OUVERTURE DE DEUX SANCTUAIRES NOUVEAUX DÉDIÉS A SAINTE MONIQU.E
l'un a thagaste, l'autre a HIPPONE.
Le premier évèque de Constantine, M»' de Las -Cases, s'est à peine assis sur le siège restauré de saint Augustin y qu'il a eu l'inspiration d'ouvrir aux mères cbrétieanQ$ deux sanctuaires nouveaux^^ augustes entre tous, l'un à Thagaste, l'autre à Hippone.
« Votre œuvre, Mesdames, écrit -il à l'association de« mères chrétiennes, est éminemment, d'après moi, l'œuvre de notre siècle. Je ne m'étonne pas qu'elle ait rallié tous les suffrages ; je ne suis pas surpris qu'elle ait, quoique comptant à peine quelques années d'existence, ému les cinq parties du monde, et réuni dans une seule pensée et dans une même confiance cent cinquante mille mères chrétiennes. Aussi suis -je heureux. Mesdames, de pouvoir offrir un aliment nouveau à votre zèle, en ouvrant à votre Archiconffèrie deux sanctuaires où vos supplications maternelles aur ront plus qu'ailleurs puissance et efficacité.
« A Thagaste, où sainte Monique a si longtemps pleuré; à Hippone, où les larmes de Monique ont porté si magnifiquement leurs fruits, deux chapelles vous sont dorénavant tout spécialement consacrées.
^ J'établis et j^ordonne que , chaque jour et à perpétuité, une mesàe soit dite dans l'un et dans l'autre sanctuaire, pour la persévérance ou pour le retour de ces enfants dont le salut vous préoccupé à bon droit. ;
« Toutes les indulgences particulières dont Sa Sainteté. Pie IX a daigné enrichir ces deux fondations nouvelles , c'est pour vous, pour vos époux, pour vos fils surtout, que je les ai demandées; c'est à vous et à eux que je les transmets.
« Ah ! mères chrétiennes y de cette terre autrefois si grande y de ce rivage où gwmaient jadis tant de saints, il s'élèvera, soyez-en sûres, des souffles d'innocence ou de régénération, de fidélité ou de repentir. Augustin parlera, et sa voix sera entendue ; Monique gémira, et ses gémissements sauront toujours convertir. »
Et après ces touchantes paroles, le vénérable évèqué ajoute avec une modestie et une bienveillance qui nous ont profondément touché : ;.
« L'idée que je réalise a été , je me plais à Iç proclamer, comme indiquée plusieurs fois déjà.
« Saint François de Sales disait aux mères affligées de son temps : < Mesdames, si vous voulez être de vraies mères
< chrétiennes^ ayez les yeux attachés sur sainte Monique. » n leur disait aussi : € Lisez la Vie de sainte Monique, vous € y verrez le soin qu'elle eut de son Augustin, et bien des c choses qui vous consoleront. :»
€ Dans la biographie de cette illustre sainte, écrite avec tant de cœur et de talent par M. l'abbé Bougaud, je suis frappé d'un passage plus explicite encore. N'est-ce pas^ en effet, le présage et l'annonce de ce que j'accomplis à cette heure? < Du moment que les mères chrétiennes se réunis-
< saient afin de prier pour leurs fils égarés, il était imposc sible que la douce et consolante figure de sainte Monique € ne* planât pas sur leurs réunions. On y pensa dès le prin-, € dpe. Seulement on avait choisi six ou sept patrons à l'as-
5aS NOTES
€ sociation; sainte Monique n'y était qu'en dernier lieu. n Mais à mesure qu'on avance, elle sort peu à peu de € l'ombre ; elle monte à rhorizon ; elle s'éclaire d'une lu- « tïiîère si douce et si pure, qu'après la très -sainte Vierge € Marie ^ à laquelle, daps le ciel de U sainteté, aucun astre € ne s'égalera jamais, sainte Monique dévient la première € C071 fidélité, la patronne, le refuge, l'asile, la grande s protectrice de toutes les mères ehrétiennes. »
(L Vous saurez donc apprécier, je n'en doute pas, la grandeur du don que je vous fais. J'en ai pour garant la joie de plusieurs mères qui, apprenant par moi qu'elles pourraient désormais identilier leurs appréhensions, et confondre leurs soupirs et leurs larmes avec les larmes, les soupirs et les appréhensions de Monique, m'ont remercié avec effusion et B^ont su assez me redire combien mon pieux projet les avait encouragées, raffermies et consolées. »
 cetie belle inspiration du cœur d'un évêque qui tombe sur noire livre comme une bénédiction , et qu'accompagnait une démarche de la plus aimable délicatesse, nous nous sommes hâté da répondre par un cri de respectueuse reconnaissance :
Paris, le 47 mars 4869.
