LA SA KD A I GH E
du comte, dont les dispositions ne paraissaient rien moins que favorables aux prétentions de la maison d’Autriche.
Ce ministre lit voir en effet qu’on avait eu raison des deux côtés de se défier de lui , et il trompa toutes les ambitions. S’étant aperçu que le roi avait une répugnance à peu près égale pour Versailles et pour Vienne , et qu’il montrait un penchant décidé pour la maison de Bavière , il agit en courtisan habile, qui sait, en ménageant le présent, travailler pour l’avenir, et fit soumettre au roi , comme le résultat d’un conseil privé , où l’on avait discuté librement tous les droits et toutes les convenances , la proposition de renouveler son testament en faveur du prince électoral. Oropesa, en flattant le roi régnant , croyait en même temps s’assurer pour l’avenir les bonnes grâces de celui à qui son zèle aurait procuré cet immense héritage. Aussi eut-il soin, dans le second testament qu’il fit signer au faible Charles II, de faire ordonner qu’il aurait la direction des affaires pendant la minorité.
Le nouvel acte, qu’on tint d’abord très secret, et dont la connnaissance fut dérobée à la reine elle-même, finit par n’être plus un mystère, et toute l’Europe en fut instruite. L’empereur en fut indigné. Louis XIV feignit de tout ignorer , ou n’en montra du moins aucun ressentiment , comme s’il eût été sûr que l’avenir était à lui.
ANCIJÎNÎUÎ ET MODEREE. 1”
Le> chefs du parti français , qui étaient le cardinal/*ortocar/e/t>^ archevêque de Tolède, le grandinquisiteur Rocaberti , et le père Fmjrlan-dias , confesseur du roi , imaginèrent , pour contrebalancer l’ascendant du présidenUde Gistille , une intrigue ridicule-, tout-à-fait indigne de la cause qu’ils servaient. Ils firent répandre le bruit que le roi était ensorcelé , et que c’était la véritable cause de la facilité avec laquelle il se laissait gouverner. On attribuait cette œuvre diabolique à la reine , à l’Ainirante et au comte A'Oropesa. Le confesseur, loin de'réfuter ces bruits indécents, parut les appuyer de son témoignage et de son aveu , quand on vit qu’il se mettait en devoir d’employer les exorcismes et tous les autres moyens que prescrit rÉglLse pour expulser le malin esprit.
L’archevêque de Tolède et le grand-inquisiteur approuv'erenV hautement ce manège du confesseur , afin que Vusage du remède donnât au mal de la publicité , et que le peuple détestât davantage et le gouvernement et la reine. Cette princesse était irritée de cette intrigue ; mais elle n’osait s’y opposer, dans la crainte d’être accusée de ne pas vouloir le soulagement des maux du roi , et d’accréditer par cette résistance des bruits qui n’avaient déjà fait que trop de progrès.
Le roi , que sa faiblesse mettait hors d’état de raisonner çt de penser , permit les conjurations ou