ANCIEITIMB ET MODE UNE
celle qualité lui manquait. Le miel , qu’on ne peut jamais parvenir à faire manger à l’immonde belelle ‘ , est son mets de prédilection. Elle le cherche dans les ruches , qu’elle perce par-derrière , pour s’j introduire, en évitant lej» piqûres des abeilles ; elle s’en gorge, et. s’en rassasie.
^ul animal ne s’apprivoise plus facilement : la boccaméle est de la maisoti , dès quelle y entre. En peu de’ jours elle distingue son maître, le reconnaît à la voix, le suit partout, fait autour de lui mille gentillesses , et ne se lasse pas de jouer'avec lui, de le caresser, et de lui lécher les mains. On la régale de lait , de fruits secs , et de sucreries. Les enfants eux-mêmes en élèvent, et s’en font suivre, en leur montrant un morceau de pain, frotté de miel. On voit des femmes qui leur mettepl au cotr un ruban avec des grelots, et qui lès portent sous le bras comme de petits épagneuls ou des bichons. '
La boccamele a un cri de colère çt de joie , dont elle accompagne Ses exercices ou ses mouvements, et par une espèce de gémissement elle avertit qu’elle veut sortir, bien différente de la belette, qui est toujours silencieuse, et qui ne donne jamois de voix, qu’on ne la frappe *.
Ce joli animal est ainsi dépeint par Aristote ,
’ Hû(. liât, dti la belellr.
• Ibid.
58G LA Sardaigne
sous le nom à'ictis : 11 ressemble à la belette
» par le poil, 'par la forme, par la blancheur des >• parties -inferieures ,' par la malice et l’astuce ^
« il m’apprivoise avec la plus grande facilité , et » fait la guerre aux ruches , car il est très avide- ». de miel '. »
Les naturalistes^ ont «fait de vains efforts pour' trouver à la belette, à l’hermine, à la fouine , au furet, au putois, quelques points de ressemblances avec le portrait de l’ictis à! Aristote, lequel s’applique avec une fidélité parfaite, avec la plus grande exactitude , à la boccamele , et qui ne s’applique qu’à eUe seule. ■ -
Ainsi, c’est en Sardaigne qu’â été retrouvée une espèce qu’on croyait éteinte, ou du moins 'qu’on ne reconnaissait plus. . ■ > ■
' Les Oiseaux. ^
La Sardaigne possède toutes les espèces d’otseaûx de terre et aquatiques des autres îles de la Méditerranée; sa position géographique et l’étendue de ses marais lui en donnent même quelques-unes de plus. , • '
Nous suivons la division la plus simple en oiseaux de terre et en oiseaux aquatiques , nowshovndinl , comme pour les quadrupèdes, à indiquer ce qui est particulièrement remarquable. •
• .AristoU Hist. anini.
ANCIENNE ET 'MODEUNE.
* Les oiseaux de terre.
On ne connaît en Sardaigne que trois espèces d’aigles > savoir : le petit aigle, \epygarque, etl’orfraie ou aigle de mer. Les deux premières espèces habitent les montagnes de la Gallura, d’Alès et de Monteacuto , la dernière celles de la Nurra, et les rochers porphyritiques , qu’on appelle colonnes de l’île de Saint-l*ierre. Il n’est pas vraisemblable que le grand aigle , ou a/ÿ/è royal , qu’on a long-temps cherché , j ait jamais paru.
Ou y trouve trois espèces vautour , le hoir , le blanc, et le vautour barbu, ou doré, qui habile aussi les, Pyrénées et les Alpes.
faucons et les dont la conservation
donna autrefois lieu à des dispositions législatives, et les éperviers, si nombreux, du temps des Qrecs et des Romains , dans l'île de Saint-Pierre , qu’ils lui en donnèrent Je nom ' , sont maintenant relégués dans quelques coins déserts de leurs anciens domair^es, où ils vivent condamnés à l’oubli et au dédain. * ‘ .
Tous les autres oiseaux Je proie, tousles oiseaux voleurs, tous ceux dont le chant sinistre effraie, pendant la nuit, les imaginations faibles, les corbeaux , ^ les corneilles , les craves , les pies, les
Hierakoo, accipib um iusula.
LA SARDATGRE
geais, \es> cresserelles , les milans y \c% buses , les ^ hiboux et les chouettes, sont nombreux en Sardai^e, et y sont sédentaires. Les ormlbologistes du paj'S disent que les coucous n’y sont que de passage.
