‹ Histoire de Sainte Roseline de Villeneuve, religieuse chartreuse, et de l'influenceChapitre 23 sur 48 · INFLUENCE COMPARÉE DE SAINT BRUNO, ETC · texte numérisé non relu

INFLUENCE COMPARÉE DE SAINT BRUNO, ETC

pie de ces transformations telles que les opérait rÊglisodo Dieu.

Maintenant pourquoi serions-nous ingrats ou aveugles?

Celui qui écrit ces lignes aime à le confesser : après avoir plongé dans les sciences exactes, naturelles et philosophiques aussi avant qu'il Ta pu, il n a rien trouvé d'aussi prodigieusement philosophique et fécond que les formules de l'Évangile! aucune institution aussi étonnante par ses lumières et ses bienfaits, que l'Église catholique chargée du perpétuel apostolat ! Toujours elle est sortie de ses éclipses, comme un phénix renaissant jeune et radieux de ses cendres.

Il y a là plus que Tœuvre d'un esprit fini : c'est la révélation et l'action de l'infini, c'est le germe impérissable de tous los progrés!

Motos sur las Frèrss pontifloes.

UISTITUTIOH FRANÇAISE DES FRàRES PONTIPICES.

On a cru pouvoir placer en Toscane, au douzième siècle, le berceau des frères pontifices ; mais la Toscane avait reçu cette belle institution de la France, et même de la Provence. Sur la date de cette origine, le texte de Ducange, glossaire de la moyenne et basse latinité, s'exprime de la manière suivante :

Sub regum francorum, finem secundx slirpis. Celte époque coïncide avec le concile de Charroux, en Poitou, tenu en 988, première année de Tavénement de la troisième race royale de France; or, le concile de Charroux proclama la première institution de la trêve de Dieu. La naûysance de Tordre des frères pontifices s'opéra donc en France, comme celle de la trêve de Dieu. Un ordre de ce genre ne pouvait être utilement établi que là où la circulation sur les chemins ordinaires était possible ; les frères pontifices n'étant destinés qu'à faire disparaître les obstacles extraordinaires des voies de circulation. Le rapport des dates de la première fondation, comme la logique, exige donc que les frères pontifices aient pris naissance en France sur les mêmes lieux et aux mêmes époques que ceux où se fondait finstilution de la trêve de Dieu.

Le savant M. César d'Aillaud de Caseneuve a donc bien raison de signaler l'erreur commise par ceux qui prétendent placer la première fondation des frères pontifes en Toscane. L'honneur de la fondation des frères pontifices appartient à la Provence, où l'évêque d'Arles, Raimbaud, d'accord avec saint Odilon, promulguait la trêve de Dieu dans le concile d'Arles de 1035, et écrivait aux évéques d'Italie la belle lettre qui les engageait d'une manière si pressante à faire établir la trêve de Dieu.

450 IMÈCES JUSTIFICATIVES.

Cette grande institution ne fut appliquée à l'Italie qu en 1059, llOâ et 1109, sous le pape Pascal H. Ce n est que postérieurement à celle dernière date que les frères pontifices purent organiser des atliliations en Toscane et dans le reste de ritalie, tandis qu'en France, le prieur des pontiGces de Cavaillon, Sigebert, fit, dès 1084, des œuvres de construction de la plus grande importance sur le cours de la torrentueuse Durance. A Bonpas, on trouve encore aujourd'hui, en 1866, des restes de maçonneries sur des points qui ont appartenu au lit de la Durance, et ces maçonneries peuvent se rapporter à un pont établi sur la rivière que ses terribles inondations et les variations de son cours ont rendue si fameuse.

Nous trouvbns, en résumé, les fondations suivantes : en 988, chevalerie de la trêve de Dieu et protection des voyageurs, chevalerie de la construction des ponts et hôpitaux; en 1118, chevalerie de la croisade, avec le triple vœu d'obéissance, de pauvreté et de chasteté, dans les ordres des Hospitaliers et des Templiers. Toutes ces fondations, tous ces grands développements de la pensée transformatrice de la milice appartiennent à la France.

