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exorcismes; el les expressions terribles qui furent prononcées, suivant le formulaire , ne le laissèrent pas douter un instant qu’il ne fût possédé du dé' mon. La frayeur dont il fut frappé augmenta encore sa mélancolie , et le réduisit à un état si déplorable , que la majesté royale ne pouvait qu’en être avilie.
Les meneurs de cette basse intrigue , voulant la conduire jusqu’au bout , eurent recours à un nouveau moyen pour mettre au grand jour la prétendue vérité de l’ensorcellementdu roi , dans l’espoir que la perte de leurs rivaux èn serait le résultat. On disait alors qu’il y avait une femme possédée du démon , à Cangas , ville des Asturies. Il fut convenu que le confesseur Froylan-dias enverrait demander au démon la véritable cause des souffrances du roi. On fît avouer sans peine .V l’ange des ténèbres que le roi était ensorcelé ; mais quand il s’agit de répondre aux questions qu’on lui faisait pour connaître les auteurs du mal, l’esprit malin , à qui on avait soufflé les noms de tous ceux qu’on voulait perdre , eut la maladresse de donner une liste de dénonciations qui compromettait un trop grand nombre de personnes considérables ; la nature de cette intrigue parut trop audacieuse, et la ruse trop grossière. La reine obtint de son mari qu’il chasserait un confesseur qui correspondait trop bien avec le démon , et elle le fit remplacer
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par le père Torrez , dcMninicaia comme lui , que lui avait procuré VAmù'anie de Castille , son favori.
L’exil du confesseur n’empécha point le parti de poursuivre sa route , et de marcher à son but. Ce parti fit même en ce moment deux acquisitions précieuses. Don Manuel Arias , ancien président du conseil de Castille , et don Francisco RmquUlo , qui venait de remplir la charge de corrégidor de Madrid, et s’était fait chérir du peuple, se joignirent au cardinal et au grand-inquisiteur. Le principal objet de cette association n’était encore en ce moment que do renverser VAmirante et le covaie A' Oropesa J qu’on regardait comme des obstacles placés sur le chemin de l’ambition^ Ronquillo ne tarda point à se faire de sa popularité un instrument de succès. Il faisait circuler â dessein les nouvelles les plus alarmantes , les bruits les plus fâcheux. Il affectait de paraître vivement touché des maux du peuple , et la douleur qu’il en ressentait lui arrachait fréquemment des larmes. La disette qui allligea l’Espagne , cette année (ifigg) , favorisa merveilleusement ses projets. Le prix de la farine et de l’huile était fort augmenté ; le peuple murmurait. On attribuait cette cherté à la permission donnée par le comte d’Om- /jcsa, allié de la maison régnante de Portugal , d’exporter des grains dans ce pavs, et on donnait
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comme un fait certain que la comtesse , sa femme, avait fait acheter pour son compte toute l’huile de l’Andalousie , spéculation d’accaparement qui lui procurait des bénéfices énormes.
On se répandait en plaintes plus graves sur toutes les matières d’administration et de gouvernement. On disait hautement que la justice était bannie des tribunaux , que les faveurs et les emplois se vendaient publiquement , que le roi était trompé , que le royaume était en proie à la plus affreuse servitude, que les ministres les plus zélés avaient été renvoyés pour que rien ne fît plus obstacle à la tyrannie , et que les oppresseurs du peuple avaient pour but de le tenir accablé sous le poids4le la misère et de la famine.
Au milieu de cette effervescence des esprits , il ne fallait qu’une circonstance fortuite pour produire une explosion ; elle se présenta. Un alguasil maltraita sur la grande place de Madrid une marchande de légumes ; cette femme se répandit en injures contre le corrégidor Kargas, qui était présent. Il eut la prudence de se retirer , comme s’il n’eût rien entendu ; mais la populace le suivit, en le chargeant d’invectives et de malédictions. Le bruit et la curiosité au^rnenlèrent la foule; l’insolence de cette multitud^ éclata en cris menaçants, et donna bientôt ^ ce rassemblement le caractère d’une révolte ouverte. Les séditieux ,
pour s’appuyer de quelques motifs, demandaient </« pain J et se croyant justifiés par des acclamations de wve le roi, ils exigeaient en même temps la mort du comte d’Oropesa.
L’aveugle fureur des révoltés les conduisit jusqu’à la place du Palais-Royal. Le roi fut épouvanté ; la reine se cacha dans le fond des appartements les plus reculés, les gardes prirent les armes, et se saisirent des portes; mais le peuple ne songeait pas à les attaquer; il demanda que le roi parût à un balcon. On répondit qu’il dormait. IL y a trop long- temps qu il dort , s’écrièrent les révoltés; qu’il s’éveille. Sur leurs instances réitérées , il fallut bien que le roi, quoique environné de la noblesse qui était accourue au palais, leur donnât cette sar tisfaclion.
Quand le roi tremblant se fut décidé à se faire voir, des millions de cris s’élevèrent pour demander du pain. Le grand-chambellan, comte de Benavente , répondit qu’on devait s’adresser au cAimte d’ Oropesa , que ce soin regardait. Les furieux crurent qu’on leur permettait un crime, et que même on les invitait à le commettre ; ils coururent, transportés de rage, à la maison du comte, et y mirent le fei , en chargeant son nom d’imprécations et d’injrres, et en demandant sa tête. La maison était dépendue par les domestiques et par les amis du comte, qui, prévoyant le désr
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ordre, s’y étaient rendus. En repoussant ceux qui voulaient forcer la porte, ib tuèrent quelques-uns des plus acharnés. Le comte, sa femme et ses enfants se sauvèrent par les toits des maisons voisines.