Le guêpier ( merops apiaster) est un des plus beaux oiæaux qui -soient en Europe. Celui des Sardes l’emporte peut-être sur tous les autres par la variété, la, disposition , et l’éclat de ses couleurs. Cet oiseau , à qui une bizarre idée des anciens prêtait l’habitude de voler à rebours, vit de la chasse qu’il f^it à tous les insectes, mais surtout aux guêpes et aux abeilles. • '
La Sardaigne possède aussi en abondance upe espèce qui passe pour ràre , él à laquelle, suivant Buffbn , convient le seul climat de la France. Cet oiseau est \dL petite outarde, ou canepetière , qui est sédentaire dans cette île, où il niche et où il est pris souvent au milieu de l’hiver.
Nul pays n’est plus favorable à la propagation des
perdrix '. Les chasseurs en prennent et en tuent,
soit au tir^soitau filet, des quantités prodigieuses,
' La Sardaigne doit pourtant céder le pas à la petite île. de Nanfio , l’ancienne Anaphe , dans l’Archipel, où les perdrix , suivant Athénée, avaient tellement pullule , que les haljilants furent sur le point de leur céder la place. Tournrfort, dans sony6)-age du Levant,dii que l’on eA obligé, encore aujourd’hui, pour empêcher un excès de propagation, d’en enlever les oeufs par milliers , vers le temps de Pâques ; ce qui fait la nuun iturc des habitanis, pendant plusieurs jours. ' '
ANCIfiNIVE E.T M ODE Rit E. 689
et elles se vendent à, bas prix. I^a perdrix ordinaire est la perdrix roüge ; la ^rise y est rare.
Les cailles y sont aussi U'ès multipliées , ety sont sédentaires. ;
La Sardaigne a deux des espèces de gm>e décrites par jBu/fbnf \i di/^e et la litomei La draine l’babilç pendant toutes les saisons de l’année. La litome , qui est le turdus piloris des aiu;ieos , n’y est que de passage. Ces voyageurs , aye^tis par leur instinct, .arrivent en. troupes innombrables, des côtes de la Toscane et de la <Romagoe , au commencement de l’automne» lorsque les olives i les graines du lenlisque, l’arbousieç, le génévrier et tant d’autres fruits et baies sauvages , dont les forêts sont remplies, parvenus à leur matucité» leur promettent une abondante nourriture qui les engraisse en peu de temps.
C’est a lors aussi que l’homme déclare la guerre aux grives , et que commence lasakon de la chasse , qui, jusqu’au moment de leurretrafte », vers les premiers jours du printemps, donne un produit extraordinaire. Leur embonpoint et la prospérité les font tomber sans prévoyance dans les filets tendus contre elles de tous côtés. Les chasseurs, qui les y trouvent prises par centaines, leur tordent lé cou; et après les avoir plumées , les font bouillir dans une grande chaudière , sans autre assaisonnement que du sel , les ehlHent paC le l)ec , et vont
vendre ces paquets d’oiseaux, enveloppés séparément dans desTeuilles de myrte ' . »" •
Les merles, qui sont de la famille des prives, et qui, étant sédentaires, ont sur elles l’avantage de s’engraisser plus à leur aise , sans souffrir des fatigues de la traversée , tadbent^ussi par milliers, pendant ees six mois de l’année, sous les coups et dans les .filets des chasseurs. Ils sont même plus recherchés, à cause de la délicatesse de leur chair, et ils ont delà réputatiwi en Italie , où on les envoie enduits de graisse de cochon fondue. ’
Outre ces merles, qui font les délices de la table , la Sardaig||e en a d’autres qui font l’ornement de ses bois : le merle bleu, habitant des hau tes montagnes; le merle blanc, dont on ne fait plus une merveille introuvable; le merle solitaire, renommé par la souplesse et la beauté de sa voix pure et légère. .
Tous les oiseaux chanteurs et à joli bec ( becco gentile) ; y*abondent. Ses vallées et ses collines ombragées retentissent du chant des rossignols , des fauvettes , des chardoràiérets , des linotes , des
* Les Sardes appellent la grive' smurfidw, à oatise du mjTte qui renve1oppe,et dont le nom dans leur langue est murta. Chaque paquet ou tacula , comme disent les Sardes, qui se compose de huit oiseaux, se vendait autrefois de quatre à rinq sous; mais le prix eu a augmenté avec celui de toutes les denrées. On vend aussi des grives ci ues , et même avec leurs plumes , pour ceux qui veulent les manger à leur goût. • .
