on la voyait tomber aux genoux de son enfant et le conjurer, par pitié pour sa mère,de mourir avec courage : comme cette mère héroïque des Machabées, qui, née avant Jésus-
Christ, mais consumée déjà du feu qu'il allait apporter sur la terre, a laissé aux mères chrétiennes un si grand exemple de force. Après qu'elle eut encouragé ses six premiers enfants à mourir, et que six fois, la douleur dans l'âme, mais la sérénité sur le front, elle eut reçu au cœur cette incurable blessure qu'y fait la mort d'un enfant, arrivée au septième, au plus jeune, un enfant de treize ans, son Benjamin, tremblant qu'il n'eût pas le courage d'imiter ses frères, elle se jette à ses genoux, et, lui montrant sa poitrine : (n Mon enfant, lui dit-elle, souvienstoi que je t'ai porté neuf mois dans mes entrailles, et que pendant trois ans je t'ai nourri de mon lait. Par pitié pour moi, n'aie pas peur du bourreau, et meurs courageusement comme tes six frères *. 3>
Ce qu'une femme, une mère doit souffrir dans un pareil moment; ce que dut être le déchirement d'entrailles d'une Symphorose, d'une Féhcité et de tant d'autres qui les imitèrent, nulle plume ne le peindra jamais j On sent seulement que, pour récompenser de telles mères, ce né sera pas trop d'une éternité de bonheur, avec leurs fils dans leurs bras./
1 Fili mi , miserere mei , quae te in utero novem mensibus porlavi et lac trienno dedi et alui... Peto, nate, ut aspicias in cœlum... Suscipe mortem, ut in illa miseralione cum fratribus tuis te recipiam. ( J Machdb., vu, 23, 27 , 28, 29.)
Sans doute Dieu ne demande que rarement de pareils sacrifices. Il n'en est pas moins vrai que toute mère qui n'est pas capable de donner la vie temporelle de son enfant pour sauver sa vie éternelle n'est pas une mère chrétienne; que toute nière qui ne se sent pas le courage de se jeter entre son enfant et un crime, entre son fils et une lâcheté, est une mère abaissée, indigne de porter ce glorieux nom. Mais aussi quand elle est décidée à tout sacrifier : son temps , sa peine, la vie même de son enfant, plutôt que de le voir souillé par le mal , comment celui-ci périrait-il? Les orages d'un siècle mauvais peuvent l'emporter sans doute ; il peut flotter au gré d'une tempête, aller pendant quelques instants à la dérive; mais périr, jamais I II lui reste toujours une ancre; et savez-vous où elle est? dans les mains de sa mère. Voilà pourquoi rien ne peut ni l'arracher ni la briser. On en verra un touchant exemple dans cette histoire; et j'ose me promettre que nulle mère n'en achèvera le récit sans savoir comment, au plus fort de la tempête, elle doit tenir les ancres qui empêcheront de sombrer la fragile barque de ses enfants.
Et cependant, si nécessaire qu'il pût être de rappeler aux mères chrétiennes le double pouvoir qu'elles ont reçu de Dieu pour former et
pour protéger l'âme de leurs enfants, si ce livre ne contenait que ces deux leçons, je ne l'aurais peut-être pas écrit. J'ai voulu mettre en lumière une plus grande doctrine : apprendre aux mères un secret plus important; trop ignoré de nos jours, et qui constitue à la fois la grandeur la plus auguste de la paternité chrétienne, et sa ressource suprême dans les jours de crise.
