I. Salabei t, Philosophia nominaUum vindicata, p. 4 et
varre, mais encore d'absorber en elle toute la faculté de théologie.
11 est possible que Martin Lemaistre ait pressenti l'éclipsé de Navarre; dans tous les cas la réuuion de Sainte-Barbe aurait été d'un utile secours à ce collège. Il sé présenta donc à la succession de Châteaufort; et comme, pour arriver là, il fallait réunir le consentement de l'évêque de Senlis, de l'abbé de Saint- Denis, du chancelier de Notre-Dame et de la Faculté de théologie, il se fit donner par le roi et par les princes de telles recommandations qu'il put croire le succès de ses démarches assuré. Mais il avait compté sans les jalousies de cour.
11 y avait alors auprès de Louis XI un vieux favori, l'archevêque de Narbonne, qui depuis longtemps voyait avec déplaisir de quel pas accéléré maître Martin s'avançait dans le chemin de la faveur et des honneurs. 11 lui suscita un rival en la personne de Jean Raulin, tfn sien protégé, auquel il avait fait faire ses études à Navarre et qui lui était resté attaché par la plus vive reconnaissance. Raulin était en même temps l'un des brillants élèves de Martin Lemaistre. Au talent il joignait la vertu. Jamais on ne vit homme plus modeste, plus désintéressé, ni qui s'accommodât •mieux d'être pauvre. Les premières ouvertures de l'archevêque de Narbonne lui parurent une plaisanterie, parce qu'il n'avait pas un denier vaillant lorsqu'il les reçut, et que personne n'aurait songé à commencer des démarches la bourse vide, en un temps où les plus grands seigneurs ne rougissaient pas de fixer euxmêmes le prix de leurs recommandations. D'ailleurs il était lié avec Martin Lemaistre, et il ne comprenait
pas qu'on lui conseillât de se mettre en travers sur son passage. Mais l'archevêque insista, et lorsque ses ■ exhortations devinrent des ordres, Raulin, ayant à opter entre son bienfaiteur ou son ami, céda aux vœux du bienfaiteur. 11 n'eut qu'à se laisser couler sur une pente que les écus du prélat avaient singulièrement adoucie. On lui annonça un matin qu'il était grand maître de Navarre 1 .
Grande colère de Martin Lemaistre. Il crie à l'ingratitude, à l'injustice, à l'intrigue; il porte plainte à Louis XI , qui l'engage à faire naître un procès et à déférer sa cause au grand conseil. Rien n'était plus facile que de trouver des côtés faibles à une élection pour laquelle tant de personnes avaient été mises en mouvement. Jean Raulin est donc assigné au grand conseil. Mais le grand conseil siégeait là où se tenait le roi ; le roi était en Touraine, et il existait un privilège en vertu duquel les universitaires n'étaient justiciables d'aucune autorité hors de l'enceinte de Paris. Sur ce fondement l'Université est saisie de l'affaire.
Les deux contendants comparurent à l'assemblée générale du 7 mars 1482, demandant l'un et l'autre Y adjonction, c'est-à-dire l'assistance du corps, l'un pour être favorisé dans la poursuite de son droit, l'autre pour empêcher la violation des privilèges. L'assistance témoigna une vive affliction de ce que deux amis, deux grands docteurs respectables* à tant de titres, s'affichassent de la sorte par le spectacle
4. Lettre de Raulin à S tandonck, dans Duboulay, ffist, Univ., t. V, p. 896; Nicéron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, t. XI, p. 217.
d'une misérable querelle d'intérêt. Non-seulement elle ne voulut se prononcer ni pour l'un ni pour l'autre, mais elle les mit en demeure de se réconci- 1 lier 1 ; et il faut qu'ils en aient passé par ce jugement, car Jean Raulin resta grand maître de Navarre, et il ne fut plus question de procès au grand conseil. Sainte-Barbe, bien entendu, continua d'être ce qu'elle avait été par le passé.
Quelques mois après cet échec, Martin Lemaistre fut frappé d'un autre coup bien plus cruel. Au retour d'un pèlerinage à Saint-Claude, dans les montagnes du Jut a, où il avait accompagné Louis XI, il ressentit les atteintes d'une épidémie qui désolait le royaume. C'était une sorte de fièvre maligne, qui se terminait d'ordinaire par des transports au cerveau, et du moment que la tête était prise, les médecins ne connaissaient plus de remède. Il expira de la sorte, au mois de juin 1482, dans un hôtel de Clér y-sur- Loire, où le cortège royal s'était arrêté 8 . Il n'avait pas cinquante ans accomplis. Tout le monde plaignit sa mort prématurée, personne plus que Louis XI, qui montra l'étendue de ses regrets par l'honneur qu'il fit rendre à sa dépouille mortelle. Cléry était précisément le lieu que le roi avait élu pour sa sépulture : dans cette vue il en avait fait réédifier l'église avec la plus grande magnificence ; son tombeau y était déjà tout dressé. Il voulut que la fosse du principal de Sainte-Barbe fut creusée à côté, pour avoir encore auprès de lui après
1. Duboulay, Hist. Univ., t. V, p. 746; Archives de l'Université, registres n« 10, fol. 66, v°; n° H , fol. 172, et n° 12, fol. 36, v°.