CULTE DE SAINTE ROSELINE
Défaillances religieuses. — Dévastations politiques. — Abdications de monastères et translations de couvents. — La chartreuse de Celle-Roubaud transformée en couvent observanlin en 1504. — Décoration de l'église en 1541. — Visite par les chartreux en 161 i. — ,Procés-verba1 en 1619. — Visite et relation par les chartreux en 1644.
— Dora Chaûvet, 165:>. - Solennelle translation de 1657. — Pèlerinage de Louis XIV, 1661. — Témoignage de 1664, —de 1682, — 1698. — Témoignage populaire, 1707.
— Histoire de la sainte, 1720. — Témoignage de Papon, 1787. — Réclamation et piété des habitants des Arcs, 1793. — Témoignage de 1800. — Miracles de la pluie de Lorgnes, 1817. — Translation de 1855. — Visites récentes, 1861 et 1S66. — Témoignages de la famille de Villeneuve, des chevaliers, du peuple, des chartreux.
— Miracles divers. — Autorisation du culte pour le diocèse de Fréjus, pour les chartreux. — Cantiques, litanies...
D'après les indices historiques, après l'abdication des chartreux en 1421, il resta à Celle-Roubaud un petit nombre de religieuses si peu administrées, si imparfaitement dirigées, qu'il fallut envoyer à Hycres, à Saint-Pierre de Lamanare, Catherine de Villeneuve demandant à prendre le voile de professe sous la règle "bénédictine.
Vers 1430, puis Saint-Pierre de Lamanare fut abandonné et la principale colonie religieuse revint à Celle-Roubaud.
Quelques années après, il ne se trouvait à Celle-Roubaud, vers 1451, que huit religieuses environ, tirant quelques revenus de Saint-Pierre de Lamanare.
En 1459, d'après Bouche, les bénédictines abandonnent Celle-Roubaud, y laissant san§ doute quelques sœurs converses. Pendant les troubles de 1465 et 1469, les religieuses étaient retirées dans la place de Trans, sous la protection de la famille de Louis de Villeneuve, jouissant de la baronnie des Arcs et de Trans (cette dernière baronnie n'étant devenue marquisat qu'en 1505).
Puisque la désorganisation du monastère de Celle-Roubaud,
pendant la fin du quatorzième siècle et Tensemble du quinzième siècle, tient à des causes aussi énergiques, aussi puissantes' que celle des deux plus grandes anarchies religieuse et politique, que la Provence avec tout TOccident ait subies depuis la chute de Tempire romain, c'est bien à tort que Dehaitze et d'autres historiens de sainte Roseline ont accusé les religieuses de cette seule maison d'un esprit de vertige délirant et opiniâtre {infrunitam mentent). Comment, c*est lorsque le monastère a été saccagé, que les vierges ont été souillées des derniers outrages et dispersées par la violence, que Ton vient ajouter l'invective, la calomnie, aux calamités! Déplorons plutôt des malheurs qui furent causés par la situation même de la demeure de ces religieuses.
Et lorsque plus tard, il fallut y ramener les habitudes de discipline, s'il se trouva que la morale et la règle étaient relâchées dans tous les ordres provençaux, ne faut-il pas en reporter la cause aux influences délétères, que le contact du pape intrus d'Avignon devait exercer sur toutes les âmes? Il faudrait s'étonner qu'il n'y eut pas des aveuglements et des vertiges lorsque la chaire de saint Pierre subissait ses grandes éclipses, — lorsque, au bruit de la chute de Constantinople, succédaient les étonnantes découvertes de rimprimerie de la gravure, lorsque un nouveau monde se découvrait et que les arts et les lettres païennes venaient disputer Feinpire aux arts, aux lettres chrétiennes. Dans toutes ces surprises, les vertiges étaient si naturels qu'ils furent universels. Dieu effaçait les anciennes formes pour préparer de nouvelles créations, les ordres religieux allaient se réformer ou se transformer. L'esprit de vertige fut général, les grands événements politiques, les grandes découvertes, tenaient les yeux éblouis, incertains sur le choix de la route à suivre.
Lorsque était enfin venue en 1450 la fin du schisme ponti* fical, lorsque l'autorité royale venait d'être relevée en France par l'impulsion religieuse d'une jeune bergère, d'une vierge inspirée, le roi René faisait jouir la Provence d'une admi* nistration douce et équitable. Tordre public renaissait avec quelques perturbations de peu de durée en 1465 et 1469.
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L'Europe venait d'être préservée d'un cataclysme par la fermeté de la foi populaire, partout les monuments de la piété publique se relevaient de leurs ruines. Celui de la sainte chartreusine pouvait-il ne pas reparaître ?
Le corps de sainte Roseline avait été caché par des mains pieuses, et le peuple chrétien demandait instamment la restauration de la précieuse relique : c'était la sainte patronne du pays, Roseline, qui conjurait les orages destructeurs des moissons, qui adoucissait les maux et entrait dans toutes les joies intérieures des mères de famille ; pour retrouver le saint corps, les lumières du ciel furent invoquées dans la chapelle de Celle-Roubaud. Au milieu de la messe, un aveugle s'écrie : voici le corps de sainte Roseline, je le vois. Au même instant, l'aveugle recouvre la vue. Les fouilles faites au lieu qui venait d'être indiqué mettent à découvert la sainte relique et toujours dans son intégrité; on la replace alors près du chœur dans la chapelle dans une châsse dorée, et dans la position qu'elle occupait auparavant. Mais le monastère contigu à l'Église avait été à moitié détruit ; plus d'asile pour les gardiens à établir auprès du saint corps, plus de revenus pour les faire vivre, les anciennes dotations étaient revenues à la maison de Villeneuve. Les biens dji château des Arcs étaient alors divisés entre les seigneuries des Arcs, de Flayosc, de Trans ; et les seigneurs de Villeneuve, sollicités par la voix de leur conscience et fidèles aux plus beaux souvenirs de leur famille, appelèrent les pères franciscains de l'Observance, pour habiter le monastère qu'ils allaient rebâtir et pour devenir les gardiens de la sainte relique. L'expérience du passé démontrait trop clairement à quels dangers étaient exposés les couvents de femmes établis en rase campagne, un couvent d'hommes fut donc judicieusement préféré.
Par les soins et la munificence de Louis de Villetieuvej marquis de Trans, qui a reçu les surnoms de grand marquis et de riche d'honneurs^ les religieuses qui avaient survécu à la dispersion et à la dévastation, avaient été régulièrement réunies dans un lieu plus sûr, dans une maison de Trans, conformément à une bulle du pape Alexandre VI,
en date du 7 octobre 1499, bulle qui reçut sa complète exécution en 1501.
