‹ Histoire de SainteBarbe, collége, communauté, institutionChapitre 20 sur 155 · L. Regius, Vita Budxi · texte numérisé non relu

L. Regius, Vita Budxi

d'une sorte de petit consistoire qu'il forma près de sa personne, et où il n'appela que des théologiens jeunes encore et d'une doctrine éprouvée pour l'usage qu'il en voulait faire. Les renseignements qu'il prit sur Martin Lemaistre le lui ayant représenté comme un gallican intrépide, il le mit dans ce conseil 1 . L'homme était fait pour lui plaire; lorsqu'il eut conversé avec lui, il eut le désir de se l'attacher par un lien plus étroit : il le fit le confident de ses œuvres pieuses, le distributeur de ses aumônes.

Voilà donc notre docteur introduit dans la familiarité du roi, possédant son oreille et celle des princes qu'il admettait auprès de lui, libre de choisir son moment pour faire valoir avec fruit les intérêts des deux choses pour lesquelles il avait le plus d'attachement au monde : son collège et sa doctrine philosophique. Sainte-Barbe gagna à cela les enfants dont le le roi ou les courtisans faisaient faire l'éducation à leurs frais; le nomiualisme fut relevé de la flétrissure sous laquelle il gémissait encore, malgré la revanche qu'il avait su prendre. Au mois d'avril 1481, par un mouvement dans lequel les enthousiastes du parti crurent voir un miracle, Louis XI déchira de ses mains l'ordonnance que son confesseur, alors défunt, lui avait arrachée sept ans auparavant. L'ordre .fut envoyé à Paris de déchaîner les livres dans les bibliothèques des collèges, et la doctrine des réalistes reçut par là le coup de grâce*. On ne parla plus d'elle dans l'école française que pour donner tort à l'Allemagne

\ . Robert Gaguin, De gestis Francorum, -édit. de 1511, fol. 280. 2. Duboulay, Htst. Univ., t. V, p. 741.

et à l'Italie qui y restèrent encore attachées pendant un demi-siècle; ou si quelques récalcitrants l'introduisirent dans leurs expositions, ce fut en la déguisant de leur mieux. Après la Renaissance elle tomba tout à fait en oubli. Son nom n'aurait plus été prononcé, si les jésuites n'avaient pas essayé de s'abriter 'derrière elle, dans les temps qui précédèrent la réforme cartésienne *.

Tout succédait ainsi au gré de Martin Letnaistre, lorsqu'une compétition malheureuse vint mettre un chagrin cuisant dans sa vie. L'acerbe Château fort ayant terminé sa tracassière existence, il eut l'envie de le remplacer comme grand maître de Navarre, non pas à cause des avantages temporels de la position, qui étaient très-minces, mais pour la gloire de gouverner une jeunesse plus nombreuse, et afin de rattacher son collège à rétablissement célèbre dont des susceptibilités jalouses l'avaient injustement séparé. Par là Sainte-Barbe aurait été le* petit Navarre, une succursale qui aurait nécessairement conservé le patronage des rois, une école préparatoire aux classes de théologie, pour lesquelles le grand collège # était encore sans rival. Quelque chose d'analogue avait lieu à la Sorbonne. Cette maison, qui était l'asile des théologiens pauvres, se recrutait par le collège de* Calvi, collège sans dotation, comme Sainte-Barbe, soutenu seulement par les bienfaits de ceux des sorbonistes qui parvenaient aux bénéfices. C'est à cette organisation que la Sorbonne dut en partie sa fortune ultérieure et l'avantage non-seulement de primer Na-

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