‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 31 sur 97 · I. A SARDAIGNE · texte numérisé non relu

I. A SARDAIGNE

La forme el la direction des coulées de lave dirigent mieux dans la recherche des bouches ignivores , que l’état actuel de leurs vestiges. On trouve cependant près à' Aies et de S. Lussurgiu , et notamment à Puzzo-Ma/or , des cratères Wen évidents et bien constatés.

Plusieurs de ces volcans ont brûlé à une époque postérieure au dernier creusement des vallées ; mais quelques autres , principalement dans la partie méridionale , à en juger par la nature des laves, ont une origine plus ancienne.

Le pajs compris entre le village (le Nurri et le campidano de Cagliàri appartient à une formation calcaire ; il est composé de monticules offrant communément à leur sommet un plateau formé par une lave bien caractérisée. On donne à ces plateaux le nom de giarm. Telles sont la ^rra de Serti , celle de Gestori , etc. L’inclinaison de ces terrains de l’est à l’ouest, la direction et la qualité des laves , qu’on retrouve sur les cimes calcaires ou marneuses de ces collines , font présumer qu’elles ont une seule origine , et appartiennent à une même coulée venue d’un cratère voisin de Nurri , à une époque antérieure au creusement de ces terrains.

Dans toutes les parties de Vile qui offrent les vestiges de ces anciennes éruptions, on rencontre en grandes masses toutes les variétés de substances

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volcaniques, d^ns lesquelles se lit la preuve matérielle de ces convulsions de la nature. Celles qui abondent le plus sont les porphyres pétrosiliceux , les obsidiennes vertes , noires , vitrées et perlées , les jaspes rouges et jaunes , les pouzzolanes , les laves grises, et les laves basaltiques.

Les plus curieux de ces produits volcaniques sont les laves des hauteurs de San - Lussurgiu , q\iio(frent le plus ordinairement l’aspect de certaines boules à feuillets concentriques, assez semblables par leur structure à celle d’une rose , et les rochers porphyritiques âieSfiint- Antioche, de Saint-Pienv , et de X Isola Piana , qui présentent des prismes , dont les surfaces sont couvertes d’une belle teinte d’un rose vif, relevée fréquemment par des ramifications larges et variées.

Dans ses observations générales sur la géologie de la Sardaigne, M. le chevalier deZa Marmara fait remarquer que les chaînes centrales des montagnes de cette île, dont le noyau est formé de granit , et de schiste micacé, généralement superposé, sont toutes placées dans la même direction , qui est celle du méridien , c’est-à-dire du nord au sud; que l’inclinaison des roches de sédiment parait être presque toujours de l’est à l’ouest ; que la direction des strates ou couches est analogue à celle des chaînes , c’est-à-dire*du nord au sud ; que les terrains dits de semblent occuper une assez

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grande place à la base et au flanc» des différentes masses granitiques et schisteuses ; qu’enfîn les terrains de troisième formation ne se trouvent en forte masse qu’au pied du versant occidental de la grande chaîne principale, et que ce sont eux qui forment les plaines A' Ozieri, ainsi que les monts de Cuglierif de Sassariei de Sorso , sans compter presque toutes les bases sur lesquelles reposent les roches volcaniques.

Après avoir établi ces faits , il est conduit par la simple inspection de l’île de Sardaigne , considérée, soit géologiquement, soit géographiquement, à faire l’ingénieuse application à celte île du système non moins ingénieux , développé dans un ouvrage de M. Charp'entier , sur la constitution des Pyrénées.

Ce savant supposait qu’à une épol|ue antérieure à la formation des autres roches, qui lui sontadossées, la chaîne granitique primitive des Pyrénées a subi des dégradations causées par une puissance , comme par exemple celle des courants , qui, agissant horizontalement du nord au -sud, a rompu son faîte en beaucoup d’endroits, et l’a échancrée jusqu’à de grandes profondeurs.

Parti de cette idée, M. de La Marmoray raisonnant par analogie et par la comparaison qu^il fait de la structure géologique respèttivô des Pyrénées , de la Corse cl de la Sardaigne, en conclut que cette

dernière île offre toutes les conditions de l’hj'pothè^ de M» Charpentier.

