Orlandini, Hisi. soc. Jcsu, 1. 1, n
2. Hilarion de Coste, Histoire catholique du seizième siècle.
3. Tursellino, De vita B. Xaecrii, 1. I, ch. n. k. Ribadeneira, ch. vu, n»117.
tOO HISTOIRE
pas à prendre une pareille précaution. Loin d'avoir la dévotion de ses deux amis, il ne faisait que se moquer de leurs rigueurs envers eux-mêmes. Ignace riait de ses saillies, pressentant que l'esprit du jeune homme ne serait pas toujours si rebelle, et que tôt ou tard il le subjuguerait à sa doctrine. En attendant, il usa de tout ce qu'il avait d'art pour s'ancrer dans son affection. On raconte que Xavier ayant été chargé du cours de philosophie au collège de Beauvais, Ignace, qui le savait glorieux, travailla son succès avec un zèle tout mondain. Il assista à ses débuts, lui mena autant d'auditeurs qu'il put en recruter, et non-seulement affecta de vanter son mérite, mais fit en sorte que les autres parlassent bien de lui. C'est par de telles prévenances . qu'il prépara la victoire qu'il ne tarda pas de remporter au péril de sa propre vie, car lorsqu'on sut qu'il avait converti Xavier, un ami de celui-ci faillit assassiner le convertisseur. Mais ce trait eut lieu lorsque ni l'un ni l'autre n'habitaient plus le collège 1 . . Le séjour d'Ignace à Sainte-Barbe n'est marqué chez les hagiographes que par deux incidents de peu d'importance. Une fois on lui fit faire une quarantaine de quelques jours hors de la maison , parce qu'ayant appris que la peste était dans un couvent, il y était allé exprès, et s'était imposé le devoir de toucher uu malade. L'autre anecdote concerne une nouvelle explosion de mauvais propos qui eut lieu sur son compte au moment où il préparait son examen de bachelier.
Cette épreuve était précédée d'une cérémonie qu'on appelait « la prise de la pierre. » Nous avons cherché
i. Orlandini, Hist. soc. Jcsu, I. I, n° 8G.
vainement en quoi cela consistait. C'était sans doute quelque divertissement payé par le candidat à ses condisciples. Ce qu'il y a de certain, c'est que pour prendre la pierre il en coulait un écu d'or, et qu'Ignace hésita longtemps avant de s'y décider. Il fît part de ses scrupules à maître Jean Penna, qui le persuada de se conformer à l'usage 1 . 11 prit donc la pierre, elen fut blâmé par ceux dont les yeux étaient continuellement braqués sur sa conduite. Probablement il aurait été blâmé de même s'il se fût refusé à faire comme les autres.
La licence lui fut conférée par le chancelier de Sainte-Geneviève, le 13 mars 1533, à la suite d'examens qui ne durent pas être brillants, car il fut placé seulement le trentième sur la liste des candidats reçus 1 . 11 obtint , l'année suivante, son diplôme de maître ès> arts. Celte pièce est conservée a Rome. Voici en quels termes elle est conçue :
« A tous ceux qui les présentes lettres verront, le recteur et l'Université de Paris, salut en Celui qui est le vrai salut de tous. Comme tous ceux qui professent la foi catholique sont astreints, tant par l'équité naturelle que par les préceptes de la loi divine, à rendre témoignage en faveur de la vérité, il convient d'autant plusaux gens d'église, professeurs des diverses sciences, qui recherchent la vérité en toute chose et en icelle instruisent et forment les autres, de ne dévier ni par préférence ni par faveur, ni par quelque motif que ce soit, du droit chemin de la vérité et de la raison»
\ . Gonzalez , ch. vu , n° $k.
2. Renseignement communiqué aux. Bollandistes par le P. Petau, Acta SS. Julii, t. VII, p. kk\ . • • *
C'est pourquoi nous, désirant en celle partie rendre témoignage à la vérité, à tous et chacun à qui il peut appartenir, par la teneur de* présentes, savoir faisons que noire bien-aimé, discrète personne, maître Ignace de Loyola, du diocèse de Pampelune, maître es arts, a obtenu en tout bien et tout honneur le grade de la maîtrise en l'illustre faculté des arts de Paris, à la suite d'examens rigoureux passés l'an du Seigneur mil cinq cent trente-quatre, après Pâques, conformément aux statuts et coutumes de ladite faculté et avec les solennités observées d'habitude en cette partie. En témoignage de quoi nous avons fait apposer notre grand sceau à ces présentes. Donné à Paris, en notre assemblée générale tenue solennellement en l'église des Malhurins, l'an susdit du Seigneur 1 534, le quatorzième jour de mai. Signe Le Roux 1 . »
Ignace quitta Sainte-Barbe très-mal portant du régime alimentaire auquel il s'était condamné. Il ne laissa pas néanmoins de se mettre incontinent à la théologie avec Lefèvre et Xavier. C'est alors seulement qu'il leur livra le secret de ses exercices spirituels.
Il jugea dignes de la même faveur trois Espagnols, Laynez, Salmeron et Bobadilla, qui étaient venus à Paris exprès pour s'attacher à lui ; enfin Simon Rodriguès eut son tour d'être initié. Réunis tous les sept dans l'église de Montmartre le 15 août 1534, ils jurèrent entre eux l'alliance qui est regardée comme l'acte de fondation de la société de Jésus. Ils devaient se rendre à Venise aussitôt qu'ils le pourraient, et s'ein-