PRIORAT DE SAINTE ROSELINE
Institution da jubilé nniversel.— Tendresse de sainte Roseline pour ses filles en Dtea.
— Influence de sainte Roseline sur son ordre religieux, influence sur sa [tUn'ûk, révélation de la captivité du grand Hélion. — Concours de sainte Roseline i la croisade maritime et à la prise de Rhodes par les chevaliers hospitaliers. — Charité de sainte Roseline dans les disettes de 1302 à 13U et 13W. — Hélion promu au grand magistère des hospitaliers, restaurateur et bienfiiiteur du monastère en 13i0. — Rienfaits du pape Jean XXII envers sainte Roâeline et envers Tordre des chartreoi.
— Grftces spirituelles et grftces temporelles accordées à sainte Roseline.
La prieure Jeanne de Villeneuve, venait d'abdiquer ses fonctions religieuses, et le prieur général des chartreux, Boson, écoutant le vœu unanime des vierges du monastère de Celle-Roubaud, imposa à Roseline le devoir d'accepter les travaux et la dignité du priorat. C'était le moment où l'évoque de Fréjus, d*Ossat, appelait au canonicat le jeune frère de Roseline, Elzéar de Villeneuve; celui qui, devenu plus tard Tévèque saint, Elzéar de Villeneuve; devait présider à la glorieuse exhumalion de la sainte prieure, entrait alors dans sa première dignité religieuse.
La prieure de Celle-Roubaud, Jeanne de Villeneuve, affaiblie par ses travaux et par ses austérités, et voulant consacrer ses dernières années à la préparation des suprêmes séparations de la terre, avait demandé miséricorde en abdiquant sa dignité; elle se résignait par la réclusion à un complet détachement des affections et des intérêts terrestres.
Il fallut que Thumble chartreuse se résignât à accepter les difficiles honneurs de la succession de celle qui lui snit inspiré le dessein de se consacrer à Dieu.
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L'inauguration de Boseline à la prclaiurc coïncidait avec les premiers travaux épiscopaux de Jacques d'Euse, promu à rëvëché de Fréjus, sur la demande faite par le souverain de Provence Charles II ; cette pensée avait été inspirée à ce prince par son discernement et son affection pour Tinstitu* teur de ses enfants. Jacques d'Euse ou d'Ossat, qui gouverna révêché de Fréjus de 1300 à 1310, heureux de donner de Téclat à l'installation de la prieure qu'il avait pu connaître et apprécier déjà comme jeune postulante, lors de son pèlerinage à Bertaud, heureux aussi de manifester publiquement son estime pour le châtelain des Arcs, avait amené avec lui comme chanoine le frère de Roseline, Elzéar de Villeneuve.
L'installation de Roseline au priorat par Févèque de Fréjus, accompagné du chanoine Elzéar, fut une solennité publique, en même temps qu'une fôte de famille.
Le pasteur illustre préludait ainsi, avec une délicate obligeance, aux grâces que plus tard devenu souverain pontife, il verserait sur Tordre entier des chartreux, sur la maison de Celle-Roubaud et sur les frères de la sainte.
Cette année du priorat de sainte Roseline, était celle d'une belle et solennelle institution de TÉglise. C'était la première promulgation d'un jubilé universel. Les mains pleines des grâces de l'Église, elle se présentait à ses anciennes sœurs, devenues ses chères filles; elle justifiait sa maternité par des bienfaits comme si elle eût voulu porter au ciel la sainte famille sur ses ailes I Après trente années de charité, après vingt-deux années de prières, et d'exercices sanctifiants et de pratiques sévères, Roseline arrivée avec sa trente-septième année à la perfection carthusienne, pouvait exiger et enseigner la vertu, dont le type se trouvait en elle-même. La sévérité des avertissements, les touchantes exhortations à rimmolation perpétuelle et à la prière^ la vigilance incessante contre les séductions de la tiédeur et de la mollesse ; tels étaient désormais, les graves devoirs qui lui incombaient. C'est en les accomplissant qu'elle a fondé les traditions des religieuses chartreusines qui Font élevée au rang
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de modèle de Tordre des vierges de leur ordre. Un provincial franciscain, François de Villeneuve, nous a conservé la tradition de ses principales exhortations et des pieuses pratiques qui ont pu d'autant mieux échapper aux altérations du temps qu'elles se sont répétées d'Age en âge dans Tordre carlhusien, comme des types.
Qu'il sera beau, disait-elle à ses chères illlcs, de mériter les douces paroles adressées par Jésus-Christ à ses dignes épouses : Venez recevoir la couronne que je vous ai préparée ! pour trouver grâce devant ce grand Dieu, ajoutait- elle, regardons-nous bien, et préparons- nous devant le miroir de notre conscience ; malheur à nous, si nos négligences, nos désordres ou nos imprudences nous attiraient le terrible anathème adressé par le Seigneur aux vierges folles :
Je ne vous connais pgiot !
Ce tendre cœur de femme qui avait préludé aux vertus carthusiennes par la pratique de la plus ardente charité, que ne devait-il point souffrir aux moindres douleurs physiques, aux moindres peines morales de ses chères filles? Aucune n'était affligée sans qu'elle pleurât avec elle, comme la poule alarmée au moindre danger de ses poussins et les abritant sous ses ailes protectrices, la sainte mère Roseline entrait dans toutes les peines d'esprit, les devinait et versait dans les cœurs agités de scrupules, de tentations ou de regrets, le baume de ses consolations et de ses lumineus conseils.
Comme elle savait persuader le sacrifice et l'immolation mutuelle, cette pierre fondamentale de tout bonheur et de tous les progrès de la société chrétienne! et ce sacrifice avant de l'ordonner, elle l'accomplissait sur elle-même, elle bravait ses douleurs, de la flagellation volontaire jusqu'à en alarmer ses filles.
Sous la direclion.de Roseline, le régime intérieur du monastère, ressemblait à celui de l'essaim d'abeilles que rien ne peut détourner de l'élaboration incessante de leur miel.
Les autels se parèrent des plus éclatantes fleurs, pendant qu'à cliaqde Vendredi, des pauvres, plus nombreux, purent
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recevoir des vêtements tissés par les pieuses mains des filles de Bruno, empressées de diminuer leurs aliments pour satisfaire aux besoins des indigents accourus des paroisses voisines. Ce qui avait passé sous les yeux, dans les mains de Roseline, l'amante des pauvres, prenait pour eux une valeur inestimable.
Pendant les offices, Tenceinte du peuple était toujours trop étroite : on venait entendre avec bonheur les exquises mélodies, les harmonieuses prières pénétrant dans tous les cœurs pour les élever vers le ciel. Les élans de Tâme de Roseline semblaient se communiquer au cœur virginal de ses filles, pour entraîner au-dessus des misères terrestres, les auditeurs les plus accablés par les douleurs, les plus déshérités de la fortune.
La réputation et le bruit des saintes vertus du monastère de Celle-Roubaud, sous l'impulsion de sainte Roseline, attirait des bienfaits du dehors à son propre couvent et des grâces aux maisons de son ordre. Dès 1299, une dame, Guillaumette de Lamotte et de Gassin, avait fait un legs au couvent de notre sainte.
La douce paix du cœur, la sérénité des consciences tranquilles, eurent bientôt transformé la chartreuse de Celle- Roubaud en une attrayante oasis de célestes félicités.
Marguerite de Villeneuve, nièce de la prieure, fut entraînée vers ce bonheur. Sainte Roseline ne pouvant être dans sa famille, amenait dans son couvent et sa sœur et sa nièce, une bonne part des siens. Elle conduisait au port tout ce qu'elle aimait I Que la séduction de ces exemples fut irrésistible dans les familles ! Que ce prosélytisme fut fécond pour Tordre carthusien I Roseline eut le bonheur de faire éclore la plus grande expansion de son ordre dans le monde, et de faire naître pour son ordre, les plus grands sacrifices de la part du monde !
La nièce Marguerite devint Tappui le plus solide de la prieure, Marguerite suivait ses conseils, exécutait ses ordres, comme une servante dévouée attachée aux pas de sa maîtresse. >
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Une aulre sœur de la prieure, retenue par des devoirs de famille, ne put pas venir au monastère, mais elle accepta comme une religieuse les sacrifices de la virginité. Cette dernière sœur de Roseline, nommée Béatrix, fut le guide et la tutrice des filles de sa sœur ainée, Uranie, dame de Villeneuve-Vence. ,
Parmi les frères de Roseline, l'exemple de la chasteté de la sainte chartreuse, ne fut pas moins entraînant. QuatreîrèTes de Roseline gardèrent les lois du célibat : le grand chevalier hospitalier, Hélion, — celui qui devint évèque de Digne sous le nom d'Ehéar — cet aulre qui sous le nom de Hugues fut un des docteurs franciscains les plus distingués.
Enfin le dernier, nommé Reynaud, qui devint le chancelier de l'empereur de Constantinople.
Donc trois sœurs et quatre frères de sainte Roseline, osèrent résister aux entraînements de la sensualité, pour mieux servir leur Dieu.
L'exemple des sacrifices de la vierge de Celle-Roubaud n'était-il pas manifeste? Ses prières n'étaient-elles pas efficaces?
En 1307, Roseline eut à transporter, sur des morts chéris, les prières jusque-là appliquées à la lamille vivante. Elle perdit son père et sa mère.
En 1510, mourut Tex-prieure, Jeanne de Villeneuve, que ses vertus ont fait appeler bienheureuse. '
Alors, Roseline, devenue à tous les points de vue, la tête de la famille, étendit sur ses frères, sur ses neveux une plus large protection de prières et de conseils.
Un ardent foyer de propagande en faveur des chevaliers hospitaliers fut établi dans le monastère dirigé par la sœur du preux chevalier, Uêlion de Villeneuve.
La grande transformation de la chevalerie de Saint-Jean, en gendarmerie de la mer, destinée à préparer le développement de la marine chrétienne, par la destruction de la piraterie dans les échelles du Levant, fut l'objet constant des vœux et des prières de sainte Roseline. Dès le commencement du priorat de notre sainte, cette supplication fut une des pratiques générales du monastère.
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Lorsqu'en ISOT, Foulques de Yillarel, grand maitre des chevaliers, annonça les préparatifs d'une expédition destinée à la conquête de Rhodes, il demanda de l'argent, des vaisseaux et des soldats. Le pape donna 90,000 florins et fit prêcher la croisade maritime; elle fut annoncée au château des Arcs par le commandeur Hélion. Cette nouvelle, apportée au monastère, excita tout le zèle de Roseline et de ses sœurs. A Texemple des vierges de saint Bruno, les femmes se firent les missionnaires de la croisade maritime ; et les châtelaines ajoutant l'exemple aux paroles, donnèrent leurs joyaux.
Les pauvres imitèrent le dévouement de leur bienfaitrice de Celle-Roubaud, ils donnèrent leurs personnes, ils s'enrôlèrent dans la milice maritime. Les matelots des ports de Provence s'élancèrent avec enthousiasme vers la pieuse entreprise maritime que le grand maitre Foulques de Villaret, d'origine provençale, allait guider à la victoire, en prenant pour ses lieutenants des chevaliers déjà éprouvés dans cent combats, tels que Hélion de Villeneuve, Gérard de Pins, Dieudonné de Goson. On pressentait que les hospitaliers delà langue de Provence allaient ajouter de nouvelles couronnes à leurs anciens trophées.
Les commerçants comprirent tout l'intérêt qu'avait pour eux l'établissement d'un grand corps de garde établi dans Tarchipel de la Grèce. — Gênes et la Sicile fournirent des vaisseaux.
Le frère bien-aimé de Roseline, le grand Hélion, déjà élevé à la dignité de commandeur de la chevalerie de Saint-Jean ; récompense due à ses éclatants services dans la pieuse milice, pendant les guerres et les dernières luttes établies en Palestine, vint réclamer les prières et les conseils de sa sœur au moment où il partait pour subir les périlleuses fatigues de l'expédition dirigée vers la conquête de Tlle de Rhodes*
C'était dans les premiers jours de celte année, 1509, qui devait ajouter un si beau fleuron à la couronne des gloires de la chevalerie chrétienne, guidée vers la conquête de Ilhodes par l'intrépide Foulques de Villaret. La sainte prieure
dans l'émotion de ses tendres prières, eut la révélation de la prise de son frère par les Sarrazins.
Elle transmit cette triste prophétie au chevalier dévoué, mais elle ajouta : « Des prières ardentes de cette maison vous recevrez, mon frère, un secours inattendu, et les cliainesde votre captivité seront miraculeusement brisées. »
En 1509, la conquête <ie Rhodes fut glorieusement accomplie par cette première croisade maritime.
Mais la puissance ihusulmane fut effrayée de Tinfluence chrétienne qui «allait désormais rayonner autour des mers dont Tile de Rhodes était le centre ; et en 13 tO elle vint allaquer la récente conquête chrétienne avec tous ses vaisseaux et avec tous ses bataillons. Une protection divine fit triomplier la faible armée des chevaliers de toutes les attaques .des forces mahométanes.
L'événement justifia toutes les paroles de la sainte cliartreu^. Hélion, enveloppé parles infidèles, dans les héroïques combats livrés sur la conquête de Rhodes, devint le captif des Sarrasins. Le chevalier, chargé de fers, eut dans la nuit recours aux prières de sa sainte sœur ; il la vit, dans un songe, rompre ses chaînes et le ramener sain et sauf à tra* vers les mers, jusqu au pied de l'oratoire, encore existant, entre les Arcs et le 'monastère de la chartreuse ; et il faisait alors le vœu de répandre ses largesses de Tordre des chevaliers de Saint-Jean, sur la maison de sa sainte sœur.
Le lendemain, en effet, un secours inattendu délivra le chevalier, qui se hâta de revenir pour annoncer à sa sœur qu'il mettait à ses pieds Tor du prieuré, dont le grand maître. Foulques de Yillaret, allait récompenser ses services éclalanls.
Vers 1314, le grand Hélion, illustré par ses nombreuses campagnes en Terre-Sainte et dans les mers du Levant, recevant ainsi de Foulques de Yillaret, le conquérant de Rhodes, la dignité de prieur de Saint-Gilles, devint le commandant direct de la force armée chargée de protéger la circulation dans les États pontificaux. Ses talents administratifs furent remarqués par le pape.