Jamais je n'oublierai l'émotion dont je fus saisi la première fois que j'assistai de mon ministère, et encore plus de mon cœur, un pauvre jeune homme qui se mourait. Je vois encore d'ici son père, se promenant dans la chambre, muet et morne, accablé de cette douleur sans larmes qui fait tant de mal; et, assise devant ce lit de mort, la pauvre mère qui laissait enfin éclater ses sanglots , contenus pendant l'agonie. J'étais assis moi-même à côté d'elle, déchiré, mais muet, ne sachant comment consoler, n'osant pas même l'entreprendre. Je me rappelle très -bien que, pendant ce long silence que l'on garde auprès des grandes douleurs (car aussi que pourrait -on dire?), je me demandais par quel mystère Dieu, qui est la bonté même, pouvait permettre de telles choses, et faire à un cœur de mère de si cruelles blessures. Ce que je me demandais alors, je l'ai compris deux ans plus
tard, en assistant, dans la même chambre, et, hélas! au pied du même lit, à l'agonie de cette pauvre mère elle-même, et en entendant sortir de sa bouche ce mot qui fut presque le dernier, et qui me fit tressaillir : a: Je vais retrouver mon enfant. » Je vis alors, dans une lumière qui me saisit, que la vie de ce monde n'est pas le dernier mot des choses ; et que si Dieu, pour élever et purifier les âmes, pour en faire jaillir les grandes vertus, sépare quelquefois ceux qui s'aiment, c'est qu'il peut les réunir dans une région où on s'aimera davantage encore, sans se quitter jamais. Je fermai , d'un doigt tremblant d'émotion, les yeux de cette mère; et, bien des fois depuis, pensant à elle et à son fils, tous deux disparus de la terre, tous deux maintenant réunis dans le ciel, je me suis demandé ce qui pouvait rester en eux de la blessure si cruelle qu'ils avaient reçue deux ans auparavant: un souvenir à peine ; et qui sait même si ce souvenir n'est pas une félicitéiie plus ?
Mais , qu'on me permette de le dire, il y a un autre lit de mort, en face duquel je ne concevrais pas que Dieu eût laissé une mère impuissante. Supposez qu'au lieu de voir son enfant mourir pour un jour, pour deux ans, une mère chrétienne le vît se perdre pour l'éternité tout entière; prenez une mère toute sainte, aimant
Dieu par- dessus toutes choses, et qui verrait son enfant s'en détacher à jamais , et devenir l'objet de sa haine éternelle; et imaginez qu'au moment où la terrible séparation se va consommer, elle ne puisse rien pour le sauver I Je n'interroge pas encore les saintes Écritures; j'écoute ma raison, mon bon sens, mon cœur, mon cœur surtout, qui après tout ne peut pas être meilleur que celui de Dieu, et je dis avec certitude : Non, cela n'est pas possible. En face d'un tel malheur, Dieu n'a pas pu vouloir que la mère fût impuissante. Il a dû cacher, dans le meilleur et le plus divin de son âme, dans les profondeurs les plus augustes de la maternité, je ne sais quoi : un élan, un cri, une larme, un sanglot que toutes les mères peut-être ne sauront pas trouver, comme toutes les mères n'auraient pas trouvé le cri qui émut le lion de Florence; mais qui est là, pourtant ; et qui, s'il sort de l'âme, comme il en sortira toujours sous le double coup de l'amour de Dieu et de l'amour d'un fils, sauvera infailliblement Tâme de ce fils. Voilà ce que je crois.
Oui, quand une mère a épuisé, pour ramener un fils coupable, les conseils, les avertissements, les reproches , et qu'en apparence elle ne peut plus rien, il lui reste encore une puissance, la plus grande de toutes : il lui reste ses larmes.
Qu'elle prie, qu'elle pleure, qu'elle aille chercher dans ces replis secrets où l'âme de la mère et l'âme de la chrétienne se touchent, une certaine larme que Dieu a faite exprès : voilà l'enfant sauvé! Et tous les jours on voit des jeunes gens qui avaient abusé de tout, dont la vie avait traîné dans les ignominies et dans tous les scandales, et qui renaissent à la vertu, parce que leurs mères ont pleuré * !
