CHAPITRE XI
Le traité d'alliance conclu avec la république française reste sans exécution. — I.ea Français ayant occupé le Piémont, la cour se relire à Cagliari. — Le foi Chhrles Emmanuel ly résoque les décrets de parification et d'amnistie rendus par son père. — Noéiles causes de mécontentement et de haine. — Le roi , rappelé sur le continent par les succès momentanés de la coalition, mène une vie erraute en Italie , et ne retourne plus en Sardaigne. — Le gouvenicmeut français médite une nouvelle expédition ; ce projet est abandonné. — De 1797 à i8o>.
La victoire avait ouvert aux armées françaises les portes de l’Italie. Le roi de Sardaigne , qui passait pour en être autrefois le gardien, avait été forcé de leur ouvrir ses places les plus importantes , et d’y recevoir garnison. Le mécontentement, la misère , l’esprit de révolution , que propageaient les communications, devenues journalières, entre la république française et les républiques naissantes d’Italie, avaient excité en plusieurs provinces des mouvements d’insurrection contre le gouvernement. Le général Bonaparte, qui en était encore , avec la cour de Turin , aux termes de l’armistice, était fort contrarié par
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cet état de choses dans l’exécution de ses plans sur l’Italie. Les circonstances étaient devenues telles , dit-il , dans ses dictées de Sainte-Hélène , que , pour assurer les desseins du général en chef, il fallait ou détruire le roi de Sardaigne , ou dissiper entièrement ses inquiétudes et contenir les mécontents. 11 embrassa le parti qui lui parut le plus propre à faire obtenir ce dernier résultat , et imagina de propeser à la cour de Sardaigne un traité de j>aix offensif et défensif, qui fut signé , le 5 avril 1797, pMir le général Clarke et le comte de Saint-Marsan.
La république garantissait au roi sa couronne , moins les provinces qui déjà en avaient été détachées , et stipulait la clause expresse que nul des sujets de ce dernier ne serait recherché px)ur ses opinions politiques. Le roi se déclarait en état de guerre avec l’Autriche , et fournissait contre elle à l’armée française un contingent de dix mille hommes, et vingt pièces de canon. Le traité était d’une haute importance pour l’exécution des plans ultérieurs du général Bonaparte. 'Son armée se trouvait renforcée, et il avait des otages qui lui répondaient de la tranquillité du Piémont.
Le'roi régnant n’était plus Victor Amédée III . qui , p>ar son décret du 8 juin 1796 , avait accédé aux demandes de la Sardaigne. A ce prince, mort dans le mois d’octobre de la même année, avait
succédé son fils aîné , sous le nom de Charles Emmanuel IV. La marche précipitée des événements politiques et militaires ayant rendu inexécutable le traité de paix de 1797 , les Français , qu’aucune considération ne pouvait plus empêcher d’abuser de leur force , et de pourvoir à la sûreté de leùr établissement en Italie , forcèrent le roi de Sardaigne à renoncer par une convention , signée en 1 798 , au reste desétats qu’il possédait sur le continent, et s’emparèrent de la totalité du Piémont. Charles Emmanuel , accompagné de toute la famille royale , s’embarqua pour la Sardaigne , le 24 psvrier 1799 , et arriva le 5 mars à Gagliari , où il fut reçu ; non-seulement avec les égards dus à ses malheurs , mais avec l’enthousiasme de la joie , et au milieu des illusions de l’espérance.
L’arrivée de ce prince , qui aurait* dû être pour l’ile de Sardaigne une époque de bonheur et de prospérité , ne servit malheureusement qu’à faire éclater de nouveau le mécontentement et la discorde. On profita de la bonté naturelle et de l’inexpérience du roi , pour lui suggérer des démarches contraires au bien-être de la nation , et à ses propres intérêts. Il commença par déclarer nulle la convention qu’il avait faite à Turin avec le général français JbuAe/’f , et adressa aux puissancesde l’Europe une protestation contre tout ce qu’il avait signé enPiémont, avant son départ pour la Sardaigne.
