I.A SARUAIGNE
Cet arroncJisseiucnl est clécliu «Je lu prospérité qu’il (levait à celte industrie. Il a eu dix-huit villages , et n’en compte plus que six. La terre , s’il y avait des bras pour la cultiver, serait pourtant d’un bon rapport j mais une superficie de 120 niilles carrés ne retil’erme pas 5,ooo habitants.
On voit sur un vaste plateau, au sommet d’une colline élevée, les ruines de la ville de Sorrès , ancien siège épiscopal , bâtie dans le moyen âge , et dont il ne reste plus que la cathédrale, édifice d’un style gothique, en marbre, avec une façade dont les pierres sont alternativement blanches et noires , suivant le goût assez général de cette époque.
Un des villages détruits de cet arrondissement , celui de Villanova , fut totalement abandonné, quoique situé dans une plaine fertile , à cause de son voisinage du Montesanto, fameux dans le pays par les bandes de brigands et d’assassins auxquelles il a long-temps servi d’asile. La cime de cette montagne , dont la forme parait de loin celle d’une pyramide tronquée , est défendue par des rochers et des précipices , qui en rendent l’accès extrêmement difficile. Là s’était retranchée une troupe nombreuse de brigands , qui , voyant venir de loin les voyageurs désarmés , s’élancaient sur eux par des sentiers connus d’eux seuls, et, après les avoir égorgés , emportaient leurs dépouille.s^
Digilized by Gt)Ogle
ANCIKNNE ET ^tüDKll!SE.
Le théâtre de leurs exploits était un défilé, placé sur la route de Cagliarik Sassari , et dont leç deux côtés , garnis d’arbres épais , de broussailles et d’épines, en faisaient pour eux une tanière impénétrable , comme celles des bétes féroces.
i8. L’arrondissement de la FiguUna est en partie montueux , et se développe , dans le reste de son étendue , en une vaste plaine , qu’on appelle le Campo diMela, qui , baignée par une des petites rivières dont se grossit le fleuve de San Gavino , est couverte de moissons et de troujjeaux , quoique insalubre pendant une partie de l’année.
Des quinze villes ou communes qui existaient autrefois dans la FiguUna , il n’en reste plus que cinq. Son chef-lieu , PloagJie, dans l’emplacement duquel était une des villes de l’antiquité , dont on ne peut déterminer la position , ville et siège épiscopal au moyen âge , n’est plus qu’un village sans importance.
On voit dans cet arrondissement les ruines de deux célèbres abbayes abandonnées , l’une Santa Maria di Sacargia, de l’ordre de Cîteaux , l’autre San Michèle diSalvenero, de celui des camaldules , dont les revenus ont été conservés, avec le titre , à deux prêtres séculiers , auxquels ce bénéfice confère la dignité de membre-né de l’ordre ecclésiastique , et une voix délibérative au parlement des Cortès.
LA sSARDAlGMU
Il reste de la première de ces deux abbayes , une vaste et belle église gothique , à l’entrée du Campo di Mêla.
La superficie' de la Figulina esl de iSo milles carrés ; sa population est de 6,4oo habitants.
19. Le nom grec de l’arrondissement de Coros a fait croire , à quelques érudits , que c’est dans ses limites qu’avait été bâtie l’ancienne ville d’ Ogrjlle , dont on fait remonter l’origipe jusqu’aux premiers colons. Fam prétend qu’il a eu autrefois dix-sept villages de plus qn’aujourd’hui, oùle.nombre en est réduit à six .dont le chef-lien est Canedu, grosse et Tiche commune . et dont la population est de 8,000 habitants , sur une superficie de 76 milles carrés.
Il y a beaucoup de mouvements de terrain dans l’arrondissement de Cor'os y qui est riche en pâturages couverts de troupeaux , et qui produit une assez grande quantité de grains, devin, d’huile, et de fruits.
La célèbre abbaye de Santa Maria de Paladibus (Sainle-Marie-des-Marais), réunie, en i432,àréglise de Sassari, est aujourd’hui un monceau de ruines.