Que les saintes Écritures., du reste, concordent bien avec ces consolantes pensées I Lisez,
1 Ce que je dis des mères, je le dis aussi, toute proportion gardée , des épouses , des filles et des sœurs. J*en \eux citer un doux exemple , pour achever d'enrôler, dans cette noble croisade de la prière, toutes les âmes qui sont dignes d*y entrer. Qui n'a entendu parler de ce charmant groupe fralernel, trop tôt disparu de ce monde : Maurice et Eugénie de Guérin ? Maurice , entraîné par les dissipations de Paris , avait un instant oublié le Dieu et la foi de son enfance. Que faisait, pendant ce temps, sa jeune sœur? Elle tremblait pour lui; elle gémissait et elle priait, c Maurice, écrit-elle après sa mort, je te crois au ciel. Oh ! j'ai cette confiance que tes sentiments religieux me donnent , que la miséricorde de Dieu m'inspire. Dieu , si bon , si compatissant, si aimant, si père, n'aurait-il pas eu pitié et tendresse pour un fils revenu à lui? Oh ! il y a trois ans qui m'affligent : je voudrais les effacer de mes larmes !... J'avais tout mis en toi, dit-elle encore, comme une mère en son fils; j'étais moins sœur que mère. Te souviens-tu que je me comparais à Monique pleurant son Augustin , quand nous parlions de mes afflictions pour ton âme , cette chère âme dans l'erreur? Que j'ai demandé à Dieu ton salut, prié , supplié ! Un saint prêtre me dit : Votre frère reviendra. Oh ! il est revenu , et puis il m'a quittée pour le ciel , — pour le ciel , j'espère ! »
aux jours de vos grandes tristesses, l'histoire d'Agar chassée des tentes d'Abraham et s'enfonçant dans le désert, son enfant à la main. Le soleil est ardent sur sa tête ; le sable lui brûle les pieds; son enfant, dévoré de soif, gémit et va mourir sous ses yeux. Elle s'arrête un instant et cherche avec anxiété quelque secours. L'horizon est de feu ; nulle part cette goutte d'eau qu'elle paierait de sa viel Alors, désespérée, sentant venir la mort, elle dépose l'enfant sous un palmier, et s'enfuit en disant : € Du moins je ne verrai pas mourir mon enfant I y> Mais bientôt (car elle n'était pas loin ; elle ne voulait pas le voir mourir, mais elle voulait toujours le voir); bientôt donc, quand cette malheureuse mère entend que les soupirs de son fils deviennent plus faibles, folle de douleur, elle tombe à genoux et elle envoie, jusque dans le cœur de Dieu, je ne sais quel cri... Et à l'instant même une source jaillit à ses pieds, comme si Dieu eût voulu nous montrer qu'il ne sait pas résister à la douleur d'une mère qui lui demande la vie de son enfant. Combien plus l'écouterat-il donc, lorsqu'elle pleurera sur un fils égaré et coupable, exposé à la seule mort qui n'ait point de remède, puisqu'elle n'aura point de fin I Mais c'est surtout dans le Nouveau Testament qu'apparaît, avec plus de tendresse encore et
r/i INTRODUCTION
une douceur infinie, cette consolante leçon. Avez-voas remarqué que jamais le cri d'un père, d'une mère, n'a trouvé insensible le cœur si aimant de Notre- Seigneur? Quand le centurion, par exemple, vient lui dire : c Seigneur, mon fils est bien malade, > que répond ce bon Maître ? c Allez, votre fils est guéri. > Jaïre et sa femme, éplorés, viennent-ils se jeter à ses pieds (ils avaient perdu une enfant de douze ans, à cet âge aimable où l'enfance qui se retire et la jeunesse qui vient donnent à une jeune fille un charme si doux;; Notre-Seigneur ému quitte tout, les suit, entre dans la maison, et, prenant Tenfant par la main, il la rend à sa mère. Il est vrai qu'il fait un peu plus attendre la Ghananéenne; il simule l'indiflférence; mais c'est pour faire sortir de son cœur un cri plus profond de foi; et quand ce cri est poussé : « O mère, que votre foi est grande ! lui dit le Sauveur; allez , votre fille est guérie. i> Qui n'a lu encore l'attendrissante histoire de la veuve de Naïm? Celle-là, elle ne va pas trouver Notre-Seigneur; elle ne le voit même pas; elle suit, absorbée dans sa douleur, aveuglée par ses larmes, le cercueil de son fils unique. C'est Jésus- Christ qui la voit, qui s'émeut, qui s'approche d'elle, et, arrêtant le cercueil : € 0 mère, ne pleurez pas, 3> dit-il ; et il lui rend son enfant.
Que voulait Notre -Seigneur en multipliant de tels miracles? préparer les mères à comprendre l'auguste puissance qu'il a mise en elles; leur apprendre à trouver dans leur cœur ce cri auquel il ne résiste pas ; les décider, par conséquent, à ne se décourager jamais, quels que fussent les orages de la jeunesse de leurs fils, à les poursuivre de leurs larmes, et à les ramener à Dieu, à force de prier, de souffrir et de s'immoler pour eux I
Mais telle était l'importance de cet enseignement, il fallait le graver si profondément dans les âmes, que ces exemples, si émouvants qu'ils fussent, ne pouvaient pas suffire. Pour allumer au cœur des mères la flamme d'une espérance indomptable, il fallait une lumière plus abondante encore; et Dieu résolut de la leur donner dans un tel exemple que le monde ne pût jamais l'oublier.