Le roi, informé de ce qui se passait, voulut , pour calmer la fureur du peuple, qu’on lui ouvrît les portes de la maison , et en donna l’ordre formel. Au défaut du maître qu’on cherchait, on 86 jeta sur les meubles; comme c’était plutôt la rage que l’avidité qui animait les séditieux , il y eut moins de pillage que de destruction ; tout fut déchiré , brisé , mis en pièces. On entendit, dans le tumulte , des plaintes graves contre la reine , contre le père capucin Chiiisa, son confesseur , et surtout contre l’Amiranle, que les révoltés auraient immolé, s’il était tombé entre leur mains.
Ronquillo, que le roi, pressé par les cris du |)euple , venait de rétablir dans la charge de corrégidor de Madrid , parut à cheval , un crucifix n la main, au milieu de la foule insurgée, dans l’espérance de l’apaiser. On ne put y réussir, même en portant le Saint-Sacrement. Un moyen que quelqu’un eut la bonne idée d’employer eut plus de succès. Une voix , sortie du palais, fit entendre qu’on allait attaquer les révoltés avec deux cents chevaux que le roi avait rassemblés dans la cour. Cette crainte et les approches de la nuit
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mireot fia au tumulte, et la multitude s’écoula insensiblement.
Le conseil de Castille vint le lendemain supplier le roi de lui permettre de soutenir son président. Aucune des considérations prises dans le danger d’obéir à une populace mutinée, et même dans la dignité de la couronne, n'eut assez d’empire sur le roi pour l’empêcher d’abandonner lâchement et de sacrifier son ministre et son favori ; ü n’était pas encore revenu de la peur que lui avaient faite les événements de la veille. Le cardinal Portocarrero, qui avait bien ses raisons pour entretenir ces frajeurs dans l’esprit du roi, lui avait suggéré l’ordre d’exil du comte à'Oropesa et de l’Âmirante. Il fut d’autant plus facile au cardinal de pousser ce faible prince à une résolution ri déshonorante, que la consternation où il était ne lui laissait ni la force de délibérer, ni la facuite' d’assembler deux idées.
Portocarrero sut profiter des avantages que la fortune lui offrait; son ami don Manuel Arias fut une seconde fois pourvu de la présidence do conseil. On confirma Ronquillo dans la charge de corrégidor. La face des affaires changea avec ceux qui parvinrent à la faveur. La reine, épouvantée 'des scènes tumultueuses dont elle avait été témoin , cessa , ostensiblement du moins , de prendre part aux affaires publiques.
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C’est «ians ces circonstances que mourut en bas âge, à Bruxelles, le prince électoral de Bavière ,
« désigné par Charles II comme l’héritier de la couronne. On accusa hautement d’un crime atroce la maison d’Autriche , comme étant immédiatement intéressée à se débarrasser d’un concurrent si favorisé. Le public , toujours prêt à croire aux forfaits de ce genre, accueillit avec avidité ces bruits injurieux; l’électeur lui-même fut entraîné assez loin par le sentiment de sa douleur paternelle , pour donner à cette calomnie un caractère officiel.
Il dit dans un manifeste « que l’étoile de la mai- » son d’Autriche , étoile fatale à tous ceux qui » font obstacle à l’agrandissement de cette maison,
« avait enlevé le jeune prince par une maladie »• qui avait souvent sans péril attaqué son enfance,
» avant qu’il fût destiné à porter la couronne d’Es- « pagne. »
La Bavière se trouvant mise ainsi dans un instant hors de concours, le parti de la Fr^nce et celui de l’Autriche se trouvèrent désormais seuls sur les rangs. La nécessité de faire un choix se présenta à l’esprit du roi, accompagnée de circonstances plus graves, qui ne firent qu’augmenter ses irrésolutions, et les anxiétés des prétendants.
Les partisans de l’Autriche perdaient tous les * jours du terrain. Les pesantes fanfaronnades et les intrigues sourdes des officiers de l’ambassade.
l’aigreur de caraclère et les emportements de la reine , les prétentions et les hauteurs mal dissimulées du cabinet de Vienne , et ce qu’ôn racontait de l’archiduc Charles , qui appelait toujours d’un nom injurieux les Espajjnols sur lesquels on voulait le faire régner , ruinaient de plus en plus la cause de l’Autriche. L’ambassadeur d’Espagne, qui avait à se plaindre de cette ’cour, écrivait que les ministres de Léopold avaient l’esprit comme les cornes des chèvres de son pays , petit , dur et lortu. Rappelé à Madrid , il n’eut rien de plus à cœur que de rendre les Allemands aussi odieux que ridicules.
Le parti français, au contraire, fort de tous les droits de la nature , de la politique et de la raison , gagnait par la conviction tous les esprits , et tous les cœurs par la séduction. Il avait l’avantage de compter parmi ses chefs les hommes les plus actifs , les plus ambitieux et les plus habiles.
Charles II était peut-être le seul homme de son royaume qui ne se fût pas prononcé encore pmir l’urtdes deux grands prétendants , et qui fût , pour ainsi dire, resté neutre dans une affaire qui le touchait de si près. Ce prince ne savait ni aimer ni haïr. Il avait peu d’amitié pour la maison d’Autriche ; mais sa haine pour la maison de Bourbon n’était pas bien vive : seulement il se croyait jaloux de Louis XIV.