MOKSEIGNEUR ,
Je n'ai pas eu de bonheur. J'étais absent d'Orléans au moment où M. l'abbé Caussanel est venu m'y chercher de votre part, et j'ai eu plus de regret encore de ne pas m'y trouver lorsque Votre Grandeur y est venue récemment ellemême. Je préchais alors le carême à la Madeleine. J'ai manqué ainsi Toccasion de vous remercier du Mandement
que voua avez bien voulu me faire remettre, et encore plus de la généreuse inspiration qui vous Ta dicté.
Il vous appartenail, Monseigneur^ à bien des titres, de prendre cette belle initiative et d^enrichir l'association des mères chrétiennes de ces deux nouveaux sanctuaîreSj désormais les plus augustes ; Thagaste et Hippone.
Vous avez vécu dans le monde. Monseigneur; vous savez si les mères ont besoin d*étre consolées. Et d'autre part, évéque, successeur de saint Augusiin, ayant reçu entre autres dons, au jour de votre sacre, la grâce d'appn*cier les trésors de votre Église dans leurs rapports avec l'Église universelle, vous connaissez mieux que personne ce qu'a été sainte Monique ^ et ce que veulent dire, dans la langue de la consolation et de Tespérance, ces deux mots : Thagasle et Hippone.
Thagaste! ce sont les tristesses, les désenchante m en 1s d'un mariage où la vraie unité a manqué ; les larmes sîlencieusesj les prières obstinées, les inquiétudes poignantes et aussi les joies du retour et les ineiïahles consolations du lit de mort. Thagaste, c'est la chère âme d'un mari, rachetée, sauvée à force d'amour,
Hippone! sainte Monique n'a peut-être vu Hippone que dans les ravissements d'Ostie; car qui sait si la vision qui emporta le cœur de la mère et qui la fit mourir de jnie n'était pas la vision d'Hippone? Quoi qu'il en soit j Hippone, ce n'est pas seulement le fils de tant de larmes retrouvé, c^est la vertu, la sainteté, le génie, la pénitence, l'amour fleurissant là où il y avait eu tant de mal et de si trij^tes ruifies. C'est Augustin, prêtre, évêque, docteur. C'est le plus grand des docteurs donné à FËglise par les larmes d'une mère !
Monseigneur! les épouses et les mères vous béniront à jamais d'une telle inspiration , et quand elles tourneront, vers les deux sanctuaires de Thagaste et d'Hippone créés par vous, leurs yeux baignés de pleurs, quand surtout elles en reviendront ranimées, consolées , pleines de foi et d'une
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nouvelle énergie, elles n'oublieront pas la terre d'Afrique d*où leur sera venu ce secours; l'œuvre si k^orieuse cpie vous y lEaites; tant d*églises à bâtir, tant d'ftmes à sauver; ces petits orphelins que la famine a mis entre vos bras; et elles auront une prière et une aumône pour celui qui a ai bien compris le cœur des mères.
Veuillez bien ^agréer, Monseigneur, l'assurance de mon plus profond respect et de mon plus religieux dévouement.
Em. BouGÀUD, Vicaire général.
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