Cependant, la reconstruction du monastère, d'après les règles des franciscains, poursuivie avec activité, permit de les installer, en 1504, dans le monastère de Celle-Roubaud ou de Sainte-Catherine du mont Sion. Ce monastère reçut alors le nom populaire sous lequel il est exclusivement connu aujourd'hui, ce nom fut celui de sainte Roseline, nom consacré dans le testament de Louis de Villeneuve, marquis de Trans.
En 1541, Claude de Villeneuve Flayosc, quatrième successeur du marquis de Trans, orna la chapelle où fut placé le tombeau de sainte Roseline. Il y fit exécuter un tableau de la sainte famille, où il paraissait lui-môme aux pieds de sainte Roseline, entouré de sa femme Isabeau de Feltris et de ses nombreux enfants des deux sexes.
Après les terribles orages de la Ligue et la série des guerres civiles qui troublèrent les plus paciflques maisons religieuses de Provence, le calme rétabli permit en 1614 à un envoyé du prieur de la Grande-Chartreuse, de constater Tétat du monastère de sainte Roseline.
Pendant les guerres dala ligue, le baron Gaspard de Villeneuve des Arcs, ayant la chapelle de Sainle-Roseline sous sa
dépendance, était un des chefs des Razats^ parti des Huguenots, tandis que le marquis de Trans, Claude II de Villeneuve, Trans Flayosc, son cousin, était un des principaux capitaines de la ligue catholique sous le commandement général du comte dePontevès-Carcés, beau-père de Claude de Villeneuve. Dans cette conjecture, la chapelle de la patronne de la ft" mille de Villeneuve avait des protecteurs et des défenseurs dans les deux partis ennemis, et cette circonstance devait la faire également respecter par les soldats des deux camps-
L'influence protectrice du baron des Arcs devait être surtout efiicace contre les razats Huguenots, qui pouvaient seuls attaquer les asiles du culte catholique.
On s'explique ainsi comment le monastère déposilaire de la relique de sainte Roseline put traverser sans insulte la p^'
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riode des guerres qui précéda le régne pacificateuide Henri IV.
On \oit aussi que les regards des chartreux n'ont jamais cessé de s'attacher à la belle relique de leur sainte prieure.
Le monastère, reconstruit d'après les règles des observantins, ne conservait plus de trace reconnaissable de Tancien établissement des chartreuses. On ne retrouvait des indices de la première organisation d'après le rite des chartreux, que dans le chœurde Téglise. Aucun dommage n'avait été subi par la relique, le corps saint, déposé dans une châsse dorée, pouvait être aperçu à travers des vitres, et laissait apparaître des traces d'altération auprès de la bouche; dix frères observantins gardaient la sainte relique et vivaient partie d'aumônes, partie de redevances que les seigneurs des Arcs et de Trans et de Flayosc leur accordaient sur les récolles de leurs terres.
En 1619, le provincial des frères observantins, François de BastidOy visita la chapelle et trouva le corps de sainte Roseline non-seulement entier, mais sans corruption. Il vit, posée sur la table du maitre-autel, la relique couverte d'un voile ; elle était renfermée dans une châsse de bois laissant apercevoir le corps saint à travers des vitrages.
Cette visite fut constatée par un procès-verbal qui énonçait, pour le décès de la sainte, la fausse date de 1206. Le procèsverbal est resté enfermé dans la châsse de la sainte.
En 1614, le prieur de Montrieux et le visiteur de la province décrivent, dans une lettre du 15 juin, l'église de sainte Roseline dégradée par plusieurs lézardes, mais ayant bien l'ancien caractère archi tectonique. Dans la chapelle à droite du grand autel, ils reconnaissent la châsse de bois garnie de trois vitrages qui permettent de voir le corps delà sainte : la tète, les jambes sont couvertes de la peau conservée et desséchée, vers les pieds sont des perforations et des indices d'altération ; dans un reliquaire d'argent, d'environ un pied de hauteur, on montre les yeux de la sainte, dont la conservation intégrale est vraiment merveilleuse.
Les témoignages historiques les plus authentiques viennent conGrmer la persistance des traditions populaires rela-
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tives au miracle des roses, et le miracle continu de rëtminante, de la prodigieuse conservation du corps de la sainte chartreuse. L'historien Bouche s'exprime ainsi (p. 342, t. II) :
« La chose la plus assurée est que son corps (de sainte Roseline) vingt-cinq années après sa mort, ayant été tirëdeson tombeau par un évêque de Marseille (translation de 1360, faite par Mgr Harpajon) et reposé sur un autel, s'y est conservé aussi entier, et en aussi bon état comme si fraîchement il venait de mourir. Et ce qui donnait plus d'admiration est que ses yeux, partie du corps la plus disposée à la corruption, conservés dans une boite dans la sacristie de ce monastère, semblent encore vivants. »
L'historien Bouche signale encore la noble émulation des membres de la famille de Villeneuve pour honorer la relique de sainte Roseline, lorsque, en 1657, dut être établie une nouvelle châsse destinée à enfermer plus convenablement la sainte relique. Cet empressement honorable pour notre sainte est ainsi exprimé en 1665 par le même historien :
« Il y a eu de nos jours une grande contention entre Jean « de Villeneuve, baron de Flayosc et de Barrème et le mar- « quis de Trans et des Arcs (Antoine de Villeneuve) pour sa- « voir qui en ferait la dépense. Dn chacun de ces seigneurs c( voulant avoir la gloire de ce faire, pour honorer cette sainte « rhonneur de leur maison.
(( L'abbé et prieur du lieu des Arcs, frère de ce marquis, « a emporté le dessus. »
La solennelle translation fut donc exécutée en 1657, le dimanche 20 octobre. La nouvelle châsse fut déposée dans une chapelle de construction récente, à droite de l'église, à l'angle de Tautel correspondant à Tévangile.
Cette chapelle, plus appropriée aux dévotions populaires dont sainte Roseline est l'objet, venait d'être faite aux frais de Tabbo Charles de Villeneuve.
Dans la transposition du saint corps, son état de conser* valmn fit l'admiration de tous les assistants ; l'un des deux bras put très-aisément être déplacé à gauche et à droite de sa position ordinaire.
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Le jour de cette pieuse solennité coïncidait avec la réunion du chapitre provincial des observantins.
