‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 48 sur 97 · CAGLIARI · texte numérisé non relu

CAGLIARI

situation de CagHari. — La rade et le porl. — Les fortiCcatioiu. — Les édifices et monum«ats. — La cathédrale. — Ëtablissemenls publics. — Privilèges des habitants. — Moyens de subsistance. — Population.

La ville de Cagliari est située à l’extrémité de la partie méridionale de la Sardaigne , au fond du golfe qui porte son nom , par Sg. 12' degrés de^latitude nord, et 6. de longitude , au méridien de Paris * .

L’aspect de la ville , en venant de la mer et à l’entrée du golfe , est imposant; quoique , vue de pi^s , elle soit généralement mal bâtie. Elle s’élève en amphithéâtre depuis le quartier de la Marine . qui borde le port , jusqu’au sommet d’une haute

' On a beaucoup varié autrefois sur les degrés de latitude et de loUgitiidr de la ville de Cagliari. Les dernières observations faites avec plus d’exactitude par des officiers distingués de la marine fran(;aise, espagnole et sarde , ont obtenu des résultats tellement pareils, qu’on peut regarder comme certain et parfaitement juste le terme moyen , qui est indiqué ci^dessos , et que Zannoni et Kapoli ont pris pour base de leur travail , en faisant In carte de la Sardaiguc.

colline , OÙ est placé le quartier dit du Château ( Castello ) , couronné par des ouvrages de Ibrlificalion et des tours.

CagUari a deux autres quartiers , qui sont regardés comme ses faubourgs , qu’on appelle Villanova et Slampace , et à -l’extrémité de ce dernier un autre petit faubourg nommé Santa- Vénéra , ou Santu-TenerUy ou SanC Avendrace , qui en est comme la prolongation.

La ville ne prit l’emplacement et la forme presque ovale qu’elle a aujourd’hui , que depuis qu’elle fut tombée en la possession des Aragonais. Dans l’antiquité , elle s’étendait en longueur sur le rivage, comme on l’a vu plus haut par un vers de Claudien, et surtout à l’ouest, du côté de Stampace, où il paraît que se trouvait encore le plus fort de sa population , du temps des Pisans , qui finirent par y joindre le château , le faubourg- de Villanova, et jîeut-être une partie de celui de la Marine '. Lorsque les Aragonais vinrent , en i32o, à la suite du roi Alfonse, n’ayant pu obtenir, par le traité qu’ils firent , le château de CagUari, ils élevèrent une seconde ville sur la colline de Bonnria , à l’est de la première; mais le nouveau

' Les Pisans jolèront les fondements du cMteau en x a 17. Il était on* tieremcQt achevé en cjuaiiü le juge Chiano le livra aux Cfénoist

comnime gage de sa trahison cl de son amitié. Trotte!. Ajuiali di Pisa.

ANCIENNE ET MODEHNE. 4>^

traité de i326 lés ayant rendu maîtres de tout, Alfonse s’attacha, dès ce moment, à peupler le château , et il y réussit promptement , aux dépens de cet établissement provisoire, par la concession de toutes sortes d’avantages et de privilèges.

Les laubourgs sont à découvert ; le seul quartier de la Marine est environné de murs et de bastions, qui ne furent achevés qu’en i6ü5, et qu’on a liés aux fortifications du château.

Les princes de la maison de Savoie ont fait continuer et compléter les fortifications du château de Cagliari , particulièrement depuis l’expédition française de lygS. On y a formé une citadelle, bien fournie d’artillerie de calibre, qui, avec une bonne garnison et des approvisionnements suffisants, serait susceptible de soutenir un long siège, ce qui en fait une des places les plus fortes de la Méditerranée.

Le gouvernement a fait augmenter, dans ces derniers temps , les travaux et les moyens de défense de la darse, qui a un espace suffisant et assez de fond pour recevoir un grand nombre de bâtiments complètement chargés.. Il s’y trouve un vaste magasin , où l’on admet les marchandises que les capitaines veulent décharger pour cause d’avarie- On a disposé un autre magasjfn, où l’on reçoit en dépôt les poudres des bâtiments qui entrent en darse , et des cuisines où les équipages prépa-

^l4 LiA SARDAIGNE

rent leurs aliments , attendu qu’on a eu la Sage précaution de défendre de conserver de la pouHrr et de faire du feu à bord.

La pade et le port de Cdgliari mis au nombre des plus spacieux et des plus sûrs qui soient en Europe. C’était l’opinion qu’en avait l’empereur Charles-Quint , qui , lors de sa fameuse expédition contre les Barbaresques , fit de cette rade le rendez-vous général des vaiss?aux de toutes les puissances coalisées. On vit en effet une flotte imraensey séjourner long-temps, sansaucun accident fâcheux , et s’approvisionner pour six mois des productions du pays.

