INFLUENCE COMPARÉE DE SAINT BRUNO
en campagne; qui trouve dans ses cénobites, dans ses clercs, des soldats aguerris, méprisant la mort ; la défiant, et se tenant endurcis contre toutes les privations, aimant les luttes dont ils ont pris la noble habitude ; ayant d'avance, rompu tous les liens charnels qui pourraient, au milieu de la bataille, leur suggérer de lâches pensées.
Dans tous les temps qui nous ont précédés, Taccroissement de la société humaine a marché plus, vite que les perfectionnements des moyens de production; les jeânes, les réductions de nourriture des cénobites, outre leur mérite religieux et moral, ont eu leur valeur utile. Les moindres consommations d*aliments ont donc été de grands et puissants moyens «d'atténuer les déplorables conséquences des affreuses disettes périodiques des temps anciens. Les abstinences subies pour réserver la ration implorée par les indigents se sont élevées alors à la hauteur d'un magnifique dévouement social, pendant que le célibat modérait la marche de Taccroissement des populations pour les maintenir en harmonie avec les ressources. Tel le jardinier habile diminue le nombre des rejetons de sa pépinière pour obtenir le régulier et complet développement des plantes qui restent... 11 y avait donc un dévouement social et dans les abstinences et dans le célibat. La prière qui élève les cœurs vers la source de tout bien et vers la récompense méritée par le sacrifice, le culte qui rappelle sans cesse les triomphes des valeureux champions de TËglise, ne ressemblent-ils pas aux enivrantes proclamations des généraux et aux souvenirs évoqués des héros et de leurs victoires?... La politique la plus matérielle emprunte donc aux saintes institutions, tous leurs procédés, sans pouvoir atteindre à l'utilité de ces dernières.
Notre sainte Roseline devenue, par son immolation, le lien sympathique entre le château et la chaumière du moyen âge, la noble Roseline devenue la servante de ses serfs, n'a-t-elle pas été une bien éloquente apologiste de la démocratie? En entraînant toute sa famille vers cet amour du plus infime d'entre les peuples, ne représente-t-elle pas une des faces de la transformation chrétienne, qui substituait aux écrase*
ET DE SAINTE ROSELINE. A^i
ment superbes de la domination, les bienfaits du dévouement et les douceurs de la charité? Que d'autres aillent donc se parer des ornements obtenus dans les cours, leurs honneurs périront avec eux, et leur renom ne survivra pas aux fugitives fumées de leur vanité! mais éternelle gloire aux modestes courtisans des déshérités de la terre! Quel est l'habitant des Arcs qui peut savoir encore, que le dernier de ses seigneurs fut décoré du brillant cordon du Saint-Esprit? quel est celui, au contraire, qui ignore le dévouement de sainte Roseline? quel est celui qui ne supporte pas avec résignation le travail, l'indigence et la douleur, lorsqu'il apprend que la fille des seigneurs souffrit toutes les douleurs et les privations pour soulager les souffrances, et les consoler par la riante perspective d'une meilleure patrie?
Ainsi, quand il était docile à la voix de la religion, le baron chrétien avait une épée pour protéger les désarmés, des honneurs pour relever, pour éclairer les humbles, des richesses pour faire la part des pauvres, une nombreuse et brillante famille pour donner plus de serviteurs à TÉglise et à la patrie. Tel fut le salutaire exemple légué par la géné^ ration qui donna Roseline à la Provence. Tel fut l'heureux effet de l'infusion de l'esprit religieux catholique dans la noblesse du moyen âge, dans cette aristocratie, d'ailleurs si portée à la violence et à toutes les séductions des positions privilégiées. La transformation fut si merveilleuse qu'elle put faire des barons féodaux et de la royauté, les précurseurs et les préparateurs de la civilisation moderne. C'est qu'il s'infiltrait dans le sang aristocratique, la vertu d'un autre sang bien autrement fécond ; c'était la vertu du sang versé sur le Calvaire qui renouvelait la face de la terre.
Proclamons-le donc bien hautement, c'est TÉglise catholique qui a transfiguré la société tout entière, du sommet jusqu'à la base, et qui, par les merveilles du moyen âge préparait les plus grandes merveilles qui frappent nos regards ! L'histoire que nous venons d'exposer, avec toutes les efflorescences de ses traditions populaires, et de ses légendes cénobitiques n'est pas autre chose qu'un remarquable exem-