La translation se fit donc en présence des dignitaires de Tordre religieux et de nombreux membres de la famille de la sainte. A la tête de ces derniers, se plaçaient le marquis et la marquise Antoine de Villeneuve des Arcs, le frère cadet du marquis, Modeste de Villeneuve, ancien franciscain, évèquc 4'Apt, Tabbé Charles de Villeneuve, dont la munificence couvrit les dépenses de la cérémonie.
Tous les membres du clergé du voisinage, tous les moines et tous les dignitaires religieux, tous les petits-neveux de la pieuse chartreuse, formaient autour de son glorieux cercueil un brillant cortège. Les populations voisines accouraient processionnellement pour honorer leur patronne, chantant des cantiques nouveaux où leurs vieilles traditions sur la sainte étaient exprimées en un langage naïf qui s*est transmis jusqu'à nos jours.
Le panégyrique de Roseline fut prononcé par Trinquère de la Greffe, éloquent franciscain qui développa le texte sacré de rincorruptibilité des saints.
Accompagnée des accents glorieux du Te Deum^ portée triomphalement sur les épaules des frères observantins, parmi lesquels était François de Villeneuve, gardien des gardiens, la châsse fut promenée autour du cloître, au milieu des explosions de la pieuse joie de quatre mille assistants. On la mit sous la protection d'une serrure à la place qu'elle occupe encore aujourd'hui 1
Après Tovation populaire arriva Thommage du plus superbe prince de l'ancienne monarchie, car rien ne devait manquer à lexaltation de Thumble vierge. Louis XIV, en 1661, vint avec sa mère Anne d'Autriche et toute sa cour, faire le pèlerinage des saints lieux de Provence; après sainte Madeleine, la pécheresse pénitente, les honneurs s'adressèrent à la vierge incorruptible, sainte BoseUne. La merveilleuse conservation des yeux de la chartreuse placée dans le reliquaire frappa vivement le roi. 11 ordonna à son médecin, Antoine Vallot, de s'assurer que ces yeux étaient naturels.
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La piqûre failc sur Tun des yeux par le médecin armé d^une aiguille, fit disparaître tous les doutes. Le résultat de cette coristalation est encore manifeste aujourd'hui (1866); l'œil percé par cette piqûre s'est fléfri, l'autre a conservé son intégrité. Ainsi la vérification de Louis XIV est devenue une preuve permanente de l'incorruptibilité ancienne. Une date irrécusable a été donnée à l'hommage rendu à une humble vierge par le roi qui avait pris le soleil pour son emblème radieux.
Pour établir l'authenticité de la relique, les témoignages les plus incontestables se sont continués de cette époque jusqu'à nos jours. Nous venons de reproduire les déclarations publiées par l'historien Bouche, de 1660 à 1664.
Vingt-cinq années après la translation de 1657, François de Villeneuve, franciscain, a transmis aux bollandistes Tabrégé de la Vie de sainte Roseline, contenant les miracles légendaires dont nous avons fait le récit dans l'histoire de la sainte.
Cet historien do sainte Roseline, qui a si bien mérité de la famille en honorant sa patronne; cet historien, François de Villeneuve, sans cesse cité par les bollandistes, parle comme un écrivain qui a recueilli les témoignages, mais qui n'a pas vu de SCS propres yeux l'admirable relique. Il appartient à la branche de Bourgogne demeurée éloignée de la Provence.
 celte même époque se relate la figure de la châsse de la sainte, transmise par lé prieur de la chartreuse de Marseille, et dessinée par un clerc (le moine Villeneuve, gardim des gardiens j est sans doute un membre de la branche de Ba^ gemont).
Le témoignage le plus touchant, le plus authentique du patronage miraculeux de notre sainte n'est-il pas dans lempressement que les populations voisines mettent à protéger sa relique? Voici ce témoignage :
Lorsque en 1707, à la suite des désastres qui attristèrent les dernières années du grand règne de Louis XIV, l'armée du duc de Savoie envahit la Provence, Tincendie, le viol, le carnage signalaient la marche de l'armée ennemie. Bientôt on la vit revenir couverte de honte et par cela même plus
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furieuse; elle s'était brisée aux portes de Toulon, défendu par le maréchal de Tessé et par le vieux comte de Grignan, qui, malgré ses soixante-quinze ans, montra toute l'activité, toute Tardeur d'un jeune héros.
La partie de la Provence qui s étend de Toulon au Var était couverte des débris de Tarmée vaincue. Les soldats, sans chefs, sans discipline, marchant par bandes nombreuses, pillaient, rançonnaient, incendiaient ; notre malheureux pays n*était qu'un immense bûcher, le couvent de Sainte-Roselinc serait devenu la proie des flammes sans le généreux dévouement des habitants des Arcs et des gens de la campagne, qui s'étaient réunis autour du monastère pour le défendhe.
L'historien de Haiize a apporté son témoignage en faveur de sainte Roseline, dans son Histoire imprimée à P^ix en i 72U. En 1787, vient celui de Thistoricn Papon.
En 1785, le 12 février, les observantins négligeaient la sainte relique, la famille de Villeneuve la réclamait, mais les habitants de la commune des Arcs revendiqueront et obtinrent le privilège de la conserver, avec la condition de lui élever une nouvelle chapelle.
Le dévouement des habitants des Arcs à leur céleste protectrice alla bien plus loin encore. Dans les jours néfitsles où toutes les églises étaient vendues et profanées, Sainle- Roseline fut rachetée par les habitants des Arcs et par eux donnée à la commune. C'est la protection du peuple qui a remplacé les frères gardiens envers Sainle-Roseline ; la dévotion populaire de 1793 a été digne de celle de 1707 !
Des délibérations de la commune des Arcs, prises en 1500, en 1767, en 1780, sont toutes autant de témoignages irrécusables de la perpétuité du culte et de la conservation de la relique de sainte Roseline.
Toutes les personnes qui ont, comme T auteur de ces lignes, visité les abords de la chapelle de Sainte-Roseline, ont constaté, pendant ce siècle même, la conservation et Tidenlilé de la sainte relique.
Mais le témoignage le plus irrécusable, le plus authentique est fourni par la solennelle translation de 1835,
Taile sous les auspices de Mgr Michel, évéque de Fréjus.