ANCIENNE ET MODERNE. 5rj 1
•verriers y des aUoiielles, Aes dix-huit Gi zizis.^ Elle a le moineau, le hecfigue , le gros- bec , le rougg- gorge , \e cid-blahc , \e gobe-mouche ,\\c.
Qn connaît, en Sardaigne, cinq espèces dVwrondelle y mais qui ne diffèrent en rien de celles qu’on voit partout. Elles y arrivent dans les huit premiers'louj:^ du mois-dè mars, et partent à l’éqüinoxe d’automne. Lès Sardes appellent les hirondelles oüs&anàr de sainte Lucie (pillonis de santa Luxia). Ils n’en tueraient pas pour tout au monde , parce qu’ils les croient consacrées à cette sainte , qui est regardée comme la protectrice de l’orgâne de la vue,, et qu’ils invoquent dans les maladies des yeux. Un préjugé, qui leur a été transmis par l’antiquité , prête aux hirondelles l’art de rendfe la vue à leurs petits, au moyen du jqsde la’grande chélidoine , ou éclaire , que les anciens nommaient \ herbe aux hirondèües Ç Jierbâ hirundinaria
.Les grues y dans le voyage qu’elles font chaque année à la fin de l’automne , pour venir , des régions les plus reculées du nord de l’Europe , se ré-
’ Pline accorde non-seulement aux hirouddlesle talent de médecins oculistes , mais il assure , tant il trouve de rapports sympathiques entre ces oiseau.\ et l'organe de la vue, quo leur progéniture est un rcuiède éxeeUent contre toute espèce d’uplithalmie. On coupe la tète de ceux de leurs |wtits qu'elles ont guéris de la cécité , ou la brûle , et les cendres, mélécs avec du
miel , font passer tous les maux d’veux. Plin. , Hist. hatur. lib. XXOC.
higier au fond de l’Afrique, font une station dans / les. plaines de la Sardaigne , où tdles trouvent un échantillon de ce qu’elles vont cUercher , une tenapérature «douce , des marais et des grains en herbe.
Ces grands pèlerinages d’hiver .viennent augr menter encore, aux approches de cette |aison, la piopulation indigène , déjà si nombreuse , des pigeons sauvages , qui couvrent les bois , les rochers et les bords de la mer. Les Sardes désignent , sous la' dénomination de tidonis ou tidus, toutes ces variétés de bisets, de ramiers et de palombes Les baies et les graines de tant d’arbustes et de plantes aromatiques les engraissent et leur donnent un goût parfait. Ils sont prodigieusement multipliés; et comme , pour celte raison , ils se vendent à vil prix , il*s’en fait une énorme consommation
.'Les Oiseaux aquatiques.
Les côtes sont fréquentées par une grande quan-
■ C’est un deees mots en si grand nombre passés de la langue des anciens Romaiusdans celle des Sardes. On a fait tidas du mot latin prénom de
tant d’hommes illustres , qui , avant le siècle d'Auguste, voulait dire aussi biset ou pigeon sauvage.
' • La facilité de s’en procurer à volenté, an premier coup de fusil, est cause du peu de soin que l’on met à réducation dés pigeons domestiques. Les colombiers sont rares. En général , on n’élève dans les basses^oiirs qu’une assez petite quantité de poules ordinaires , et de rânards de 1 espèce la plus commune. I.es dindons' ne sont guère connûs. Ce n’est que chez les ciirieni qu’on soit da pintades , des paons et des faisans.
tilé de cormorans , ou corbeaux marins , qui vivent delà proie que la mer leur fournit^ et de goélands, oiseaux d’une avidité si hardie et si importune , que , dans le temps de la pêche dçs thons , ils se jettent sur les entrailles de ces animaux , au milieu même des ouvriers. On est obligé de les éloigner à coups de bâton , parce que leur plumage a si peu de prix que leur chair est si mauvaise, qu’ils ne valent pas les frais d’un coup de fusil.- On J voit aussi Valcjvn, ou martin-pêcheur, le plus bel oiseau de nos climats , suivant Buffon, pour la richesse et la netteté des couleurs. Les alcjons ne posent pas leurs nids , comme les représentait-la poésie antique, sur la met aplanie, mais dans les cavités des rochers , où , après le temps des amours ,v ils vivent tristes et solitaires.
C’est sur le bord des lacs , des étangs et des marais dont l’île est remplie, que se trouvent, comme à un rendez-vous universel, presque tontes les espèces d’oiseaux aquatApies connues en Europe, soit qu’ils y fassent leur séjour habituel, soit qu’ils n’y viennent que comme voyageurs.
