‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 44 sur 97 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

MédaiHes. — Inscriptions. — Mosaïques. — Vases et pierres gravées.

Les vicissitudes et les calamités de tout genre , qui ont empêché la Sardaigne de consei^ver les édifices dont elle fut autrefois ornée, ont agi par la même raison sur les inscriptions , les vases et les mosaïques qui les décoraient. Les monuments de ce genre y sont aujourd’hui fort rares ‘ .

Il n’en est pas de même des médailles , dans le sens où l’on entend par ce mot des monnaies antiques. On a trouvé autrefois , et l’on trouve encore tous les jours, dans les lieux où l’on sait que Rirent de grandes populations , des monnaies du

■ ’ Il y avait encore en Sardaigne , et notamment à Cagliari , du temps de la conquête des Pisans , de beaux restes de l’antiquité. Ces nouveaux maîtres envoyèrent sur le continent , comme autant de trophées, une grande quantité de vases, d’idoles, de toutes sortes de fragments précieux , auxquels les gens du pays n’attachaient pas beaucoup d'importance , ou qu’ib n’osaient pas disputer à la rapacité du vainqueur. Les vice-rois espagnols ^ suivant le même système pendant plusieurs siècles, ont achevé de dépouiller la Sardaigne. Ses richesses en antiquités et en archéologie ont fini par aller SC i>erdre dans les galeries et les cabinets de l’Italie et de l'Espagne.

ANCIENNE ET MODERNE. ÔqS

peuple Romain , de toutes les époques de sa domination , surtout de celle du bas -empire, et des pierres gravées.

De tout ce qu’on a recueilli en fait de médailles, trois seulement, fort differentes de mérite entre elles , appartiennent en propre à la Sardaigne, ou du moins ont pour elle un intérêt particulier. Ce sont les trois seules que nous donnions ici ‘ , attendu que les autres n’ont pas de rapport spécial avec le sujet qui nous occupe.

La plus ancienne de ces médailles est punique, et du temps où la ville de Caralis , colonie grecque , était déjà en la possession des Carthaginois. Elle représente d’un côté la partie antérieure du corps d’un cheval , ayant pour légende le mot KARALITON , en caractères grecs, et un vase au revers. FroUch^, Hardouin^, et Gollùus^, ont inséré cette médaille dans lèurs ouvrages numismatiques. Le père Stefanini ® observe que les armoiries de Carthage étaient une' tête de cheval ®.

’ Planche i'*.

' Notit. elemenl. namismatum. Ab Eratmo Froüch.

’ Nummi antit^. popul. et urb. .

^ Grcciæ ejusque insular. numis. tab. aS , nom. ai. Ab Uberto Golzio,

‘ De veteribus Sardinis laudibtu.

* Quo primùin jaclati undis et turbine Poeni Effodére loco signum , quod regia Juno Monatrarat caput acria equi ; sic nam fore bello Egregiam , et facilem victu per accula gentem.

Vrabii.. , Æoeid.

r.A SARDAIGNE

Le chevalier Mameli ' , par un rapprochement assez curieux, suppose que l’ancien mot sarde calarina ou calavrina, qui veut dire un cheval , vient de l’antique karalilon.

La seule médaille nationale sarde qui nous soit restée de l’antiquité , car la précédjente est particulière à la ville de CagUari, est celle qui représente le préteur romain Âtius Balbus, au revers de la figure du dieu Sardus. On voit d’un côté une tête juvénile, couverte d’une espèce de bonnet surmonté d’une aigrette de neuf plumes ou rayons , et le sceptre au-dessous avec la légende SARDVS PATER, et au revers une tète imberbe, tournée à gauche, avec la légende M. ATIVS BALBVS PR.