Ces trois conditions fondamentales de la protection de Tordre public, des facilités données aux voyages, et du respect des femmes confiées à des mains armées de Tépée, n'ont été d'abord réalisées qu'en France.

L'institution chevaleresque, produit de Tinfluence monastique, ne pouvait naître que dans la contrée où l'action religieuse civilisatrice n'était pas combattue par le pouvoir mihtaire. Le système césarien des empereur d'Allemagne, opposé à Tinfluence religieuse monastique, étouffait en Allemagne et en It<die le développement du germe civilisateur de l'Eglise; il fallait que les foudres de l'Église dominassent la violence des armes, pour que la chevalerie de la trêve de Dieu pût éclore.

Au milieu des luttes constantes de la chrétienté espagnole, Tadion militante de la chevalerie trouvait une carrière toujours ouverte à ses exploits, mais ce n'était pas du trouble des combats que pouvait sortir uue pensée mûrement réfléchie et une action largement directrice.

La réglementation de l'action militaire, mise d'accord avec rinlérèt monastique, ne pouvait donc avoir son centre et son siège principal ni eit Allemagne, ni en Italie, ni dans l'Angleterre, qui était trop séparée, trop éloignée du foyer catholique ; il fallait que cette direction de la force militaire chrétienne partit du grand centre monastique de l'Occident, du chef-lieu de la grande population monastique de Cluny, établi au milieu de la France. La naissance de la trêve de Dieu et celle de l'ordre chevaleresque des pontifices, ne peuvent s'être réalisées qu'en France. Le travail tout à fait neuf et très-remarquable de M. de Caseneuve explique parfaitement l'origine des pontitices.

fiOTES SUll L'iSiSTITUTlOiN D£S FRÂABS PONTIFICES UN PROVENCE, PAR M. CÉSAR DK CASEflBUVB.

L'institution des frères pontifices, ou constructeurs de ponts, se présente il nous comme l'une des création^ à la fois les plus remarquables el ka

îh^ms connues dd Tesprit chrétien au moyen âge. Indépendamment des œuv^ matérielles qu'elle accomplit, œuvres admirables en elles-mêmes, ridée seule qui en fut le principe suffit à faire reconnaître chez les générations trop oubliées qui la conçurent, l'intelligence la plus élevée de la mission sociale que le christianisme est appelé à remplir. C'est à lu Provence que doit revenir l'honneur d'avoû^ été le berceau de celle utile et pieuse institution; c'est en Provence qu'elle répandit le plus d'éclat; et cependant les auteurs qui nous ont laissé un corps d'histoire locale, ne nous disenl rien, ou presque rien, de 6es fondateurs, de ses travaux, de son existence même. Un seul de ses membres, saint Bénézet, fondateur du pont d'Avignon, a eu ses historiens et ses panégyristes, dont l'attention parait avoir été attirée surtout par des circonstances merveilleuses que des narrateurs légendaires ont ajoutées, selon toute probabihlé, au récit de sa vie, d'ailleurs toute merveilleuse encore, alors même qu'on eu rejetterait ce qui n'est point appuyé sur des témoignages d'une auttienticité incontestable.

(^e serait donc faire une œuvre louable et utile, au double point de vue de notre histoire locale et de la grande histoire de la. civilisation chrétienne, que de réunir les divers renseignements fournis à ce sujet par les documents publiés et les sources originales, et de rechercher sur les lieux les traces que les travaux de ces pionniers chrétiens peuvent y avoir laissées. Nous nous sommes proposé cette tâche, et nous n'en avons rempli qu'une trés-faible partie. Toutefois les notions que nous avons pu rassembler nous donnent l'idée d'une œuvre de restitution historique qui nous frappe et par sa possibilité et par sa grandeur.