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Au mois de juin 1319, le vœu le plus ardent de sainte Roseline fut exaucé : son frère chéri fut proposé par le pontife Jean XXII à Télection du chapitre de Saint-Jean de Jérusalem, et pendant son altsence, il fut d'une voix una* nime promu au grand magistère de son ordre.
Par une lettre mémorable datée du 19 juin de la même année, le pape annonça lui-même, au frère de Roseline, de quelle insigne confiance il était honoré, dans un moment où il s'agissait de transformer Tordre auquel il appartenait. La lettre pontiflcale était un brillant panégyrique, où se trouvaient mis en lumière : le zèle religieux^ la pureté de vie^ Yhabileté administrative ^ la sagesse de conseil et la haute bravoure^ le désintéressement, la prévoyance et les éclatants services du chevalier élu.
Le moment était donc venu où suivant les inspirations de la sainte chartreuse, Hélion allait réunir tous les biens des Templiers à ceux des Hospitaliers, reformer les mœurs des chevaliers, mettre de l'ordre dans des finances délabrées, et organiser la puissance maritme de Tordre, qui n'avait, été créé que comme une chevalerie terrestre.
La destruction de la piraterie marine allait devenir désormais la mission confiée à la chevalerie de la croix. Roselinev digne fille de saint Bruno, voulait que Ton respectât Tordre public et que Ton protégeât les voyages sur mer, comme le fondateur carthusien avait voulu que la première croisade fût le point de départ de la protection donnée à la circulation terrestre.
Ainsi se formait entre sainte Roseliney le pape Jean XXII et le grand maître Hélion^ la môme unité de vœux et d'actions que celle qui avait existé entre Bruno^ Urbain II et Roger de Stct/e.
Celte grande pensée de la liberté des mers, établie par le frère de la chartreuse, tenant en ses mains la bannière de la croix, n'a pas été, jusqu'à ce jour, écrite dans l'histoire, mais elle est restée profondément gravée dans la mémoire des populations provençales.
Le libre passage sur les mers établi sous les auspices et
par les prières de sainte Roseline est bien gracieusement figuré par la légende du cantique populaire, qui dépeint la sainte de Celle-Roubaud étendant son tablier sur les eaux salées pour faire passer son frère des mers du Levant jusqu'aux côtes de Provence. — Ce tablier miraculeux est une frappante image de la puissance des prières et de la sainte sagesse des conseils de la pieuse chartreuse faisant organiser par la chevalerie, la sécurité et la liberté de la circulation maritime.
La peinture a retenu aussi une trace de la protection spéciale de notre sainte sur les chevaliers de la mer. On a représenté les vaisseaux des chevaliers hospitaliers poursuivant la flotte ottomane mise en déroute, par la céleste influence du patronage de Roseline. Sans doute on a figuré ainsi Péclatante victoire remportée en 1326 par G^ard de Pinsy lieutenant d'Hélion, refoulant une agression du musulman Orcans dans les mers de TArchipel.
N'est-il pas du reste bien authentique que les services rendus par sainte Roseline aux chevaliers de Saint-Jean furent si grands, qu'en 1320, alors que les finances de Tordre étaient encore obérées, le premier emploi des ressources financières de la chevalerie fut réservé [à la réparation et à la restauration du monastère de Celle-Roubaud?
Ces dépenses furent si largement faites, que le frère de Roseline fut considéré comme le fondateur de la chartreuse,
A celte heure encore le grand maître des hospitaliers est inscrit sur le tableau des maisons de Tordre carthusien, comme fondateur de Celle-Roubaud.
SiUélionaété appelé en 1320, le fondateur de la chartreuse de Celle-Roubaud, couvent carthusien subsistant depuis 1260, d'après les titres authentiques encore déposés aujourd'hui dans les archives préfectorales de Gap; si sainte Roseline, à son tour, a été déclarée la supérieure des chevalières hospitalières de la maison de Beaulieu en Quercj, bien qu'elle n'ait jamais fait partie ni de cet ordre, ni de cette maison, c*est parce que cette double inexactitude est destinée à offrir une double démonstration de l'union des
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efforts et des pensées du frère, grand maître fondateur de la chevalerie maritime, et de la sœur, illustre sainte de Pordre carlhusien.
Ne voit-on pas dans les faits authentiques, dans les poésies de la légende, et môme dans les erreurs historiques, un concours imposant de témoignages établissant, sous des traits plus frappants que ne le serait un récit uniforme, le palro* nage toujours vivement senti de sainte Roseline sur la chevalerie gardienne de l'ordre public maritime?
Depuis 1519 jusqu'à la prise de Rhodes, par les Turcs, en 1522, le patronage de sainte Roseline fut si efficace que la marine du littoral de la Méditerranée, développée à l'ombre de la chevalerie chrétienne, devint la plus puissante force navale du monde ; c'est là que se formèrent les Christophe Colomb, les Vasco de Gama, tous ces hardis navigateurs qui découvrirent les mers des Indes orientales et occidentales et préparèrent Tuniverselle circulation du pavillon chrétien sur la surface du globe. Dans les deux siècles de libre navigation inaugurés par le frère de sainte Roseline, se forma la glorieuse milice navale de Lépante qui a pour jamais abaissé le croissant devant la croix et remplacé la piraterie par le droit maritime.
Roseline se montra digne d*ôtre la directrice intelligente du preux chevalier dont Jean XXII louait la sagesse et la prévoyance exquises.
La croisade maritime, fruit de la religieuse impulsion et de la pénétrante intuition de la sainte de Cellc-Roubaud , a eu un succès si éclatant que la sainte ornée du tablier légendaire est une des plus grandes figures parmi celles des initiateurs à la civilisation chrétienne. A elle remonte la pensée et le patronage de Tinstitution d'une force militaire navale vouée à la destruction de la piraterie et assurant la liberté des voyages sur la mer immense, formant le trait d'union de toutes les terres.
L'humble sainte de Celle-Roubaud s'est montrée • digne (le compléter la grande œuvre civilisatrice commencée l>ar saint Bruno, et de préparer le merveilleux travail de
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Tuniverselle propagande de la civilisation fondée sur le sacrifice.
Lorsque les bienfaits de la chevalerie de Saint-Jean se répandirent généreusement sur le monastère de Celle-Roubaud, de grands besoins se faisaient sentir dans ce sanctuaire delà charité.
Il était temps que les secours fussent répandus sur le monastère.
Déjà, à deux reprises, des famines avaient affligé la coutrée et épuisé les ressources de la communauté. En 1302, deux ans seulement après Tinslallation de la prieure, Thiver avait eu des rigueurs excessives ; les champs refusant le tribut ordinaire de leurs récoltes, les épidémies étaient venues à la suite de la disette.
L'année 1314, bien plus néfaste encore, avait frappé de ses horribles désastres la Provence et le Piémont. Des pluies excessives et persistantes avaient détruit les espérances des laboureurs. Le blé atteignit le prix excessif de 80 francs Thectolitre, et cela à une époque où Targent avait bien plus de valeur qu'aujourd'hui. Une grande partie de la population fut réduite à la nourriture des herbes sauvages et des racines. — Les épidémies ne manquèrent pas d'arriver à la suite des épreuves de la famine. La contrée perdit le tiers de ses habitants.
Au milieu de ces calamités, lorsque la misère et la maladie faisaient sortir de toutes les bouches une lamentation universelle , quels furent les prodiges accomplis par Tardente charité de Roseline I Quelles privations et quels sacrifices purent s'élever à la hauteur des élans de son cœur ! — Elle jeûnait, demandait et donnait.
L'impression produite par l'héroïsme des priyations et de la générosité de Roseline fut immense. Et l'ancien évèquede Fréjus, lorsqu'il fut devenu pape, en retraça toute la grandeur dans un bref dont nous allons avoir bientôt occasion de parler.
Pendant la reconstruction du monastère de Celle-Roubaud, reparurent les bandes des Pastoureaux qui avaient déjà, une
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première fois, en 1250, exerce des ravages dans les campagnes de la chrétienté. Les violences de ces insurgés, exercées d'abord contre les juifs, finissaient par atteindre jusqu'aux biens de l'Église .
Mais ni les travaux de Celle-Roubaud, ni la paix du monastère, ne furent troublés. Les chevaliers d'Hélion, gnrdiens de la sécurité publique en Provence et dans le Comtat d'Avignon, furent des sentinelles plus spécialement«vigilantes à l'égard du monastère, foyer des grâces célestes en faveur de leur ordre. :.
La chevalerie de Saint-Jean fit donc jouir la maison où s'abritait Roseline et de la prospérité et de la paix. Les services de la chevalerie furent si grands que le grand maître justifia le titre de Fondateur de la chartreuse de Celle- Roubaud.
On vit une merveilleuse réciprocité de services et de secours religieux entre la prieure de Celle-Roubaud et la chevalerie de Saint -Jean.
Sainte Roseline, pendant son priorat entre 1300 et 1325, é:ait comme le centre d'un cercle de protecteurs groupés autour des développements religieux dont l'ordre carthusien était un des principaux foyers.
Sur le siège de Tévèché de Sisteron était placé, dans la période de 1317 à 1328, l'ancien prieur du monastère de Durbon, centre de la première direction carthusienne de Roseline pendant son noviciat à Berthaud.
Sur le siège de Digne se succédaient pendant la période de 1303 à 1324, saint Reynaud de Porcelet, cousin germain de Roseline et Guillaume de Sabran, oncle germain de la prieure de Celle-Roubaud. Raynaud de Porcelet trônait de 1303 à 1318 et Guillaume de Sabran, en 1322 et 1324. (Les prélatures du neveu et de l'oncle n'étant séparées que par les quatre années de la prélaturc d'Armand).
Au siège de Fréjus^ se trouvaient, comme èvèque, Jacques d'Euse, l'intelligent ami de Roseline, et comme chanoine, saint EIzéar de Villeneuve, frère de Roseline, qui passa du chapitre de Fréjus au chapitre de Marseille^ pour aller enfin,
après ses parents de Porcelet et de Sabran, diriger le diocèse de Digne.
Puis sur le trône Pontifical^ le plus haut, le plus dévoué prolecteur, ce même Jacques d'Euse qui avait admiré ses vertus depuis la postulation de Roseline de 1278, lorsqu'il était successivement instituteur et chancelier du prince héritier.
Roseline ne perdit jamais de vue la protection de son ordre et surtout des monastères du Gapcnçais où se trouvait son berceau religieux.
Les difficultés sur la juridiction et le consulat qui s'étaient élevées entre Tévôque de Gap et le souverain dauphinois dégénéraient en un conflit qui enhardissait tous les perturbateurs de l'ordre public et des institutions religieuses; il fallait éteindre ce foyer de discordes qui favorisait les entreprises des seigneurs de Montmaur contre Bertaud.
La prieure de Celle-Roubaud sut mettre en jeu le zèle et le dévouement de Tévèque de Fréjus, Jacques d'Euse, et lui faire voir les devoirs qui découlaient pour lui de la protection accordée par le souverain provençal aux établissements religieux du Gapençais.
L'évéqye de Fréjus employa heureusement ses lumières et sa prudente fermeté à pacifier ce différend.
Après l'action de Tautorité pacifique, Texpédition armée de 1504 fut une conséquence évidente de la pieuse influence qui avait son foyer à Celle-Roubaud et qui trouvait de sympathiques concours au château des Arcs, dans la chevalerie de Saint-Jean à la prélature de Fréjus et à la cour de Provence.
Lorsque les désastres des Vêpres siciliennes, bientôt suivies de la mort de Charles P' et de la captivité de son fils, avaient fait renaître Taudace des ennemis de l'autorité catholique dans le Gapençais, la cour de Provence, privée de son chef, dépourvue de sa force armée, avait été obligée de se déclarer impuissante à maintenir l'ordre public dans le Gapençais. Elle écrivait au Dauphin pour le prier de défendre les chartreuses.
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Malheureusement, dans le Gapençais, le Dauphin n'élait nullement respecté.
Après les Vêpres siciliennes et la mort de Charles V\ lorsque le gouvernement de la Provence fut sorti de la douloureuse crise de 1282 à 1284, les désordres continuant toujours dans le Gapençais, la protection de la cour d'Aix se fit de nouveau sentir en 1301 ; les perturbateurs et le baron de Montmaur furent traduits devant le bailli du comte de Provence siégeant à Sisteron. Enfin, vers 1504, Roseline parvint à faire exécuter une nouvelle apparition de la force armée de
Provence, pour protéger l'ordre auprès des chartreuses
et la bannière de Provence fut arborée, en signe de protection, sur les possessions des chartreux. En 1311, les litiges constamment élevés par les seigneurs de Montmaur, ordinaires ennemis des chartreux, se trouvant portés par ces religieux devant le Dauphin, le souverain dauphinois engagea ces religieux à recourir au comte de Provence.
C'était donc toujours à la souveraineté provençale qu'était réservée la protection des domaines des chartreux du Gapençais. Depuis lors, avec Tassentiment authentique du Dauphin, le drapeau du comte de Provence, roi de Sicile, flotta toujours sur les terres des chartreux. En 1318, lorsqu'une juridiction spéciale fut établie sur les possessions des chartreux du diocèse de Gap, les arrêts de justice du domaine carthusien furent rendus au nom du roi de Sicile.
Les vicissitudes de force et de faiblesse dans la protection de Tordre public et sur les terres carthusiennes de Bertaud et de Durbon suivirent les mêmes phases que celles de l'ordre public en Provence.
La plus belle période de sécurité fut celle où la réorganisalion de Tordre des hospitaliers devint complète entre les mains de Hélion de Villeneuve, frère de Roseline. Alors fut établi le poste de chevaliers gardiens de Tordre public qui remplacèrent, à Lux, les chevaliers templiers. Cette période fut celle de 1320 à 1346. L'éternel antagoniste des chartreux Reynaud de Montauban, seigneur de Montmaur, chercha à
i'iuder la justice par une transaclion falsifiée en 1535. —
Celte transaction, arguée de faux, prouva du moins que le turbulent voisin usait des moyens défenr.ifs plutôt que des entreprises agressives. L'influence pacifique et protectrice de Roseline, sur son berceau religieux, était rendue évidente par les mains de son frère, le grand maître hospitalier.
Le monastère des chartreux de Durbon exerçait la haute influence de ses vertus et fournit à Sisteron deux prélats.
