Trina* Arguta, miruin est, continet arte via
Pervius huic Ockham, subtilis secta, Thoinistas Insequitur studio : sic via trina patet.
Vers d'Adrien Gaultier, moine de Marmoutiers, à la lin du livre intitulé : Expositio M. /oh. de Celaya, Valentini^ in librum Predicubilium Porphirii, eum questionibus ejusdcm secundum triplieem viam beati Thomœ, realium et nominalium ; et à la fin : Edita du m rrgeret Pari.sius in famatissimo collegio dive Barbare, pro cursu secundo. Paris, Hemon Lefèvre, 1516.
tière à leurs disputes : Desinit angélus non A quodlibet A et B angélus non esse; ou : Tantum cujuslibet hominis prœler sortent, quilibet non asinus C et altertirn C ipsiusmet hominis nigrum contingenter incipit esse. Était-ce là du gotb ou du vandale ? comme s'écrie Louis Vives. Mais la jeunesse s'imprégnait facilement de ce jargon, et à la , grande satisfaction des principaux , elle arrivait aux examens avec une science qui était toute dans la mémoire, et pleine de ressources pour ne jamais rester court.
Jean de Celaya resta sept ans à Sainte-Barbe, le temps nécessaire pour professer deux cours complets de philosophie. On ne saurait contester son immense succès. A la fin de chaque année il trouva des éditeurs . pour imprimer ses leçons, et se fit donner des privilèges pour protéger ses droits d'auteur, qui, bien loin d'avoir la perpétuité que quelques-uns réclament aujourd'hui, ne duraient alors que deux ans 1 . Ses le» çons furent répétées dans la première division du collège (Celaya était attaché à la seconde), répétées encore à Beauvais, à Coqueret, à Lisieux, suivies par
1. Il y a un privilège de celte sorte, décerné par le prévôt de Paris, en tête de l'exposition de Porphyre indiquée ci-dessus Chevillier (De l'origine de l'imprimerie de Paris, p. 395), en cite un tout pareil, qui accompagne les Insolubilia , autre traité de Celaya (151 7), que nous n'avons pas pu trouver ; mais deux autres ouvrages de cette même année 1517 nous ont passé sous les yeux : 1 0 Erpositio M. Jo. de Celaya, Valcntini, in octo libros phisîcorum Aristotclis, cum questionibus ejusdem secundum triplicem viam beati Tlinmx , realium et nominalium , publié dam regeret in famatissimn dive Barbare grmnasio, pro cursu secundo. Paris, Hemon Lefèvrc; 2° Expositio M. Job. de Celaya, Valcntini , in qunttunr fibros d* cœlo et mundn Aristotelis , cum questionibus ejus-
les novices de Marmoutiers, ^qui désertèrent, pour les entendre, les cours du Plessis, où ils se rendaient d'habitude.
Nous connaissons les professeurs qui furent ses doublures à Sainte-Barbe. Il semble les avoir choisis lui-même, en ayant soin qu'ils fussent dignes par leur naissance de marcher à côté d'un hidalgo comme lui. L'un était un gentilhomme portugais sur qui nous aurons l'occasion de revenir, l'autre un gentilhomme autunois du nom de Jean Quintin. Ce dernier publia en 1520 une seconde édition du commentaire que le maître avait attaché au traité des Prédicaments 1 . Comme il se permit de donner plus d'étendue aux solutions des nominalistes, il compara son action à celle d'un désœuvré qui conduirait un filet d'eau a la mer afin de la grossir, et ce détour n'est pas le seul dont il ait usé pour qu'on lui pardonnât sa témérité. Toutefois les compliments qu'il adresse à Celaya peuvent passer pour sobres relativement à ceux qui décorent les éditions données par Celaya lui-même. Un trait caractéristique de cette petite école est d'avoir
dem, dédié à Mathurin Moral. Paris, Hemon Lefèvre; réimprimé l'année suivante, 1518, sans changements. Il y a en outre pour 1 Si 8 , une Expt>sitio M. Jo. de Celaya, in libros Jristotelis de generatione et corraptione , et les Magna exponibilia M. Jo. de Celaya , cum parvis ejusdem , nuperrime impressa atque ab code m sue integrituti restituta.