20. La ville ^Alghero, chef-lieu de l’arrondissement de son nom , est située à la partie occidentale de la Sardaigne , en face du cap Caccia , dont elle est distante de 6 à 7 milles , par 6 de-
ANCIENNE ET MODERNE. 50l
grés de longitude, et 4o* 3o' de latitude , à i5 railles de Sassari , et autant de Basa. Elle fut bâtie, au commencement du douzième siècle , parles Doria , alors toiit puissants au cap supérieur , qui la possédèrent jusqu’à l’année i353 , où, après un long siège, et un combat naval entre la flotte combinée de l’Aragon et de la république de Venise, et celle des Génois, venus au secours des assiégés, elle se rendit aux Aragonais par capitulation. Le parti du juge d’ Arborée , Mariana IV , qui avait déclaré la guerre à ces derniers , ayaj|fl|Us le dessus dans le nord de l’île , les Doria ,^^PRliés , redevinrent les maîtres ÿÀlghero. L’année suivante , don Perfre vint débarquer avec une armée nombreuse à Porto Conte , mit le siège dotant Alghero , et enleva la place , malgré les efforts et la défense courageuse de la ligue sarde. Le roi d’Aragon, pour mettre à jamais fin aux révoltes de cette ville , résolut d’en renouveler la population. Il fit rentrer dans l’intérieur et dispersa les Sardes et les Génois qui la composaient auparavant, et y transporta une colonie de Catalans, qu’il fit venir de Barcelone, et desquels descendent les habitants actuels à' Alghero, nommée autrefois Barceïonette , qui ont conservé la langue , les mœurs , la gaieté , l’activité , l’industrie et l’esprit militaire de leurs ancêtres.
Les Aragonais, maîtres à'Alghero, voulurent
5o3 la SARDAIGNE
en faire le boulevard de la Sardaigne sur la cote occidentale. Les travaux qu’ils y firent alors, dans celte intention , furent depuis augmentés et complétés. Alghero est aujourd’hui une place forte , avec une bonne enceinte de murailles , et de bastions suffisamment garnis d’artillerie. On y entretient garnison , et c’est la résidence d’un gouverneur.
La cathédrale, qui est belle, et dont le clocherest élevé , |)eut être considérée comme le seul édifice ragjtequable à' Alglicm.
CeBville fait un commerce assez considérable avec l’etranger, et avec les autres parties de la Sardaigne. Son port, qui est sous ses murs, ne reçoit que de petits bâtiments marchands , et au cap Guilera est une rade ouverte ; mais le véritable port iV Alghero est celui de Porto Conte , qui , enfoncé dans les terres , et environné de hautes montagnes, est un excellent mouillage pour des bâtiments de guerre ou de commerce, de quelque portée et en quelque nombre qu’ils soient.
Les articles les plus recherchés du commerce ^ Alghero sont ses vins rouges, chargés , spiritueux, supportant parfaitement la mer; ses huiles, dont les plantations toujours croissantes et la culture perfectionnée des oliviers augmentent chaque année la récolte; le corail, dont la pèche attire une assez grande quanlité de barques et l’enrichit ; et enfin ,
ANCIENNE ET MODERNE. 5o3
ses raisins secs> dont il se fait des envois considérables, et qui ne le cèdent en rien aux plus renommés en Europe.
Le territoire ^ Alghetx> , aride et sablonneux du côté de la mer , n’y est propre qu’à la culture de ce palmier nain que nous avons nommé PalmizzUj avec les habilans de etqueceux à' Alghero ,
qui en font une consommation énorme, appellent Margallon. En s’éloignant du rivage , on trouve des champs fertiles, des coteaux couverts de vignes, d’oliviers, d’arbres à fruits de toute espèce , et beaucoup de jardins en rapport ou d’agrément aux deux petits villages de Pulifigari et de K alverde.