Voici comme il établit, à ce sujet, ses conjectures.

Si la grande catastrophe , qui a dégradé la forme primitive des Pyrénées, a réellement pu exercer de tels ravages, qn doit en reconnaître les traces en Sardaigne , puisque cette île n’est pas à une distance bien considérable de cette partie du continent.

La puissance supposée des courants , agissant dans la direction du méridien , paraît indiquée par la forme des chaînes de montagnes de la Corse et de la Sardaigne , et peut-être encore par celle de ces îles considérées dans leur entier.

En examinant la forme actuelle du noyau de granit et de schiste micacé , qui compose la chaîne centrale et primitive de la Sardaigne, et le parallélisme de ses différentes crêtes, telles que celles du Sarrabus , àeVOgUastra, etc., on ne peut se défendre de l’idée d’une force érosive, ayant agi dans la direction du méridien.

On s’explique alors pourquoi l’île de Corse, en éprouvant le premier choc du courant dévastateur, a pu être bien plus maltraitée que la Sardaigne, et comment, en servant pour ainsi dire d’estacade à la masse primitive de cette dernière, elle en a couvert la partie qui lui correspond exactement en largeur et en direction. Tout ce qui n’étail pas

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défendu par l’île de Corse fut rongé ou détruit. Ce qui fut le plus exposé à la violence de ce pouvoir irrésistible fut emporté et balayé , à l’exception d’une petite masse granitique qui, résistant à ses efforts, forma l’île de \ Asinara , et fut, pour la petite chaîne de la Nurm ce que l’île de Corse fut pour la grande masse centrale de la Sardaigne ; le reste fut seulement sillonné.

De là ce canal bien marqué , ou pour mieux dire, cette absence totale de roches primitives, que l’on voit au pied occidental de la chaîne granitique de la Sardaigne. C’est alors que le sillonnement aura eu lieu par l’effet du même courant. Amorti par la résistance des grandes masses de l’île de Corse, il n’aura pu exercer, sur le centre de la Sardaigne, les ravages qu’il fit où il la trouva découverte. Peu à peu le calme se rétablissant , se sont formés, avec les débris des roches primitives , les terrains dits de transition.

La seconde catastrophe, que MM. Charpentier gI àc'La Marmara jugent être arrivée après le dépôt des terrains secondaires, paraît également marquée en Sardaigne par la position et la quantité de ce qui reste en ce pays des roches de cçtte formation , qu’on ne remarque guère qu’à deux parties des flancs de la grande chaîne, La cause de cette seconde destruction a été probablement la même que celle de la précédente, c’est-à-dire un courant

rnû dans la même direction , sur les effets duquel aura encore influé la position géographique de l’ile de Corse.

C’est ainsi, dans le système du savant écrivain , qu’auront été détruites , emportées , ou réduites en terrains de transport, ces masses de chaux carbonatée , compacte , qui , d’après les lois de la fluidité , doivent avoir occupé un si grand espace sur toute la surface de l’île, et dont il ne reste plus que de faibles échantillons. D’autres sédiments auront ensuite eu lieu , et de nouveaux dépôts calcaires auront rempli, mais seulement à une certaine hauteur, le vide formé par le canal. C’est alors apparemment qu’ont été déposés ces terrains de calcaire plus grossier et de craie , qui se rencontrent , presque sans interruption , depnis Cagliari \ns<\v{’k Castel-Sardo , à l’autre extrémité , et qui sont maintenant recouverts en partie par des produits volcaniques.

M. de La Marmara reconnaît , d’après certains accidents de terrain du Campidano de Cagliari et àiOristano, une troisième vicissitude, qui a succédé à la seconde formation, et qui, bien que partielle, a été aussi l’effet de l’action d’un courant. Il se livre, sur ce sujet, à des conjectures fort bien raisonnées, et qui nous paraissent offrir beaucoup de probabilités, mais dans lesquelles iCne nous convient pas ici de le suivre.

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