Les Sardes, voulant témoigner leur satisfaction et leur reconnoissance de la bonne administration du préteur Atiu^ Balbus , ne crurent pas pouvoir exprimer leurs sentiments pour lui avec plus de délicatesse, qu’en l’associant sur leurs pièces de monnaie au dieu Sardus, leur fondateur et leur père. Ce nom de père était donné à Sardus, suivant le géographe PtoUmée, dans les temples où on l'adorait *. C’est celui que décernaient les peuples de l’antiquité aux héros et aux dieux, dont

' Caru de lo(;u illuslrala.

* Sardopittoros leron. Ceog. , lih. iii ^ caj». 3.

ANCIENNE ET MODEKNE. Ô9D

ils tenaient leur existence sociale. Les Sardes avaient Sardipiler, comme les Romains avaient Marspiter et Liberpiter.

Telle est l’explication qu’a donnée André Morell de celle médaille intéressante , qu’il a décrite *, et dont le cabinet de la bibliothèque du Roi de France possède trois répétitions , avec des variântes en ce qui touche l’âge et la légende

La troisième médaille dont nous avons à parler est, par son importance numismatique , fort inférieure aux deux’ précédentês j mais elle est anecdotique , et sous ce rapport elle est aussi curieuse qu’elle est rare.

Le chevalier Baille, consul d’Espagne en Sardaigne, estle premier qui, dans une dissertation, datée de 179a , ail publié la médaille de Lucifer, avec un dessin exact sur lequel le nôtre est calqué , et qui ait montré dans son examen de là raison et de la critique.

Cette médaille, qui est d’argent,' est de la grandeur et du poids d’une de nos pièces d’up franc.

' Thésaurus numismaticas Morellianus.

* Ce n’est pas le seul exemple d’un pritenr romain , dont l’effigie soit associée sur des monnaies à celle des dieux du pays <]u’il avait gouve|né. On cite un certain Cornuficius , préteur d'Afrique , qui est accolé à Jupiter Amman.

Cronovius a fait graver un médaillon de Sardipiter dans le i'’' lon>n ili- ses Antiquités grecques.

LA SARDA IGN R

Elle s’interprète ainsi, et M. jffa/Zfe adopte cette explication : FELIX CALARis Beat/ LVC/FeR/ fîanctitate. Calaris heureuse par la sainteté du bienheureux Lucifer.

' Il est nécessaire, pour sa complète intelligence , de dire quel étoit celui dont la sainteté , constatée par une médaille, étoit uù si grand sujet de joie pour Cagliari.

L’évêque Lucifer, dont la patrie est ignorée , et qui n’est désigné que par ce seul nom dans l’histoire ecclésiastique élu Bas-Empire , occupait , dans le quatrième siècle , le siège épiscopal de cette ville, où il mourut en 370. Il était en 555 au concile de Milan , où il soutint avec tant de véhémence et d’énergie la cause de saint Athanase , que Fempereur Constance, irrité de son zèle peu mesuré, l’envoya en exil. Sa fougue et son emportement excitant des dissensions et des troubles partout où il se trouvait, on fut obligé de changer quatre fois le lieu de son bannissement. Rappelé par Julien en 36 1 , il trouva à Antioche , où il alla, l’église divisée , et ne fit qu’augmenter le schisme. Séparé de sa communion, malgré tout ce que firent pour le ramener, le pape et le concile d’Alexandrie , Lucifer se retira et alla mourir à Cagliari '.

’ Il reste de lui cinq livres très vimlents contre l’empereur Coiulanct. On a imprimé à Paris, eu i568 , quelques autres ouvrages de iMci/er. I.es

Le schisme qu’il avait allumé lui servécut. Peu tl’évêques l’embrassèrent ; mais on comptait un grand nombre denses sectateurs et disciples^ qu’on appelait Lucifériens, parmi les simples prêtres et les diacres, dans le peuple du clergé. Il y en eut un grand nombre à Rome, en Orient, en Afrique, en Espagne, et surtout en Sardaigne. Sa mémoire est restée en vénération dans cette île , particulièrement à CagUari , son ancien siège épiscopal, où il est établi, comme tradition, qu’il est au nombre des saints , et où l’on célèbre sa fête, le 20 mai, dans une église qui est sous son invocation.