On verra donc ici un jeune homme élevé par la plus sainte des mères ; couvert pendant toute son enfance d'une vigilance inquiète, d'une protection aussi tendre que forte; doué lui-même du plus rare génie et d'un cœur encore meilleur que son esprit; aimant sa mère avec passion; et qui, pour toutes ces raisons, aurait dû avoir, après l'enfance la plus pure, la plus heureuse et la plus pure jeunesse;f qui l'aurait eue en effet,
si sa mère eût été seule chargée de son éducation, mais par malheur elle était mariée à un insensé : car quel autre nom donner à un homme qui, aussi peu soucieux de la vertu de son fils que de la sienne propre, violent et despotique dans ses volontés, sembla se jouer pendant quinze années de l'innocence de son fils et le livrer de gaieté de cœur à tous les périlsj? Victime donc des témérités de son père, on verra ce pauvre jeune homme s'en aller bientôt de fautes en fautes; connaître d'abord tous les orages du cœur, et, trop entraîné par la périlleuse tendresse de son âme, d'une première chaîne, ennoblie, si le vice peut s'ennoblir jamais, par un reste d'honneur et par une inviolable fidélité, tomber dans une seconde chaîne tout à fait honteuse, et du commencement de ses désordres à la fin compter seize années du plus lamentable esclavage; puis, commqles ténèbres de l'esprit sont d'ordinaire la juste punition des désordres du cœurj, après avoir éteint et ensuite abdiqué publiquement la foi de son enfance, on le verra flotter à tout vent de doctrine ; s'éprendre de la philosophie antique, mais s'en dégoûter' bientôt, et avec raison, parce qu'elle né lui offrait qu'un sable mouvant sur lequel son grand esprit ne pouvait rien bâtir de fixe ; se jeter alors dans une hérésie séduisante et grossière ,
s'y débattre inquiet pendant neuf années; et enfin, las de tant d'efforts impuissants, désespérant de la vérité sans cesser de l'aimer, tomber, découragé, triste, malade, dans le dernier de tous les abîmes, le doute absolu; à la veille par conséquent de périr tout entier, cœur, conscience, génie; et, au lieu d'être saint Augustin, de devenir un sophiste, unLibanius peut-être, ou tout au plus un Symmaque.
Mais, chose singulière! arrivé là, quand tout semblait perdu, vous le verrez tout à coup reprendre son vol, lentement d'abord comme un aigle blessé, puis plus vite,- puis tout à fait ardemment; battant des ailes au lever de la lumière, saluant des cris de la plus divine éloquence la Vérité retrouvée, ou plutôt recevant humblement avec des soupirs et des larmes cette Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle qu'il avait connue trop tard et trop tard aimée ; et des abîmes de la passion et du doute remontant enfin vainqueur aux plus hauts sommets de la lumière et de l'amour divin.
Et quand vous chercherez la raison d'une si étonnante conversion, quand vous la lui demanderez à lui-même, vous n'en trouverez qu'une : les prières, les gémissements, les larmes toutes -puissantes de sa mèr^l Car, après qu'elle eut formé le cœur de son fils comme ja-
mais mère ne forma le cœur d'aucun enfant ; après qu'avertie de l'éveil des passions dans l'âme d'Augustin, elle eut, pour le mieux protéger, adouci sa belle-mère, converti son mari, et purifié, trop tard, hélas ! le milieu détestable dans lequel il lui avait fallu l'élever; après qu'enfin elle l'eut suivi à Carthage, à Rome, à Milan, faisant partout retentir à ses oreilles les paroles les plus douces et les plus pénétrantes, et y mêlant les actes de la plus virile énergie; voyant que tout était inutile, que son fils n écoutait plus rien, qu'il s'en allait d'abîmes en abîmes, elle se tourna résolument vers Dieu ; et un jour que le péril était plus pressant, comme autrefois la malheureuse Agar, elle tira de son cœur un tel cri, un sanglot si profond et si ému, que Dieu n'y sut pas résister, comme il n'y résistera jamais, et qu'il lui rendit son enfant. Elle en mourut de bonheur, laissant à toutes les mères qui pleurent comme elle le secret de se consoler comme elle. Voilà l'histoire de sainte Monique telle que je la conçois et que je voudrais l'écrire, si Dieu, qui m'a fait la grâce de m'en envoyer la pensée , daignait bénir et diriger ma plume.
