‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 41 sur 97 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Dm anrieiM édifices publics , et des ruines et restes de rantiqiiilé.

Lb temps a dévoré les édifices et les monuments de tous genres', dont les-anciens habitants de la Sardaigne l’avaient couverte aux époques de se.s prospérités du premier âge Les invasions des Barbares et les guerres de rivalité, qui ont désolé cette lie pendant tant de siècles , ont ajouté à ses ravages , et ont complété l’ouvrée de la destruction. On ne trouve plus guère , dans les parties même de l’île qui furent autrefois les plus florissantes , que des débris dispersés et des ruines informes.

De ces vénérables restes de l’antiquité , les phis curieux sans contredit , et en même - temps les mieux conservés , sont ces monuments jusqu’ici peu connus , ou regardés comme d’une origine incertaine , dont il sera spécialement question dans

• Âriitote (lit qu’on voyait en Sardaigne un grand nombre de beaux édifices du temps des anciens Grecs : Ântujuorum tedifieia mattà pulchraque gracorum. — De mirabilib. auscnltat.

le chapitre suivant , et qui remontent aux temps où les plus anciennes colonies grecques vinrent apporter en Sardaigne les premiers arts et les lumières naissantes de la civilisation.

De tous ceux qn’on sait avoir été élevés en grand nombre depuis les expéditions primitives des Grecs jusqu’à Rétablissement des Romains , on n’en trouve plus aucune trace matérielle. Hormis quelques médailles puniques , fort rares , rien ne rappelle , sur le territoire des anciennes villes de Calam et de Sulci , bâties ou rétablies par les Carthaginois , aucun souvenir de ce peuple. Les temples élevés à Sardus ou Sardopator , où on l’adorait encore du temps de Ptolémée ^ n’existent plus , depuis bien long-temps sans doute , et le cap de la Fmsca n’offre pas le moindre vestige de son célèbre mausolée.

Il est , à l’entrée des montagnes , entre les villages de Laconi et de Sorgono , une construction fort singulière , qu’une vieille tradition du pajs fait appartenir aux temps fabuleux , et' qu’on appelle lô palais de Méduse , sa domu de Médusa. Si c’eût été réellement la demeure de la fille du roi J^horcus , il faut convenir que cette princesse eût été bien mal logée. C’est une espèce de château , taillé dans le roc avec assez d’art , inaccessible par derrière , lisse et comme poli sur le devant , et qui n’a qu’une seule fenêtre vers son sommet, avec

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un énorme anneau de cuirre attaché à la muraille. On ne peut le voir qu’à l’extérieur , attendu que les éboulements de terre en empêchent totalement l’entrée. Le chevalier , savant antiquaire,

et consul d’Espagne à Caglian , a jugé la maison de Méduse une construction du moyen âge ; ce qui n’empêche pas qu’elle ne donne lieu à beaucoup de conjectures dignes d’attention.

Les portions d’édifices et les ruines en petit nombre qui existent encore dans les lieux habités . ou dans leur voisinage , appartiennent à l’époque de la possession des Romains , et portent , comme dans tout le reste du monde , le caractère de grandeur ou d’utilité publique , que ce peuple attachait à ses ouvrages. Les bains d’eaux minérales et thermales', si nombreux et si bien tenus de lenr temps en Sardaigne , furent ornés et embellis par eux avec tout le soin qu’ils mettaient à ce genre d’établissement. On trouve à Fordongianns , qu’ils appelaient Aquœ Hypsilanœ , ou forum Trajani , des restes qui indiquent de la magnificence. Ils avaient construit sur le llijrsus , aujourd’hui fleure d'Oristano j un pont d’une belle architecture , qui conduisait à ces bains , et dont il existait encore, à la fin du siècle dernier , une très belle arche, quia été abattue pour la constructiou d’un pont moderne

‘ Les marc|iiU d’Orutaiio avaient çommencù la démolition di ce bel ou-

A N Cl EK NE K T MODE H NE. ÔJO

On trouve aussi à Berietutti et à Sardara , des restes de bains antiques, du même temps. On voit encore aujourd’hui, en dehors de la ville ^ Oristano, presque à l’embouchure du 2'irso , un pont qui passe pour être d’architecture romaine. Ce jxinl faisait partie de la communication que les Romains avaient établie , sur toute la longueur et d’une extrémité à l’autre de l’île, entre les deux importantes villes de Camlis et de Turris Lyhisonis , au moyen d’une route pavée , suivant leur admirable méthode, et dont quelques fragments ont été découverts et mis à profit , sur la ligne de la nouvelle route projetée et commencée entre CagUavi et Sassari.

