Dialogus qui Sapiens inscribitur
D. En quel endroit?
R. A firindes.
D. Quel jour de septembre?
R. Le 9 des calendes.
D. Drôle, veux-tu nie déshonorer devant ces mesr sieurs ? Avance-moi ma férule, retrousse ta manche et tends la main pour avoir dit le 9, au lieu du 10. Fais attention à mieux répondre. — Vous allez voir, messieurs, que c'est un enfant qui en sait long. — Salluste, au commencement de son Catilina y a-t-il écrit omneis homines ou omuis homines?
R. L'opinion générale est qu'il a mis omnis, mais moi, je suis d'avis qu'il a pu écrire omneis et qu'il \ faut orthographier, contre l'habitude des imprimeurs, omneis par ei, et non par un i simple.
D. Comment s'appelait le frère de Rémus et corament avait-il la barbe ?
R. Les uns, mon maître, disent qu'il s'appelait Romulus, d'autres Romus, d'où le nom de Roma, mais que par terme d'affection on le nomma du diminutif Romulus. Lorsqu'il allait à la guerre, il n'avait pas de barbe; mais il en portait une longue en temps de paix. C'est ainsi qu'il est représenté en couleur sur les Tite-Live imprimés à Venise.
D. Comment Alexandre se releva-t-il , lorsqu'il tomba par terre en touchant pour la première fois le sol de l'Asie ?
R. En s'appuyant sur ses mains et en levant la téte.
Voilà où aboutissait l'embarras de jeunes gens inexpérimentés ayant à disséquer les œuvres littéraires d'après des procédés qui ne convenaient qu'aux matières philosophiques. Le vœu de Vivès et des autres
de la même école était de voir remplacer ces exercices puérils par des compositions sur des sujets dictés. On était bien sur la voie de cette réforme, car depuis que l'étude de la rhétorique avait été restaurée, on proposait généralement de courtes matières à traiter soit en vers, soit en prose ; mais l'insuffisance de ces devoirs était évidente : on ne les donnait jamais plus d'une fois par semaine, et il Cal lait les faire pendant la classe, en manière d'improvisation.
Du moment que les exercices de composition étaient réduits à si peu de chose, le mérite des élèves ne se jugeait pas, comme aujourd'hui, d'après des épreuves écrites. Leurs réponses aux interrogations, leur assurance dans les disputes, étaient la seule base pour les classer. On n'avait pas non plus l'idée des distributions de prix; l'honneur d'être au premier rang dans sa classe et dans les examens à la suite desquels on recevait les gracies suffisait à l'ambition de l'écolier. Toutefois les exercices scolaires étaient clos à la fin d'août par une cérémonie publique où. les enfants mettaient beaucoup de gloire à obtenir le suffrage des grandes personnes, et où il y avait même, pour quelques-uns , des récompenses décernées à la suite d'un concours spécial. Quoique la mention de cette solennité ne se trouve pas avant le règne de François 1 er , il y a tout lieu de penser qu'elle existait dès le commencement du seizième siècle. Nous en parlerons ici avec d'autant plus d'à- propos qu'elle est inscrite dans le règlement d'un collège établi par un barbiste et sur le patron de Sainte-Barbe
i . Élie Vinet , Schola aquitanica.
DE SAINTE-BARBE. î J 1
Le jour de la Saint-Louis, 25 août, la cour du collège et les arbres de la cour étaient tendus de draps blancs, sur lesquels on exposait, enlre des guirlandes de feuillage, les bonnes pages d'écriture des commençants, et les pièces de vers ou autres compositions des humanistes jugées dignes de remarque par les professeurs. Cela était calligraphié selon le savoir-faire des auteurs, avec accompagnement de lettres en or et en couleur. Chacun se tenait près de son œuvre, écoutant les critiques ou les éloges auxquels se livraient les personnes invitées.
Cependant la grande salle, décorée de tapisseries et garnie de banquettes, était le théâtre d'exercices d'un autre genre. Sous la présidence d'un prélat, d'un grand seigneur ou d'un magistrat de l'une des cours souveraines, les logiciens et dialecticiens commençaient a disputer sur des positions qui avaient été affichées d'avance aux carrefours de la ville. Quand la lutte était épuisée, c'était le tour des rhétoriciens. Les dix plus forts d'entre eux venaient déposer les copies d'une composition dont ils étaient allés la veille demander le sujet au président de la fête. Ils avaient été mis en conclave pour fournir cette épreuve, et toutes les précautions prises afin qu'ils ne reçussent point d'aide de leurs maîtres. En présence de l'assemblée, chacun à son tour déclamait son ouvrage ; ensuite un jury choisi en dehors du collège discutait, séance tenante, le mérite des concurrents. Un jugement semblable avait lieu pour les philosophes, et le vainqueur dans chaque Faculté recevait de là main du président un bonnet d'étudiant.
Ce n'est que beaucoup plus tard, et par imitation
de ce qui se pratiquait chez les jésuites, que l'Université consacra la solennité des prix annuels dans les collèges.