On me demandera peut-être où j'ai trouvé des matériaux pour écrire une pareille histoire. Mais volontiers je le demanderais à mon tour: croit-
on que Dieu crée de pareilles merveilles pour les laisser dans l'ombre, et qu'il allume de tels astres pour les mettre sous le boisseau? Il a pourvu lui-même à l'histoire de sainte Monique; il lui a préparé un historien digne d'elle : et quel autre pouvait -ce être « que le fils de tant de larmes? ^ Augustin aimait passionnément sa mère. Il en parlait sans cesse. Il a embaumé de son souvenir presque tous les écrits qui sont sortis de sa plume. Plus de vingt ans après la mort de sa mère , vieilli par les travaux encore plus que par les années , blanchi dans la pénitence, arrivé à ce moment où il semble que l'amour de Dieu ayant rompu toutes les digues et inondé le cœur, devrait y avoir détruit tous les autres amours, le nom et le souvenir de sa mère ne pouvaient lui apparaître, même quand il était en chaire, sans qu'une larme montât de son cœur à ses yeux. Il s'abandonnait alors au charme de ce souvenir, se laissait aller à en entretenir son peuple d'Hippone, et semait là, dans des sermons où on ne s'attendait guère à les rencontrer, des mots d'une touchante beauté, dans lesquels respirent à la fois et la piété reconnaissante du fils et la double élévation du génie et du saint. Nulle part cependant, je n'ai pas besoin de le dire, il n'a parlé de sa mère avec plus de détails, plus d'allégresse de cœur, une émotion
plus profondément sentie, que dans le livre de ses Confessions. Et néanmoins, on sent à la lecture de cet ouvrage qu'Augustin ne dit pas tout. Une sorte de pudeur retient sa plume, et il est manifeste en plusieurs endroits qu'il éteint luimême à dessein l'auréole de sa mère, de peur qu'il n'en rejaillisse un rayon sur son front Mais ce qu'il ne dit pas, le cœur le soupçonne; la tradition quelquefois l'indique, et souvent l'Église le chante. Elle qui est mère aussi, et qui ne sait pas parler froidement de ses enfants, elle a célébré sainte Monique avec cette éloquence qui n'appartient qu'à l'Épouse de Jésus -Christ. Les saints qui traversent ce monde, les docteurs, les pontifes, les vierges, les grands écrivains et les grands orateurs l'ont acclamée à leur tour, le long des siècles, avec des paroles dignes d'être connues. J'ai recueilli toutes ces perles, et j'en ai composé l'écrin que j'offre aujourd'hui aux mères chrétiennes.
Du reste, j'ai hâte de le proclamer, l'idée de cet ouvrage ne m'appartient pas. Je la dois à un homme à qui je dois beaucoup, à un grand et saint évêque, qui , depuis quelques années surtout, verse singulièrement de lumière et de paix sur ma vie, et qui, entre autres dons que je garde dans le secret de mon cœur, m'a appris à vouer mon âme au culte de la vraie grandeur, qui n'est
autre que la vraie sainteté. Ce saint évêque, aussi aimable du reste qu'il était grand, ceux qui ont lu Y Histoire de sainte Chantai n'ont pas besoin que je le leur nomme : c'est saint François de Sales. J'ai été frappé, en étudiant ses œuvres, de la dévotion qu'il avait pour sainte Monique, et de l'espèce de tendre enthousiasme qu'elle lui avait inspiré. On en trouvera la preuve dans le cours de cette histoire. Disons seulement qu'il en parle à toutes les pages de ses livres;' qu'il la donne sans cesse pour modèle aux dames du monde, aux femmes mariées, aux mères, particulièrement à celles qui ont des Augustins. Disons surtout que, quand il voulut former Mn^e de Chantai à toute la perfection que Dieu demandait d'elle, il ne lui chercha point d'autre patronne. C'est sur sainte Monique qu'il voulait qu'elle eût les yeux constamment fixés, pendant ces premières années de veuvage où il lui apprenait à devenir une sainte en restant une femme du monde; c'est sur elle encore qu'il arrêta son regard, quand il voulut la détourner de penser à la vie religieuse à une époque où ses enfants , . trop jeunes, ne pouvaient pas se passer de leur mère. Ai -je besoin de dire que, plus tard, pendant la brillante et périlleuse jeunesse de Celse- Bénigne, quand elle le voyait engagé dans ces amitiés et ces duels qui la faisaient frissonner