C'est au dixième siècle que nous croyons pouvoir placer les commencements de l'institution des frères pontifes. Celte date est d'ailleurs celle que leur assigne un auteur dont l'opinion est d'une grande importance, Ducange, dont l'œuvre principale, le Glossaire de la moyenne et basse latinité, est l'un des monuments les plus remarquables de la science historique. Il s'exprime en ces termes au mot Pontifes :

€ Fratres pontis sub fmem secundœ stirpis regum francorum, ad hoc potissimum institut! ut vialoribus tutelam, hospitium, aliaque necessaria prsBstarent; fratrt$ pontis dicti quod pontes construerent, uti faciliùs et tutiùs fluvios traosire possent viatores. »

L'institution qui nous occupe prend doue sa date à une époque que domine l'un des faits les plus généraux et les plus importants de notre histoire : l'établissement du régime féodal. Pour bien connaître les faits particuliers que Ton se propose d'étudier, il est nécessaire de les rapprocher des faits dont l'influence a dû affecter tout l'ensemble de la société au milieu desquels ils se produisent ; c'est ce que nous allons faire en peu de mots ; de ce rapprochement de l'institution particulière des pontifes et de l'établissement de la féodalité qui s'opérait à la même époque, doit naître quelque lumière.

11 faut remonter aux origines mêmes de notre histoire nationale pour bien comprendre l'établissement de la féodalité. Le point de départ de notre histoire, sous le rapport politique, éit la conquête. Ainsi voyons-nous

iôïJ PIÈCKS JUSTIFICATIVES.

à I origines d'une pari, des vainqueurs dont le caractère douàiianl est Tainour de rindépendance, le yif sentiment de la spontanéité hutnaine dans sa plus libre expansion ; habitués à promener au milieu des hasards leur infatigable activité, et demandant à la terre des Gaules beaucoup moins un patrimoine, un sol pour y établir une nation, qu un champ à parcourir, des combats, un butin ; mais devenant enfin propriétaires de ce sol par le fait de la conquête, et alors s'y fixant et s'isolant de plus en plus entre eux par la séparation de leurs intérêts respectifs. De Tautre côté nous apparaissent des vaincus, population asservie, privée par d'anciennes divisions de territoire et de race de l'avantage d'une défense commune, partagés avec la terre dans les campagnes, mais conservant encore dans les villes quelques restes d'industrie et de liberté; échappés, sous la sauvegarde de l'Église chrétienne, à la mine de l'ancien monde. Tels sont les deux grands aspects de la société devant les trois ou quatre premiers siècles de notre histoire, et le point de départ de tous les faits dont fensemble constitue Thistoire civile du moyen âge. On sait quelle anardiie présenta cette première époque. Charlemagne entreprit d'y mettre un terme; il voulut imprimer à la société de son temps un ordre, une régularité dont il trouvait à la fois Tidée dans sou propre génie et dans les souvenirs de l'empire romain. Il y réussit un moment. La société romaine et la société germanique avaient péri à peu près dans la Gaule franque; Charlemagne essaya de les ressusciter et de les faire vivre ensemble; il ressaisit tous les modes d'association qu'avaient connus l'empire et la Germanie, et fut à la fois chef de guerriers, président des assemblées nationales et empereur. Il ne serait pas exact de dire, en voyant le peu de durée de son œuvre, que cette œuvre entière échoua ; elle eut de grands résultats qui demeurèrent, et ce furent surtout des résultats moraux, des principes pohtiques qui triomphèrent plus tard et devinrent les bases d'un ordre de choses qui, sous plusieurs rapports, existent encore. Quant à la partie pour ainsi dire matérielle de cette u'uvre, elle disparut en peu de temps; Charlemagne avait créé la monarchie moderne, mais sa puissance mèine n'avait pu faire une nation. 11 était, en effet, dans Tordre éternel des choses qu'une naUon ne pût se former que par elle-mêvie.

\jR formation de la nationalité française, et même, plus généralement, de toutes les nations réunies dans la civilisation européenne, fut l'oeuvre de la féodalité et des communes, sous l'influence de l'Église et de la rovauté.