Malgré la promesse formelle qu’il avait faite de fermer ses ports aux Anglais et aux autres puissances en guerre avee la France < il en donna l’en Irée aux corsaires Mahonais , et y permit l’approvisionnement des escadres anglaises , stationnées dans la Méditerranée. Les Français furent chassés de toutes les places de l’ile , et aucun bâtiment {Airtant pavillon tricolore n’y fut plus admis. C’était par le fait déclarer la, Sardaigne en étal de guerre avec la France.
Le système d’administration intérieure qu’on fit adopter au roi ne fut pas mieux conçu. Les feudataires furent maintenus dans l’exercice et la possession de ces droits tyranniques , cause d’une révolution dont on sortait à peine ; les contributions réelles et personnelles , directes et indirectes, furent augmentées ;-de nouveaux impôts furent établis ; les caisses de tous les établissements publics furent épuisées. Le désqffèctionnement devint universel ; mais ce qui aigrit le plus les esprits, ce fut la révocation de ce diplôme pacificateur , du 8 juin 1796 , accordé par Victor Amédée à la nation sarde , et que le roi régnan^ avait promis de maintenir dans son intégrité , à son avènement au trône. C’est depuis cette époque que la salutaire institution du conseil d’état fut abolie , que les séances des états-généraux furent fermées , et que tous les anciens abus se renouvelèrent.
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Le roi avait , et avec autant He convenance que de raison, distribué les places éminentes du pays, les gouvernements généraux, et les commandements militaires , entre les princes de sa famille. La nation ne fut point assez injuste pour loi en savoir mauvais gré ; mais elle ne lui tint pas également compte de l’impossibilité où il était d’éloigner de sa personne et des emplois publics les serviteurs qui l’avaient suivi dans l’exil. Les Sardes furent indignés de voir de nouveau toutes les charges de l’état , dans une cour piémontaise , remplies par des Pié mon tais.
De perfides conseils entraînèrent la cour dans des rigueurs et des sévérités qui achevèrent de lui aliéner les esprits. On se mit à fouiller dans le passé, malgré l’oubli qu’on avait promis d’en faire , et on exerça des vengeances. Tous ceux que des ennemis ou des délateurs accusaient de mal penser , dans le sens des idées françaises , ou d’étre partisans du chevalier Angioy , étaient immédiatement jetés en prison. Plusieurs de ceux qui étaient rentrés, sur la foi de l’amnistie de 1796 ou du traité de paix.de 1797 , subirent la peine capitale. Un grand nombre de Sardes , craignant la proscription , allèrent chercher un asile en France et en Italie.
Le roi reçut Ja nouvelle que les Austro-Russes s’étaient emparé.s«du Piémont. Invité parle géné-
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ral Suwai-ow à rentrer dans ses anciens états du continent , il quitta l’ile , avec la reine et le duc à'Joste J son frère , qui fut depuis le roi F'ictor Emmanuel, laissant à Cagliari , en qualité de viceroi , son second frère le duc de Genevois , aujourd’hui régnant , et à Sassari un autre frère, le duc de Maurienne, comme lieutenant et gouverneurgénéral du Cap Septentrional.
Châties Emmanuel se flattait de rentrer sans obstacle à Turin ; mais arrivé à Livourne , il éprouva de la part des alliés de graves difflculiés , inattendues pour lui , qui l’empêchèrent d’aller plus loin. L’empereur avait fait occuper le Piémont en son propre nom. Ce malheureux prince , devenu le jouet de la politique de ses amis et de la fortune qui le persécutait , habitait successivement Florence , Rome et Naples , suivant que le lui permettait la rapidité convulsive des événements dont l’Italie était alors le théâtre.