Une châsse de marbre a été substituée à la châsse en bois
doré, un voile de soie, portant en lettres d'or l'année de la
naissance et celle de la mort de la sainte, a été donné par
les membres de la famille de Villeneuve, appartenant à tmiles les diverses branches. La gloire de la sainte rejaillit sur tous ceux dont elle a illustré le nom ; tgus se sont unis dans l'expression de leur hommage. Vn magnifique concours des populations \oisines a fait éclater de nouveau le dévoui^ment h la sainte chartreuse, et sept vieillards, dont l'âge variait entre quatre-vingt-trois et soixante-six ans, ont alleslè l'idcntité constante du saint corps. Quatre médecins de la localité ont vérifié l'absence de décomposition de la relique et l'existence permanente des téguments desséchés recouvrant les os de la sainte. Mgr Michel, évoque de Fréjus, constata que la peau de la jambe avait asseï de flexibilité pour céder à bi
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pression des doigts et reprendre ensuite sa forme première. — Le maire des Arcs fil la môme expérience. Le prélat ne rappelait les circonstances de la translation de 1835 qu'avec une pieuse émotion allant jusqu*à TeiTusion des larmes; et son secrétaire général, M. l'abbé Descosse, déclare cetle solennité un des plus touchants événements de sa vie sacerdolalc. L'absence de décomposition persiste toujours, malgré les mauvais vitrages qui avaient laissé allaquer la peau sacrée par des feignes, malgré la perforation faite sur la poitrine qui a permis à des mains sacrilèges d'enlever le cœur et une ou deux côtes de 1» sainte... hei contractilité des yeux, manifestée par la piqûre faite en 1661, et Yélasticité de la peau constatée en 1835, mettent en évidence la merveilleuse cofiservation de la relique.
II reste à prouver son identité. Les inspections des chartreux rendent cette identité indubitable entre 1529 et 1420. Le doute n'est possible que pour l'intervalle de 1420 à 1500. Cette période obscure embrasse quatre-vingts ans ; les troubles sont terminés en 1450, lorsque commence l'heureux, le paisible règne du bon roi René, et les pèlerinages ont dû dès lors s'accomplir paisiblement. Les véritables ténèbres se concentrent dans l'espace de trente ans, entre 1420 et 1450. Une période aussi courte aurait-elle permis une substitution, une erreur que ni le public, ni la famille de Villeneuve n'auraient reconnue? et dans cette période, c'étaient les membres de la famille de Villeneuve qui étaient sous les armes et qui avaient à défendre. les restes sacrés de leurs ancêtres, déposés aux pieds de la sainte patronne.
Le baron de Flayosc Antoine II de Villeneuve, né en 1390, mort en 1461, avait vu cette période de 1420 à 1461, et Xouis de Villeneuve, marquis de Trans, né en 1452, avait vu cet oncle témoin des événements de la période critique ! Si une irréparable disparition du corps eût été commise, Arnaud II l'aurait sue et Louis de Villeneuve l'aurait apprise, l'église de Sainte-Roseline n'ayant pas cessé pendant toute cette période d'être le tombeau de famille et n'ayant été abandonnée des Bénédictines qu'en 1459.
C'est l'ùpée des seigneurs de Villeneuve qui, avec la Provence orienlalc, pendant cette période, a défendu la chapelle qui était le foyer de.s traditions les plus glorieuses de la famille.
Trois circonstances dominent les fradilions des vertus et des miracles de sainte Roseline, h réputation populaire que sa tendre charité lui avait faite, le panégyrique du pontife Jean XXII et la conservation merveilleuse de ses yeux et de l'ensemble de son corps.
Dans l'ordre des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, dans cet ordre réorganisé et transformé par Hélion de Villeneuve^ frère de la vierge de Cellc-Roubaud, dans cet ordre formé de Télite de la noblesse provençale et des autres pays catholiques, un hommage bien éclatant est rendu aux vertus et au patronage de sainte Roseline. Elle est inscrite dans le Martyrologe de l'ordre. Les chevaliers hospitaliers sont tell(Mnent habitués à la vénérer qu'ils veulent que cette sainte appartienne à leur ordre. Bien plus, ils indiquent celle de leur maison où sainte Roseline aurait rempli les pieuses fonctions des sœurs hospitalières de Saint-Jean de Jérusalem, c'est à Beauueu, en Quercy. — Le Martyrologe des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, publié en 1643, par Mathieu Gaussencourt, Célestin, ne manque pas d'ajouter à celle curieuse variante de Roseline hospitalière, et la tradition du miracle des roses, et la fraternité de sang qui unissait Ros^ line soit au grand maître Hélion de Villeneuve, soit au saint évoque de Digne, Elzéar de Villeneuve (page 237 du Martyrologe de Malte).
Ainsi, dans l'ordre de chevalerie le plus religieux et le plus distingué par la noblesse du sang, dans Tordre où entrèrent en si grand nombre les neveux de sainte Roseline, et dans lequel la famille de Villeneuve a fourni plus de chevaliers qu'aucune autre famille; dans cet ordre où les sentiments traditionnels de la famille de sainte Roseline devaient être répétés par tant d'échos, la sainteté et le puissant patronage céleste de la vierge de Celle-Roubaud ont eu un retentissement prolongé depuis les temps les plus reculés.
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Donc, sainte Roseline a été réputée vertueuse jusqu*à la saiiitelc dans les classes les plus élevées de la société.
Dans la famille de Villeneuve, le prestige de Roseline a été si grand, que le neveu germain de la sainte, Hélion de Villeneuve, Hls d'Arnaud III, après avoir assisté sans doute à son exhumation, a fait placer le tombeau de sa famille à ses pieds. Dès lors, tous les seigneurs des Arcs et de Trans ont voulu couvrir leur tombe de ce saint patronage.
Dans son testament du 3 juillet 1516, le premier marquis de France, Louis de Villeneuve, riche d'honneur, demande à être enseveli en habit de conDEUER au couvent de Sainte-Catherine de Celle-Roubaud, où sont ensevelis ses progéniteurs ainsi que madame sainte Rossoline...y sœur du grand maître de Rhodes et du seigneur des Arcs. Le prestige des vertus de Roseline dans sa famille est donc incontestable et sa date remonte à un temps immémorial.
Les vertus de Roseline devinrent célèbres dès l'instant de sa mort, puisque Texhumation fut demandée et obtenue, cinq ans après sa mort, et ce n'était point ici une exhumation ordinaire, comme elle s'exécute quand on veut introduire un corps dans un tombeau de famille : ce fut une exhumation solennelle faite avec le concours d'un évêque. L'évêque de Digne, frère de la pieuse chartreuse, reçut celle haute délégation de la part du vertueux pontife Jean XXII.