En 1169 fut élu dom Berirand, prieur de Durbon, à Tévêché de Sisteron, Cette influence de Durbon atteignit son apogée en 1517, pendant le priorat de sainte Roseline, lorsque, comme cela a été dit plus haut, Guillaume, chartreux de Durbon, fut élevé au siège épiscopal de Sisteron, et l'occupa jusque vers 1328.
Sisteron, résidence de la cour de Provence, pendant rété, résidence du bailli qui administrait la justice, Sisleron était donc un centre politique important.
La cour de Provence avait exaucé les vœux de Roseline en élevant Jacques d'Euse au siège de Fréjus, et avait récompensé en termes magnifiques les grands services de ce prélat parla concession des seigneuries du Revest et de Villepeys; bienlM après, Jacques d'Euse, devenu pape, appelait un des enfants des monastères protégés par sainte Roseline sur le siège de Sisteron. — Ainsi, grâce à la prieure de Celle-Roubaud, les amis des monastères chartreux se retrouvaient partout, au centre et aux extrémités opposées de la Provence. Jamais les pacifiques enfants du désert carlhusien n'avaient été si bien protégés en Provence et en Sicile.
En 1308, le souverain provençal instituait un chevalier protecteur spécial des chartreux de Montrieux. — C'était à un sire Bertrand de Marseille que cette mission protectrice était confiée par le prince. — Cette protection donnée parle souverain au monastère carthusien fut encore une manifestation de l'heureuse influence due au patronage de sainte Roseline et obtenue pendant son priorat.
L'ancien évoque de Fréjus, le pasteur qui vénérait la prieure de la chartreuse de Celle-Roubaud, appelé en 1516
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au suprL'me pontificat, était, lui aussi, dans son propre domaine, le protecteur des chartreux et dès Tannée 1318, il les avait dotés de la maison hospitalière de Bonpas auprès d'Avignon.
A ces faveurs, Jean SXII ajouta, en 1519, celle de Taffranchisseinent des dîmes pour toutes les terres que les chartreux de Montrieux faisaient labourer sous leur direction immédiate. Cette faveur était en même temps une intelligente excitation aux progrès culluraux que pouvait faire naître l'exploitation rurale plus éclairée, émanée des pères chartreux.
En 1523, le môme ponlifr envoya un autre message officiel à la vierge carthusienne qui était toujours présente à sa pensée lorsqu'il s'agissait d'exprimer de Testime, soit pour la famille de Roseline par la religion, soit pour sa famille par le sang.
Par sa bulle de décembre 1525, Jean XXII accrut d'une manière durable les ressources de la chartreuse de Celle- Roubaud etr décrétant Tadjonction des revenus du prieuré de Saint-Martin, aux biens du monastère carlhusien.
Le général des chartreux, EIzéar de Grimoard et le pape Urbain V, petits-neveux de sainte Roseline, sont encore des plus lointains reflets des grâces que la prieure de Celle-Roubaud apporta à Tordre des chartreux. Comme sa sainte tante chartreuse, EIzéar de Grimoard, général des chartreux, connu sous le nom dllélissaire, fut un type de mœurs pieuses ci d'austérités héroïques alliées avec une fermeté de direction remarquable.
Mais Urbain V voulut ajouter de nouveaux prestiges à l'ordre carlhusien, il désira donner aux prieurs des monastères de saint Bruno les honneurs de la dignité d'abbé... Il fallut toute Ténergie de l'humilité des chartreux pour résister aux insistances bienveillantes de souverain Pontife. Le pape voulut du moins augmenter les ressources de l'ordre qu'il vénérait et se ménager ce type de réforme religieuse et cet appui d'inébranlable orthodoxie dans le siège de Rome, qu'il allait habiter dans la ville même de Rome. En 1570, il fonda la chartreuse de Sainte-Croix de Jérusalem.
556 PRIOHAT
Tous les monastères des chartreux de Provence ressentirent les effets prolongés du patronage de Roseline.
Le pape Jean XXII, ce constant ami de la prieure de Celle- Roubaud, dès la deuxième année de son pontificat, en 1317, institua de zélés et puissants protecteurs au monastère de Montrieux exposé aux continuelles attaques des habitants de Méournes et de Signes, excités contre les chartreux par leurs seigneurs : c'était de la part de ceux-ci, la triste répétition du rôle des barons de Montmaur, ameutant leurs vasseaux contre le monastère Durbon et de Berlaud^
L'archevêque d'Arles, l'évéque de Vaisofi et Tévéque de Senez furent établis conservateurs des biens et des personnes de la chartreuse de Montrieux. Protecteurs puissants, puisque l'archevêque d* Arles fut plus tard, Gasbert, camérier du pape, chargé de la correspondance pontificale avec Tordre des chartreux. Il eut à faire annuler trois excommunications que le chapitre de Marseille lança en 1519, en 1325 et 1354 contre le prieur de Montrieux/ Le chapitre marseillais voulait exiger de Montrieux les taxes de consécration épiscopale dont le couvent carthusien avait été déclaré exempt.
La protection pontificale était bien nécessaire au moment où .l'autorité diocésaine de Marseille, jusque-là favorable à Montrieux, venait joindre son hostilité à celle des vassaui du seigneur de Méounes.
Le mouvement spontané de la charité du souverain Pontife, en faveur du monastère de Celle-Roubaud, fut en 1525, accompagné d'expressions qui en doublaient le prix pour Roseline... C'était la manifestation la plus gracieuse de l'admiration inspirée au suprême pasteur des âmes par les vertus du chaste troupeau confié à la direction de la prieure de Celle-Roubaud.
Parler à Roseline des perfections de mérites pieux, des privations subies, des sacrifices acceptés, des sublimes élans
* En 128 i, le pape français Martin IV ordonnait à l'évoque de Marseille de protéger les ermites de Montrieux contre Bertrand de Signes et autres, qui les molestaient.
DE SAINTE nOSELINK. 557
(le la vie contemplative des humbles imitatrices de la sœur de Lazare , placées sous son gouvernement, n'était-ce pas faire 1 éloge le plus délicat et le plus sérieux de la prieure ellemême ? Et le pape la désignait, cette sainte prieure, d'une manière spéciale, avant toutes ses filles en Dieu.
Avec quelle sensibilité de langage le pape lui rappelle qu'il a été l'évéque de Fréjus, qu'il a vu de bien près toutes les vertus ^t les austérités qui ont laissé dans son cœur une impression si douce et si forte en faveur de celle qui gouverne si bien Celle-Roubaud ! Ce n'est pas un bruit lointain, et quelquefois trompeur qui détermine l'appréciation du Pontife, c'est parce qu'il connaît Roselinc depuis bien longtemps qu'il met plus d'empressement à lui exprimer sa sympathique admiration. On sent comme un tressaillement de l'âme du Pontife qui se faisait médecin des pauvres, qui se reposait des soucis d'un immense gouvernement épineux habilement manié, en traçant dans le silence des nuits laborieuses, ses pensées sur la vision béatifique ; et c'était un juge si pieux qui louait la direction de Roseline, qui appréciait si haut celle qui entraînait de faibles vierges jusqu'à la plus grande sublimité de la divine contemplation.
L'auteur de ce bref sur le mérite de l'immolation des vierges carthusiennes et sur la sublimité de leur vie contem- ' plative est ce juge de sainteté, éminemment intelligent qui voulut canoniser le Docteur angélique, en glorifiant la science jusques à la hauteur des miracles.
La lettre pontificale de Jean XXII à sainte Roseline est comme le prélude d'une bulle de canonisation pour la prieure de Celle-Roubaud; c'est vraiment là ce que l'on appelle un décret de vertus héroïques.
Nous donnons ici la traduction du bref de Jean XXII, adressé d'Avignon, en date des calendes de décembre 1325 :
« Jean, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos chères filles « en Jésus-Christ, placées sous la direction ordinaire d'une « prieure, au monastère carthusien de Celle-Roubaud, diocèse « de Fréjus;
d Nous donnons le salut et la bénédiction apostolique de « notre chaire pontificale.
« Toute notre gracieuse bienveillance vous est acquise, à « vous, vierges prudentes, qui renonçant aux jouissances (( charnelles, foulez aux pieds les vanités du monde, pour « consacrer au fils de la vierge, votre fleur virginale, et fit qui toujours êtes prêtes à courir au-devant de lépoux à la « lumière de vos lampes allumées.
a Plus votre sexe a d'infirmités, plus vous avez de droits a à nos suffrages et aux témoigtiages empressés de notre cha- « rite.
«t Nous avons depuis longtemps déjà reconnu l'insuffisance « de vos revenus et de vos ressources et nous étions d^à ém a d*une tendre compassion pour vous et pour votre monastère^ a lorsque, placé sur le siège moins élevé de Fréjus, nous « voyions de plus près les peines de votre indigence et l isscfti- « sAifCE de vos aliments.
« Notre sympathie à vos souffrances, et notre désir de faire « cesser vos besoins, nous ont inspiré la pensée de donner « à votre monastère un supplément de biens, tel que, mieux « que jamais, paisibles^ et hmnblement prosternées aux pieds (K du Seigneur^ vous puissiez vivre dans la sublimité de la « contemplation.
« Nous unissons donc, ù votre couvent, l'église rurale de « Saint-Martin des Arcs et nous vous en appliquons les proa duits. »
Ainsi, la pauvre prieure de Celle-Roubaud se trouvait avoir acquis, en 1325, à la fois les deux plus puissants et les deux plus riches protecteurs de l'Europe : le grand maître des hospitaliers, et par-dessus tout, le pape.
Dieu ne la comblait-il pas visiblement de ses grâces en lui fournissant les moyens de suivre tous les élans de sa charité? Pour elle; Dieu avait multiplié les pains et changé les épines en fleurs et en fruits ! Quelle joie plus douce pour cette àme si chrétienne que celle de voir son frère pieux élevé au faite des honneurs religieux, et des riches^s par l'illustre pape digne appréciateur des vertus de la famille de Villeneuvel.M
DE SAINTE ROSELINE. 559
Cette année, 1323, était bien mémorable pour sainte Roselinc. La mort de son cousin, de saint Elzéar de Sabran, mit au jour ses vertus et Tincomparable chasteté de celui qui écrivait, avec une naïveté et une effusion merveilleuses, à sa chère Delphine : Lorsque vous me chercherez, venez me trouver dans la plaie du côté gauche de Notre-Seigneur. !
Quel bonheur pour sainte Roseline d'apprendre que son frère, le chanoine Elzéar de Villeneuve, était choisi pour être l'exécuteur testamentaire de son cousin germain, Elzéar de Sabran I La sainte chartreuse, qui lisait dans l'avenir, n'y voyait-elle pas que ce même frère Elzéar aurait à glorifier son propre tombeau ?
Le pape Jean XXII venait d'ajouter des jouissances nouvelles à la dévotion empressée de ses chères chartreuses. La cloche des églises qui signale la présence d'une sentinelle chrétienne auprès de chaque édifice religieux, prit des accents plus touchants, lorsque Jean XXII lui assigna des privilèges sacrés. 11 fit de ses vibrations Técho du messager céleste annonçant à Marie sa mystérieuse maternité et au monde les prodiges et les saintes évolutions de la Rédemption. Les indulgences de VAngelus attachées, par Jean XXII, a ces sonneries se trouvaient bien en harmonie avec Tardente et suppliante invocation que Roseline adressait, huit fois par jour, à la sainte Vierge pour implorer son assistance à l'heure suprême I
Sur la demande de saint Elzéar de Villeneuve, en 1328, le saint Pontife mit le comble aux faveurs religieuses accordées au monastère, en lui attribuant d'insignes indulgences applicables, chaque année, le jour de la Dédicace de cette église célébrée le second dimanche après la Pentecôte.
Enfin, pour Roseline elle-même, le Pontife décerna des indulgences spéciales au jour de son passage à une meilleure vie. Les jouissances de la gloire auraient pu émouvoir sainte Roseline lorsque, à la même époque, elle apprenait que sa sœur Uranie, dame de Villeneuve-Vence, était grande sénéchale de Provence ; que sa belle-sœur, Rixande de Cadenct, dame de Villeneuve des Arcs, était admise dans la brillante
académie (les dames lettrées, siégeant à Avignon, devenu le foyer de toutes les lumières. Mais les grandeurs et les fumées de la vanité n'avaient plus de parfums pour elle, comme Salomon elle n'avait imploré que la sagesse divine, et la bonté céleste faisait maintenant pleuvoir autour d elle, par surcroît, les prospérités humaines !
La culture des lettres divines et humaines était en grand honneur au château des Arcs. Tandis que Roseline dans la chartreuse, Hélion dans les hospitaliers, étaient si haut placés par leurs connaissances, la châtelaine des Arcs ellemême prenait un rang élevé parmi les dames lettrées.
Modèle toujours plus parfait des vertus carthusiennes, Roseline n'usait de la faculté de parler attachée à sa dignité de prieure qu'en invoquant les lumières de TEsprit-Saint, et le terme de son entretien était la glorification et le palronage de la Vierge divine ; par le Veni Creator et VÀve Maris Stella se manifestaient ainsi Thumililé de la chartreuse, ses aspirations vers la sagesse, son respectueux amour des divins mystères. — Ses révélations se multipliaient, ses visions lui rendaient présents les objets éloignés.
La céleste paix dont Roseline faisait jaillir le rayonnemen! autour d elle, jusqu'aux chères sœurs et aux diers frères carthusiens des Alpes, elle en avait fait établir des foyers a Naples par son père, commandeur de Naples, par son cousin, gouverneur du prince de Salerne. Vers 1304, avaient éie fondées simultanément la chartreuse de la ville de Naples (i^^ la chartreuse de la Padtde^ près de Salerne.
Ce sont ces fondations qui ont popularisé les varias ei le nom de Roseline dans les États napolitains.
Les vertus carthusiennes de Roseline avaient fait une telJ^ impression sur le souverain pontife, Jean XXII, qu'il a>'ait recherché le général chartreux et lui avait voué une vive affection. Lorsqu'en 1328, après Tachèvement de la chartreuse de Cahors, Jean XXII voulut y faire arriver la pieuse colonie, il écrivit une lettre adressée à son très-cheb ami Aymond, général de Tordre, pour réclamer Tenvoi de douze pères, destinés à la maison naissante.