Les populations une fois attachées au sol, les invasions une fois arrêtées, la société commença à se constituer, mais dans les conditions seulement que présentaient les esprits et les existences. Tout était alors local et individuel ; il y eut une foule de petites sociétés qui concoururent à former plus tard la société générale, une foule de petits gouvernements locaux ({ui rendirent d'abord le gouvernement possible, et se fondirent ensuite dans la grande unité politique que présente la France. I^es éléments de ces petites sociétés et de ces petits gouvernements étaient tout trouvés : ce furent, d'une part, les possesseurs des terres conquises, les représentautb des conquérants germaniques ; de l'autre, tes possesseurs de bénéfices lellu^

du roi, et de charges royales devenues héréditaires*. Us devinrent les centres naturels d'associations nouvelles; autour d'eux s'agglomérèrent de gré ou de force les habitants, libres ou esclaves, de chaque contrée ; et quand ces sociétés locales eurent revêtu une forme un peu régulière, ce résultat de la conquête et de la civilisation renaissante prit le nom de régime féodal.

Ainsi s'accrurent les relations nécessaires, forcées même, que la conquête et les institutions qui la suivirent avaient établies entre l'homme et le sol. La féodalité fut l'occupation armée et permanente du territoire ; elle le défendit mieux que n'aurait pu le faire un pouvoir unique et central. Supposez de nouvelles invasions comme celles qui amenèrent la chute de l'empire romain; elles n'auraient pas eu raison de la féodalité comme le^ premières avaient eu raison de l'empire ; leur flot se serait brisé sur ces milliers d'obstacles, alors qu'il avait si facilement renversé un colosse. Sous ce rapport, et sous quelques autres, V établissement du régime féodal fut pour les peuples un progrès véritable.

Cependant cette transformation nécessaire de la société ne pouvait être le dernier terme du développemenl social. La civilisation générale réclame, pour se développer, un champ plus vaste que ne l'étaient les enceintes fortifiées de cette époque; elle aurait infailliblement péri dans cette préoccupation de défense, sans l'action du principe providentiel qui la sauve tous les jours. Bientôt ces populations, entre les(|uelles n'existait de lien commun que celui des croyances, durent à ces croyances communes un rapprochement salutaire, et ce fut particulièrement l'œuvre des croisades; mais la grande entreprise des croisades, en ne l'envisageant que sous le rapport purement matériel, avait elle-même besoin d'être préparée, ou pour mieux dire, elle ne devint matériellement possible qu'après l'établissement de certaines relations plus générales que ne les comportaient le premier siècle de la féodalité, et le régime féodal dans les seules ressources qu'il tirait de lui-même.

C'était avec une merveilleuse intelligence des lieux que la féodalité avait pris ses positions sur le territoire ; au point de vue de la défense, rien de mieux n'était possible. Les villes, les bourgs, les châteaux possédaient une force défensive dont les monuments de cette époque laissent concevoir une haute idée; toutefois celte action protectrice était bornée; elle ne pouvait s'étendre qu'à un certain rayon autour de chaque asile. Une institution chrétienne, celle qui nous occupe, vint faire ce que la puissance féodale, si énergiquement constituée, était impuissante à faire elle-même. Elle eut pour but de rendre possibles ces relations, sans lesquelles il n'y a pas de vie générale pour un pays, et en face de l'occupation armée du territoire, elle vint établir une occupation pacifique et secourable. Tandis que la féodalité s'empare des hauteurs et des défilés, d'où elle protège et menace, l'occupation chrétienne dont nous parlons s'empare des routes, des rivières, des fleuves, des grandes artères de la civilisation. Elle rend

• Voir sur Thérédité des charges, mêmft sous Charleinague et Louis le Débonnaire, l'ouvrage de Dubos, Établissement de la monarchie française dans les Ga'les.

possible ia navigation intérieurCp aussi nécess^iire, alors surtout, que la navigation maritime ; elle construit sur un grand nombre de points des bacs ou des ponts; elle ofTre aux voyageurs des hospices sur les chemins qu'ils doivent parcourir ; elle échelonne sur les routes une milice qui le:^ acc/)mpagne et les défend.

