‹ Histoire de Sainte Roseline de Villeneuve, religieuse chartreuse, et de l'influenceChapitre 15 sur 48 · NAISSANCE DE SAINTE ROSELINE · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE SAINTE ROSELINE

Le èhfttera des Arcs. — Testament de Romée de Villeneave, offirant la trace des relations de la famille de Villeneuve avec l'ordre des chartreux. — La sœur d'Arnaud II de Villeneuve entre dans l'ordre des chartreux. —Fondation d'une maison de religieuses chartreosea à Celle-Roubaud, avec le concours du seigneur des Arcs. ~ Naissance de sainte Roseline.— Illustration de famille et parentés de sainte Roseline avec plusieurs saints personnages. — Nom de la sainte. — Présage annonçant la piété de la sainte fille du château des Arcs.— Ardente charité de la jeune fille.— Miracle des pains changés en roses. — Maladies guéries. — Influence du voisinage de la char treiise de Celle-Roubaud. Roseline rejette les offres d'établissements mondains, elle prend la résolution d'aller faire son noviciat à la chartreuse de Beriaud. — Dangers des voyages. — L'évéque d'Orange protège le voyage de la jeune postulante. — Départ de Ui maison paternelle les adieux. — Les impressions de voyage. — Arrivée à Saint- André de Ramires. — Miracle des aliments préparés. — Voyage de Saint-André à la maison de Bertaud.

Dans la partie orientale de la Provence, vers la région inférieure de la riante et pittoresque vallée de l'Argens, entre les deux villes de Lorgnes et de Draguignan, s*étale un grand plateau profondément découpé par les cours d'eau de Floriève et de Nartuby, sur la pointe méridionale de ce plateau couvert de vignes et d'oliviers, s'élève encore aujourd'hui l'antique tour des Arcs. Cette tour, placée entre deux vallées secondaires, non loin des deux confluents, formait dans le

treizième siècle le meilleur poste d'observation contre les surprises et les invasions que les Sarrasins tentaient alternativement par la plage maritime de Tembouchure en remontant ensuite la vallée d*Argens, ou par le golfe de Grimaud, en traversant les forêts et les rochers escarpés de Fraxinet.

Au pied de la tour était le chftteau, véritable quartier général de la défense de la contrée, confiée au chef de la famille de Villeneuve. Avec ce château, centre de la protection armée de la contrée, se trouvaient établis en rapports perpétuels et réciproquement bienveillants, soit l'établissement religieux du chef-lieu épiscopal de Fréjus, soit le monastère des chartreux, établi en 1170 sur le faite des hautes forêts de Lftverne. Les prières du monastère donnaient les secours du ciel et les épées des gens du château assuraient la protection de la terre.

Non loin du château des Arcs, les châteaux de Trans, de Lamotte et de Flayosc, dépendances du même fief, nétaient que des positions militaires surbordonnées et ne pouvaient prétendre à être la résidence du seigneur chargé par la loi de la chevalerie d'être le défenseur de la trêve de Dieu pour Fensemble de la contrée. Aussi, était-ce le chef-lieu militaire, le château des Arcs, qui toujours était nommé eu première ligne dans les inféodations souvent renouvelées par les souverains de Provence en faveur de la même famille.

Depuis 1201, le château des Arcs était donc le foyer principal, le manoir légal du chef de la famille de Villeneuve. Il était occupé par Arnaud 1% fils du frère aîné de Romée de Villeneuve, lorsque, dans les premiers jours de décembre 1250, Romée, le grand ministre du souverain de Provence, se sentant atteint de la maladie qui menaçait d'éteindre sa laborieuse vie, voulut, dans son testament solennel, accomplir, au foyer de la famille, Tacte le plus grave de sa vie intérieure. C'était à la fois une déclaration de principes et de croyance, une publique confession et un grand ensemble d'expiations que le testament contenait alors ; il devait offrir la double consécration des devoirs envers Dieu et envers la famille.

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Ce n*est pas dans son château de Vence que Romée allait faire écrire ses dispositions dernières, mais c'est au siège principal de sa famille, au pied de la tour des Arcs, qu*il se rendait.