Cependant le gouvernement de la république , mécontent de l’inobservation de son traité avec le roi de Sardaigne , épiait l’occasion de l’en punir, en allumant de nouveau le feu de la révolte dans le nord de l’île, où il entretenait des intelligences , depuis les troubles de 1796. Il avait d’autant plus de raisons de s’occuper en ce moment de la Sardaigne, que l’Angleterre et la Russie manifestaient des vues sur eUe, et qu’il s’agissait , indépendain-
ment des avantages qu’on pouvait en tirer pour soi-même , d’ôter à l’ennemi ceux d’une belle station maritime. Les principaux réfugiés Sardes, qui avaient pris part aux affaires publiques de leur pays, et qui n'avaient rien de plus à cœur que d’y rentrer , avec l’appui et sous les auspices de la république , s’efforcaient de développer ces idées dans des notes et des mémoires multipliés , qu’ils adressaient à une commission nommée pour les entendre.
' Ils représentaient que le souvenir du mauvais succès de l’expédition de lyqS ne devait donner aucune inquiétude sur le sort de celle dont il était question , et qui se ferait dans des circonstances et des dispositions d’esprit entièrement différentes. Il suffirait , suivant eux , de préparer en Corse les bâtiments nécessaires pour le transport de trois mille hommes , et quelques bâtiments légers pour les escorter, à bord desquels on placerait Luit canons de campagne, deux de gros calibre, et trois mortiers avec les provisions. Le débarquement opéré sur les points désignés de la partie septentrionale , les trois mille hommes d’infanterie, avec l’aide d’une ou deux compagnies de canonniers et de quelques officiers du génie , feraient en peu de jours la conquête de l’île entière, parce qu’à ce noyau se joindraient immédiatement plus de vingt mille hommes de la partie septentrionale, bien ar-
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més el bien montés , auxquels leurs anciens magistrats exilés feraient un appel, et qu’on doublerait peut-être encore , en avançant vers la partie méridionale. Le premier soin serait de surprendre Sassari, la seconde ville de l’île, et de s’en emparer, ce qui serait facile , parce que la place est à peu près sans fortifications, et que ses habitants sont partisans de la cause de la liberté. Il serait possible, en gardant le secret, de faire prisonnier le frère du roi, gouverneur de Sassari. On pourrait aussi arrêter, dans cette dernière ville, les feudataires qui sont presque tous unis par les liens du sang avec ceux dç Cagliari, et ces otages serviraient à faciliter la reddition de la capitale. On ajoutait qu’il faudrait, par un coup de main, enlever la forteresse d’Alghero , où il ne se trouvait qu’une petite garnison de trois cents honmies du régiment sarde, dont on n’avait aucune résistance à craindre , pas plus que des habitants , zélés pajtriotes. On recommandait enfin, après avoir réuni toute la cavalerie volontaire, de marcher, sans perte de temps , sur la capitale même , qui ne pourrait manquer de tomber promptement au pouvoir des assiégeants, parce qu’elle est peu fortifiée du côté de terre ; qu’il n’y avait point de troupes de ligne ; que la milice nationale y était mal organisée el très mécontente; que la ville se trouvait dénuée d’approvisionnements, et que d’ailleurs, peut-être,
les habitants eux-mêmes s’empresseraient d’ouvrir leurs portes.
Des renseignements si positifs et si détaillés , donnés au gouvernement français par des hommes qui connaissaient bien le pays qu’ils avaient administré, firent quelque impression sur lui. Les agents politiques et consulaires que le ministre des relations extérieures avait chargés , par ses ordres , d’entendre les propositions des chefs de l’émigration sarde, et de travailler avec eux au succès de l’expédition , leur firent tracer par écrit le plan d’occupation; et des instructions furent rédigées , de concert entre eux, pour son exécution après la soumission des places de l’île et de la capitale.
Voici ce que portaient en substance ce plan écrit et ces instructions :
Il sera immédiatement formé un gouvernement provisoire, composé de sept personnes, qui administrera, sous les auspices et sous la protection de la république française.
La justice sera provisoirement rendue, et les procès, tant civils que criminels , seront instruits et jugés suivant les lois du pays.
Le gouvernement provisoire nommera les magistrats et les juges qu’il croira nécessaires, tant dans les villes que dans les villages.
Une proclamation sera faite parle gouvernement provisoire, pour assurer la nation sarde que sa re-
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li^on , ses coutumes , et ses propriétés seront resjiectées.
