‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 55 sur 97 · TROISIÈME TOURNÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME TOURNÉE

LA PaOVIKCE OU LE JUDICAT d’aHBORÛE.

ncsrri|)tion d’Oristaiio. — Sa cathédrale et ses cdiricet. — Pont bàli par le diable. — Marais où les démons tiennent leur assemblée. — Forêt d’orangers et de citronniers dans la sallée de ilitis. — Plateau formé par des laves coulées. — Volcans éteints. — Eaux minérales et tbrrmalcs de Sardaia. — Précipice de Sarcidano. — Les anciens Itarlwrcs deveiiiis niarchands de neige. — Industrie des montagnards sardes. — Eaux et ruines de Fordongianus. — Haras royal. — Productions naturelles.

•La province à'Ârbot'ëe * se divise en quinze arrondissements , savoir: i. Campidano Simaxis ; 2. Campidano Maggiore ; o. Campidano Milis ; 4- Parte Usellusj 5. Marmillaj 6. Parte Monli ; 7. Monteale; 8. Parte V alenza; 9. Barbargia Belvi; 10. Mandrolisai; t\. Incontrada Austis ; 12. Bar-

' Tous les écrivains sardes ont cherché l’ctymulogie du nom de cette province , et n’ont pu l’indiquer avec précision. Ce n'est pas du nd||d’unc de scs villes , soit de l’antiquité , soit du moyen âge , qu’elle a été amsi appelée ; car il est certain qu’il n’y a eu, à aucune éjioque, de ville de ce nom. La conjecture la plus raisonnable est celle qni fait sup|K>ser que le mol arborea es t une épithète qui a été autrefois donnée à cette contrée , |>our exprimci' qu’elle était riche du végétation, couverte d’arbres, et que, dans la suite, et par un effet de l'habitude , l'épithète est resiéu comme un nom propre.

I, A SAR DAIGTiE.

hargia OlloLii; i3. Parte Barigadu; i4- Parte Ozier Renie; i5. Parte Ozier Superio're.

Elle a 5o milles sur 4« d’étendue, et on évalue sa superlvcleà 1,800 milles carrés.

1. L’arrondissement de Simaxis , dont la ville ^'Orisinnn, qui est la capitale de la province , est le chef-lieu particulier, peut être considéré comme nn des plus fertiles et des plus riches de l’iie de Sardaigne. Il produit en abondance des grains de la plus parfaite qualité , toutes les variétés de vins, parmi lesquelles on distingue la ernaccia , de l’huile , des fruit's excellents , et les plus belles espèces de plantes potagères. Les deux étangs de Santa GiiistacX. de Sassu, qui en font partie, ont des pêcheries d’un très grand rapport. Les boulargues , que l’on tire de quelques-uns des poissons dont ces étangs sont remplis, sont un objet d’exportation assez considérable les huîtres de Terralba, ont de la réputation

On voit à Marnibiu, entre les deux lacs, des vestiges d’anciens bains romains d’eaux thermales, qui sont abandonnés. C’est là, comme nous l’avons fait v(M||dans un autre chapitre, qu’était l’établissement ^i s’appelait Aquœ Neapolitanœ.

' Lm boulargues , faites avec des œufs de poissons mis à la presse et séchés, servent à l'exportation, et contribuent , avec tout le poisson frais, k la consommation intérieure. On sale les anguilles , comme dans la vallée de Comacchio , et on les réserve pour les jours maigres et pour le carême.

L’arrondissement de Simaxissi i3o milles carrés de superficie. Ses dix villages comptent une population de 5,000 habitants, outre celle de la ville d' Oristano , qui en a 5,5oo.