DE SAINTE ROSELINE. o(îl
En fondant un silencieux modèle de vertus chrétiennes dans la chartreuse de Cahors, Jean XXII lui adjoignait une fondation littéraire de grande importance. La bulle qui créait une université à Cahors, manifesta hautement que, pour ce Pontife civilisateur, le progrès de la piété était associé au développement de toutes les lumières accessoires de la perfection religieuse.
Cette année 1323, où sainte Roseline fut glorifiée par le pape Jean XXII, devint la période où notre sainte acquit le plus haut degré de son influence par les dignitaires politiques et religieux qui se groupaient autour d'elle.
Indépendamment de la protection de son frère le seigneur des Arcs, chargé de la défense du diocèse de Fréjus et des monastères carthusiensjusques à la Verne, elle avait un autre frère, Raymond de Villeneuve, gouverneur ou viguier de Marseille, son frère Raynaud, chancelier du duc de Tarcnte, son beau-frère de Villeneuve-Vence, grand sénéchal de Provence, son cousin-germain saint Elzéar de Sabran, gouverneur du prince héritier et ambassadeur du roi Robert; puis, dans Tordre religieux, son frère Elzéar de Villeneuve, chanoine de Marseille, son oncle-germain, Guillaume de Sabran, évêque de Digne, et au-dessus de toutes ces influences, le grand maître des chevaliers, son frère, et le souverain pontife, son ami.
N'y a-t-il pas quelque chose de saisissant dans la considération de cet imposant faisceau de pouvoirs religieux, d'autorités militaires, de hautes fonctions civiles, toutes réunies par les grandes vertus et par les liens du sang, par la réciprocité d'estime et d'affection dévouée?
Jamais à aucune époque, ni avant ni après Roseline, on ne vit un assemblage de pouvoirs et de vertus civilisatrices aussi étroitement unis; n'est-ce donc pas aux pieux mérites et à l'humble sagesse de celle qui se cachait sous les plis de la robe carthusienne, qu'il faut en attribuer le prodige? C'est en contemplant beaucoup, qu'elle donnait ces merveilleux conseils de sagesse et de douceur qui faisaient de tous les gouvernants une famille. Les puissants
alors, furent les chartreux du monde. L'esprit de charilé et de sacrifice avait gagné toutes les âmes élevées. Ne pouvait-on pas dire que la sainteté de Roseline avait transfiguré tous les personnages aristocratiques qui l'environnaient?
Abdication de sainte Roseline. — Ses austérités, ses saintes pratiques. — Pénétration dans les cœurs. — Expulsion du démon. — Amour des souffrances. — Apparition de .Notre-Seigneur Jésus-Christ. — Révélation de sa mort prochaine, recommandations aux religieuses. — Dernière prière. — Bénédiction au monastère. — Apparition de la sainte Vierge. — Vœux de sainte Roseline satisfaits. — Signes extérieurs de sa sainteté. — Miracles et funérailles. — Miracles autour du tombeau. — Exhumation en 1334 par saint Elzear de Villeneuve. — Incorruptibilité du corps de la sainte. — Son triomphe. — La mort de Jean XXII arrête la canonisation. — Deuxième miracle en faveur des chevaliers de Rhodes. — Translation, de 1344 et de 1365. — Patronage de sainte Roseline sur la chevalerie maritime et sur son ordre monastique.
Les signes de la sainteté se manifestaient de plus en plus sur Roseline. Comme la chrysalide qui va devenir le brillant papillon, le corps de la chartreuse ne dépérissait que pour laisser mieux apparaître les beautés de Tâme.
Ses prières, toujours plus efficaces pour les malades, firent assiéger la porte du monastère par une telle foule de pauvres et d'infirmes, qu'il fallut, dit-on, autoriser une exception spéciale aux règles claustrales, et permettre la vue de la prieure, à ce peuple affamé de ses bénédictions. Que ne pouvait-on d'ailleurs obtenir de Tillustre Jean XXU, loréqu'il s'agissait de Roseline?
Par sa direction de plus de vingt-cinq années, la prieure avait pourvu son monastère des biens spirituels et des biens temporels, elle avait elle-même acquis des perfections qui la séparaient de plus en plus des faiblesses humaines. EHe avait soif des délices de la contemplation des perfections divines, et elle en était sevrée par les soins matériels, par les préoccupations et les soucis de la direction.
Elle demanda miséricoude, et celle miséricorde, suivanl la règle des chartreux, c'est, comme on l'a dit ailleurs, l'aMication de toute autorité et l'immolation absolue. Elle descendit du rang suprême pour se faire oublier dans risolement et la réclusion. Élait-ce un ensevelissement anticipé, ou bien le séjour céleste commencé?
Étrangère aux besoins terrestres, elle se rapprochait do la spiritualité angélique. Elle restait jusqu'à une semaine entière sans nourrilure... Quçlques légumes sans apprêts, du pain souillé de cendre, telle était la grossière et chclive nourriture qui lui suffisait, les jours où elle savourait les délices spirituels du pain des anges!
Les nécessités matérielles devenant chaque jour moins impérieuses, son âme, toujours plus active, pénétrait dans le secret des cœurs. Elle était impressionnée par les souillures intérieures de ceux qui demandaient à l'entretenir et nul n'osa plus l'aborder qu'après s'être purifié par la confession. L'auteur du péché lui-même, le démon ne pouvait plus résister aux prières de la sainte qui repoussait l'approche de la moindre tache, et la moindre pensée du mal.
Insatiable des jouissances de la conversation divine, elle réduisait à quatre heures le temps du sommeil, l'immolation lui était devenue si familière, qu'à l'imitation du sublime patient du Calvaire, elle voulait toujours plus être victime pour les hommes et pour l'amour de son Dieu. Un jour passé sans souffrances lui apparaissait comme la sinistre menace d'un grand malheur, c'était une journée perdue pour les autres et pour elle.
Un jour, le Seigneur lui apparut avec le corps criblé de blessures : Roseline, émue jusqu'aux larmes, entendit ces paroles : Ces blessures, ce sont les hérésies et les révoltes qui déchirent l'Église I Ne faut-il pas que le dévouement des fidèles, que leurs vertus et leurs respects fassent oublier les outrages des enfants égarés?
La grâce dé se préparer au dernier combat dont l'heure lui était révélée, fut la plus insigne des faveurs divines accordées aux vertus de sainte Roseline. Appelant sa chère nièce char-
DE LA PIEUSE CHARTREUSE. i505
frcusinc Marguerite, la plus aimée de ses prosélytes, celle qui depuis la perte de sa sœur Sanche représentait à la fois la famille du sang et la famille de la religion, elle la pria de l'assister de ses derniers soins, au moment où la mort allait délier son âme des chaînes matérielles.
Les religieuses convoquées autour de sa couche entendirent ses dernières tendresses et ses derniers conseils. « La confiance et Vdmour du Seigneur, voilà, disait-elle, le patrimoine que je vous laisse, il suffira à tous vos besoins. » Son exemple n'élait-il pas une palpable démonstration de ce grand principe : renonçant à tout et donnant sans cesse, tous les secours ne lui étaient-ils pas venus à point?
11 était beau de voir cette amante des pauvres et de Dieu couchée sur la paille, supportant l'aiguillon de la maladie, comme si elle eût été mollement étendue sur un lit de ro§cs, exhalant d'humbles plaintes sur ses légères faibles^s qui laissaient à peine dans sa mémoire une trace nuageuse; confuse de son indignité, comme si elle n'eût pas sans cesse triomphé de la chair, et comme si chacune de ses années n'eût point été un pas vers la plus haute perfection. Les yeux vers le ciel : « Appelez-moi vers vous, disait-elle, afin que « jaunisse ma faible voix, ô mon Dieu, aux cantiques de vos « anges, que j'arrive à vous, à la faveur des indulgences a que votre vicaire m'a accordées et que, munie des forces « puisées dans votre pain mystérieux, ma faiblesse puisse « cheminer jusqu'à votre sublimité I »
Ainsi gémissait dans les étreintes de son humble amour pour Dieu, la vierge qui n'avait été que prière et charité, la digne émule des vertus de saint Bruno. Bientôt rassasiée des douceurs surnaturelles de la divine Eucharistie, elle tomba dans une extase qui dura une journée entière. Élail-ce une excursion vers le Paradis qui suspendait ainsi les communications terrestres?
Après ce ravissement, les dernières onctions d'huiles saintes vinrent comme un embaumement préparer le corps virginal à rélernelle incorruptibilité. Tous les sens humains, dès lors séparés de leurs infirmilés terrestres, furent appli-
qués aux messages célestes. La communauté, agenouillée devant la sainte prieure, reçut au milieu des sanglots, ses dernières bénédictions... Dans un silence solennel, les wrges carlhusiennes se retirèrent emportant dans leur cœur une tendre émotion et un souvenir sanctifiant.
La nièce Marguerite restait seule en oraison dans un coin de la cellule, lorsqu'elle entendit sainte Roseline dire d'une voix claire et satisfaite : Adieu pour la dernière fois, je vais à mon Créateur. A ces mots éclate un nouveau prodige : alors apparaît, la sainte triade carthusienne, saint Bruno, saint Hugues de Grenoble, saint Hugues de Lincoln, tous en habits de chartreux, Tencensoir à la main et précédant la sainte mère de Dieu portant son divin fils en ses bras. La Vierge divine ayant permis à saint Bruno de faire encenser la cellule, saint Hugues de Lincoln enveloppa de cercles parfumés la chambre et le lit de la malade : le démon, somme d'articuler les reproches à formuler contre Roseline : « Elle s*est laissée aller, dit-il, au repos durant une après-midi. » Par l'inanité d'un tel reproche, Tesprit insidieux du mal confessait bien la sainteté de Roseline! Alors la sainte Mère de Dieu, avec Tineffable grâce de son sourire, prononça ces douces paroles : « Conduisez la chaste fiancée au lit nuptial du céleste époux. »
A ces mots, éclata le concert d'actions de grâces de la sainte triade, et la vénérable mère expira !
Les supplications chaque jour répétées par la sainte prieure étaient donc exaucées! La Reine des anges élait venue l'assister à sa dernière heure! la Mère des vierges était venue apposer la suprême couronne sur la virginile de Roseline, et la faire monter au divin banquet nuptial, parée des roses devenues désormais l'emblème brillant des feux et des parfums de sa charité; sainte Roseline parvenait au ciel, guidée par la main de saint Bruno, dont elle avait produit le type parfait de l'immolation de la Vierge immaculée.
Désormais la vertu carthusienne avait deux modèles • saint Bruno et sainte Roseline, c'était la douce personnili-
cation de la prière, sur des lèvres sans souillures, et sous les deux formes de rhumanitè.
L'avènement céleste de l'âme de sainte Roseline s'était manifesté aux seuls regards de Marguerite de Villeneuve, mais il se traduisit bientôt en traits éclatants aux yeux de tout le monastère et de la population voisine.
Au moment où sainte Roseline quittait la terre, les douleurs de la déchirante séparation arrachèrent un grand cri à sa nièce et à sa fille en Dieu : c'étaient les tristesses bien naturelles de l'orphelinat qui s'épanchaient. A ce signal, le monastère entier se précipita vers la cellule, là éclatèrent d'autres merveilles. La mort avait respecté les ndbles traces de la sainteté; la vierge, les yeux ouverts, brillants et dirigés vers le ciel, le visage souriant, avait conservé les beautés de l'extase : le dard de la mort avait été visiblement émoussé à la dernière heure ; la joie céleste avait ûonc vaincu la douleur! et le triomphe divin du sacrifice virginal brillait aux yeux de tous !
Toutes les pieuses chartreuses demeurèrent longtemps prosternées. Le silence pouvait seul interpréter leur ravissement avec leur vénération.
Le corps de la vierge sans tache fut alors, suivant le rite carthusien, orné des insignes de la consécration. Sur le front de la sainte de Celle-Ronbaud brillaient les pierres précieuses de la couroune reçue à vingt-cinq ans, à son bras droit était le manipule^ sur sa robe blanche descendait Tètole qui entourait sa poitrine comme l'auréole de la pureté, sur son cœur était appuyée la croix qui avait inspiré toutes ses pensées.
Le visage, empreint de la majesté des années, avait cet éclat céleste qui avait brillé de ses premiers reflets le jour où la lille du château des Arcs avait contracté l'union mystique. Le rayonnement de la couronne virginale frappa tous les yeux; et l'impression produite par l'éclat de celte couronne sur les populations qui vinrent saluer le glorieux cercueil, s'exprime encore aujourd'hui par les cantiques de pieuses femmes répétant les pompes de ces saintes funé-
railles. D'après la tradition populaire, le frère cher à la sainte chartreuse aurait suspendu les travaux de son grand magistère, pour venir avec toute la famille du château assister au triomphe de son angélique sœur, et cette tradition dit assez combien Hélion aimait Boseline.
Lorsqu'on introduisit le corps dans le cercueil, les membres de la sainte, froids comme le marbre, conservèrent avec la douceur de leur forme, une merveilleuse flexibilité.
Au même instant, la voix de Dieu se fit entendre par la bouche des enfants. Dans tous les bourgs, dans les villes du voisinage retentirent ces cris : la sainte est biorte I Alors un immense concours se dirigea vers le monastère, tous voulurent voir, tous voulurent toucher la sainte dépouille. Des aveugles recouvrant la vue, des membres perclus revenus i leurs fonctions, et de nombreux malades guéris par le seul contact du cercueil furent les témoignages publics de la sainteté de Roseline. Il fallut reculer rensevelissement jusqu'au troisième jour. Ainsi l'exigea la population, qui ne pouvait se rassasier de contempler la sainte.
Elle fut inhumée dans le cimetière commun du monaslèrc, suivant le rit de son ordre religieux, et déposée auprès de la précédente prieure, Jeanne de Villeneuve, morte depuis dix-neuf ans.
Le jour de la mort de sainte Roseline était le 17 janvier 1329; ainsi le constatait le registre de la maison de Bertaud portant Tinscription de la profession et du décès des religieuses. La sainte allait célébrer au ciel le cinquantième anniversaire de ses vœux carlhusiens si bien remplis!
Roseline avait près de soixante-six ans le jour de son décès. Mais pourquoi ai-je dit le décès? La mort qui brise toutes les gloires et toutes les vanités humaines, n'est-elle point la glorification des saints? leur cercueil n'est-il pas leur char de triomphe?