Le pont jeté sur le Turritnno, ou rivière de Terre , est un ouvrage des Romains. On retrouve aussi des ruines et des colonnes encore debout à Macomer, un môle, des pans de murailles , toute la partie inférieure d’un assez vaste édifice , et le tracé des rues d’une ville à Saint - Antioche , au bord du golfe de P aimas , sur l’emplacement où nous venons de dire qu’était Suivi.

Il n’y avait aucun des travaux publics des Romains , auxquels ils attachassent plus d’importance , qu’à la construction des aqueducs , parce qu’ils regardaient , avec raison , comme néces-

Tragc des Romains , ]Hiur forcer, |)ar la niplui'c dis commiiiiiralioDS , 1rs Toya{;eiirs qui allaiuiil de CagUari à Sassari, de passer par leur \iI1c.

saire à la conservation de la vie , l’usage xles eaux saines et pures. Ils ne pouvaient pas négliger^ces précautions dans un pays où la prudence'^les commande si impérieusement. Aussi trouve-t-on à Termnova , qui est l’ancienne CVbia ,, des vestiges d’un aqueduc romain , et entre Sassaii et Porto- Totre , les restes imposants de celui qui conduisait l’eau de la fontaine , dite yicqua Chiara , près la première de ces villes , à Turris Lybisonis , et qui était soutenu , pendant on espace de douze milles , par des arcs dont un grand nombre est assez bien conservé. Celui de la ville de Nom , dont on voit encore des ruines intéressantes, à côté des débris d’un amphithéâtre , de quel- .ques édifices , et d’un vieux môle , devait avoir aussi de la grandeur. Mais de tout ce que les Romains firent en Sardaigne pour la direction des eaux , l’aqueduc de Cagliari est sans contredit celui dont les restes sont les plus curieux à visiter.

L’eau qu’il amenait à la capitale était prise à Santa Maria di Siliqua, c’est-à-dire à une distance de .près de cinq heures de chemin. Il avait fallu , pour maintenir le niveau , tantôt percer des rochers, tantôt creuser la terre à quarante-huit pieds de profondeur , tantôt élever des arcs à une hauteur pareille. L’eau coulait par un canal soigneusement construit, de sept pieds de haut, et d’une largeur proportionnée. De distance en distance on avait

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pratiqué de petits puits ou citernes , pour- recevoir les corps étrangers et les sédiments. Ce canal est bâti en briques et en tuiles , sur chacune desquelles on voit très-distinctement , soit le nom du fabricant de terre cuite qui les a fournies, soit rensmgne ou la marque de cette fabrique

Pendant cette série de calamités qui accablèrent la Sardaigne après la chute de l’empire romain , l’aqueduc de CagUari , négligé , oublié , détruit même avec intention par les Barbares , ou par les - Pisans et les Génois, en ce qui était du moins hors de terre , m’existait plp s que dans le souvenir des hommes et dans les vieilles chroniques, lorsqu’on 1761 , sous la vice-royauté du comte Tana, qui fit faire des fouilles, on en découvrit une longue poTÜon souterraine. La ville a fait déblayer le sol , et les curieux peuvent aujourd’hui visiter dans toute leur étendue ces précieux restes de l’an: tiquité.

Les guerres , les invasions et l’ignorance , qui n’est pas un fléao^ moins destructeur , ont fait dis-

’ Ces ûadications sont variées. Sur une grande partie des briques , on lit en caractères romains , d’un côté les lettres D O L qui sont les initiales de ces mots de officind Uterariâ , et de l’autre VERI ACTEARINI LUCILLAE. On voit sur d’autres la figure gravée d’une comète , et sur la face opposée de la brkpie , ces mots ; DOMITIEA LUCILLEA EX FIGLINIS ANI- NIAWIS, ou bien QUARTIONIS EX nOLINIS LUCILLAE. Domitia Lu- <-iUa , qui avait la fourniture des briques pour l’aqueduc de Caraüs , était fabricanle de terre cuite , à l’enseigne de la Comète.

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