Les étrangers , qui visitent Alghero , peuvent jouir, si la saison le permet , d’un autre genre de spectacle, que celui de la culture de son territoire, et de l’industrie de ses habitants. On recommande à leur curiosité un ouvrage de la nature, vraiment digne de leur attention : c’est une caverne profonde? connue dans le pays sous le nom de gmtte de Neptune, remarquable par la beauté de ses slalacliles, et dont l’auteur des Sonnets historiques de la Sardaigne a donné une savante et poétique description '.
' Saggio storico-nsico sopra lina grotia sollciTanea esiüleiile prr.sso la citta di Alghero. — Del dottore D. Gio. Àndrta Massata , prcfelto delle régie scqtf^assari. i8o5.
LA SAKDAlGi<l L
La grotte de Neptune trouve à environ douze milles à'Alghero, à Ja droite de la magnifique rade àe Porto- Conte, sous le cap de ^ Caccia. Après avoir doublé ce cap, dont la cime s’élève à une hauteur immense, et reconnu les nombreuses cavités , remplies d’oiseaux aquatiques, dont ses flancs sont percés , on entre dans une petite anse que l’ilot de la Foradada abrite contre les 'vents de l’ouest et du nord. A peine a-t-on débarqué , que s’oflre à la vue ce qu’on appelle la grotte extérieure, tapissée de congélations et de concrétions variées, que l’action de l’air empêche de prendre la couleur et la consistance de l’albâtre, mais qui donnent déjà une idée des merveilles dont les yeux vont être frappés.
L’unique issue de celte caverne aboutit à un lac d’eau salée, plus spacieux que profond , sur lequel on jette une chaloupe préparée à cet effet, et qu’on traverse à force de rames , pour arriver au vestibule de la grotte de Neptune.
, A l’effrayante obscurité de cette navigation souterraine , que jamais l’imagination du voyageur ne manque de comparer à celle de XAveme dirigée par l’inexorable nautonnier, succède une clarté soudaine , produite par les torches et les flambeaux allumés, qui découvre aux regards étonnés une vaste perspective, une création de la féerie , ou ce que l’exaltation poétique a droit en ce moment de nommer le palai% du dieu des mers. A dr^e et à
ANCIEKffE ET MODERNE. 5o5
gauche, des colonnes, que douze personnes réunies ne pourraient embrasser, soutiennent une voûte élevée, ou bordent la rive du lac. Dans quelques endroits, elles sont tellement agglomérées sur trois ou quatre rangs, qu’on dirait une forêt impénétrable, quoiqu’un homme puisse aisément passer dans les intervalles. Là, elles rappellent les anciens temples égyptiens; ailleurs, ce sont les belles lignes et les longs portiques de Rome antique; plus-loin on arrive par plusieurs gradins à un superbe amphithéâtre.
En pénétrant dans cet édifice , qui semble un ouvrage des hommes , les prodiges se multiplient, et la surprise augmente. Les yeux ne peuvent se rassasier de cette foule de p>etits temples , de bustes , de figures d’animaux divers, et de représentations fantastiques, jeux bizarres delà nature, que l’imagination achèvé et complète. Tantôt c’est un rideau élégamment drapé entre deux chapiteaux; tantôt ce sont des détails de sculpture et des ornements exécutés avec une précision et un fini, que ne pourrait atteindre le ciseau le plus délicat.
La richesse des plafonds correspond au luxe de cette architecture et à ces décorations magnifiques. A toutes les parties de la voûte sont suspendues de petites pyramides renversées , et des colonnes gothiques, qui prennent la forme d’un cône allongé, et se terminent en pointe aiguë.
Ce n’est ni le marbre ni l’albâtre, malgré les ap-
LA S AK DAIGNE
parences extérieures, qui produisent ces merveilles souterraines; elles sont l’effet exclusif de la stillation des eaux , et de leur infiltration à travers les terres, opération lente dont les résultats sont des concrétions pierreuses désignées sous le nom de stalactites ' .