La puissance de l'humble et faible vierge de Celle- Roubaud, n'apparut-elle pas en traits lumineux dans les nombreux prodiges opérés sur la terre qui couvrait sa relique?
Les pieuses chartreuses qui venaient prier sur celle terre, n'étaient-elles pas embaumées par les parfums qu'elle exhalait, comme si le miracle des roses avait une longue reproduclion?
On supplia d'étaler à tous les yeux le corps qui recelait lant de vertus?
Bientôt, les vœux des religieuses, ceux des populations environnantes, s'élevèrent en concerts jusqu'à Avignon, jusqu'au représentant de saint Pierre, à Tilluslre vieillard ami de Roseline.
Ce fut un bonheur pour lui d'accorder Texhumalion destinée à honorer la vierge carthusienne qu'il avait protégée et vénérée. Le souverain pontife eut la délicate-attention de confier la direction de cette glorieuse cérémonie au frère de la sainte prieure, à Elzéar de Villeneuve qu'il venait de promouvoir à la prélature du diocèse de Digne.
L'évêque de Fréjus, Barthélémy Grassi, entra dans les gracieuses pensées du pape, en déléguant tous ses pouvoirs à l'évêque de Digne.
Le jour deloctavede la Pentecôte, le H juin 1354, au milieu du concours le plus nombreux et le plus solennel, l'exhumation s'exécute...
Tous les prodiges reçoivent une [imposante confirmation; à la suite de cinq années de séjour en terre, le corps apparaît en entier, sans corruption... et les yeux ordinairement si altérables, sont merveilleusement conservés I
L'évêque Elzéar, frère de Roseline, premier témoin de ce miracle, reçut le reflet de la sainteté manifestée.
La joie publique s'éleva jusqu'à une pieuse ivresse.
Les miracles se multiplièrent, et de tous côtés on répéta : « Nous avons un trésor inestimable, nous possédons une sainte I » Pour ceux qui savent lire les choses spirituelles dans les figures matérielles, l'incorruptibilité persistante de ce corps n'était-elle pas un signe de la sainteté de la vie de Roseline? Ces yeux, interprèles éloquents ou des plus saintes aspirations, ou des plus terrestres appétits, ces yeux si bien conservés n'étaient-ils pas ici un emblème saisissant de la
pureté inaltérable des pensées de la vierge deCelle-Roubaud? L'ordre entier des chartreux, l'ordre dont rincorruplibilité est un des plus remarquables monuments de sa durée de huit siècles, ne recevait-il pas ici un magnifique témoignage sorti d'une tombe? L'ordre incorruptible avait produit le corps virginal incorruptible : c'était là désormais son type matériel qui était établi.
Il y a, du reste, des effets nécessaires, quotidiens, qui confirment ces consolants aperçus. Les causes actives de la corruption du corps résident dans la sensualité de la bouche, dans l'abus de la nourriture, dans la satisfaction déréglée de tous les appétits. Les macérations qui réduisent le développement de la chair sont nécessairement des préparations à la résistance à la décomposition; ainsi, aux yeux même de la science naturelle, la vie sainte, la vie spirituelle développée aux dépens de la vie matérielle, est démontrée par la résistance à la décomposition des chairs.
D'aucune manière donc on n'échappera à la rigueur de la conclusion : l'incorruptibililé de corps de sainte Roseline atteste les prodigieuses abstinences volontaires qui constituent les titres légitimes de la sainteté. Qu'on songe àrufili/ê de ces abstinences dans les circonstances traversées par sainte Roseline, telle que Tannée 131 4, où la famine détruisit une partie si considérable de la population! Le jeûne volontaire n'était-il pas alors le plus utile, le plus populaire des dévouements? On épargnait ainsi l'aliment pour le résener à l'inaigonce affamée.
Le jour mémorable de l'exhumation fut dès lors justement dénommé le Triomphe de sainte Roseline^ et il est célèbre chaque année le dimanche de l'octave de la Pentecôte.
Pour saint Elzéar de Villeneuve, ce triomphe était une joie de famille, en même temps que la plus douce et la plus sain'^* de ses émotions épiscopales.
Divers membres de la famille purent éprouver à côk d'Elzéar les pieuses joies de la glorification de la sainte i^sue de leur sang, et ils purent comprendre les grandes chargea que leur imposait la noblesse religieuse.
Oïl y trouvait le châtelain des Arcs, le frère de la sainte, qui était alors sexagénaire.
A côté d'Arnaud III étaient Hélion V% son fils, âgé de quarante ans, enfin Arnaud IV, son petit-fils, âgé de quatorze an$, imposante réunion de témoins de famille; c'étaient les trois générations qui se succédaient et qui formaient un bien solennel cortège derrière le saint prélat, Elzéar, directeur de l'exhumation de sa sœur gloriOée.
Lorsque, en 1334, le corps de sainte Roseline, exhumé, manifesta le privilège d'une merveilleuse conservation, les yeux de la sainte furent mis da ns une petite châsse particulière, pour être transportés au trtsor de la paroisse des Arcs, auprès du lieu où ces yeux , symbolique figure de la pureté virginale, s'étaient pour la première fois ouverts à la lumière. Le saint corps, porté par six religieuses chartreuses, fut établi dans l'église du monastère, auprès de Tautel, à l'intérieur d*une balustrade qui le protégeait contre les profanations.
Le récit de cette glorieuse translation vint réjouir le cœur du pontife Jean XXU. Ne voyait-il pas dans la sainte dont les chartreux réunis aux familles de Villeneuve et de Sabran, Tenaient lui demander de consacrer Tapothéose, n'y voyait-il pas l'effet de ses indulgences adressées à la prieure de Celle- Roubaud? N'y trouvait-il pas la confirmation de la déclaration des vertus héroïques pratiquées dans le monastère sous rimpulsion de Roseline, vertus héroïques qu'il avait si bien dépeintes dans sa bulle de 1323? La constatation de l'incorruptibilité de Roseline fut une des dernières satisfactions de Jean XXIL II mourut au mois de. décembre de la même année, avant d'avoir pu inscrire Roseline dans le catalogue sacré.
Ce pape était âgé de quatre-vingt-dix ans ; au milieu des soucis des travaux accablants de son pontificat, il vivait comme un chartreux , se levant, chaque nuit, pour réciter ses prières. L'hommage qu'un tel pape a rendu aux vertus de sainte Roseline était déjà une canonisation anticipée; quel autre oue l'austère pontife qui l'avait suivie dans toutes les périodes de sa vie, depuis son noviciat jusque dans l'exercice
(lu priorat, pouvait élre meilleur juge de la sainteté de Rose-
line?
La céleste influence de Roseline se manifesta bientôt par de nouvelles grâces accordées à l'ordre des chevaliers, gouverné par son frère. L'année 1545 fut marquée par la victoire de Rio-Salado, où la bravoure des hospitaliers accrut ses trophées aux dépens des ennemis de la croix.
L'année 1544 fut signalée par l'éclatant succès de la conquête de Smyrne, obfenue par Tescadre des hospilalicrs, qu'Hélion de Villeneuve avait fait sortir du port de Rhodes sous les ordres de Jean de Biandba, capitaine des galères de la religion.
Ces triomphes, dus au patronage de Roseline, et les mii^cles nombreux qui se produisaient au milieu des populations voisines du monastère, redoublèrent la dévotion pubhque pour les restes de la sainte, et, en 1544, sur le vœu universel, la relique fut élevée du caveau pour être exposée à la vue de tous. Les triomphes de la chevalerie civilisatrice, les ovations populaires de la sainte, se manifestaient simultanément.
Ce ne fut pas assez encore... On voulut considérer sans obstacle le corps merveilleusement conservé, ce corps qui était un gage du progrès de Tordre public maritime, une source de grâces populaires, et dont la vue était un besoin général.
La relique fut enfin placée sur Tautel, dans une châsse à ouverture vitrée.
En 1560, Hugues d'Arpajon, évoque de Marseille, dirigea la cérémonie de cette suprême glorification du corps de Roseline. Désormais elle était sur l'autel où sa sainteté et ses bienfaits lavaient élevée progressivement par la voix de Dieu empruntant la langue du peuple.
La famille de la sainte venait aussi se placer de plus en plus sous le patronage de la vierge carthusienne, qui soulenait sa prospérité et qui formait sa plus populaire illustration.
Hélion de Villeneuve, neveu de noire sainte, en 1565, et, en 1582, son fils Arnaud IV, appelé le Grandj parce qu'il
fui comblé de tous les dons de la sagesse et de lopulence, vinrent prendre place dans le caveau de la chapelle de Celle- Roubaud. Le Salomon de la famille de Villeneuve venait ainsi offrir à Thumble amie du pauvre l'hommage de toute sa fortune.
Arnaud IV laissait un fils qui se nommait Ilëlion comme le grand maître frère chéri de Roseline, et qui, comme lui, se voua à la défense de Tordre public. Il fut trouvé digne de commander toutes les forces des Provençaux contre les anarchistes et les brigands. Le dévouement à la civilisation religieuse était une vertu que Roseline semblait attacher plus spécialement à sa propre famille.
Plus tard, en 1516, Louis de Villeneuve atteignit à l'apogée des grâces obtenues pour sa famille. 11 fut appelé riche iVhonneurs et le grand mabqcis, et il sentait bien que ces avantages lui venaient du patronage de la vierge carthusienne, car il ordonnait dans son testament de placer son corps à côté de celui de ses progéniteurs aux pieds de Madame sainte Roseline^ sœur du grand maître de Rhodes.
Ne fallait-il pas que la famille prosternât toutes ses grandeurs devant celle qui avait pris en main le drapeau de Thumilité, de la pauvreté et de la charité? devant celle dont la céleste protection était la source de toutes les prospérités de sa maison?
Aux dernières années et à la mort de Roseline brillèrent d'un plus vif éclat les faveurs qu'elle faisait tomber sur la chevalerie de la croisade et sur les maisons de Tordre carlhusien.
Il faut ici résumer les traits divers de ce double patronage de notre sainte en faveur de la chevalerie civilisatrice et en faveur de Tordre des chartreux. Lorsque Roseline commençait sa vie de réclusion, après avoir fait cette grande abdication de dignité appelée obtention de miséricorde dans la sublime modestie de la langue carthusienne, la sainte chartreuse obtint pour les chevaliers de Saint-Jean une éclatanle victoire, remportée en 1526, contre une flotte de quatre-vingts navires, équipée et lancée contre Rhodes par le successeur du sultan ottoman.
Déjà la puissance navale des chevaliers avait été si énergiquement développée par Hélion, que son lieutenant à Rhodes, le chevalier Girard de Pins, pouvait résister à tous les efforts de la puissance des Turcs; celte sagesse et ces heureux succès étaient les effets des nouveaux pas dans la sainteté, faits par 1* héroïque chartreuse.
D*après la tradition populaire, Hélion assista aux triomphantes funérailles de sa sœur proclamée sainte par les habitants des bourgs du voisinage.
Il vit rayonner sur son front la brillante couronne de la consécration virginale^ et appuyée sur son cœur, la croix constante inspiratrice de ses hautes pensées et de son merveilleux sacrifice.
Ensuite, il s'empressa d'aller continuer avec une ardeur nouvelle le grand travail de lorganisation maritime de la chevalerie, institution désormais placée sous le patronage céleste le plus efficace.
L'année 1329 fut tout entière consacrée à délibérer, à Montpellier, les dernières mesures destinées à assurer le double gouvernement de Tordre sur le centre maritime à Rhodes, et sur le centre terrestre auprès du siège pontiGcal.
 peine arrivé à Rhodes, Hélion se disposant à exécuter les grands desseins d'une expédition chrétienne, fut arrêté d'abord par la mort de Jean XXll.
Cependant il remporta, le 30 octobre 1343, une grande victoire sur le roi de Maroc à l'aide des chevaliers de terre combattant en Espagne, et en 1344, ses chevaliers de mer s'emparèrent de Smyrne. Cette glorieuse conquête se fit dans Tannée même où la voix populaire avait déterminé Texaltalion du corps de la sainte chartreuse. Aux prodiges qui éclatèrent autour de la relique, s'ajoutaient ceux du triomphe de Tillustre grand maître patronné par sa sainte sœur.
Environné de Téclat de trois triomphes, parmi lesquels figuraient deux grands succès sur mer, Hélion était devenu
^ Voir dans les Pièces justificatives le Cantique populaire.
DE Li PIEUSK CIIAHTREUSIÙ 575
maître des mers du Levant, complètement délivrées de la piraterie musulmane; accablé par ses travaux incessants, le preux chevalier chargé du poids de quatre-vingts années s'endornnit dans sa gloire en 1346. Le programme de Rosclinc était rempli.
La protection de sainte Roseline sur la chevalerie maritime organisée par son frère eut deux résultats : celui de l'aire attacher le prestige d'une réussite constante aux entreprise du grand mailre des chevaliers et celui de faire naître la suprématie maritime de la chrétienté.
Les succès personnels du grand maître Hélion, consacrés par la victoire sur Orcan en 1326, par celle de Rio-Salado en 1345 et enfin par la conquête de Smyrne en 1344, furent des triomphes si exceptionnellement constants dans Thistoire des chevaliers que le titre d'h£Ureux gouverneur fut décerné au frère de sainte Roseline.
Mais ce bonheur fut allié chez le frère de la chartreuse à à un tel dévouement à ses devoirs, qu'il réunit et présida jusqu'à sept chapitres. Aucun autre gouverneur ne put jamais tenir un pareil nombre d'assemblées et faire autant de sages règlements. Le bonheur fut donc le résultat de l'esprit de sacrifice du frère doublé de Tesprit de sacrifice de la sœur.
Le digne frère de la charitable Roseline mourut après avoir fait entièrement disparaître la pauvreté de son île de Rhodes : on eût dit que cette île, qui en grec tire son étymologie des roses, rappelait bien la rose sans épines de Celle-Roubaud. Désormais l'ordre carthusien avait fait naître dans Hélion le fondateur de la chevalerie maritime, comme il avait autrefois suscité dans Godefroy de Bouillon le modèle des chevaliers de la croisade terrestre.
Saint Bruno et sainte Roseline avaient fait apparaître le guerrier chrétien dévoué à la défense de la civilisation. C'était le sacrifice militaire sur terre et sur mer.
Les deux croisades terrestre et marine ont eu leur plus grande énergie pendant des périodes de temps singulièrement semblables entre elles.