Les indigènes sont les b 'casses et bécassines, les courlis et corlieux , les petits plongeons , et trois variétés de hérons',' savoir : le crabier, destructeur des écrevisses ; le butor, fléau des anguilles , et le héron, proprement dit , beaucoup plus stupide, puisqu’il reste quelquefois immobile pendant des II. 38
5g^ LA SARDAIGUE
jours entiers à guetter une proie qui lui échappe ; métier àe dupe qi>e les Sardes caractérisent par l’épithète de penle-zomadas ( perd-journées).
L’époque des migrations amène des légions à' oies et de canards sduvages, de cj'gnes, de piettes, de pilets , àe souchets , àe pélicans , àe pluviers do^ rés, et surtout de foulques, ces innocentes poules 4’eau', nommées par les Sardqp puUgas, et qui ont si peu de défiance , qu’elles se laissent prendre quelquefois à la main.
On remarque , parmi ces étrangers en visite , la spatule , au long bec terminé en forme de pelle ; le grèbe^ornu, nommé en Sardaigne gangorra, avec sa huppe noire divisée en deux cornes et retombant en crinière coupée carrément autour du cou ; hi poule sultane, ou porphjrridion des anciens, dont la robe bleue lustrée est relevée par un bec couleur de pourpre; le grand^ chevalier d Italie , marchant sur des jambes grêles, fléchissantes , d une grandeur démesurée ^t semblables à des échasses, ce qui lui en a fait? donner le nom par les Français ; et enfin le chevalier aux pieds rouges, qui a l’air de porter une fourrure mouchetée , et des bottes d un rouge éclatant.
Ij€ phénicopfère.
Le plus beau , le plus noble, le plus historique de tous les oiseaux de rivage , mérite d’autant
ANCIEMME BT MODERRB.
mieux ici une mention à part , qu’il appartient en propre au midi de la Sardaigne, dont il 'a fait comme sa seconde patrie.
Cet oiseau est le pliénicoptère, que les Grecs nommèrent ainsi pour exprimer, dans leur langue ingénieuse , qu’il avait des ailes de flamme C’est la même idée que les anciens naturalistés voulaient rendre en l’appelant Jlambanlj dont on a niant, quoiqu’il n’ait aucun rapport avec laFlandre, où on ne l’a jamais vu. ' . . •
« En effet, dit l’un djjte'f Dutertre ) , toutes » les plumes sont de cotneur incarnat, et quand » il vole à l’opposite du soleil , il paraît tout flam- » boyant, ainsi qu’un brandon de feu.‘»> '
Son bec , aplati et fortement fléchi en dessus vers son milieu , épais et carré en dessous , comme une large cuiller , son cou long et grêle , «es jambes d’une excessive hauteur, son corps élevé quelquefois de cinq pieds au-dessus de terre , ajoutent une singularité très remarquable à la beauté des ailes couleur de feu de cet oiseau palmijiède.
Les phénicoplères sont originaires des contrées les plus occidentales de l’Afriqiié; on les retrouve à Angola , au Congo , au cap de Bonne-Espérance, aux îles du cap Vert *. Ils arrivent tous les ans sur
' i>tiux»-rrîfùt , (le , flamboyant , fX itxif ot , ailt.
* Ih sont aussi du Nouvoau'Mondc ; ils hahiteni Cuba , Saint-Uominguc , les Antilles cl l’Amérique mé-ridionale.
les côtes méridionales de la Sardaigne , où ils passent si:t mois pleins. Les Sardes les appellent mangoni. Ilij habitent les étangs des environs de Cagliari, > et poussent quelquefois jusqu’à celui de SaSsu , près d’Oristano , mais' ils n’avancent pas plus loin vers le nord.
Comme ils ne s’écartent jamais du rivage de la mer , ces étangs , qui en sont très voisins , paraissent être pour eux un séjour de prédilection. Toujours rangés en troupes , ils se mettent par instinct en alignement régulia||| soit pour pêcher , soit même pour se reposer ^r la plage. En regardant le matin .ces. longues files rouges, du haut des terrasses de Cagliari , l’illusion de l’optique fait voir tantôt un grand mur de briques qui borde le lac , tantôt un régiment suisse en bataille.