Ce pontife, pendant sa prélalure de Fréjus, avait vu de près et la prieure de Celle-Rouband et Texcellente discipline de sa maison. Les grâces spirituelles et temporelles qu'il avait accordées à ce couvent si connu de lui, démontrent quelles étaient à ses yeux la valeur et la perfection chrétienne de celle qui dirigeait le troupeau virginal.
Les verlus de Roseline étaient donc manifestes pour le clairvoyant pape d'Avignon, Jean XXII.
L'austérité et la réserve modeste des chartreux se sont toujours révélées dans le petit nombre de leurs demandes de canonisation : si leurs habitudes de silence vont jusqu'à ne pas ébruiter les vertus et les grâces dont ils sont témoins, c'est parce que l'admission dans leur ordre est déjà presque une
déclaration de sainteté; et que de cette sainteté ils né font ni parade ni trafic.
Cette humble prudence estcertainennent un modèle i\ pro* poser : mais n^est-ce pas surtout une immense garantie que la vénération exceptionnelle des chartreux pour leur sœur, la vierge de Celle-Roubaud et une incontestable confirmation de ses vertus?
Voilà donc le mérite chrétien de Roseline proclamé par rélile de la noblesse représentée par les chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem, par l'élite des ordres religieux, mérile reconnu à la fois par sa famille et par le souverain pontife contemporain et par le plus grand roi de la chrétienté.
Ne faut-il pas que cette réputation de sainteté de vie et de puissant patronage céleste ait été bien grande pour que la même sainte ait été réclamée par les BénédictinSy par les Franciscainsj par les Chartreux^ par les chevaliers ho^filatiers? Quel plus éclatant témoignage de la vénération générale peut-on trouver que cette confusion que Ton cherche à mettre dans les dates, dans les noms, dans la profession de sainte Roseline?
Toutes ces variantes intéressées des Bénédictins, des Franciscains et des Hospitaliers, obscurcissant de leurs nombreux nuages les traditions et les registres carthusiens, toutes ces falsifications ne sont-elles pas d éloquents panégyriques de cette pieuse cénobite? Plus il y a eu de prétendants à la paternité des vertus de sainte Roseline, plus cette prétention a fait naître d objections, et plus était donc éclatant le mérite de notre sainte.
Il suffit donc de parcourir les changements successifs qu'offrent les publications historiques de Bouche et de Papou, pour avoir une idée de la valeur que Ton attachait aux mérites de sainte Roseline.
Quant aux populations de la Provence, ne se disputent-elles pas aussi le privilège d'avoir donné naissance à la vierge de Celle-Roubaud ?
Des querelles, quelquefois même de regrettables violences, sont nées des prétentions rivales des deux bourgs des Arcs
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et de Trans, pour attribuer à l'un d'eux le privilège d'avoir vu naitre la sainte. Le bourg du Flayosc élève à son tour la même prétention.
On s'est disputé pour revendiquer Thonneur de la naissance de sainte Roselîne comme pour celle d'Homère; une humble vierge chrétienne a fait nailrc les mêmes rivalités que celles qu'avait provoquées le prince des poètes.
Quant aux invocations de sainte Roseline, elles sont répandues dans toute la Provence. Le petit village de Pontevès, près Barjols, a, lui aussi, un oratoire dédie à notre sainte. Le mérite de sainte Roseline, répété par l'ordre des Chartreux dans l'univers catholique, est représenté en Provence par de fervents adorateurs.
Les vertus chrétiennes de sainte Roseline sont incontestables, et la conservation prodigieuse de ses yeux et de son corps est un miracle qui laisse des traces permanentes, et qui lui donne une éminenle place dans le catalogue des saintes les plus privilégiées.
La conservation du corps humain n'a été obtenue que par des embaumements. Ni le climat, ni la terre où sainte Roseline avait été ensevelie, n'ont conservé les autres corps par leurs seules propriétés chimiques et physiques. Y aurait-il eu ici un embaumement?
Est-ce aux chartreuses, est-ce à la famille de Villeneuve qu'on aurait à attribuer un pareil embaumement? pourquoi n'en auraient-ils pas fait de pareils avant, pendant ou après la période de sainte Roseline ?
Aurait-on surpris la bonne foi et la piété de saint EIzéar de Villeneuve, la bonne foi d'Hélion de Villeneuve, la bonne foi de Louis de Villeneuve, en 1450, la bonne foi du pape Jean XXII, en 1334? est-ce donc parmi les personnages les plus èdairës et les plus sincèrement vertueux de Pépoque qu'on trouverait les fripons ou les niais?
L'incorruptibilité, ici, n'est point tuiturelle, n'est point artifidelle : elle est surnaturelle.
Une pareille conservation-, un état si exceptionnel exclut toute substitution frauduleuse.
On conçoit bien qu on puisse mellre un os à la plaœ d'un os, une étoffe à la place d*un autre étoffe; mais un autre corps conservé n'eût pas été facile à découvrir pour remplacer le cx>rps qu'on aurait enlevé. Le corps de sainte Roseline a porté toujours avec lui-même son certificat d'identité, et la description de Ja relique donnée en 1614 s'applique parfaitement à la relique de 1855, et l'œil piqué en 1661 porte encore la piqûre en 1866, et laisse voir Teffct d'une étonnante coniractilité.
La vertu et Teffct permanent hors des lois ordinaires de . la nature étant démontres, pour un chrétien, la voix populaire qui a placé sainte Roseline sur les autels est bien la voix de Dieu.
Des effets nombreux du patronage de sainte Roseline sont conservés dans la mémoire des habitants des Arcs; mais le patronage le plus universel, le plus populaire de la sainte de Celle-Roubaud est celui qu'elle exerce sur les moissons. Du haut des deux la vierge des roses jette encore des regards compatissants sur ceux qui ont faim; elle écarte les orages, elle donne l'eau aux moissons altérées.
Dans Tannée 1817, la sécheresse persistante menaçait la récolte de blé d'une entière destruction. Les habitants de la ville de Lorgnes, réunis en procession au nombre trois mille, vinrent implorer le secours de sainte Roseline en parcourant un trajet de quatre lieues ; la supplique était du 8 mai, le 9 mai une pluie abondante arrosa les chafnps desséchés. Le miracle est constaté dans la chapelle par une inscription gravée sur une plaque de marbre posée au-dessous du tableau représentant la procession. Voici les intéressants détails donnés par Tabbé Orse, témoin de ce mémorable bienfait dû à l'intercession de la sainte chartreuse.