d'épouvante en pensant au péril que courait Faîne de son fils, saint François de Sales lui rappela plus souvent, plus tendrement encore le souvenir de sainte Monique? A côté de Timage de la Mère de douleurs, qu'il lui avait envoyée, et qui était pendue dans sa cellule aux pieds de son crucifix, il voulut qu'elle suspendît aussi, pour la contempler souvent, l'image de cette mère affligée, sur le cœur de laquelle reposait le fils qu'elle avait sauvé par ses larmes. Et enfin , ce qui est plus ignoré encore, quand il eut quitté la terre, et qu'il y eut laissé la vénérable mère de Chantai avec ses douleurs et ses inquiétudes, inquiétudes de fondatrice, douleurs de mère ; un jour qu'elle était plus accablée que jamais par celles-ci (car le bruit courait que Celse- Bénigne pourrait bien avoir la têt.e tranchée, comme le duc de Boutte ville, à cause de sa malheureuse et incorrigible habitude de se battre en duel); un jour, dis-je, qu'elle succombait à sa peine, saint François de Sales sortit, pour ainsi dire, du tombeau pour l'engager à relire l'histoire de sainte Monique. Du moins, agenouillée tout en larmes au pied de l'autel, elle entendit une voix qu'elle reconnut être celle de son bienheureux Père, et qui lui disait : « Lisez le VHP livre des Confessions de saint Augustin.:^ Et en relisant ces pages admirables où l'on voit
saint Augustin sauvé par les larmes de sa mère, elle eut le pressentiment qu'elle sauverait aussi Gelse- Bénigne à force de prier, de pleurer et de s'immoler pour lui. Ce qui arriva en effet. Mais, je le répète, on verra toutes ces choses, avec leur développement naturel , dans la suite de cette histoire.
En voilà du moins assez pour expliquer comment m'est venue l'idée de ce livre, et pour payer un hommage de reconnaissance au doux et saint évêque qui me l'a inspiré. Si, en leur citant l'exemple de sainte Monique, saint François de Sales a soutenu, consolé, fortifié une foule de mères éplorées, pourquoi aujourd'hui ce même exemple ne produirait-il pas les mêmes fruits ? Le monde se faisait triste alors; la Réforme déchirait le sein de l'Église ; les scandales se multipliaient; des apostasies publiques et privées épouvantaient les âmes ; toutes les mères tremblaient; et, pour les rassurer et les consoler, pour leur apprendre qu'il n'y. a point de périls sur la tête d'un enfant qu'une mère ne puisse conjurer, saint François de Sales leur disait: « Lisez l'histoire de sainte Monique; vous y verrez le soin qu'elle eut de son Augustin, et plusieurs choses qui vous consoleront. 3>
Aujourd'hui, le monde n'est guère plus heureux qu'à la fin du xvi* siècle; les périls ne sont
pas moins pressants. Avec les principes, les mœurs ont disparu. Uair que respirent les jeunes gens est imprégné de sophismes. Le foyer domestique est troublé; le berceau des petits enfants n'est plus sûr. Jamais peut-être les épouses et les mères, quand elles sont dignes de cette mission, n'ont été appelées à de si grands devoirs. Qu'elles me permettent donc de leur dire, non pas avec l'autorité de saint François de Sales, non pas surtout avec le charme de sa parole, du moins ayec un cœur qui comprend leurs douleurs et qui sait y compatir : ce Lisez l'histoire dé sainte Monique; apprenez de cette épouse et de cette mère à prier, à pleurer comme elle, à espérer toujours, à ne vous décourager jamais; et n'oubliez pas que si les jeunes hommes courent aujourd'hui de* si grands périls, c'est qu'il n'y a pas assez de larmes dans les yeux de leurs épouses et dé leurs mères I:^
ÉM. BOUGAUD, Vicaire général d'Orléans.
Orléans , veille de la Toussaint 4865.