Gjtte ville, qui fut fondée vers l’année 1070, et bâtie et agrandie aux dépens de l’antique cité de Tharros, a été beaucoup plus peuplée et plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui, à l’époque où elle était la capitale du judicat d! Arborée, et la résidence des juges. On voit encore des pans de ses anciennes murailles, ouvertes par deux portes, dont l’une conduit au port, et l’autre, surmontée d’une tour où est la cloche de la cité, à Cagliariel au cap supérieur. Cette dépopulation a été occasionée par l’extrême insalubrité de cette ville , que le voisinage de lacs immenses d’eaux stagnantes rend presque inhabitable pendant la plus grande partie de l’année. La chaleur et l’humidité, dont la combinaison produit le mauvais air, donnent en même temps , et par les mêmes raisons , à la terre qui environne la ville et les étangs, une fécondité prodigieuse.* Les oranges, les grenades, les melons, les cardes , les artichaux , et tous les légumes, y sont d’une grosseur étonnante, et d’une qualité supérieure.

' Le nom A'Oristano lui vieut de la liclicssc du produit de ses étangs. Son nom latin est Murcum Stagnum , que quelque écrivains français, qui l’ont rencontré , ont eu ^a simplicité de traduire par l'étang d’or.

458 I LA SARDAIGNE

Le seul édifice remarquable à Oristanoe.si l’église cathédrale , qui est grande et l)clle, et son cloclier isolé, dont l'architecture n’est pas sans mérite. On y disling^ne encore le palais archiépiscopal, le séminaire, un ou deux cohvents , et quelques maisons d’halnlation.

A un mille environ A' Oristaiu), est le pont qui porte son nom, et sous lequel passe le Tirso, avant de se jeter dans la mer. L’arche du milieu est élevée et très hardie. C’est une tradition populaire cju’il a été hàli en une seule nuit par le diable pour le service du dernier marquis A'Jrbon'e.

Oristano lait un peu de commerce maritime ; mais ce qui lui donne surtout du mouvement et de l’activité, c'est qu’il est le centre des communications des deux parties de l’ile , et le lieu de passage des vo yageurs à cheval ( P" ta inl a nli on f^iaggianti) portent les marchandises de Cagltari à Sassart , et réciproquement'.

On a essayé, il y a une cinquantaine d’années, d’acclimater dans les environs A' Oristano le mi'iricr blanc, qui nourrit les vers à soie ; mais faute de patience et de soins, malgré les encouragements du

' On w jHiut all«'r on voiture, sur ta roule de CaÿUan a Sassnri, que justju'à quolqiio lieues à’Oriftano. La route ist impralio.ililc, moine (xnir !c» oliarivitos les plus grossières ; il faut uocossairomeiU lrnns|iorler k'S doiirècs ot maiTliandisos à dos do dioval , oar Uvi imilcU, "qui soraiciit si Itic» appropriés i lu ualiiro du torraiu, y soûl incnmiu».

ANCIENNE ET MODEENE. 45f)

gouvernement, celte culture, dont les premiers résultats étaient satisfaisants , n’a pas eu tout le succès qu’on s’en était promis.

2 . Le Campidano Maggiore, qui a douze villages, produit du grain, du vin, de l’huile et des fruits. On fait du sel au cap Mannn. C’est dans cet arrondi^ement que se trouve l’étang de Cabras, près duquel étaient les ruines de Tharros , et où l’on pêche le plus gros et le plus beau poisson de toute

nie.

Le village de Cabras , situé sur le bord de l’étang du même nom, est renommé par la grosseur et la Ixintédeses raisins secs. Il a 3,ooo habitants.

On voit , près du village de Niirachi, le lac ou plutôt le marais de ce nom , qui a un mille de circuit, et qu’une croyance populaire rend un objet (le terreur dans le canton. Les gens de la campagne prétendent que souvent, pendant la nuit, on entend d’alFeux rugissements sortir du fond de ce marais , et que les troupeaux fuient épouvantés. Ils en concluent que c’est un conciliabule .des démons. Il est probable que la peur a fait exagérer ces bruits diaboliques ; mais des personnes de bonne foi assurent qu’il est bien vrai que quelquefois on en tend, 'particulièrement au centre du marais de Nurachi J un murmure sourd et prolongé. Il est à supposer que là est un gouffre où se précipitent les eaux de quelques courants souterrains.

lorsque les pluies ou la fonte des neiges en ont augmenté le volume.

Supeificie : i4o milles carrés.

