LA S A II DA IGNE
Les montagnes.
I.a première chaîne de montagnes commence an détroit de Bonifacio, dont les nombreux îlots ne sont que la continuation de la chaîne qui lui correspond en Corse, et qui ne faisait de ces deux îles qu’un seul et même pajs, avant leur séparation par l’effet d’une catastrophe dont on ignore l’époque.
Partie du nord , appuyant d’abord vers l’est , et ensuite se prolongeant vers le midi, elle traverse l’île dans toute sa longueur, et va gagner la mer - au cap Carbonara.
M. le chevalier de la Mamiora , qui a publié récemment un mémoire géologique sur la Sardaigne, dont nous aurons plusieurs fois occasion de profiter, dit que cette grande masse primitive, qu’il a reconnu être presque en entier de granit, et qu’on peut, à juste titre, nommer le noyau du petit continent sarde, en constitue à elle seule toute la surface centrale.
Une seconde chaîne part du cap de la Frasca, à l’extrémité du golfe dOrislano, et, se dirigeant vers le sud-est, se trouve tout à coup rompue par la grande vallée de Villa- Massargùi, pour reparaître bientôt, et s’enfoncer dans la merau cap Teulada, pointe la plus méridionale de l’île. Les montagnes du SidciselAc Caputerra sont des embranchements de cette chaîne.
Les montagnes de la JSurra , canton inhabité de la Sardaigne , vçrs la partie occidentale de l’île , forment une chaîne particulière , mais de la même nature et dans la même direction que les autres.
Une chaîne de montagnes, qui n’est pas la moins remarquable par son élévation et son étendue , est celle des monts Limhara, qui, se détachant de la grande chaîne principale, s’élèvent presque perpendiculairement au-dessus de la vaste plaine d’Ozieri, ce qui permet de les voir dans tout leur développement.
Les pointes les plus élevées de la chaîne méridionale sont les montagnes à'Jrbus, de Viüacidro et de Gmpini, celles à! Aies et èiUsiU, et surtout la double pointe de Pimta Atcolai et de Genargentu, qui, par l’effet de l’abaissement demicirculaire de l’espace qui les sépare l'une de l’autre, présente à peu près à l’œil la forme d’une corne de bœuf, ce qui lui a fait donner le nom de Corno di Bue, en sarde, Corru Boi.
En allant du midi au nord , les montagnes les plus élevées qu’on rencontre sont celles de Marghine Santu-Lussurgiu , de Monte- Albo , de Monte-Santo, Ae Monte- Leone , Ae Monte-Sassu , de Fillanova , A'Aggius, de la Mineiva , A'Osih et surtout le pic du Gigantinu , qui est le point le plus élevé de la chaîne de Limbam.
Les habitants de ce canton regardent le Gigan-
linu comme le point culminant tle toute l’île. C’est une erreur : il n’a que le second rang , et la première place appartient au Genargentu , dont on vient de parler,. qui conserve la neige deux mois après le Giganlinu ' , et le dépasse de près de six cents mètres. M. de La Marmara croit , d’après ses observations barométriques , pouvoir lui assigner dix-huit cent vingt-six mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer. De sa cime , on peut, par un jour très clair , voir distinctement la mer dans toutes les directions autour de l’ile , et quoique le Limbara borne un peu la vue, on n’en distingue pas moins une partie de la Corse méridionale.
A l’exceptiota de ces deux pointes , toutes les autres montagnes de la Sardaigne sont d’une médiocre élévation , et sont bien inférieures sous ce rapport à celles de l’île de Corse , où commence visiblement la longue chaîne , dont elles sont la continuation toujours décroissante. En général , les hauteurs que les Sardes nomment des montagnes ne seraient considérées , dâns beaucoup d’autres pays , que comme des monticules ou des collines , ce qui donne à leur île un aspect moins sauvage que celui de la Corse , et la fait paraître de loin, en mer , presque comme une surface plane.
' QueViiiofois juM]ii*à U mi-juillpl.