La durée des croisades terrestres comprise enlre la première expédition qui aborda la Palestine en 1097, et la dernière prise de Jérusalem suivie d'une déroute immédiale en i 502, est de deux cent cinq ans, ou d'environ deux siècles. C'est après 1503 que l'on songea à établir une base d'opération insulaire pour la chevalerie de Saint-Jean.
La croisade maritime, correspondante à la possession de Rhodes, depuis 1309, jusqu'à la perte de cette possession des chevaliers de Saint-Jean, dans l'année 1522, est de 215 ans ; mais cette possession de Rhodes ne fut réellement utile pour la répression de la piraterie du Levant, qu'à dater delà défaite du sultan Orcan, vers 1521. II a suffi que la croisade maritime ait été bien cnicace pendant deux siècles. La croisade maritime a été donc d'une durée à très-peu près égale à celle de la croisade terrestre.
A la fin de la croisade terrestre, les guerres privées intérieures étaient abolies, et le pouvoir central était organisé.
En !dOO, vers la fin de la croisade maritime^ le pavillon chrétien avait été salué sur les mers de l'Amérique comme sur celles des Indes; la force de la marine musulmane était évidemment déjà bien inférieure à celle de la marine civilisét chrétienne. — Chacune des périodes deux lois séculaires de la croisade de terre et de la croisade des mers, avait sufli pour faire atteindre le but principal ; la piraterie, sous ses deux formes terrestre et marine, avait été vaincue par la croisade.
En 1502, la piraterie intérieure était réprimée parlabolilion des guerres privées; avant 1520, la piratene musulmane maritime était déjà évidemment réprimée par la prépondérance de la marine chrétienne.
La vertu de sainte Roseline, sa protection céleste sur son ordre monastique se sont manifestées par l'entraînement ci le prosélytisme qui se sont produits en faveur de cet ordre.
Cest par l'érection de nouvelles chartreuses q"C I entraînement , vers le sacrifice carthusien peut surtout être apprécié. Chaque maison nouvelle exige le départ d'un essain) nouveau sortant d'une maison devenue trop nombr^"^^
el qui va trouver dans les dons des fondateurs, des moyens d'existence que l'ordre ne possédait pas antérieuremenL
Une fondation et sa dotation sont une double manifestation du prestige exercé à l'intérieur et à Y extérieur^ par la vertu carlhusienne. Nous pouvons donc mesurer l'influence de sainte Roseline sur son ordre, par la supputation du nombre des maisons fondées pendant les diverses périodes de la vie de la pieuse chartreuse. Le patronage de la vierge de Celle- Roubaud se manifesta sur son ordre et pendant son siècle^ et pendant son priorat^ et pendant Vannée de sa mort.
Pendant le priorat et les dernières années de réclusion de sainte Roseline, dans les vingt-neuf années placées entre l'an 1300 et Tan 1329, il y eut trente-quatre fondations. D'après le mouvement général du siècle, on n'aurait dû en avoir que vingt-deux.
Ainsi le priorat de sainte Roseline fut la période la plus féconde du siècle le plus fécond en enfants de saint Bruno.
Les époques les plus remarquables du priorat de sainte Roseline furent : 1» la première année du priorat en 1300 ; 2^ la vingtième année où les Hospitaliers restaurèrent le monastère vers 1320, et 3** enfin la dernière année de la vie de notre sainte en 1329. Ces trois époques notables du priorat de la sainte chartreuse sont précisément celles des plus nombreuses fondations. — On trouve quatre fondations en 1300, quatre fondations en 1320 et huit fondations de 1328 à 1329. Ces huit dernières étaient les maisons de Gand et de Mont'Sainte-Geitrude^ de Bois de Saint-Martin^ de Diest en Brabant, de Basseville, de Beaune en Bourgogne, de Cahors en Languedoc,' de Val-de-Pez^ près Saint-Frucluaire. — Les prières et les dernières bénédictions de Roseline étaient des sources inépuisables de grâces pour son ordre.
Le siècle de sainte Roseline fut aussi le siècle le plus fécond en fondations de chartreuses. Il y avait à la fin du onzième siècle, deux chartreuses, le douzième siècle en fit naître trente-sept, le treizième siècle en produisit trente-une; ^ le siècle de sainte Roseline en produisit cent dix I
A la fin du siècle où mourut sainte Roseline, en 1599, il y
578 MORT ET FUNËRAILLES
avait plus de maisons de chartreux qu'il n'en subsisla à la fin des quatre siècles suivants.
11 y avait eu, depuis la naissance de Tordre des charlieiix, un total de cent quatre-vingt fondations et quatorze abdications. II restait donc en 1399 cent soixante-six maisons en 1792 ; or, au moment où la tourmente révolutionnaire fit disparaître toutes les maisons religieuses, il ne subsistait que cent trente-quatre chartreuses. Ainsi le siècle de Roseline fut l'époque de la plus brillante effiorescence carthusiennc
On est en droit de conclure de tout ce qui précède :
l"* Que la fin du siècle de sainte Roseline correspond à l'apogée de la période carthusiennc. La famille des chartreux s'éleva aloi*s au total de quatre à cinq mille personnes partagées entre cent soixante-six maisons;
2" Que le siècle où la vertu de Roseline se développa fui le plus fécond en fondations de chartreuses î
5" Que ce dernier siècle eut son maximum de féconditi* pendant le priorat de la sainte;
4° Que les diverses années remarquables du priorat furent aussi distinguées par leur fécondité, et que l'année de la mort de la sainte fut la plus féconde de toutes ;
Le siècle où naquit sainte Roseline fut le plus fécond en fondations cliartrenses moniales, le siècle suivant, illustré par son priorat, fut le plus fécond en fondations de maisons de chartreux.
Les derniers battements du cœur de la sainte chartreuse produisirent la plus magnifique de toutes les expansions ia la vie carthusiennc.
Le patronage de la sainte de Celle-Roubaifd se manifesta donc d'une manière bien éclatante, et sur Tordre chevaleresque chargé d'une mission civilisatrice, et sur Tordre n)0' nastique qui a rempli une grande mission religieuse.
troubles de l'Église. — Rerers de la Provence. — Désastres moraux et matériels du régne de la reine Jeanne. — Pillage de Tarchiprètre. — Des Tuchins. — Schisme pontifical. — Bévolte et brigandages du vicomte de Turenne... En 1400, Dévastation des côtes de Provence. ~ Pillage de Marseille en 1417. — Dévastation de Cellelloubaud. — Désordres et troubles dans les monastères. — Ravage des couvents carthusiens du Gapençais. — Prudence et résif^nation des chartreux.
Lorsque la glorification populaire de sainte Roseline avait atteint son apogée, lorsque le châtelain des Arcs répétait avec ses nombreux vassaux répandus sur ses quatre-vingt-deux domaines seigneuriaux, les mérites de la sainte chartreuse, lorsque Tordre public s'établissait par la salutaire influence de rÊglise, qui faisait naitre à la fois le développement matériel et le progrès artistique, l'excès du bien produisit de funestes enivrements. La papauté elle-même, au lieu d'être une couronne d'épines , devint Fobjet de convoitises matérielles, et, par une conséquence inévitable, apparurent alors de tristes éclipses de la lumière chrétienne et de grandes épreuves morales et politiques.
Deux pontifes exaltés, l'un à Avignon, Tautre à Rome, laissèrent voiler sous les nuages des ambitions terrestres le soleil de la vérité catholique. Des guerres civiles, des révoltes, des attentats sans nombre troublèrent toute la surface de l'Europe. Que ne devait-on pas craindre des passions humaines lorsqu'elles établirent leur foyer dans la chaire d'où devait descendre la paix et le rayonnement de la vertu? Alors le bras de Dieu se signala par un prodige plus grand que tous les précédents miracles, par la conservation de la foi et de
Tauslère morale chrétienne au milieu d'une telle perturbation et (l'une aberralion si grande. Mais ce miracle n*apparut dans sa splendeur que lorsque furent dissipées les épaisses ténèbres de tous les orages politiques et religieux, et un des remarquables résultats de la \ictoire remportée sur l'anarchie et rimpiété fut la conservation de la relique de sainte Roseline; symbole carlhusien de l'incorruptibilité de TÉglise.
Comment naquirent les troubles religieux et politiques? Comment arriva la chute religieuse de la chartreuse de Celle- Roubaud? Comment la sainte relique de Roseline fut-elle miraculeusement préservée de la destruction qui couvrit de ruines tout le pays et qui dispersa les vierges gardiennes du corps saint virginal? Cette exposition est la tâche pénible et difficile que nous allons chercher à remplir.
Le dévouement aux malheureuses victimes de l'indigence et de la maladie a été la vertu caractéristique de sainte Roseline, et c*est le dévouement perpétuel des hommes du peuple envers cette sainte patronne qui a conservé sa relique... à travers toutes les violences et tous les désastres.
Le corps de la vierge qui s'était faite victime de l'amour pour les malheureux a été sauvé par le dévouement constant des malheureux. La conservation de sa relique est ainsi devenue le témoignage éloquent de la charité traditionnelle de sainte Roseline et du dévouement qu'elle a inspiré aux plus infimes d'entre le peuple. Ce que la sainte de Celle-Roubaud avait donné au peuple en témoignages de charité a été rendu par le peuple en témoignages de dévouement. Dans les troubles des guerres civiles du quatorzième siècle, des guerres religieuses du seizième siècle, dans les désordres des guerres du dix-septième siècle, dans les profanations sacrilèges delà fin du dix-huitième siècle, c'est le peuple qui a défendu la relique de notre sainte. La conservation du corps de sainte Roseline est une preuve palpable de l'amour du pauvre pour celle qui l'a aimé et protégé.
La Provence avait eu plus de part au triomphe de la civilisation chrétienne, puisqu'elle était devenue, dans le quatorzième siècle, le centre du développement religieux et civilisa-
teur. Les grandes écoles de droit cl de médecine, les universités savantes, les académies littéraires, les enivrements de la poésie, les grandes améliorations agricoles et industrielles, la construction des grands ponts sur le plus impétueux des fleuves, tout cela se faisait autour de la Provence. Rien n'avait manqué à la gloire de cette population, pas même l'illustration d'une aussi grande conquête que celle de Naples. Mais le contre-coup était inévitable, et c'était sur la Provence que le relâchement des mœurs, Taltération des principes devaient venir faire sentir leur principale influence, et la résidence à Xaples du souverain politique'' devait accroître le mal. Comme la robe de Déjanire, la brillante conquête de Naples devait brûler la chaire dont elle semblait être la parure.
Le souverain provençal, enchaîné sur la terre napolitaine par les délices de la résidence, ne protégea plus que faiblement et de /oin Tordre public de la Provence; les désordres et le pillage devinrent dans cetle contrée Télat permanent depuis 1558 jusqu'en 1455, pendant trois quarts de siècle.
Tandis que la jacquerie, inculquant la funeste habitude delà révolte contre toutes les supériorités, exerçait ses fureurs sur la France septentrionale, accablée sous le deuil du désastre (le Poitiers, la Provence était parcourue par des bandes de pillards commandés, en 1357, par Servolo, surnommé TArchiprêtre. — L'année suivante, 1358, nouveau déluge de pillards et de voleurs dont le pays ne fut délivré que par la couraireuse initiative de Siméonis. Les torrents ajoutèrent leurs leurs dévastations à celle des brigands, et la Durance éleva ses eaux jusques au-dessus des rues d'Avignon. Trois ans après, les Tuchins, autres voleurs, dévastateurs d'églises, (le paisibles maisons, remplacèrent en 1561 ceux de 1558. 0 honte ! ô douleur, le pillage recevait les grands encouragements des plus puissants seigneurs, en 13661 II fallut arrêter, avec de véritables corps d^armée, les pillages et les violences de haut et puissant seigneur Raymond du Baux, qui fut enfin jeté en prison.
Jusqu'ici, on n'avait ressenti que les fâcheux effets de la faiblesse de la puissance souveraine. La reine Jeanne, domi-
382 TROUBLES DE TËGLISE.
née par ses passions voluptueuses, laissait les soupçons du crime circuler autour de son palais et rabaisser le prestige moral de son autorité. Petite nièce de saint Louis de Toulouse, celte souvei*aine se montrait peu digne de Tillustre patron de la famille. L*obéissance et la iidélilé à un maître , dépravé ne deviennent-elles pas des vertus impossibles? L'immoralité du souverain n'a-t-elle point pour conséquence l'indiscipline des sujets?
La jacquerie et la révolte ne sont-elles pas la juste punition des dynasties que le vice a souillées? Et si Jeanne fut déclarée non coupable du meurtre de son premier mari, le soupçon prolongé de ce crime n'est- il pas déjà une flétrissure mérilée par son goût pour les plaisirs?
Mais en 1378, commença la grande misère morale et religieuse du schisme pontifical ; de tristes conséquences en sortirent bientôt; en 1582, l'autorité politique était disputée en Provence entre les héritiers du sang de Charles d'Anjou et le duc d'Anjou adopté par la reine Jeanne. La guerre devint alors Tétat général et l'état permanent du comté. De ville à ville, de seigneur à seigneur, partout la lutte armée et le pillage éhonté sans retenue, sans égard pour la fai* blesse et pour les choses saintes.
En 1385, les troupes de Charles de Duras, le souverain de Naples qui réclamait la Provence, dévastaient ce pays ; ces troupes exécutèrent des razzias dans la Provence orientale autour de Celle-Roubaud. Celui qui prétendait à la souveraineté ne tentait de l'inaugurer que par des attentats. Chex les partisans de Duras, l'audace en vint jusqu'à ce point que les cloches d'un monastère des Augustins, auprès de la ville de Draguignan, furent enlevées pendant une nuit.