C’est à tort , du reste , que l’on attribue assez généralement la siireté du port de Ckt^iari à l’existence , dans l’entrée du golfe^ d’jjn ou deux bancs de sable , qui , dit-on , opposent comme une digue à la fureur de la mer : c’est une idée erronée. Avec de pareils bancs, les bâtiments'de guerre ne pourraient entrer en rade , et il est prouvé par l’expérience que des frégates et même des vaisseaux de ligne peuvent jeter l’ancre à une distance assez rapprochée du rivage. La sûreté du golfe de Cagliari vient de ce qu’il est environné de trois côtés par des terres élevées , qui le mettent à l’abri de tous leSkVents,à l’exception de ceux de sud et sud-est , et qu’il a un bon fond de sable, en pente douce et presque insensible , jusques à

ANCIENNE ET MODEANE.

la distance de plus de vingt milles ; ce qui est pour les bâtiments de toute portée un excellent mouillage.

A un quart de lieue du port et de la maison de santé, est un lazaret pour la quarantaine des bâtiments arrivant des pays suspects. Cet établissement , amélioré , autant que les localités l’ont per* mis , sous l’administration du vice - roi Charles Félix , et dont néanmoins les passagers font peu d’usage , est dirigé par un magistrat suprême de santé. .'

Cagliari est remarquable par quelquës-uns de ses édifices publics. Ses tours , qui dominent la ville entière , et se découvrent à une assez grande distance, lui donnent un aspect particulier. Elles sont au nombre de trois , celle de Saint-Pancrazio , de V Eléphant J et del’y^/^fe, autrefois du Lion. Ce sont les Pisans qui les ont fait élever à la fin du treizième siècle. Elles sont bâties avec un soin très recherché , et d’une pierre dure et compacte , de la nature du marbre , qui les a fait résister jusqu’à présent, sans aucun dommage apparent , à la pluie, aux orages, et aux coups de vent les plus furieux. Le ton rougeâtre de ces vieilles tours leur donne quelque chose de pittoresque. Charles- Quint ne se lassait pas d’admirer leur structure et leur solidité. Deux inscriptions placées sur les deux principales , rappellent, en vers latins rimés.

LA SARDAIGNB

l’époque de leur construction , et le nom de leurs architectes. *

Plusieurs des églises de Cagliari, dont la fondation remonte à des temps fort reculés, se font distinguer , moins par la beauté de leur architecture , qui est en général fort médiocre , que par l’époque de leur origine et par la richesse de leurs ornements. Les anciennes églises de cette ville , dont la principale avait été bâtie sous Constantin , ayant été détruites ou ruinées pendant l’éccupation des Vandales et des Sarrasins , on commença , du temps des premiers juges, à les rétablir et à les réparer , vers la fin du onzième siècle. Ce n’est que plus de deux cents ans après, en i3i2 , que les Pisans , avec les débris de la basilique élevée sous Constantin J et ceux de l’église de Sainte- Cécile , martyre sarde , construisirent , dans le quartier du château , et sous l’invocation de cette dernière , la cathédrale de Cagliari.

' Ia tour de Suint-Pancrazio , qui est placée au sommet le plus élevé de la colline où est le quartier du château , sert maintenant de prison: On jouit , sur sa plate-forme , d’un des plus beaux spectacles qui soient au monde. On découvre, autour de la ville, autant que la vue peut s'étendre, la mer, la plaine, les étangs, les lacs, les montagnes, et les pointes de Corno di Bue , qui en sont à plus de cinquante milles. On y placerait un très bel observatoire. Ia tour de f -digle, qui avait originairement la même hauteur que les autres, est maintenant moins élevée. Pendant le siège que les Espagnols mirent devant la place , en 1 7 1 7 , les l>ombes en abattirent la partie supérieure.

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Cette église , qui n’est nullement remarquable par son architecture, l’est extrêniement par la profusion de ses richesses , qu’elle doit aux libéra-' lités des anciens souverains aragonais , des rois d’Espagne, et des princes de la mabon de Savoie. Le chœur , les chapelles , le pavé , la façade extérieure sont en marbre; au-dessous du chœur est un sanctuaire , bien éclairé , quoique souterrain , et composé- de trois chapelles, où l’on a placé, dans des niches décorées de marbres et de bas-reliefs , des reliquaires en matières précieuses’, contenant les restes d’un grand nombre de martyrs, découverts en i6i5 , sous, les ruines des églises primitives , par l’archevêque à' Esquivel, qui en a publié la relation historique

On admire surtout^ dans la cathédrale , la balustrade et les quatre lions de marbre qui ornent le chœur, le tabernacle en argent massif, très bien

' Rdacion de la invencioa de los cuerpos sanctos. 1617.

On a compris , sans beaucoup de discernement , dans cette translation solennelle les restes de tous ceux sur les tombeaux desquels on avait lu ces lettres BM , qu’on interprétait par les mots Beatus ilartjr. Le savant Muratori, qui prétend que la véritable traduction des lettres BM est dans les mots Sonx Memoriœ, écrits sur les tombeaux des païens comme sur ceux des chrétiens , s’est un peu moqué de la crédulité du vénérable d'Esquivel et de ses contemporains. On lui a répondu , pour preuve qu’on ne s’était pas trompé , que beaucoup de mirades s’étaient opérés lors de la translation , et qu’entre autres choses merveilleuses , toutes les cloches de la ville avaient en même temps sonné d’elles-mèmes.

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