Dans une de ces belles nuits de Provence où les étoiles les moins apparentes brillent de Téclat le plus pur, la petite ville de Lorgnes était appelée dans sa vaste église par le son de toutes les cloches, à une heure où la lampe du sanctuaire, emblème de foi et de charité, veille seule auprès du Dieu des chrétiens. Cet appel inusité, dans un moment consacré au
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repos, avait pour but un pèlerinage public au tombeau de sainte Roseline, pour demander la cessation d'uue sécheresse qui désolait la contrée. Les cultivateurs, les ouvriers, les bourgeois, nu-pieds et couverts du sac de la pénitence, à la manière antique; les femmes voilées, non de gaze, mais de toile grossière, tous ayant des flambeaux à la main, s'acheminèrent proccssionncllement en chantant des litanies et des psaumes pénitenliaux, vers le lieu où repose le corps de la vierge carthusienne.
Cette foule, marchant dans un ordre parfait, semblait former dans la plaine un double sillon lumineux. Au lever de l'aurore, elle gravissait les coteaux couverts de blés, étiolés et jaunis par la sécheresse, penchés sur un sol crevassé par l'ardeur d'un ciel sans nuage ; la menace de la misère et de la famine remplissait tous les cœurs de tristesse.
Combien est profonde Timpression que laissa dans mon esprit le spectacle de cette population pieuse entreprenant un voyage de huit lieues pour implorer la protection de l'humble vierge, qui partageait avec les pauvres et son pain et son cœur I
Partie à minuit, la procession arriva à sept heures du matin au but du pèlerinage ; Tazur du ciel n'avait pas été encore terni par le moindre nuage ; mais, pendant la célébration du saint sacrifice, le ciel se couvrit d'un voile léger, qui, peu â peu, intercepta les rayons du soleil.
« Au milieu du jour une pluie abondante vint rafraîchir « la terre, rendre aux plantes la verdure quelles avaient a perdue... La tristesse fit place à la joie la plus naïve; on a se garda bien de se mettre à Tabri de la pluie. Les vête- « ments trempés de ces trois mille pèlerins, de ces femmes « délicates, de ces enfants débiles, étaient portés comme des « trophées de victoire. Une abondante moisson vint bientôt « après récompenser le laboureur de sa ferme confiance en « rintercession de sainte Roseline. »
Le bruit de la pieuse supplique de Lorgnes et le magnifique résultat de ce pèlerinage, qui étendit son influence sur toute la contrée, ont laissé une impression ineffaçable; sainte
Roscline esl toujours la sainte populaire qui nourrit les pauvres. Le bienfait de Mil est le reflet des charités de 1273.
Dans la période de 1657 à iG94, les boUandistes citent neuf miracles dus à rinterccssion de sainte Roseline ; ils sont inscrits dans sa vie, publiée en 1694 par les célèbres auteurs des Aeta sanctomm.
Un paysan de Trans, âgé de soixante-dix ans, est sauvé d'un naufrage.
Un marin, nommé Biaise Blanc, est, en 1671, sauvé du danger causé par une longue tempête.
Deux enfants, sauvés, Tun de la mort, l'autre guéri de répilepsie.
Un habitant d*Aix et sa femme sont guéris par la même intercession.
Près Callian, un bûcheron, entraîné vers un abimc où coule la Siagne, invoque sainte Roscline, et il est sauvé.
Des personnes qui tentent de soustraire des parties de h sainte relique en sont empêchées et punies.
Mais le bras protecteur de la sainte ne s*est pas raccourci dans les temps modernes. Le miracle de la pluie obtenue par les prières des habitants de Lorgnes n'est-il pas supérieur en éclat, en grandeur, à tous les anciens bienfaits, a toutes les anciennes grâces que la sainte fit accorder aux siècles passés? ce miracle, obtenu par trois mille personnes, ne résumè-t-il pas un nombre prodigieux de grûces individuelles qui ne sont connues et mesurée^ que par les âmes pieuses ?
Maintenant le saint corps n'a plus de gardiens ! La cloche de Sainte-Roseline ne console plus le voyageur et le paysan courbé vers la terre! Une fête annuelle seule célèbre les vertus et le triomphe de la chartreuse modèle! Un jour luira, sans doute, où la voix grave des chartreux viendra ressusciter les pieux élans de la piété! Faudrait-il que la reconnaissance pieuse s'affaiblit, au moment même où la population, devenue plus heureuse, devrait multiplier les chants de reconnaissance pour sa gracieuse bienfaitrice? Les chartreux demandaient avec instance d'être autorisés à
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célébrer le culte de sainte Roselinc comme patronne de leur ordre féminin; ils poursuivaient depuis 1840 la régulière canonisation de leur chère sœur de Celle-Roubaud, lorsque l'approbation pontificale donnée, le 9 mai 1851, au propre du diocèse de Fréjus, classant la fôte de sainte Roseline parmi les cultes diocésains populaires, exigés depuis plusieurs siècles par la dévotion des fidèles, aplanit et résolut toutes les diflicultés.
Après la supplique de Tordre des chartreux, la demande iormulée par Tévêque de Fréjus, interprète légal des vœux des populations, chaleureusement exprimées, soit après le miracle de la pluie de 1817, soit par les élans de la dévotion pendant la translation de 1855, manifestait bien au Saint- Père cette persistance générale et populaire des demandes de culte, qui est le prélude des déclarations de sainteté.
Les règles tracées par Urbain VIII, en 1625, exigeaient dans les procès de canonisation la démonstration des vertus et la constatation de deux à quatre miracles, tandis que, pour autoriser le culte diocésain, il a suffi d'établir que, dans les cent années antérieures à 1625, il y avait deux preuves écrites ou consacrées par les images de la sainteté acclamée par le peuple. La conservation surnaturelle du corps de la sainte exposée sur les autels, et les autres prodiges, auraient bien suffi à la canonisation solennelle ; cependant, malgré la chaleur avec laquelle les chartreux d'Espagne, dans une lettre écrite de Perpignan le 15 juillet 1855, exprimaient leur détermination de poursuivre la cause, les énormes frais entraînés par un procès de canonisation auraient été pour Tordre des chartreux, dépouillé de ses biens par les révolutions européennes, une charge financière trop lourde.
La démonstration du culte public antérieur à 1625 fut facilement établie par Tévéque de Fréjus, mis en possession : 1* des délibérations de la commune des Arcs, relatives au culte de sainte Roseline, aux dates de 1500, 1767, 1780; ^ du panégyrique de Trinquère de la Greffe, qui relatait sans doute les anciens monuments du même culte. Toutes ces
pièces sont énumérëes dans une lettre de M. Maria, cure des Arcs, datée du 50 mai i835.