ANCIENWE Et MODEEIVE. 276
De In natute du sol. — Obseivations géologiques. — olcans éteints.
Lç sol de l’üe de Sardaigne , dans les plaines , dans les vallées , sur les coteaux , dans les lieux cultivés , présente toutes les variétés de terres , ou sioiples ou composées , dont la combinaison pro> duit les sels les plus propres à reproduire les végétaux qui appartiennent -à-sa température et à son climat. Toutes les circonstances naturelles se réunissent pour qu’aucune des conditions de succès et de prospérité ne manque à la végétation de ce pays.
M. le chevalier de La Marmora a donné , dans le savant mémoire dont il vient d’être question tout à l’heure; d^ notions précieuses sur la structure géologique de la Sardaigne , et sur la nature des roches dont sont formées ses montagnes. Nous emprunterons les observations sur cette matière que nous plaçons ici , à cet intéressant essai , qui fait vivement désirer la suite et le complément , promis par l’auteur , de ses explorations et de ses recherches.
Jla reconnu que le noyau de la chaîne centrale, qui traverse l’île de Sardajgne dans toute sa longueur , est d’une formation primitive , et composé alternativement , et quelquefois simultanément ,
LA SARDAIONF.
OU par une transilion subite , ou par superposition , de granit et de schiste micacé. On trouve cepeudant , sur quelques hautes cimes , de longues veines de quartz, ou une substance analogue , qui constitue , par suite de la décomposition de ses parties, une pente conique, assez semblable à un amoncellement de débris , provenant de la démolition d’un édifice construit en pierres de taille ou en grosses briques.
A Castel-Doria, auprès de la chaîne du Limhara , est une petite montagne , peu élevée , qui est de la nature du porphyre.. Une autre roche analogue se trouve également dans la partie orientale de l’île , comprise entre le rivage et la grande chaîne granitique de V Ogliastra , jusqu’au cap Carbonaro. L’opinion de M. de La Marmara est que presque toutes les roches de ces contrées sont porphyritiques ; il s’y est confirmé , en voyant les cailloux roulés dont on se sert pour paver la ville de Cagliari , et qu’on va chercher , en doublant le cap Oirhonara , aux embouchures des torrents et des ruisseaux qui tombent de ces régions.
Les principales chaînes de montagnes sont en quelques endroits flanquées ou surmontées de grandes masses de marbre, qui posent tantôt sur , le granit , tantôt siy une argile schisteuse ; d’autres fois ces dernières se rencontrent à la base ’ des montagnes. . . . , ,
AîiCIEÎIJiE ET 510DEr..\E. ‘l’J'J
D’énormes masses calcaires , qui apparlieiinent à des formations bien postérieures , sont également répandues sur la surface centrale et occidentale de l’île. Ces terrains se suivent presque sans intemiptiofl , depuis le cap Santa-Elia près de Cagliari , jusqu’à Castel-Sardo. C’est sur une colline de cell# nature qu’est bâtie la ville de Cagliari , séparée du cap Santa-Elia par une vallée , où se trouve une brèche osseuse , qui paraît s’y être formée par un dépôt d’eau douce dans les fentes et dans les creux de la roche calcaire. Les ossem^ts en assez grand nombre , que l’on y observe, appartiennent principalement à une petite espèce de rongeurs campagnols. On y voit d’autres ossements d’une plus grande dimension , ainsi que des coquilles terrestres , des madrépores , et des dents d’animaux ruminants.
^/e territoire de Sassari , qui est aussi formé d’une roche calcaire , est en quelques endroits plus mêlé de marne et d’argile.
M. de La Marmora a reconnu des volcans éteints sur plusieurs points de l’île de Sardaigne , à Ussana et Monastir, kSardara , et principalement dans les hauteurs d'j^lès , à Bonoiva ,àPuzzo-Major , à S. Lussurgiu , à Keremule , à Padria , à Ploaghe , à Castel-Sardo.
L’action des eaux a tellement opéré sur ces roches , qu’on ne distingue plus guère les cratères.