‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 77 sur 97 · LES POISSONS · texte numérisé non relu

LES POISSONS

La Sardaigne , environnée de tous côtés par la

‘ Suetou. iiiVitellio.

> Epignunmat. Kb. Ul.

* Satyr. IX.

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LA SARDAICNEL

raer, Q^arrosée par des rivières , qui, avapt de s’y jeter , forment à leur embouchure des lacs et des étangs , passait dans l’antiquité pour un des pays les plus poissonneux du monàe'{piscidentissima). La mer qui la baigne?, et ses nombreux étangs , justifient bieneucore cette antique réputation \ mais ses rivières , u’ayant ni long cours ni profondeur , sont dépourvues de la plupart des espèces qui enr richissent les rivières continentales. < '

Poissons de riviètvs.

On ne pèche guère que des truites et des a«gui/les dans le cours des rivières , et des aloses un peu au-dessus de leur embouchure.

Les truites sont' très abondantes, et d’un ‘goût excellent , surtout celles de la rivière d’Ozieri. Elles pèsent depuis une livre jusqu’à quatre ; on rencontre quelquefois des truites saumonées.

Les anguilles sont le produit le plus ordinaire de la pêche en eau douce ; elles sont délicates, et généralement fort grasses. Leur poids commun est d’une à deux livres , mais on en prend par fois de six , dix , douze , quinze et même vingt livrés.

Les aloses remontent les rivières, où elles vien» nent frayer et passent environ quatre mois. Elles voyagent en troupes , en nageant à fleur d’eau , et grognant à |x;ii près comme les cochons.

ANCIENNE ET MODERNE. 6oi

On ne prend , outre ces trois espèces de poissons , qu’une très petite quantité d’écrevisses.

Poissons d’étangs.

Les poissons des étangs viennent de la mer, avec laquelle ces étangs communiquent , pour s’y fixer et s’y engraisser dans les délices d’une vie plus tranquille. Ils sont livrés aussi avec plus de facilité aux pécheurs , qui les prennent sans peine et à peu de frais , au moyen des écluses pratiquées dans le canal de communication.

On pêche dans l’étang delà ScafiPa, près Gagliari , une grande quantité à' anguilles , d’a/b.se£ . etde spares ; dans celui de Calago , sous Alghero , beaucoup de brochets et de dorades de la plus grande taille ; dans celui de Platamona , entre Sorso et Torrès , beaucoup de muges , et dans ceux de Sassu et de Santa Giusta , près d’Oristano, des muges , mais surtout des anguilles d’une grosseur prodigieuse. L’étang d^Cabras , dont les riches pêcheries sont afiermées environ 3o,ooo francs par an , est celui de tous qui fournit des muges de la plus étonnante grosseur. On en trouve qui pèsent jusqu’à vingt-cinq livres. C’est avec les œufs de ces poissons qu’on fait Ces boutarguessi renommées , dont il a déjà été question plusieurs fois^

LA SAhDAlUME

Poissons de mer.

Les eaux de la Sardaigne nourrissent toutes les espèces de poissons de la Méditerranée , dont quelques-unes affectionnentparliculièrement ses côtes ; elles donnent des ^ àes turbots , des tor-

pilles , des murènes , diverses espèces de muges , de raie<i et de squales , des loups , des vives et des soles

On J trouve en abondance., et comme dans leur patrie naturelle , tous ces beaux poissons qui , suivant les expressions d’un savant naturaliste = , » préfèrent le soleil du midi , dont l’éternelle lu- » mière les colore plus vivement , les chétodons » rayés de banderolles briUantes , les zées , cou- » verts d’un riche vêtement d’or , les corjphènes « étincelants du feu des pierreries , lës labres et » les spares aux couleurs éclatantes , et tous ces » peuples de la mer , qui , dans la saison des » amours , portent les livréesMu plaisir enrichies » d’émeraudes , de tppazes , de saphirs et de » rubis». . , ’

On remarque , dans le genre des labres , à cause de la délicatesse de sa chair et de sa beauté , la

‘ Les viett sont fort estimées pour le goût exquis de leur chair. On ne fait ]tas moins de cas des toits , qui pèsent quelquefois , dam les golfes de Palmas et d’Oristano , jusqu’à quatre lisTes.