Cette assodation naquit en Provence, et ce serait ici le lieu de montrer comment elle se lie û tout un ensemble de créations dont le christianisme fut le principe et cette terre le berceau. Mais retendue même de cette partie de notre sujet ne nous permet que de l'indiquer. — Plus tard l'association des pontifes s'établit dans toute la France, en Italie, en AUe» magne, en Espagne et en Pologne; mais les plus anciennes fondations de cet ordre sont celles de Provence ; les différents auteurs que nous allons citer paraissent d'accord sur ce point, au moins d'une manière implicite, alors qu'ils ne Tailirment pas.

L'idée que nous donnent les renseignements dont nous indiquerons sommairement les sources, quant à l'institution des frères ponttfices et à l'organisation intérieure, est que ce fut one association religieuse, une confrérie dans laquelle des hommes de labeur et des militaires étaient admis, plutôt qu'un ordre monastique; les pontiGces étaient religieux comme le furent plus tard les chevaliers du Temple et de Saint-Jean de Jérusalem, mais ils n'étaient pas clercs.

Un de leurs premiers établissements en Provence fut celui de Box-Pas. sur la Durance, dans le diocèse de Cavaillon et près du village de Canmont. Sur ce point, la communication entre les deux rives de la Durance avait été interceptée |>ar des bandes armées qui dépouillaient les voyageurs et les égorgeaient, et ce lieu de terreur avait reçu le nom de Mau*Pas. Le> frères pontifices en chassèrent les brigands et y construisirent un hospice auprès de la chapelle qui, dans le huitième siècle, avait été élevée sur la sépulture des nobles avignonais qui avaient péri en défendant le passage de la Durance contre les Sarrasins. Les ouvriers du christianisme succédaient ainsi à ses martyrs.

Les pontifices établirent sur ce point un pont dont l'existence est prouvée par des vestiges de piles que l'on voyait encore à la fin du siècle passé, et qui, peut-être, sont encore visibles aujourd'hui ; — et par l'énoncé d'une charte que leur accorda le pape Clément 111 en liSU : « Confinnatio bonorum fratrmn Boni-Passus, à Clémente tertio papa, Raymondo priori domûs ponlis Boni-Passus ejusque partibus. »

La même transformation qui avait eu lieu à Bon- Pas se reproduisit au commencement du douzième siècle sur l'autre rive de la Durance, au pied de la montagne de Gouiron, dans un lieu inculte et solitaire dont le nom de Sylva — Cana, (forêt de roseaux), allait être voué, par les travaux de» pontifes, à une prochaine célébrité. Une communauté de frères ayant un chef nommé André, en éloigna les brigands qui s'y étaient établis, y fonda un hospice et une église^ et se voua, selon les régies de l'institution, à recevoir les passants, à les escorter et à les transporter en barqhe sur la rive où ils avaient à se rendre. En 1146 une famille de la petite ville de Lambescfil don n André et à ses compagnons de la montagne de Gouiron:

Pùton rapporte Tacte de cette donation dans ses Annales de la sainte Église d'Aix.

Il est à croire que les frères pontifices établirent pareillement des hospices sur plusieurs points des deux rives de la Durance ; nous croyons qu'il reste des traces de Tune de ces fondations prés du bourg de Peyroles. Pour se foire une idée de Tensemble de leurs travaux, dont les anciens auteurs constatent Timportance sans entrer dans aucun détail, il faudrait consulter avec soin les archives des communes situées aux bords du Rhtoe et de la Durance, et celles de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, auquel furent attribués les biens des pontiOces au quinzième siècle.

L'œuvre la plus importante des frères pontifices fut Tédification du pont d*Avii^on, longtemps considéré conmie l'une des merveilles de TEurope. Ce pont fut l'œuvre de saint Bénéiet, dont la vie est également admirable, que Ion s'en rapporte à la légende ou à l'histoire. — Saint Bénézet commença le ponid Avignon en itV€.

L'histoire particulière de saint Bénéxet et de l'ordre auquel il appartient exigerait, même en l'état de la rareté des documents historiques, des développements considérables. Ne pouvant la présenter ici dans tout son ensemble, nous indiquerons cependant les sources auxquelles on peut puiser :

— Ducange, ainsi que nous l'avons dit, mentionne l'existence de Tordre des frères pontifices, et en place les commencements au dixième siècle. (V. Glossarium ad scriplores médite et infimx lalinitatis, \erho Pontifex).