Les habitants è^Alghero, qui regardent avec raison la grotte de Neptune comme une des curiosités de leur pays , prétendent qu’elle est plus intéressante , non pas que celle à'Antipaws, qui est d’une autre nature et d’une formation différente mais que celle de Mahon, dans l’île de Minorque , et que la plupart des plus fameuses en Europe. Il
' Les stalactites se forment par la stillation des eaux chargées de molécules calcaires , qu’elles tiennent en dissolution à la faveur d’une surabondauce d’acide carbonique, et qu’elles déjmsent à mesure qu’elles se dépouillent de cet acide. Elles ont diverses nuances , suivant la couleur des terres dont se sont imprégnées les eaux qui leur ont .servi de véhicule ; elles ont souvent des veines comme le marbre ; mais celles qui , composées de carbonate de chaux , sont entièrement blanches , passent pour les plus belles. C’est la qualité de celles de la grotte d'^lghero. Ces dernières peuvent se travailler à la scie , à la lime , au ciseau , et sont susceptibles de recevoir un l>eau poli. On a eu qtielquefois la pensée d’en tirer parti ; mais le poids de celte substance , qui a la même pesanteur spéciCque que le marbre , et la difCculté de l’extraction , empêcheront toujours de l’employer par blocs.
* La grotte d’y/etz/jarof , dont Tournefort a donné une si belle description , est la plus curieuse de toutes, par le nombre et la variété de ses stalagmites , concrétions ou excroissances minérales produites par une opéra tion de la nature , différente de celle qui forme les stalactites. L’illustre Imianistc appuie sur cet cxcuiple son système de la végétation des pierres , adopté depuis par /.innée, et par presque tous les minéralogistes.
ANCIENNE ET MODEHNE. TlOy
est certaiil , qu’elle est supérieure du moins par ^n étendue et parla beauté des accidents aux autres g'itittesdela Sardaigne, celle de San Mialïs, près de Cagliari, et ceWe à’ ^ cfjua Rulta y près de DomüsiVoa.y, dont nous avons parlé. Elle deviendrait l’objet d’un plus grand nombre de visites , si on prenait quelque soin d’en rendre l’accès moins difficile, ce qui ne demanderait ni beaucoup de travail, ni beaucoup de dépenses'.
Trois gros ruisseaux , après avoir arrosé le territoire A’Alghero, vont se jeter dans le grand étang qui en est voisin , et qui , communiquant avec la mer, fournit à cette ville, ainsi que la mer ellemême, une grande quantité de poisson de toute espèce.
On évalue à 120 milles carrés la superficie de l’arrondissement à'Alghero. Sa population , c’està-dire celle de la ville et de sa petite banlieue, est de 7,5oo habitants.
La province de Torrès, ou du Logudorot n’a dans ses eaux aucune autre île adjacente , qui mérite ce nom , que celle de YAsinara ; Pegna , Porri, Ratti, Maddalene , etc., ne sont que des îlots , ou des écueils.
’ Un commandant de marine, à l’époque de la découverte de cette grotte, Gt placer à son entrée une pièce de canon , et se donna le stupide plaisir de briser plusieurs de ses plus belles colonnes , sans aucune utilité , et saus aucun autre but que relui de Jéiruirc.
0 a cru long-temps XAsinara la plus grande des adi'acentes. Il est reconnu maintenant qu’elle est -inférieure en étendue à Saint- Antioche qu’elle n’’apas pi us de superficie que qui n en a, comme elle, que 3o milles carrés. Entre les montagnes, qui s’élèvent au nord et au sud, est une plaine d’environ deux milles d’une rive à 1 autre, où se trouvent de bons pâturages, qui nourrissent des chèvres, et autres bestiaux. Les pâtres ont formé à Castellazzo une petite commune, qui ne passe guère 200 aines , mais qui peut s’accroître , à cause de la sûreté et du nombre des ports î et des anses de cette petite île. L’un des meilleurs ! de toute la province est le Tmlmccato.
Le petit détroit qui sépare VAsinara du cap Falcone , extrême pointe de la grande île , et au milieu duquel se trouve l’îlot de ma, est un passage périlleux et plein d’écueils.
Le titre.de duché a été institué sur l’île.de 1 Asinara en faveur des marquis de Mores et Tiesi J de la maison Manca.
AnCIEirifB BT MODER5B.