Entouré de ses trois plus fidèles ècuyers et hommes d'armes, suivi de son notaire, assisté de son pieux conseiller Reynaud, prieur des prêcheurs de Nice, Romée arrivait au château des Arcs auprès de son neveu germain, après avoir convoqué pour cette imposante réunion ses deux autres neveux, Raymond deVilleneuvejSorii des prêcheurs pour s'élever sur le siège èpiscopal de Grasse, et Hugues-Baymond^ tige des Villeneuve fiargemont. — D'autres notabilités se joignirent à celles de la famille. L'évèque de Ries, le prieur des chartreux de Laverne, de Camérac, chanoine représentant l'autorité diocésaine de Fréjus, Foulques, père franciscain de Tillustre maison de Pontevës, furent témoins et confirmèrent de leurs sceaux l'écriture des dernières volontés de Romée, dans la grande salle au pied de la tour. Rien ne manqua à cette imposante solennité de tout ce que la religion pouvait lui prêter d'autorité et de sanction, de ce que le rang, les richesses et les dignités de la famille pouvaient lui donner de pompe.

A l'époque où le prieur de la chartreuse de Laverne était venu signer le testament de Romée, comme un ami religieux du châtelain des Arcs, Arnaud 1*^, des relations sympathiques s'étaient établies entre l'ordre des chartreux et la famille du château; si les jeunes fils des barons se passionnaient au récit des beaux faits d'armes et des grands coups d'épée, les jeunes filles éprises d'une autre gloire, admiraient les grandes luttes entreprises pour la conquête du ciel, elles avaient de hautes aspirations vers les grandes abstinences et les sacrifices héroïques. La fille d'Arnaud 1", sœur d'Arnaud II, Diane de Villeneuve, ravie des récits du pieux chartreux, saisie d'un bel enthousiasme pour les austérités des chartreuses, ambitionna Fhonneur d'être placée parmi les nobles vierges qui, avec un courage viril, portaient le joug difficile de la discipline de Druno.

C'était parce que cette règle était la plus dure de toutes celles auxquelles se soumettaient les filles du plus noble sang, que Diane de Villeneuve, dédaignant les pratiques faciles des bénédictines enfermées dans le couvent de SaUobrand ou de CeUe-Roubaudy voisin du château des Arcs, avait sollicité son admission dans les rangs des chartreuses. Pleine d'ardeur pour la prière et le sacrifice, cette fille du doux soleil de Provence était montée au pied des grandes Alpes, pour braver les frimas et subir les privations dans la célèbre chartreuse de Bertaud, dans le diocèse de Gap.

Le monastère de Bertaud était édifié par les vertus de cette dame de Villeneuve qui avait quitté le nom profane de Diane pour prendre celui de Jeaiime ; le nom chrétien était bien choisi, car cette religieuse remplit à l'égard de Rose! ine le rôle de précurseur 1

Arnaud II, après la mort de son père Arnaud V\ était devenu seigneur du château des Arcs en même temps que le défenseur armé de la chartreuse de Laverne. Frère cadet de la fervente chartreuse, il était privé de toute relation avec la sainte sœur qu'il chérissait et vénérait comme un ange protecteur de sa famille ; il fit des efforts et des sacrifices pour provoquer la fondation d'une maison de chartreuses voisine de sa demeure; il la voulait placée dans l'étendue même de la seigneurie des Arcs, pour la défendre plus facilement avec la lance de ses hommes d'armes, et pour avoir le secours plus immédiat des conseils pieux et des prières efficaces.

Les prieurs des chartreux de Montrieux et de Laverne pouvaient-ils ne pas seconder des désirs si bien d*accord avec leur pieuse ambition d'offrir à Dieu les hommages des jeunes vierges choisies dans les plus distinguées des familles de Provence, et d'obtenir une maison qui pût servir d'asile aux chartreuses incapables de supporter les rigueurs des hivers alpins?

Dans ce concert de vœux, la mise à exécution ne tarda pas, et le choix de l'emplacement de la chartreuse projetée fut bientôt fait.