— Sapyre Masson, Descriptio fluminum Gallix mentionne ainsi les frères pontifices et leurs ouvrages :

— Uélyot, dans son Histoire des ordres religieux^ consacre up chapitre aux frères pontifices ; mais la notice qu'il en donne est fort incomplète. 11 semble faire dériver les fondations de Provence d'un ordre établi primi^^ liveinent en Toscane, et il se trompe; les fondations ue Bon^Pas et de Silvacane ou du Gouiron, sont antérieures à aucune de celles dont il est fait mention dans les auteurs toscans.

— De Haitze, sous le nom de Magne Agrïcol, a laissé une Histoire de saint Bénézet, entrepreneur du pont d'Avignon, contenant celle des religieux pontifices (Aix, 1708, in 12). 11 rejette complètement la légende de saint Bénézet, et met à la place de ce récit un autre récit dont il ne fournit aucune preuve. Cependant il est à croire qu'il a eu raison de combattre Topinion qui fait de saint Bénézet un enfant et qui lui attribue des miracles dont Thiformation publique faite peu après sa mort ne parle pas.

— La collection des Bollandistes (V . le mois d'avril), contient les renseignements les plus complets qui existent sur la vie de saint Bénézet. On trouve, à la suite Tune de l'autre, la légende rejetée par de llaiize et Tin* formation authentique faite à Avignon peu après la mort de saint Bénézet, et tirée des ardiives de cette ville. Le père Papebroeck a joint des remarques à ces deux documents.

-^ François de Cambis, sieur deFargues, avait publié en lt)79 une lUs» loire de la Vie de saint Bénézet avec une notice sur la translation de ses

reliques. Cet ouvrage parut sous le nom de Disambec, anagramme du nom de Cambis.

— Le père Etienne Seyslre, religieux célestin, avait écrit la même Histoire qui fut publiée en 1675.

— André Yaradier, d'Arles, avait aussi fait paraître un Panégyrique latin de saint Bénézet. Le nom de fauteur est latinisé ; il en a fait Yaradarius. — César Nostradamus a suivi le récit de Varadier dans sou Histoire de Provence (V. cet ouvrage p. 185); Tun et Tautre s'en tiennent au récit de la légende.

— Paradin, dans son Histoire de Lj^on, attribue à saint Bénéiet la construction du pont sur le Rhône (le pont de la Guillotière). Cest une erreur : ce pont fut construit aux frais du pape Innocent IV, qui vint chercher un asile en France en 1245. (Y. Hist. de Lyon, par le père de Colonia, qui rapporte Tinscription mise sur ce pont et rectifie la citation qu'en avait faite le P. Théophile Reynaud.)

-* Celui-ci. au tome VIII de ses Œuvres, a donné un traité historique H aïcétique à la fois, dont le sujet est la vie de saint Bénézet.

— Dom Yaissette, dans sa grande Histoire de Languedoc, raconte Tédilication du pont Saint-Esprit, qu'on doit attribuer non pas à saint Bénézel, comme l'ont fait quelques auteurs, mais aux pontifices, qui y eurent une maison hospitalière ; les religieux de cette maison reconnaissaient être du même ordre que ceux d'Avignon.

On peut voir dans les preuves de V Histoire de Languedoc, la charte accordée en 1 205 aux pontifices, par Raymond de Toulouse, qui ooafimie celle qui leur fut donnée par Raymond de Saint-Gilles son père; ^ et celle que leur accorda plus tard Raymond le Jeune en 1257.

Les chartreux participèrent à l'œuvre civilisatrice des ponlifîces; leur institution faisait de chacune de leurs maisons un asile pour les vo)'ageurs. L'hospitalité carthusienne était si dévouée, qu'en 1518, Jean XIII . appela les chartreux à la direction de la maison hospitalière de Bonpas sur les bords de la Durance, maison qui avait été la première fondation des frères pontifices.

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