En 1389, enfin, la révolte du vicomte de Turenne arma tous les brigands, toute l'écume de l'Italie, du Languedoc cl de la Provence ; dans cette guerre déclarée à Téglisc cl a l'autorité politique, les incendies, les forfaits de tousgenrf*^ dépassèrent tous les excès dont l'ancienne invasion sarrasine avait légué la lugubre mémoire. Cette guerre atroce ùum onze années avec quelques trêves qui ne servaient qua
donner de nouvelles forces aux brigands : partout on fut obligé de cacher les reliques qu'il fallait soustraire à la proranation, à la destruction, comme les riches ornements sacrés qui irritaient la cupidité. La famine, les épidémies, furent les conséquences naturelles des dévastations des campagnes. — Les calamités tirent lever les regards du peuple \ers le ciel. On vit des processions où des hommes, la télé couverte d'un sac, les femmes ornées d'une croix rouge, avec des enfants rangés dans leurs lignes faisaient retentir un stabat mater dont quelques strophes nouvelles avaient des accents aussi tristes que les lamentations de Jérémie : Aima salus aévocata^ gracieuse protectrice de nos âmes. Morte christi desolatay 6 mère désolée du Sauveur crucifié. Miserere populij ayez pitié de votre peuple. Virgo dulcis^ virgopia^ vierge douce, vierge pieuse. Virgo démens^ 6 Maritty vierge clémente, Marie, Audi preces servulij exaucez la prière de votre humble esclave.
Pour éviter des vols sacrilèges, on emporta de la ville d'Arles jusqu'à Ganagobie, entre Manosque et Sisteron, les reliques de saint Honorât.
Le pays privé de son souverain, livré à une complète anarchie politique et religieuse, n'évita une destruction absolue que par son énergie spontanée. Les trois classes de la société réunies en assemblée politique souveraine délibérèrent une organisation intérieure et militaire, des impôts et des levées d'hommes. Les seigneurs de Villeneuve, des Arcs et de Trans, plus exposés aux invasions italiennes et maritimes, eurent un rôle très-considérable à remplir dans ce self-govemment. Par une flatteuse acclamation, le baron Hélion de Villeneuve Trans devint le maréchal général de l'armée provençale. Il se montrait ainsi en 1393 le digne héritier du nom de celui qui, en 1323 avait, dans la grande maîtrise des hospitaliers, rempli le rôle de chef de l'ordre public de la chrétienté.
Les causes du désordre, toujours plus nombreuses, semblaient élever le mal au-dessus des effets des remèdes les plus
héroïques... En 1598, la Provence et la France coalisées n'eurent pas seulement à poursuivre le vicomte de Turenne, le puissant chef d'une armée de brigands, mais ils eurent encore à assiéger le pape intrus qui, sous le nom de Benoit Xlil, usurpait à Avignon le suprême pontificat, pendant que dans la Provence orientale la famille de Villeneuve était forcée de combattre Pévéque de Fréjus, ligué avec le souverain ennemi du comte de Provence. Il y avait lutte partout : dans la chaire de saint Pierre, et sur le siège de saint Léonce!
Les dévastations et les violences attaquaient non-seulement les personnes et les biens, mais elles atteignaient encore les œuvres d'utilité publique. En 1400, on attacha des indulgences religieuses aux travailleurs qui rétablissaient le pont de Castellane détruit par le vicomte de Turenne. Tous les biens moraux et matériels que l'Église avait fait naître étaient en proie à une infernale frénésie de dévastation. Le vicomte-brigand venait d'être noyé dans le Rhône en 1399; mais lorsque les dévastateurs perdaient leur chef sur terre, d'autres pillards étaient vomis par la mer.
En 1400, le pirate génois Nigro surprend les îles de Lérins, s'empare des châteaux de Cannes, de Mougins et de toutes les dépendances du monastère, enlève toutes les richesses profanes et sacrées réunies sur les habitations littorales.
Ce fut Antoine de Villeneuve Flayosc, neveu de sainte Roseline au troisième degré, qui fournit les frais de l'expédition dirigée contre le pirate. Il joignit son bras à son trésor, les possessions des bénédictins de Lérins leur furent restituées en 1402, mais dévastées et avec la charge de rembourser à Antoine de Villeneuve les frais par lui avancés pour améliorer les ouvrages défensifs du monastère. En 1404, les brigandages étaient si multipliés, si audacieusement entrepris, que Bertrand de Castillon, enleva, prés d'Orgon, des députés d'Avignon qui étaient allés conférer avec Benoît Xlll. Ces députés pourtant revenaient avec des saufconduits régulièrement délivrés par le lieutenant du souverain de Provence. Les personnes enlevées ne recouvrèrent la liberté qu'au prix d'une forte rançon.
En 1409, la confusion s'accrut encore dans l'aulorilé religieuse; on avait eu deux papes, cette année, il yen eut trois. Deux en Italie, le pape déposé Grégoire XII, le pape élu par le concile, Alexandre V, et en Aragon, le pape Benoît XHI, qui s'était échappé du palais d'Avignon cerné par les troupes françaises.
Les guerres intestines allèrent donc toujours croissant jusqu'en 14H; Grégoire XII était soutenu par des Italiens, Benoît XIII par des Aragonais et Alexandre V par la France. Chacun pouvait choisir le chef religieux qui absolvait ses entreprises.
Cependant Tordre des chartreux donnait par son chef un grand exemple d'humilité et de concorde, après avoir député deux de leurs membres pour engager les papes rivaux à abdiquer, les chartreux engagèrent les deux prieurs de Rome et de la Grande-Chartreuse à résigner leurs dignilés.
£n 1415, les malheurs publics, les violences et les attentats avaient atteint leur apogée en Provence et y faisaient naître le besoin d'un grand centre de répression et de justice, pendant que la France subissait le suprême affront de la défaite d'Azincourt.
Lorsque le calme semblait devoir se rétablir avec la cessation du schisme d'Occident, par l'avènement de Martin V, en 1417, le roi d'Aragon prenait un cruel plaisir à punir Marseille de sa fidélité à son souverain politique, en la livrant aux horreurs d'un pillage exécuté à la suite d'une surprise. — Enfin, en 1429, pendant que Jeanne d'Arc conduisait glorieusement le roi de France au sacre de Reims, le comte de Provence détruisait les repaires de brigandage qui s'étaient établis dans les places du prince du Baux.
En 1433, nouvelles pirateries commises par les Aragonais sur les côtes de Provence. Après cette période, on n'eut plus à craindre que les fugitives excursions maritimes des pirates sarrasins. L'autorité tutélaire et pacifique du roi René vint faire régner une heureuse tranquillité dans le pays si misérablement livré aux horreurs de tous les attentats et à toutes les misères physiques et morales... La Provence avait expié ses ivresses de gloire militaire et de succès littéraire. Il était
temps qu'elle se reposai î elle put employer à se réorganiser, tout rintervalle qui s'écoula de 1453 jusqu'aux guerres de religion de 1562. Toutefois, Tordre public et la paix intérieure reçurent encore quelques atteintes dans le dernier tiers du quinzième siècle ; en 1465, la guerre du bien pvblky fit reprendre les armes à une grande partie de la noblesse provençale, qui suivit dans cette guerre contre le roi de France, le duc de Calabre, tlls de René, tandis que le roi provençal, au contraire, tenait pour le parti de Louis XI.
En 1^69 et 1470, nouvelles guerres des seigneurs provençaux, commandés par le duc de Calabre contre le roi d'Aragon, tandis qu'une armée navale venue d'Aragon ravageait le littoral et le cours inférieur du Rhône.
Pense-t-on que dans le siècle de brigandages que nous venons de traverser les saintes reliques aient été respectées? Ne voyons-nous pas, au contraire, le roi d'Aragon emporter de Marseille, comme sa plus importante dépouille, le corps tout entier de saint Louis d'Anjou, et qui, toujours couvert de sa précieuse châsse, est demeuré depuis comme le principal trésor de la cathédrale de Valence en Espagne? n'a-t-il pas fallu transporter jusqu'à Fuveau les restes de sainl Victor,
enlevés de Marseille, pour éviter le pillage des Aragonais; comme on était allé cacher jusqu'à Ganagobie, les reliques de saint Honorât qui avaient été vénérées à Arles?
Au milieu de ces pirateries effrénées, on dut redescendre toutes les grandes reliques dans des lieux secrets, ou les porter en pays lointains; et lorsque les ravages et les pillages s'étendirent jusqu'au monastère librement ouvert de Celie- Roubaud, toutes les probabilités et les traditions indiquent que l'on dut aussi cacher le corps incorruptible.
La dévastation de Celle-Roubaud fut évidemment exécutée avant l'abdication de ce monastère par les chartreux ; ce fui Ja dévastation qui fit naître un désordre irréparable pour une chartreuse du sexe féminin. — Y eut-il une surprise dans cette paisible retraite? Y eut-il une fuite des vierges exposées aux brutalités de la soldatesque?... Les détails nous manquent... mais il y eut certainement une ruine morale et une
ruine matérielle. Ce furent ces ruines générales dans les couvents, que riinitalion appelle la grande dissolution des couverts ! Tanta dissolutio in cœnobiis.
L'ordre des chartreux ne pouvait pas éviter de sentir le contre-coup du schisme pontifical I... mais la calamité qui frappait toute l'Église, fut Toccasion d'une plus éclatante manifestation de Tesprit de sacriCce dans la famille de saint Bruno. Il y eut à la fois de grandes démissions de dignités, de pénibles abdications de monastères de vierges charlreuses et de grandes missions acceptées avec dévouement pour rétablir la hiérarchie et la disciplne dans TÉglise... Ce qui fut une ruine pour d'autres ordres religieux, ne fut qu'un motif de déploiement de zèle et d'une restauration héroïquement exécutée pour les maisons des chartreux.
Chacun des papes d'Avignon et de Rome, voulait avoir le général des chartreux dans son obédience.
Il y eut de 1578 à 1410, comme il a été dit plus haut, deux généraux de Tordre carthusien.
Mais le malheur du schisme administratif ne pouvait pas être bien durable dans un ordre où l'autorité n'est qu'une charge et l'humilité un besoin. Aussi vit-on bientôt les deux généraux renoncer simultanément à leur pouvoir pour obéir tous deux à Télu d'un chapitre général. Cela fut exécuté avec un empressement d'autant plus grand, que les chartreux espéraient en donnant cet exemple, indiquer aux papes de Rome et d'Avignon le remède par lequel ils pourraient eux* mêmes remédier aux maux de TÉglise.
Dans ces conjectures, l'autorité religieuse aurait eu besoin de la plénitude de sa force pour réparer et réorganiser le monastère de Celle-Roubaud ; et précisément alors celte force manquait davantage. Il eut été imprudent d'entreprendre une réforme qu'on n'aurait pas été en mesure d'amener à sa fin. L'abdication de Celle-Roubaud fut jugée une douleur nécessaire, elle fut héroïquement acceptée en 1420, sous la direction du général Guillaume de Lamotte.
Le trouble religieux se prolongea dans le diocèse de Fréjus longtemps après le délaissement des chartreux.
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L'évêque de Fréjus hostile au souverain de Provence, eul des propriétés diocésaines confisquées et concédées à Antoine de Villeneuve seigneur de Flayosc. C'était Tindemnité donnée pour les frais de guerre subis par Antoine de Villeneuve.
L'évéché voulait résister et plaider contre la confiscation. La discussion et par conséquent l'hostilité ne cessa que par la transaction du 1"* mars 1428, ratifiée le 25 juin 1429 par Louis m comte de Provence.
D'un autre côté, lorsque l'abbaye du Lérins eut a régler avec cet Antoine de Villeneuve Flayosc, les frais de l'expédition du Lérins, d'autres difficultés apparurent. Par les plus déplorables conséquences des guerres produites par l'anarchie religieuse et par l'anarchie politique, les descendants collatéraux de sainte Roseline, avaient des rapporl> contentieux et même hostiles, soit avec l'autorité diocésaine de Fréjus, soit avec Tau torité monastique de Celle-Roubaud. dont les directeurs siégeant aux Lérins, succédèrent 5 l'abdication des chartreux. — Et c'était pour avoir mis spontanément leurs biens au service de la défense commune, que les seigneurs de Villeneuve se trouvaient traités avec des formes si âpres par l'autorité diocésaine et par l'aulorilé monacale du Lérins !
Mais de quelque manière que ces litiges fussent envisagés au point de vue du droit, leur existence élait inconteslable, et leurs conséquences sur l'élat moral religieux et politique de la contrée ne pouvaient pas manquer d'élre déplorables.
Le désordre qui était entré jusque dans le pieux asile des couvenis était, à plus forte raison, porté jusqu'aux derniers excès chez le peuple et dans les campagnes... Et il fallut répéter avec l'auteur de V Imitation ; crimes énormes^ scandoles inouïes dam le peuple; tanta mala et scandala in populo!
Vax résumé, l'abdication des chartreux qui délaissai! en 1421, l'administration de Celle-Roubaud étail-elle dans ces malheureux temps un fait inattendu, insolite? Celait un double produit de circonstances générales et de désas- |
très locaux. En 1448, il fallut abdiquer les moniales d'Escouge, ne subit-on pas bientôt après, en 1449, la triste obligation d'évacuer la plus importante des maisons de vierges chartreuses? Le personnel et le matériel de Bertaud ne furent-ils pas alors réunis forcément à la maison de Durbon! En 1493, ne fallut-il pas évacuer la maison de chartreuses de Parménie!
Voici le catalogue des chartreuses abdiquées :
En 1404, Cadsant en Flandre.
En 1413, Mortemer en Limousin.
En 1415, Saint-Jucques en Catalogne.
En 1420,.Guillonèse en Capitanate.
En 1423, Louvetière en Languedoc.
E;i 1423, Gorgone en Toscane.
En 1430, Cracovie.
En 1443, Ovron en Poitou.
En 1445, Annonciade à Valence.
On voit combien la première moitié du quinzième siècle lut pleine d^amerlume et de durs sacrifices pour les chartreux! A la fin du siècle en 1498, il n'y eut que deux abdications de chartreuses. Waradin en Hongrie et Mont-Benoît en Piémont.
L'évacuation de Celle-Roubaud n'était donc pas un fait isolé dû ù un esprit de vertige particulier, incroyable, incarné dans le personnel de rétablissement? Puisque vers la même période, bien des couvents d'hommes furent abdiqués.
Maintenant des difficultés nées des mêmes circonstances, des mêmes antécédents allaient rendre impossible, môme l'application des règles monastiques bénédictines, à Celle- Roubaud.
Et d^abord, les bâtiments monastiques ruinés pouvaientils être réparés ou entretenus par les Pères des Lérins, eux-mêmes pillés et chaigés de dettes à acquitter envers leurs défenseurs, les seigneurs de Flayosc? Était-ce Tévêque de Fréjus qui pouvait aplanir les difficultés, lui qui était en
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querelle d'intérêts politiques et financiers avec les mêmes seigneurs?