Population : 8,800 habitants.

5. Le Campidano de Mills est le jardin dp la province Arborée. Situé au pied des monts Lini~ tara , il est parfaitement arrosé par des ruisseaux d’eaux vives, qui y prennent leur source, et surtout par une petite rivière qui traverse dans toute son étendue la délicieuse vallée connue sous le nom de f^ega di Mills , considérée avéc raison et vantée par les Sardes comme leur pays des Hespérides. Cette vallée, qui a plus de trois milles de longueur et deux milles de largeur, sur la route A' Oristano à Milis , est entièrement plantée d’orangers, de cédrats et de citronniers, en si grand nombre, et d’une si belle végétation, qu’ils forment un bois épais, dont les parfums, dans le temps de la floraison , avertissent le voyageur, à une grande distance, de l’approche de ces lieux enchantés. La vallée de Mills est divisée en un grand nombre de lots ou héritages , appartenant aux plus riches particuliers à' Oristano , qui en font un bon revenu. La multiplicité de ces arbres , pressés les uns contre les autres , et pour ainsi dire iMitrelacés, laquelle est un mérite pour le plaisir <les yeux, devient en même temps une cause qui nuit au développement des fruits qu’ils portent.

La grosseur en est moindre que celle des oranges et des citrons de quelques autres parties de la Sardaigne, comme Sassari Qi Oristano j mais ils sont d’une fort bonne qualité , et les jardiniers de Milis j qui tiraient autrefois bien peu de parli de ce présent de la nature , çommencent maintenant , outre la consommation énorme de CagUarieX. de tout le cap supérieur, à faire des exportations pour l’étranger. Une culture bien entendue augmenterait la réputation de ces beaux produits du sol de la Sardaigne , et les ferait rivaliser peut-être avec ceux de Nice et de Mayorque.

Les habitants de la vallée de Milis, que la disette de bras force à laisser périr une immense quantité de fleurs , dont ils ont un lit épais sous leurs pieds, savent du moins appliquer leur industrie à l’enveloppe et aux moyens de transport de leurs récoltes. Il y croît une prodigieuse |quantité de cannes ou roseaux à nœuds , dont ils font de grandes nattes , qui servent à toutes sortes d’usage. De trois ou quatre de ces nattes unies ensemble, ils font d’énormes paniers ou sacs oblongs, nommés cadinus , qu’ils remplissent d’orauges et de citrons, et qu’ils placent sur des charrettes, traînées par quatre ou quelquefois six bœufs , pour les aller colporter dans tout le cap supérieur' , où ils vendent avantageusement et les fruits et les cadinus.

tA SARDAIGNE

Les autres parties de rarrondissemeut fournissent des grains et des fourrages en abondance. On y •compte sept villages , jieuplés do 8,000 habitants. Sa superficie est évaluée ù i5o milles carrés,

l\. Le plus petit arrondissement delà province est celui iîsellns; il n’a que 20 milles carrés de superficie, et à peine 3, 600 habitants dans les dix petits villages «lont il se compose. La population à' Aies , son chef-lieu , et siège épiscopal , est de 900 âmes. La profondeur des vallées, enfermées entre des montagnes et des collines, qui empêchent la circulation de l’air , a porté au dernier point l’insalubrité de ce petit canton. ïj’intempérie en a chassé les habitants. Pendant le temps qu’elle règne, les évêques ài Aies vont habiter une jolie maison de campagne sur les hauteurs de P'illacidro. La cathédrîrie à' Aies passe pour être le plus bel édifice en ce genre de toute la Sardaigne. C’est une marquise de China qui la fit construire , à ses^ frais , au commencement du seizième siècle, et qui la dota très richement.

Le village d’ L sellits occupe une partie de la place où était la colonie romaine è' Csellis. Tout près est un plus petit village ciicore , qui porte le nom de Ruinas.

Toute cette l'ontrée est couverte de substances volcaniques.