1. Expositio M. Joannis de Celaya, Valentini, in librum predicamentorum Aristotelis cum questionibus ejusdem secundum viam triplicem, etc., novissime accuratiori lima révisa, cum nonnullis additionibus pro lucidiori intelligmtia vie nominalium Joannis Qtiintini Hedui , ejus discipuli; et à la fin : Dum regeret Parisius in fatnatissimo ro/legio dive Barbare. Paris, PrégenJ Calvarin, 1 520.
poussé la louange méme*au delà de l'hyperbole. Le philosophe valencien parlait de son génie avec tant de conviction, il se donnait pour l'auteur de tant de découvertes, que ses auditeurs tombaient dans l'extase, plaignaient les générations auxquelles il avait manqué, et se demandaient sérieusement ce que deviendrait la science lorsqu'elle aurait cessé de s'exprimer par l'organe d'un si grand homme 1 . Ils forgèrent sur son nom l'adjectif célaïque, pour désigner sa doctrine *.
Bien des gens cependant tournaient en risée et ce naïf enthousiasme et le personnage dont l'outrecuidance l'avait excité. Un professeur allemand, nommé Gervais Waim, prit la chose au sérieux et se fâcha. Il traita Celaya de charlatan, d'ergoteur qui n'était bon qu'à proposer des logogriphes, et pour le lui prouver, il le réfuta d'un bout à l'autre sur l'interprétation des Seconds analytiques 3 . Celaya répondit à Waim qu'il était un envieux, un âne, une brute, et qu'il ne fallait pas moins que sa prodigieuse ignorance pour avoir attaqué ce qui était au-dessus de toute critique *.
1 . Epître de Jean Ribeyro à maître Gontier, Parisien , son ancien condisciple, après Vexp/icit du commentaire de Celaya sur les Summulx de Pierre d'Espagne.
2. Épître de Ribeyro, à la tin du commentaire des Physica; Vers de Gautier, moine de Marmoutiers , et de Jean Richer, Sénonais, à la suite du commentaire sur les Erponibilia.
3. Tractatus noticiarum Gen*asii JVaim, Suevi; ejusdem questiones in libros posteriorum resolutionam Philosophi. Paris, Conrad Resch , 1519.
4. Avis au lecteur, en téte du commentaire intitulé : Expositio M. Joannis de Celaya , Valentini^ in libros posteriorum Aristotelis, cum questionibus ejusdem secundum varias doctorum sententias , Thomas, Scott\ Oham t Gregorii de Ariminio et aliorum doctorum nominalium , per.eundem nuperrime revisa et aucta ; et à la fin :
DE S AI N TE -BARBE. i*ï
La querelle se prolongea sur ce ton, envenimée à mesure par les injures qu'y mêlèrent les élèves de Tufti et de l'autre. Il n'y a pas d'apparence qu'elle ait eu du retentissement dans l'Université, trop occupée alors par les questions que firent naître le Concordat et la publication des doctrines de Luther. La Sorbonne affecta de tenir. la balance égale entre les deux antagonistes, en les mettant l'un après l'autre à sa tête dans l'année où ils recurent la licence en théologie 1 .
Celaya alla jusqu'au doctorat. Après qu'il eut marqué la dernière année de son séjour à Paris par la publication d'un commentaire sur les Éthiques 9 , il retourna à Valence en 1 524, emportant l'opinion qu'il t avait régénéré pour des siècles celte philosophie scolastique qui allait périr misérablement entre les mains de ses disciples.
Pour achever de le peindre, nous dirons une chose qu'il fit à Valence, et qui lui assure sa place dans les annales du vandalisme. Voyant se propager le goût des antiquités, et mortifié peut-être de ce que les savants s'adonqaient h la lecture des anciennes inscriptions plutôt qu'à celle de ses livres, il représenta
Edita dum regeret Parisius, in famatissimo collegio dive Barbare, pro cursu secundo, anno Domini MDXXI. Paris, Hémon Lefèvrc.
1 . Registre des licences en Sorbonne (Ms. de la Bibliothèque impériale, fonds Sorbonne, n° \%ïl), à l'an 1522.
2. Aurea expositio clarissimi artium et théologie professons* magistri Johannis de Celaya, Valentini , doctoris parisiensis , in deeem libros Ethicorum Aristotclis, Argyropilo Bysantio traductore, eu m question i bus atque dubiis varias di facilitâtes morales et théologiens enodantibus. Paris, Emon Lefèvre et Pierre Viart , avec privilège ei) date du 2 avril 1522 (v. st.).
comme une abomination que des chrétiens passassent leur temps à déchiffrer les monuments de l'idolâtrie. Il eut le triste avantage de persuader les autorités de Valence, de. sorte que dans cette ville, où abondaient les ruines de l'époque romaine, toutes les pierres portant trace d'écriture furent recueillies pour être employées à la fondation d'un pont que l'on avait décidé de construire 1 .