Le respect des monastères exposés en rase campagne à toutes les attaques et aux violences de tous les lurbulenls, de tous les malfaiteurs, de toute la soldatesque; ne put subsister que pendant la période où les prescriptions et les privilèges de la trêve de Dieu attachés aux choses religieuses, avaient un prestige populaire. Mais ce prestige était basé sur la force morale et religieuse des excommunications.
Le schisme d'Occident avait-il laissé la moindre valeur, la moindre puissance aux anathèmes religieux, aux excommunications qui croisaient leurs feux opposés, lancés du haut des deux chaires apostoliques rivales?
La trêve de Dieu avait fini par avoir des gendarmes dévoués et redoutés, placés sur tous les passages difficiles des routes, sur tous les points menacés. Les chevaliers hospitaliers, qui remplissaient le beau rôle de prolecleurs de la sécurité extérieure et intérieure, ne pouvaient pas manquer d'être paralysés dans leur action, lorsque deux pontifes leur donnaient des ordres opposés et lorsque chacun d'eux retenait une portion des revenus de Tordre ; ils éprouvaient alors rembarras moral et la pénurie matérielle.
Le schisme d'Occident fit donc disparaître et le sentiment populaire du respect des choses religieuses placées sous la sauvegarde de la trêve de Dieu, et la force armée préposée à Tobservation de ce respect. Si rmviolabilité attachée aux propriétés et aux personnes revêtues du caractère religieux fut moins altérée en Espagne, c'est parce que la guerre contre les Maures ne permit pas l'introduction des querelles de Tautorité pontificale. Mais dans Tensemble de l'Europe, les maisons religieuses ne purent plus subsister dans des heui ouverts. Les monastères de religieuses furent les premiers obligés à se retirer ou à se dissoudre. Ainsi, lesClaif^^^^ d'Aix quittèrent la campagne pour s'établir dans la ville; ainsi les Bénédictines de Sainte-Croix, près d'Apt, durent se disperser. Les maisons d'hommes peu peuplées, subirent le même sort, l'abbaye de Vahainteen offrit l'exemple. I^ ^^
mouvement d'expansion champêtre qui, dans le treizième siècle, avait multiplié les foyers de travail religieux et de progrès agricole dans les campagnes de l'Occident, fut ainsi momentanément arrêté. Inaction civilisatrice de PEglise fut suspendue. Et c'étaient les relâchements moraux nés de la richesse créée sous les auspices du clergé qui venaient neutraliser Faction et l'heureuse influence que ce môme clergé avait exercées dans le siècle précédent.
Il faut répéter avec saint Bernard, « les richesses engen- « drées par la dévotion, sont des filles ingrates qui étouffent « leur mère. »
C'était en effet la richesse et la corruption qui avaient agi sur l'ensemble des institutions religieuses pour les al(èrer; depuis le siège de sainteté jusques aux couvents, tout se ressentit de cette pernicieuse influence.
L'état général de relâchement et de discrédit était tel dans le quinzième siècle, dans toutes les maisons de bénédictines de Provence, et même dans Tancienne maison mère de €eIIe-Roubaud, dans cette même maison de Souribes, qui avait en 1260, cédé Celle-Roubaud à Tordre des chartreux, qu'il devint impossible de maintenir cette maison de Souribes. II fallut, en 1474, transférer les béiNédictines dans la maison des Clairistes de Sisteron. Que penser de ces béné- DicTiNfts d'une maison mère qu'il faut déplacer et transformer encLARisTEs? tandis que cette même illustre maison mère de chartreuses de Bertaud, qui avait fondé en 1260, une si belle colonie à Celle-Roubaud, il fallut elle-même la transporter en 1448, et la confondre avec la maison de Durbon I
Le trouble, le relâchement étaient donc bien universels dans les monastères! mais ils étaient en Provence plus grands dans Tordre bénédictin que partout ailleurs. Les Clairisles aussi étaient en Provence, bien plus troublées et relâchées que dans le nord de la France. Quand le roi René voulut faire revivre la règle dans le monastère des Clairistes de la ville d'Aix, il fut obligé de faire venir de Bourges douze fdigieuses d'une sainte vie qui ranimèrent la ferveur éteinte.
Tous les ordres de religieuses de Provence étaient donc relAchés à la fois et les bénédictines plus que les autres.
Les troubles politiques coïncidèrent toujours avec les calamités des couvents. En 1320, révolte des Pastoureaux; môme année, premier incendie de la Grande-Chartreuse.
Les troubles do la Jacquerie désolent la France sous Charles V. Vers 1570, et l'évêque de Grenoble, Chissay, subit une révolte. En 1374, règne l'anarchie religieuse du schisme pontifical; tandis qu'en 1580 commence Tanarcliie politique du règne de Charles VI. Dans ces agitations, arrive en 1571 le deuxième incendie de la Grande-Chartreuse. En 1595, les Vaudois du val Louise, de l'Oisans, donnent lieu dans les Alpes à des scènes aussi tristes que celles produites par les fureurs du vicomte de Turenne en Provence, et les exécutions par le feu sont les horribles représailles exercées sur les Vaudois punis de leurs attentats.
A la fin du quatorzième siècle, ranarchie régnait jusque dans Padministration de Tordre des chartreux; elleyê(ait une conséquence de la rivalité qui s'agitait sur la chaire pontificale. L'administration carthusienne ne reprit ses allures régulières qu'en 1410, lorsque les deux prieurs de Rome el de la Grande-Chartreuse, après avoir donné leurs démissions furent remplacés par un seul général. Dans la période de 1578 à 1410, tous les appuis manquaient donc simultanément à l'ordre des chartreux et spécialement dans le Gapençais. Les établissements de ces moines étaient prives, a Gap, de l'appui de leur protecteur légal le comte de Provence. Privés aussi de la protection du roi de France^ privés de celle du pape, enfin privés de la force de leur propre institution débilitée par le schisme. Les seigneurs ennemis des chartreux, purent se livrer à tous les excès, à toutes les violences. Dans le voisinage du Gap, pendant Pintervalle de 13'^ à 1410, la tradition des abominables outrages infligés aux dames chartreuses de Bertaud par les seigneurs du voisinage, se rapporte probablement à cette même date d'anarchie politique et religieuse où les attentats les plus odieux des
hoinmes armés demeuraient impunis. Or, celle anarchie régnait surtout en Dauphiné et en Provence sur les deux contrées qui seules auparavant pouvaient protéger la faiblesse des religieuses. L'impuissance a éclaté alors, sur les lieux mômes d'où la foice devait venir.
C'est sans doute dans cette période que furent allumés deux des quatre incendies signalés dans le mémoire des chartreux de Durbon. — Le bâtiment fut presque anéanti par le dernier de ces sinistres arrivé en 1405.
Le monastère de Durbon subit une telle détresse, qu'il invoqua les secours du souverain pontificat en 1405. Pierre de Lune, pape d'Avignon, émit de Marseille une bulle qui établit, pour les chartreux, une part dans les legs pieux de cinq diocèses du Gap, de Die, de Valence, d'Embrun et de Sisteron.
C'est à cette époque qu'éclataient les grands malheurs dans le couvent de chartreuses de Celle-Roubaud.
Alors aussi, la maison de Louvetière^ près de Toulouse, fut dénuée de ressources matérielles, et les maisons provençales de Laverne et de Montrieux subissaient le contre-coup des tempêtes religieuses et politiques.
LorsquMI fallut donc abdiquer Celle-Roubaud en 1420, les moniales desEscouges en 1422 et en 1425 réunir les débris de la maison de chartreux de Louvetière à la maison de Beauregard^ près Toulouse, l'anarchie politique était générale.
Les troubles politiques et religieux tirent multiplier les ravages du feu, promené par des mains hérétiques sur les chartreuses.
En 1444, incendie partiel de la Grande-Chartreuse; en 1448, incendie complet du monastère des Dames de Bertaud; en 1449, incendie de la courrerie dépendante de la Grande- Chartreuse.
Les passions anticatholiques ardentes, enveloppent les
chartreux d'un réseau d'ennemis... plus de dons et partout
des ruines irréparables. Us renoncent avec courage à leurs
anciennes possessions.
D ans des Mémoires imprimés au dix-septième siècle, les
394 TROUBLES DE L^ËGLISE.
chartreux de Durbon peignent eux-mêmes les malheurs du quinzième siècle dans les termes suivants :
Dans ces temps de guerres civiles [causées par l'hérésie, après avoir mis au pillage tout ce qui était dans le monastère et enlevé jnsqu^aux vases sacrés, les ennemis de la religion incendièrent l'Église et les bâtiments.
Les religieuses qui échappèrent aux mains sanguinaires se réfugièrent dans la maison de Durbon et y occupèretit le petit cloître.
Si cet incendie eût été l'effet d'un hasard malheureux, les dons du public auraient permis de le réparer; mais il n'y eut pas ici réparation. Il y eut donc une manifeste animosité, comme il ne pouvait s*en trouver que dans une population hostile à l'orthodoxie carlhusienne, et il fallut toutes les rigueurs d'une cruelle détresse pour que les religieuses en fussent réduites à vivre confrairement aux règles dans un bâtiment contigu au monastère des chartreux; et il fallut qu'il y eût impossibilité de faire respecter une reconstruction pour que les ruines du monastère des religieuses de Bertaudne fussent point du tout réparées. Les continuels mou* vements des Vaudois établis dans les Alpes, mouvements qui préludèrent à ceux des Vaudois devenus protestants, expliquent bien toutes les violences exercées dans le quinzième siècle, sur les établissements de l'ordre des chartreux!
Lorsqu'on conteste les troubles causés par les hérétiques des hautes Alpes, on oublie qu'il y eut en 1595 de trop nombreuses condamnations au feu contre les Vaudois de rOisans et du Briançonnais.
On oublie que le Parlement de Grenoble et l'inquisiteur Albert Catane crurent être obligés sous Charles VIII, de 1485 à 1492, de faire décréter une émigration des famtlle3 vaudoises du val Louise.
On a oublié encore que toutes ces rigueurs extrêmes, bien loin de détruire l'hérésie persistante dans les hautes Alpes, permirent au germe anlicalholique de se développer si bien, qu'il ne fut pas même extirpé par les déplorables cruautés de François T" en 1555; et les protestants de 1563
à 1685, auteurs des incendies de Durbon, auteurs des massacres des chartreux et du prieur, vers 1564, du pillage et de Fincendie de Durbon de 1592, auteurs aussi des incendies de la grande Chartreuse 1562-1592, prouvèrent que les hérétiques du quatorzième siècle ont eu en Dauphiné de nombreux héritiers dans les deux siècles suivants :
Dans les conversions forcées que fit naître la révocation de l'édit de Nantes, il resta toujours un germe de Tancienne animosité hérétique, qui se révéla d'abord dans les haines philosophiques, puis dans les mesures persécutrices de 1 793. Le germe hérétique depuis la fin du douzième siècle s'est toujours reproduit dans les mêmes lieux. Le Languedoc et surtout les Cévennes, le Léberon et les Alpes dauphinoises. C'est l'action hostile au catholicisme qui s'est perpétuée et que les rigueurs ont plutôt servie que détruite parce que la vertu et la charité sont les seules armes utiles à la foi fondée sur l'esprit de sacrifice.
Ils sont bien fondés en raison, les mémoires des chartreuses de Durbon et Bertaud, reportant à l'animosité des hérétiques les malheurs que leur établissement a subis. Action tantôt latente, tantôt publique, mais toujours exécutée par des mains dirigées par le même esprit d'hostilité contre les types inébranlables de la fidélité à la même loi religieuse.
Pendant toute la triste période du schisme pontifical, de* puis 1378 jusqu'à 1450, tous les établissements monastiques de l'ordre carthusien furent éprouvés par de grandes pertes matérielles et par des diminutions dans le prosélytisme qui recrutait leurs sanctuaires de prières.
Tandis que les pillages, les violences, les dévastations de toute nature et l'incendie se promenaient sur les établissements de Durbon et de Bertaud depuis 1393 jusqu'en 1448, les revenus étaient anéantis par Tanarchic. Dès 1410 le monastère de Durbon était dans l'impuissance de réparer ses bcUiments, les uns brûlés, les autres tombant en ruines. La Grande-Chartreuse était frappée d'incendies qui depuis 1444 allaient successivement de ses dépendances jusqu'au bâtiment principal. En 1374, Montrieux se voyait enlevé
de vive force par Raymond de Monte Albano, le château de Revest qui lui avait été régulièrement et légalement transmis. Les pillages, les dévastations supprimaient successivement les ressources de la maison; les édiiices non cntrelenusse délabraient. Les ravages dans les âmes suivaient les ravages dans les campagnes. La maison de Montrieui ne peut plus se recruter sur les lieux. En 1450, cette maison, qui avait donné à l'ordre le bienheureux Jean d'Espagne, cesse d'être une maison professe! Ce fut la chartreuse Villeneuve d'Avignon qui peupla de religieux et la maison de Durbon et celle de Montrieux.
En résumant les événements accomplis depuis Tan 1400 jusque vers 1450; nous Irouvons que la plus grande crise des établissements carlhusiens à été celle de la grande épreuve du schisme pontifical qui avait exalté la force des antagonistes de l'Eglise. Alors furent perdus pour la famille carthusienne et la possession du tombeau de la saixile chartreuse à Celle-Roubaud, et Texislence môme de l'enceinle qui fut à Berlaud le berceau de sa naissance religieuse. Les murs qui avaient entendu les saintes promesses de la profession de Roseline furent abattus presque en même temps que son tombeau fut perdu pour Tordre!
La tribu carthusieime ne possède plus saint Bruno, ni sainte Roseline, ni les édifices témoins des premiers vœux, ni les pierres sépulcrales; mais cette famille religieuse a gardé quelque chose qui vaut mieux que des pierres, elle a conservé intactes les grandes traditions de la piété, les pratiques sanctifiantes.
C'est en abandonnant courageusement tout ce qu'il ne pouvait pas parfaitement défendre d'altération, que Tordre des chartreux, en avouant sa faiblesse matérielle, a manifesté sa grande vigueur morale. Les abdications monastiques de Tordre carthusien ont été des actes de profonde sagesse.
Fidèles à leur devise, les chartreux ont salué la croix toutes les fois que la conservation de leurs seules pratiques a exigé de nouveaux sacrifices.