,3. Le cinquicimî arrondissement, celui (h* la

Marmilla , est plus peuplé , plus fertile , et beaucoup moins malsain que le précédent. Il a quatrevingt-dix milles carrés de .superficie, dix-sept villages , et onze mille liabilants ; ses produits .sont des grains , des légumes , et des fromages. Il est arrosé par plusieurs ruisseaux , sur les bords desquels on pourrait faire de très jolis jardins et des vergers.

Cet arrondissement , qui forme une plaine assez ' étendue vers le midi , est fermé à l’ouest par les monts A' Aies , et à l’est par la fameuse Giarra de Gestori. C’est un plateau formé , au sommet d’un monticule , de laves coulées d’un ancien volcan voisin , celui AU Aies , de la même nature et dans la même disposition qu’à la Giarra de Serri , dont il a déjà été question. La Giarra de Gestori a six ou sept milles de long , sur trois ou quatre de large. Le temps a rompu , en dilTérenls endroits , le sol volcanique de ce plateau , et on rencontre fréquemment des fragments de lave amoncelés , qui ressemblent tellement à des pierres de taille , que l’on serait naturellement porté à les prendre pour des ruines de quelqu’une de ces villes méditerrauées dont parlent les anciens géographes , si un pareil lieu avait jamais pu être habitable.

6. L’arrondissement des montagnes , ou Partc- Monti , est encore supérieur au précédent sous le rapjwrt de la fertilité, et de la salubrité de l’air

qu’on y respire , surtout au village de Morgongiori , situé sur le penchant d’une colline , d’où coulent des eaux limpides , et au grand et riche village de Mogom , qui lui seul a plus de deux mille habitants. Il se compose de neuf' villages qui en comptent 7,000. Sa superficie est de 80 milles carrés.

Ses productions consistent en vins , oranges , citrons , et fruits de toute espèce , qui , abrités des vents du nord , y réussissent à merveille.

La montagne de la Trehina , dont le sommet est une rothe volcanique , est couverte de bois remplis de sangliers et de gibier.

7. Le vaste arrondissement de Mottreale es,i presque un désert. Sur une superficie de 4oo milles carrés , il xxy a que neuf villages , avec une population de 16,000 habitants. Dans les parties basses, il produit du grain et du vin. On y voit d’assez nombreux troupeaux de vaches et de moutons ; on y cultive des orangers et citronniers; et les bois de ses montagnes , où abonde le gibier , sont plantés de hêtres , de génévriers , de chênes verts , et d’arbres résineux. -,

Cet arrondissement est riche en mines d’argent et de plomb , qui ont été autrefois d’un bon rapport , mais qu’on a eu des raisons d’abandonner entièrement.

Ce qu’il y a de plus remarquable dans le Monvenle , ce sont les ruines du château , et les eaux

ANCIENNE ET MÜDEHNE.

minérales et thermales de Sardara. On ne voit plus que quelques murailles du château situé sur une colline très élevée , qui était une des places fortes des juges d’ Arborée, et où séjourna l’Infante Doua Teresa , en^24 > pendant que jon mari, don Àlfonse d’ faisait le siège de Caglian.

A peu de distance du village , au pied de la montagne qui donne son nom à l’arrondissement , se trouve l’établissement des eaux minérales et thermales de Sardara y qui sont fort renommées dans le pays , et les seules^ de toutes celles qu’a prodiguées la nature à la Sardaigne , où l’on puisse venir chercher la guérison d’une maladie sans s’exposer. à en contracter une autre. Ce n’est pas que les baigneurs de Sardara y trouvent aucune de ces commodités de la vie qu’on réunit partout ailleurs en des lieux analogues, ni qu’il y ait même de logements habitables, ce que le voisinage de Cagliari aura fait regarder apparemment comme un luxe inutile ; niais du moins la maison des bains est-elle disposée de manière à ce que ceux qui en ont réellement besoin puissent en faire usage. Dans une des pièces, à peu près nues, dont elle se compose, sont deux grands bassins oblongs, séparés par un mur. L’un contient l’eau tiède, l’autred’eau chaude, et les baigneurs s’en servent suivant la nature dedeur mal et les prescriptions de leur racdecin. ,

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