M. le curé Maria rappelait dans la letlre précitée une enquête faite par ordre de l'archevêque d*Aix, et constatant que^ pendant la Révolution française j la sainte relique était demeurée intacte.
Le père Radingo, dans ses Annales des Pères mineurs, relatait aussi que Téglise de Celle-Roubaud avait été, dès i504, placée sous l'invocation de sainte Catherine du mont Sion et de la bienheureuse Roseline, tandis que le titre de sainte était aussi donné en i516 à la chartreuse Roseline, mentionnée dans le testament de Louis de Villeneuve, premier marquis de France.
L*ancienneté du culte était donc bien justifiée dans les temps antérieurs à i625, et le bref approbatif de ce culte parut parfaitement motivé en i851.
Après l'approbation du culte diocésain, toutes les demandes en extension de culte devaient être admises, et ces demandes étaient des honneurs plus largement accordés à la sainte chartreuse. L'ordre des chartreux s'empressa de demander l'approbation de ce culte dans toutes les chapelles qu'il possédait, et Tinscription de la fête correspondante dans le calendrier ordinaire de leur rit particulier. Le décret de celte concession fut signé le 17 septembre 1857 par le cardinal Patrizi, président de la Congrégation des rites.
Le 27 septembre 1859, indulgence plénière fut accordée pour ceux qui visiteraient une église des chartreux le jour de la fête de la sainte, fixée au 16 octobre. Cette grftce étant d'ailleurs subordonnée, comme à lordinaire, à une sainte communion faite à cette intention.
Ainsi l'humble chartreuse a conquis une place sur tous les autels du diocèse de Fréjus et dans toutes les chapelles des chartreux.
Chaque année, le triomphe de sainte Roseuiœ est célébré dans la paroisse des Arcs, le dimanche qui suit la Pentecôte. L'antique chapelle de Celle-Roubaud, qui n'est plus connue que sous le nom de Sainte-Roseline, reçoit ce jour-là tous les
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corps suints des Arcs; les saintes femmes, usanl de leurs genoux la pierre du tombeau ancien, viennent répéter les cantiques composés sans doute dans la grande translation de 1657. Le nom de Trans, inséré dans le premier couplet, indique bien clairement que la seigneurie des Arcs avait été désertée à cette époque pour ne laisser apparaître que le titre de marquisat de Trans; et c'est là ce qui se passait en 1657.
Dans ce cantique, naïve expression de la vieille tradition, une confusion de noms semble aussi caractériser la date de la composition du chant populaire. Hélion de Villeneuve, le grand maître des Hospitaliers, est désigné sous le nom de Charles,
C'était, en 1657, précisément le nom de Charles de Villeneuve qui absorbait davantage les pensées des personnes dévouées à sainte Roseline, puisque Tabbë Charles de Vilneuve, qui avait été aussi frère^ chevalier de Malte, puis abbé, était le grand promoteur de cette solennité. Par sa double qualité de membre de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et de nouveau restaurateur de l'antique chapelle monastique, Charles de Villeneuve offrait deux points de similitude avec l'ancien bienfaiteur du monastère de sainte Roseline. C'est là ce qui, par les confusions si faciles à inh'oduire dans les traditions populaires, aura fait transformer le nom du grand Hélion en celui de Charles. Mais cette cir. constance permet encore de reconnaître la date du cantique, et de (ixersa composition à 1657.
Tous les autres cantiques sont plus récents ; celui qui est le mieux écrit en français doit avoir été composé entre 1820 et 1830,
Le mépris des grandeurs, la charité récompensée par le miracle des roses et la délivrance du frère chevalier captif, forment les traits principaux de la vie de la sainte tracés dans le pcemier cantique. La générosité du père de sainte Roseline est naïvement exprimée à la fin de l'épisode du miracle des Heurs. La sainteté de plusieurs enfants du père de la sainte est aussi indiquée.
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Dans le deuxième cantique, la versification, exclusivement française, n'est pas sans mérite. Tous les traits priocipaui de la vie de la sainte chartreuse sont assez bien exprimés : miracle des roses, vie cénobltique de la bonne prieure, protection des chevaliers placés sous la direction du grand Hélion, délivrance d'Hélion lui-même, et ses bienfaits envers le monastère, tout cela est clairement retracé. Le patronage de la vierge des Arcs sur les récoltes, est une des traditions populaires que ce cantique rappelle d'une manière plus spéciale.
Le cantique, intitulé Chant joyeux, a été composé par un ermite, nommé frère Casimir, qui s'était fixé dans la chapelle de Sainte-Roseliue vers 1850. Ce frère avait retrouvé Tancienne caisse funéraire, ou plutôt Tancienne châsse de la sainte chartreuse, chez un habitant du Muy, qui Tavait enlevée vers la Révolution pour en faire la corbeille destinée à conserver son pain. Le pain lui paraissait exempt de moisissure depuis qu'il faisait un usage profane de ce récipient vénéré.
Dans la conviction de ce superstitieux naïf, ce qui avait contenu le corps incorruptible de la vierge qui changeait les aliments en roses, ne pouvait laisser corrompre aucun aliment.
Le panégyrique le plus complet, celui qui rappelle chacune des vertus de notre sainte, se trouve dans les litanies composées en son honneur dans Toffice que célébrait autrefois le bréviaire de Fréjus« D'après les ordres formels de la cour pontiticalO) ces litanies et ces offices particuliers doivent être remplacés dans les chants ecclésiastiques par ceux du Commun des vierges. Mais ces litanies restent comme un hommage. Sainte Roseline est déclarée dans ces litanies, écrites en latin : Vancienne gloire de la noblesse^ la contemptrice des richessesy le modèle des chartreuses^ la doctrine des professesi la lumière des religieuses et la règle universelle; puis ï amante des pauvres^ le vase de chanté, la consolation des désolés, la safUé des malades, le soutien des faibles, le bâton des aveugles. Ëntin, le miroir de virginité, le vase de pudeur, le lis et lu
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vierge sans tache^ et la rose sans épine^ la dispensatrice des fjrâceSj et Yopéralrice des miracles.