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A trois kilomètres seulement, au nord-est du château des Arcs, et à dix kilomètres de Draguignan, sur la pente d'un coteau doucement incliné vers le midi, au milieu de Tëternelle verdure des yeuses et des pins maritimes, s'élevait un monastère déjà vieux, connu sous le nom de Sallobrand ou de Celle- Roubaud.

Une eau toujours abondante s^épanchant sur un brillant tapis de riantes prairies; des feuillages ombreux mollement agités et rafraîchis en élë par les brises de mer, font de ce lieu une délicieuse retraite. Les effluves de l'atmosphère vivifiante, les senteurs du romarin, du myrte et du serpolet semblent faire renaître à la vie les corps débilités et apporter à la terre une part des jouissances du paradis. Les r^rds portés vers les limites de l'horizon embrassent les riches plaines de Valbourgés, ornées des arbres majestueux qu'arrosent les eaux du Nartuby ; plus loin, les ondulations de la plaine, s'arrêtent à une grande ligne bleue. C'est le golfe de Fréjus, c'est la mer avec la religieuse impression de son infini! des flots brillants d'azur et des reflets de soleil, contrastent merveilleusement avec les sommets déchirés par les anciens volcans de TEsterel et avec les sombres masses des rochers de Roquebrune.

Plus près, autour du monastère, des terres d'une couleur rosée se dessinent en mamelons arrondis, couronnés, tantôt (le vergers d'oliviers, tantôt des feuillages soyeux des pins vigoureux et des hautes bruyères, manifestant aussi, sous tous ses aspects, la double fécondité du sol et du climat... Que faut-il admirer le plus dans un tel site? est-ce l'ensemble, est-ce quelques-unes des parties? une pareille cam- |)agne n'est-elle pas déjà une prière et un hymne élevés vers le Créateur? les beautés de cette terre ne sont-elles pas un reflet du ciel?

Les prières et les saintes austérités d'un solitaire nommé Roubaud avaient depuis longtemps consacré ce lieu : la donation d'une terre située près de Valbourgés, donation faite au monastère de Saint-Victor, avait, dès 1038, signalé l'existence du monastère de Salam-Robbaldo , C'était donc depuis

longtemps un lieu de prières. En 1200, ce monastère fut donné à Tordre des templiers.

Ces chevaliers grands constructeurs y élevèrent une chapelle sous l'invocation de leur patronne ordinaire sainte Catherine du Mont-Sion, et la date le cette construction, Tan 1200, fut gravée sur une pierre placée à rentrée du chœur.

Plus tard, les templiers cédèrent ce monastère aux bénédictines dépendant de la maison mère de Saint-Pierre de Souribes près de Sisteron ; le monastère cédé changea de patronage céleste, et fut placé sous l'invocation de la bienheureuse Marie.

Mais les bénédictines de Celle-Roubaud, trop éloignées de la surveillance et des censures de la maison mère, se laissèrent aller au relâchement. Avec le prestige des vertus s'évanouirent les aumônes et les prosélytes... En 1260, le monastère de Celle-Roubaud était réduit à deux religieuses oubliées dans leur misère et FindifTërence publique. A la sollicitation du baron des Arcs et de l'ordre des chartreui, la prieure de Souribes céda Celle-Roubaud à l'ordre des chartreux, qui en fit une colonie du monastère des chartreuses de Bertaud. Le service d'une rente annuelle de cinq sols tournois, l'obligation d'entretenir durant leur vie les deux pauvres bénédictines, enfin Tobligafion d'honorer l'église par la fondation du monastère de chartreuses, furent les conditions de celte cession, faite le 5 mars 1260...: le baron Arnaud II et l'ordre des chartreux firent mettre .immédiatement la main à l'œuvre, pour la construction du nouveau monastère.

Chose à peine croyable! dans moins d'un an, lès bâtiments suffisants pour la nouvelle chartreuse furent exécutés! Cet Arnaud II, père de sainte Roseline, méritait si bien la belle devise de libéralité attachée à sa famille, qu'il poussa la générosité jusqu'aux limites où la prodigalité commence, et l'abondance des secours d'un tel seigneur du lieu explique bien une rapidité d'exécution qui serait autrement déclarte impossible.

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