Après douze siècles écoulés , la question de la sainteté de Lucifer fut remise sur le tapis , au commencement du dix-septième , par- la postérité de ses sectateurs, et controversée avec une chaleur extrême. Les querelles auxquelles cette polémique donna lieu furent si violentes, si folles et si scandaleuses , que le pape Urbain VIII fut obligé d’interposer son autorité pontificale^ et de les prohiber.

Don Ambroise Machin^ archevêque de Caglian , se distingua particulièrement dans cette lutte. Se croyant plus intéressé que personne , et même

frères Colttti de Venise , ont donné, en 1778 , une édition complète de ses œuvres , in-fob'o.

LA SAUDAIGNE

engagé par devoir à défendre la mémoire de son célèbre prédécesseur, il publia, en i63g, un volume in-folio , pour prouver la sainteté du bienheureux prélat

Parmi les preuves qu’il donne, dans cet ouvrage, de l’ancienneté du culte de Lucifer, il cite la découverte miraculeuse, et récemment faite à Rome, à’une médaille d’ar^nt d’une haute antiquité, on le saint est, pour ainsi dire, rendu à la vie ei à la vénération des fidèles. II ajoute que ce précieux monument , fruit des recherches et des soins du père Melchior Inchofer, jésuite autrichien , est entre les mains de ce religieux , et il rapporte un acte authentique, par devant notaire, qui constate la découverte.

La médaille , copiée sur le dessin , d’ailleurs fort différent de l’original dans le module et le tjpe, qui avait été donné par l’archevêque Machin, a été insérée au recueil des Bollandisies

De touslesécrivainssardes. Vitale, Vico et Cossu sont les seuls qui en aient parlé, en la citant , les deux premiers comme une preuve, le dernier comme un fait.

' Defensio sanctilatis beati Ludjeri,... in duos libros divisa.... auctorc et propugnatore in romani curii doin. fr. Amb. Machin , archiepiscopo Calaritano. Ca/ori , i63g, in-fol.

’ Acta sanrtoriim Maii, tom. quintus , p. 218.

Le volamineux panégyrique de don Ambroise Machin renferme une dissertation de l’évêque de Vaison, Suarès, sur la médaille de saint Lucifer, et, à la suite, une notice àüOrazio Quaranta, jésuite napolitain. Ce dernier en détermine l’âge hardiment , et déclare qu’elle a été frappée à CagUari, en 673 , sans s’embarrasser de prouver que Cagliari, ce qui est plus que douteux- , eût à celle époque un hôtel des monnaies.

Non content de la faire remonter au quatrième siècle, il ajoute qu’à en juger par sa vestuté, et par le style de la gravure , il se croit autorisé à conjecturer qu’elle estplutôt do temps à'Hécube, ou de Dédale , ou à'Iolas *. Ainsi un miracle aurait manifesté et révélé la béatitude du saint plusieurs siècles avant sa naissance. Le père Quaranta était ültràAuciJerien. >

Celui des Boüandistes , qui a rédigé l’article de Lucifer dans les Actes des saints , Daniel Papebrock =*, avait trop de sens et de jugement, pour

’ Eam munmus ipse scnectutem in ip«â fade doquitur., eam cclatiinn speciem inainuat , illiusque iisum in Hecubæ potiùs tempora conjicere ausini , vel ciim Dédains aut lolaus Sardiniam adnaviganint.

— Judicium pnedicti namismatis ab ill. Jos. Mar. Suaretio.