Mais rhomrnagc le plus constant et le plus expressif est celui que lui rendent les familles des campagnes des Arcs, de Trans, de La Motte et du Muy ; quelques-unes de Flayosc et de Draguignan, qui donnent son nom à leurs filles. C'est le nom de presque toutes les femmes issues du sang de Villeneuve. Tous les chapelets des chartreux portent l'effigie de sainte Roseline sur le revers de la médaille qui figure saint Bruno. Il n'existe plus en France que deux monastères de chartreuses, mais là le nombre est compensé par Tardcur de la dévotion envers notre sainte. Plus est réduit le nombre (les vierges capables d'atteindre aux vertus difficiles de Roseline, plus est brillant son héroïsme exceptionnel I
1 ^FLUË^CË COMPAItEE
HE
SAINT BRliiNO KT 1)K SAINTE UOSELIISE
liifluefice comparée de saint Bruno et de sainte Koseline. — Humilité des deux pa(roii> de l'ordre carthusien. — Leur dévouennent à la virginité. —Lent développement du culte de saint Uruno et de sainte Roseline. — Abdication du monastère renfermant leur» reliques. — Action de saint Bruno dans la transformation de rarisioeratK — Son influence sur l'établissement de Tordre public terrestre — Influence aristocratique de sainte Roseline. — Son action dans l'établissement de l'ordre public maritime. — Conclusion générale.
Entre saint Bruno, type le plus élevé de Tordre carthusien masculin, et sainte Roseline, qui a réalisé Tidéal de la vierge carthusienne, existent des rapports bien frappants. Saint Bruno a pris l'habit et fait la profession en venant chercher dans les Alpes la retraite la plus inaccessible et le climat le plusrude; sainte Roseline, pour s'initier a la vie carthusienne et s'y engager définitivement, a changé le climat le plus doux, la terre la plus gracieuse, pour le monastère de religieuses des Alpes le plus solitaire, pour la terre la plus désolée et le climat le plus dur.
Saint Bruno et sainte Roseline ont tous deux terminé leur carrière dans les monastères les plus énervants par la douceur du climat, tous deux ont ainsi appris à leurs successeurs à subir avec joie les épreuves des douleurs et à sortir sans corruption des douceurs de la vie des climats énervants.
Tous deux n*ont gardé le commandement que comme une charge pénible ; et ils ont fini leur vie dans le plus humble isolement de toute grandeur, dans le dépouillement de toute supériorité. Ils ont demandé Toubli, caché même leur vertu, comme d'autres s'emparent des honneurs et de la vaine gloire .
INFLIIENCK COMPARÉE DE SAINT BRUNO, ETC. Vil
Dans leur solitude, saint Bruno cl sainte Roseline ont agi sur la société d'une manière énergique par leurs sages et salutaires conseils. — Saint Bruno a été le guide du souverain qui, d'après sa direction, est devenu le grand auxiliaire de rÉglise; sainte Roseline a été la confidente et l'inspiratrice du grand maitre des Hospitaliers, qui a fait régner Tordre dans sa milice et qui en a fait la force armée fidèle ù TEglise, chargée de faire respecter la justice et la faiblesse sur la mer et sur la terre de la chrétienté. Saint Bruno avait fait naître la protection contre la piraterie terrestre, sainte Roseline a suscité dans son frère le prolecteur contre la piraterie marine.
Saint Bruno a transformé par la croisade la féodalité violente en chevalerie protectrice de la victime opprimée, des laboureurs et des marchands. Sainte Roseline a contribué par ses conseils et par ses prières à faire naître la dernière transformation de la chevalerie chrétienne gardienne des pauvres, des désarmés, des marchands sur terre et sur mer.
Saint Bruno a glorifié la virginité dans ses plus poétiques prières, dans le cullede Marie, quMl a développé plus que tout autre, et les messes de la Vierge gardent les traits ineffaçables de ses chastes inspirations.
Sainte Roseline est devenue elle-même la plus éclatante cfllorescence de la virginité; elle a exercé dans sa famille le plus efficace prosélytisme de la continence.
Combien les virginales suppliques de Tordre carthusien ont manifesté leurpuissance, lorsque six frères et sœurs de Roseline se sont voués au célibat, à Tapostolat et aux saintes pratiques intérieures du culte, lorsque son cousin, saint ELséar, a sacrifié même la gloire de la lignée féodale, en produisant le type de la virginité matrimoniale!
Quand Roseline était Thumble chartreuse oubliée dans le cloître^ son frère Hélion, grand maître réformateur des Hospitaliers, son cousin Elzéar, gouverneur du prince destiné au trône, étaient les brillants, les utiles chartreux du monde.
Saint Bruno a été le premier et secret moteur dune grande Iransformation dans Taristocrotieetla société du moyen âge.
An INFLUENCE COMPARÉE DE SAINT BRUNO
Dans le brillant groupe aristocratique oiî se place Roseline, se révèle avec éclat la prodigieuse transformation de la noblesse accomplie par la croisade, œuvre de saint Bruno. Guillaume de Sabran pillait les couvents en 1115. En 1520, Ekéarde Sabran se dépouille pour les pauvres et pour le développement de la civilisation par les monastères.
La maison de saint Elzéar est changée en un véritable monastère. Qui eût pensé, lorsqu'en 1073, le clergé germain repoussait la continence exigée par Grégoire VU, préchée par saint Bruno, chef des écoles de Reims, qui eût pensé que cette continence, en 1520, après deux siècles et demi de lutte, serait acceptée comme le beau idéal de la chevalerie féodale? que la virginité absolue serait prise pour condition d'entrée dans un ordre de religieuses ? et que dans le mariage aristocratique, on trouverait même des saints Elxéar marchant bravement sous la bannière de la virginité mairimoniale, malgré les séductions de la jeunesse, de la puissance, de la richesse, malgré toutes les mesures paternelles de la famille qui devaient, dans le mariage légitime, assurer In transmission du noble sang?
Comme Torgueildes sens était brisé parle culte de Marie, préconisé si haut par saint Bruno et si glorieusement exalté dans la vierge carthusienne ! et comme on voyait bien les heureux effets de cet empire exercé sur les sens aboutissant à lu propagation réelle des populations par le mariage respecté ! Car les dimensions plus grandes de toutes les églises du treizième siècle attestent l'accroissement du nombre et de la richesse dans les sujets de la chrétienté. Les Ëtats des mahométans incontinents se dépeuplent, les terres des chrétiens continents se couvrent d'habitants.
Pour la propagation des lumières chrétiennes, saint Bruno veut qiie les principaux travaux matériels de ses enfant^^ soient des copies de livres; sainte Roseline et ses filles en Dieu et ses frères et sœurs par le sang, multiplient les écritures et s'honorent delà culture des lettres.
La satisfaction des besoins des pauvres est le soin de Bruno.