Une autre proclamation annoncera en même temps l’aboliliun des fiefs, des droits seigneuriaux, des prérogatives féodales, et des fidéi -commis de noblesse et de primogéniture.
On fixera l’époque de la convocation des étatsgénéraux , pour proposer à cette assemblée de la nation les réformes analogues au nouvel ordre de choses et au système républicain, ainsi que pour établir une constitution fondée sur les principes de la liberté et de l’égafité , mais conforme aux opinions religieuses, aux usages et aux habitudes locales, tant judiciaires qu’administratives, de la na-. tion sarde.
Les états^énéraux régleront la levée des impôts et contributions, ainsi que celle des subsides que la Sardaigne devra fournit à la république française en cas de guerre, soit en denrées, soit en hommes, soit en argent.
Tl sera fait un traité de commerce, dans lequel on s occupera spécialement de la pêche du thon et du corail.
Il sera stipulé, par un traité exprès , qu’il y aura toujours, même en temps de paix, une garnison française en Sardaigne, et en France des troupes sardes au service de la république.
L’île sera divisée en quatre départements. Le
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premier , celui du Midi , aura pour chef-lieu Cagliari; le second, àes Bouches du Tirse , Oristano; le troisième , de Torrès , Sassari; le quatrième , du Tirse, Orani.
Chaque département sera divisé en districts, lesquels auront pour chef-lieux les villes et villages , qui sont déjà des cantons actuellement existants , ou des sièges de tribunaux. ,
Le conseil actuel de chaque commune deviendra un corps municipal , chargé d’administrer les revenus communaux, de faire la répartition de l’iinpc)t , d’empêcher les vexations des juges , de veiller au bonheur des habitants. Le syndic de cc conseil sera désormais le maire de la commune , et le censeur , établi près de chaque conseil , deviendra le commissaire du gouvernement.
On conservera, comme institution analogue -à celle de la garde natioqale sédentaire , la milice communale, composée d’infanterie et de cavalerie, dans la proportion de la population , laquelle , étant équipée et armée à ses frais , n’est soldée fxir le gouvernemeut, que lorsqu’elle est appelée jjour un service actif, et pendant le temps qu’il dure.
On conservera, par le même principe et comme un établissement tout formé, les compagnies communales des Barracelli, qui, chargées de surveiller les malfaiteurs et les voleurs , jxîuvent être considérées comme une espèce de gendarmerie
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payée par les propriétaires pour la garde de leurs biens
Ce plan d’invasion et d’occupation de laSardaig'ne pouvait être assez habilement conçu , et dans les circonstances d’alors, ne point paraître tout-àfait impraticable ; mais des avances de fonds étaient nécessaires pour en assurer l’exécution , et les réfugiés sardes n’étaient guère en état de s’en procurer par eux-mêmes. Us proposèrent au directoire un emprunt de la somme de 5oo,ooo francs , remboursable quatre mois après l’occupation de la Sardaigne. Ils s’obligeaient , raoyennatit l’avance de cette somme , pour laquelle ils offraient des garanties , non-seulement à procurer la subsistance et les vivres aux troupes de l’expédition pendant leur séjour dans le pays , depuis le moment du départ, mais à pourvoir au paiement de la solde et
' Il a été déjà question dans cet ouvrage, tome I", page a 56, de rétablissement des Barraçelli , dont l’origine remonte au gouvernement espagnol . Les Barraçelli étaient chargés d’arrêter les vagabonds, les voleuis et les malfaiteurs , B Iq condition de les présenter immédiatement aux juges, et de prouver le délit. En leur qualité de garants de la tranquillité publique , ils faisaient des patrouilles de nuit dans les villages et dans les campagnes, et donnaient, au son de la cloche , le signal de la retraite. Res|H>asahles ; par forme A' assurance , de tous les vols commis dans le canton dont la police leur était confiée , ils remboursaient aux propriétaires la valeur de tous les effets dérobés, et en compensation de leurs fatigues et du risque', ils louchaient I ou 3 pour I oo de la valeur des biens de chaqire membre de l’association , suivant les dcclarations enregistrées.