■ Papebrock est connu dans rhisloire de la liltératiire par la lof>(;uc guerre qu’il eut à soutenir contre l’ordre entier des Carmes, décbafné contre lui , parce que sa conscience de critique refusait de roeonnaitre que cet ordre avait été fondé sur le mont Carmel par le prophète Élie. Ses réponses à leurs'attaqnes forment quatre volumes in- Les Garnies ne sc bornèrent

4oO ■■ I-A SARDAIGNE

tomber dans ces extravagances de Fesprit de secte. 11 n’ose pas douter de l’authenticité de la médaille , qui a pour, elle des autorités si respectables; il explique même la signification de l’aigle , qui veut dire que Calaris était cité romaine, et celle de la guirlande de roses , arrosées et teintes du sang des martyrs ; mais il avoue qu’elle lui paraît, à cause de la forme des lettres latines, beaucoup moins ancienne qu’on ne veut le faire croire.

Papehrock s’est approché de la vérité , que M. Baille a révélée tout entière. La découverte de la médaille de Lucifer est une fraude pieu^ , à laquelle ont cru pouvoir recourir; dans la chaleur de la dispute , quelques sectateurs zélés de l’ancien évêque de Cagliari. Elle a été frappée. probablement à Rome , peu de temps avant l’année 1639 , qui est la date des écrits de l’archevêque Machin, de l’évêque et du jésuite

Quaranta.

Parmi les inscriptions, la plupart tumulaires, qu’on a trouvées en Sardaigne^ il n’en est que bien peu qui soient d’un haut intérêt. Il faut met-

pas à des écrits et é des injures ; ils le dénoncèrent pour des propositions , prétendues mal sonnantes , au tribunal de l’inquisition , qui, après une instruction fort longue , mil les parties hors de cause , arec défense d’écrire sur ces matières. Les Cannes furent d’ailleurs condamnés par l’opinion sur la question d’ancietmelé d’origine. L’ordre des Frères de la Charité prouva qu’il était plus ancien encore , et que son fondateur était Abraham.

treau rang de ces dernières, celle qui fut découverte en i535 , parmi des ruines , dans le faubourg de Slantpace, à Cagliari, et dont le vice-roi d’alors, le comte Rivarola, fit orner le palais du gouvernement.

Voici celle inscription qu’a publiée le premier le 'çktG Slejanini.

' / • • DIVO HERCYLI VOZT CATECI.ISMV .

RESTAVRATORI CONSERVATOR^I RE'PARATOni CIVITAS lOtAE D. D. D.

La ville d’Jolas', sauvée du fléau d’une inondation , exprime sa recomptais sa n ce pour le divin Hercule, restaurateur de la patrie, conservateur, réparateur.

Cette inscription est si simple qu’elle n’a besoin d’aucun éclaircissement. Elle lait voir, a l’appui de ce qu’on lit à ce sujet dans' les auteurs de l’antiquité , que les Sardes attachaient à tous leurs actes publics le nom de leur fondateur Saidus, dont ils voulaient perpétuer le souvenir dans leurs monuments , auquel ils avaient élevé des autels , et qu’ils adoraient sous le nom âi' Hercule ' .

> Farron compte jiuqn’à quaranle-qualre personnage* qui ont porté 1* nom A' Hercule , et remarque qu’il était d’usage de surnommer ainsi tous ceux qui avaient exéaité de grandes entreposes , mais surtout découvert de nouveaux pays, étabM des colonies, et donné de l’extension an commerce.

LA SARUAÎGNK

IjCS inscriptions* du monument sépulcral qui se trouve à rextrémitë'de l’un des faubourgs de Cagliari, ■ et dont il a été parlé dans un des chapitres précédents /offrent un autre genre d’intérêt. Ce tombeâu, élevé à la mémoire d’une femme chérie par l’époux qui l’avait perdue , est couvert des expressions variées de ses regrets et de sa douleur.

Au frontispice est écrit le nom de celle à qui le monument est consacré.

MEMOIUAE FATIIrlAB LF POMPTILLAE BENED/CTAE

Les inscriptions suivantes sont éparses sur le monument :

.. ATILIAE LF POM... ILLAE. ,M 1LM...‘. E

ASSIO PHILLIPTAE TfC IS

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