Quand ils se reposent, ils ont des sentinelles placées en avant , qui , le cou tendu , la tête en mouvement , les yeux à la découverte , veillent à la sûreté publique. Il en est de même , lorsque , le bec à cuiller jdongé dans l’eau , toute la colonie e.st à la pêche ; les vedettes, sur le simple soupçon d’un danger, jettent un cri d'alarme, qui res*semblé au son éclatant de la trompette , et alors , en un instant, toute la troupe se lève et disparaît, en observant dans ses évolutions un ordre semblable à celui des grues.
Ijcur nourriture se compose de coquillages y-
^l’œufs de poissons, et d’insectes aquatiques. Ils les cherchent dans la vase , en remuant continuellement les pieds de haut en bas , pour porter la proie àvec le limonldaris leur bec, dont la dentelure sert à la retenir. ' '
Les phénicoptères placent leurs nids au milieu des lagunes et des marais salés , et y pondent deux ou trois œufs, de la grosseur de ceux des oies. Ces nids sont de petits tas de terre-glaise et de fange , élevés en pyramide au-dessus de l’eau , et dont le sommet tronqué , lisse et creux , sans aucun lit de plumes ni d’herbes, reçoit immédiatement les œufs que la tnère couve, en se posant sur cette espèce de monticule , les jambes pendantes , à cause dé leur longueur, comme une personne assise sur un tabouret.
Quoique ces beaux oiseaux soient très sauvages dans l’état de liberté , on a quelquefois réussi à en apprivoiser. Ils ne boi^int alors que de l’eau salée , '
et y trempent le pain qu’on leur donne. Ils sont frileux , et s’approchent du feu jusqu’à se brûler les pieds. Quand ils ont une jambe blessée , ce que leur conformation rend, facile, ils marchent avec l’autre en s’aidant du bec , et en l’appuyant à terre comme une béquille. Les habitudes de la captivité leur sont funestes J ils y succombent promptement, après avoir langui , et ils né produisent jamais en domesticité.
Cet oiseau passait dans l’antiquité pour un gibier parfait, et il jouissait en cettp qualité de la plus grande considération. Quand voulut faire
croire et crut peut-être lui->i0ème qu’il était devenu dieu, il choisit le phénicoptère’pourunedes viclimos précieuses qu’on devait iuimoler sur ses autels. Il s’était aspergé du sang d’uni de ces oiseaux la veille du jour où il fut massacré Philostrate le compte parmi les ornements d’une bonne table Apicius , ce célèbre gourmand dont la voracité, selon l’expression de Pline, engloutissait les races futures*, ayant découvert à la lai>gue du phénicotère cette saveur qui la fit rechercher depuis comine le morceau le plus rare , donna la manière savante de l’assaisonner Lampride met au nombre des excès à'HéUogabale celui d’avoir fait paraître à sk table des plats remplis de cervelles et de langues de phénicoptèreS'.^. Sue'tone dit que Viteïlius, rassemblant les délices de toutes#les parties du monde , faisait servir à la fois dans ses festins les foies des scares, les laites des murènes, les cervelle» des
• Hostie erant phœniropleri , pavones, etc. Sueton. in Caligiila.
’ In vita Apollon, lib. Vm.
^ Phœnicopteri linguatn pnacipui esse saporis Apicius docuit , nepotum omnium altissimus gurges. Plinius. Hist. nat. lib. X, cap. 48.
< De obsoii. et condim. lib. VI, cap. VU.
» Exhibait palatinis ingentes dapes’extis et cerebêllis phoaûcopteroruin ^ refertas. Lamprid.
AnCIEKHE ET MODERNE. 699
faisans et les langues des phénicoptères Martial, dans une de ses épigrammes , fait' dire à. cet oiseau que son beau plumage a frappé les yeux, et que sa langue est devenue la proie des gourmands , comme celle du rossignol , autre victime d’un goût barbare et destructeur Juvénal, reprochant aux Romains leur luxe déprédateur, dit qu’on les voit couvrir leurs tables et des oiseaux rares de Scjthie et du superbe phénicoptère
Le morceau si recherché de ces grands connaisseurs est une grosse langue , bordée de papilles charnues, vers la racine de laquelle se trouve un peloton de graisse. Les modernes qui ont eu occa- Mon d’en goûter sont' partagés d’opinion sur son mérite. Les Sardes , font peu de cas des phénicoptères comme gibier , et quand ils en tuent , car ils n’ont pas pour eux le respect superstitieux des nègres du Congo, ce n’est que pour leur plumage.
dit qu’il fut invité par un illustre prélat à manger des cervelles et des langues de phénicoptères , et qu’il ne leur trouva pas un autre goût qu’a la langue et à la cervelle de veau. Qn avait peut-être oublié la sauce X Àpicius.