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des traitements, au logement et à l’entretien du corps d’armée , ainsi qu’aux transports qui seraient nécessaires, et aux charrois de tout genre. .
Soit que l’ardeur du gouvernement français pour cette expédition ne fût pas égale à celle que montraient les émigrés sardes, mu qu’il y attachât moins d’importance qu’auparavant , soit que , dans la détresse pécuniaire où il était alors, un demi-million fût un sacrifice que ses finances ne pouvaient pas supporter , la négociation resta au point où elle était parvenue , les préparatifs furent suspendus , et le projet d’invasion s’évanouit avec les espérances et les illusions des réfugiés.
Depuis ce moment, les divers gouvernements qui se succédèrent en France, ne s’occupèrent pas plus de la Sardaigne , que si cette île était effacée de la carte de l’Europe. Les réfugiés sardes ne perdirent pourtant pas courage, et cherchèrent encore, quelques années après, à remettre leur projet sur le tapis. Le moment était bien choisi : les Anglais avaient établi une de leurs principales croisières de la Méditérranée , entre les îles Baléares et la Sardaigne , et tiraient de cette dernière uue grande partie de leurs approvisionnements. Les réfugiés firent représenter au premier consul , qui était fort contrarié de celte prépondérance de la marine anglaise, que la puissance qui serait maîtresse de la Sardaigne le serait, quand elle le voudrait, du com-
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merce de la Méditerranée , de la côte d’Afrique et du Levant ; que , coname les bâtiments de toutes les nations , dans le voyage du Levant et à leur retour, sont presque tous obligés de toucher à quelque point de cette île, une flotille de bâtiments légers, établie entre Cagliari, Saint-Pierre et le cap Carbonara , désolerait la marine britannique , dont elle intercepterait les communications avec la Sicile et Malion ; que la Sardaigne, en chassant les Anglais de ses ports , fournirait exclusivement à la marine françaiseles vivres qu’ils en avaient seuls tirés jusqu’à présent ; et qu’enfin on devait espérer que la France , qui avait dépensé plusieurs millions pour la conquête et la conservation des îles de Malte et de Corse, dont la possession lui était inutile, ne refuserait pas de faire quelques efforts et les sacrifices momentanés qu’on lui demandait , pour l’occupation d’une île pleine de ressources de tout genre, et où elle trouverait, outre l’approvisionnement assuré de ses flottes , de ses armées , et de quelques-uns de ses départements du midi, des avantages incalculables , soit en temps de paix , soit en temps de guerre.
Le premier consul fut frappé de ces considérations , et jugea même un instant digne de son attention le projet sur la Sardaigne , dont l’exécution devait être confiée à son compatriote S^alicetti ; mais , soit qu’il eût remarqué qu’aucune tentative
de la France sur celte île , quoique bien facile , n’avait jamais réussi ‘ , soit que le souvenir de la malheureuse expédition de lyqS, dont il avait été témoin oculaire et acteur , l’eût dégoûté d’en hasarder une nouvelle pour son compte, il abandonna promptement cette idée , ei laissa la maison de Savoie jouir du dernier asile que la fortune lui avait réservé. Les affaires générales de l’Europe , la politique , la guerre et son génie , l’entraînaient dans des entreprises plus vastes et plus périlleuses.
' Les débarquements , faits à différentes reprises par les Français en Sardaigne , furent sans succès. En 1S37 , une division française , aux ordres A' Ândré Doria , jeta sur la côte de la Gallura quelques troupes , qui s’emparèrent de Sassari , nuiis qui furent promptement repoussées par le gou* vemeur d’AIghero, don Zerardo ZetriUas. Antoine de Bourbon, archevêque de Bordeaux , et Henri de Lorraine , comte d’ Harcourt , vinrent en «637 , à la tète d’une expédilioD française , attaquer la ville 'd’Oristano , qu’ils prirent sans résistance ; mais ils ne purent s’y maintenir que quelques jours, et en furent chassés. Tom. I". pag. 47a et 489.
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