* M. tiosc.

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girelle , que Xinnée déclare le plus admirable poisson de l’Europe pour la variété de couleurs Les espèces appartenant au genre des spores j qu’on pêcbe le plus ordinairement, sont le pagel, le dentex , le pagre , le smaris, le picarel^ lasargue , la bogue et la dorade.

On jprend par milliers, dans des filets faits exprès, des poissons d’un goût parfait, que les Sardes appellent segtvto, et dont la description répond absolument à celle de Vatherina hepsetus de Linnée. C’est un petit poisson transparent, de la longueur de trois ou quatre pouces, dont le ventre et les côtes jwraissent avoir été artistement couverts d’une feuille d’argent; ce qui l’a fait regarder par plusieurs personnes comme V argentine sphyrène.

On pêche sur les côtes de l’ouest- et du sud , et dans les golfes , une très grande quantité de langoustes J de homards, de crabes ^ de scorpions de mer, de coquillages de toutes les espèces , A' oursins y et de pinnes-marines

Un poisson , qu’on croit généralement avoir pris son nom de l’île de Sardaigne , où il abondait autrefois , la sardine, est devenu presque nul dans le produit de la pêche actuelle. Il en est de même des anchois. Les naturalistes du pajs se sont occupés

' Formosissimiu piscis Europconim ob colore» varios. Linn.

* La côle occidentale donne du corail d’une très bonne qualité; maiscclto pèche rentre dans les considérations sur l’industrie nationale.

LA SARDAIUNE

d’en chercher les raisons. Celle sur laquelle ils s’accordent le plus généralemeul , c’est que ces petits poissons fuient dés côtes de la Sardaigne, dans la crainte d’être engloutis par les armuées de thons qui les visitent tous les ans, et qui en sont tellement avides, qu’on en trouve toujours plusieurs entiers dans leur estomac Celte raison ne serait pas suffisante pour expliquer l’absence des sardines et des anchois. Leur instinct naturel ne leur donne pas moins de motifs de craindre les thons des côtes de Provence, qui ne sont pas si gros à la vérité , mais qui lé sont toujours assez pour en manger beaucoup ; et cependant il s’en trouve sur ces côtes , et tout autour des madragues , une prodigieuse quantité. Les Sardes en pécheraient autant peut-être, s’üs les cherchaient mieux , s’ils entreprenaient cette pêche avec moins de mesquinerie, s’ils abandonnaient un peu plus la vue de leurs côtes , si enfin ils employaient les mêmes filets , les mêmes barques , et les mêmes moyens : les bénéfices sont le prix du travail et de l’industrie. Le fond de leurs mers est rempli do sardines et d’anchois. La preuve qu’elles n’en sont pas dépourvues , c’est qu’on en trouve dans le corps de tous les thons ; une preuve plus positive , c’est

' <'n dit que les thons pounuiveiit aussi les maquereaux avec fureur, et t rst à quoi on attribue leur rareté sur les cites do Saidaignc,

AftClENIfE ET MODERNE. Gorî

que les pêcheurs d’Alghero, et surtout ceux île l’üe de Saint-Pierre, font souvent en ce genre des pêches très lucratives.

Les mers de la Sardaigne possèdent trois variétés de rougets (mulbis)^ dont deux, qui vivent sur des fonds sabloneux, sont d’une grosseur et d’une. qualité mçdiocres , assez semblables à celles que donne l’Océan ;^mais l’espèce qu’on pêche en pleine mer, le rouget barbu (muUus harbatus), fournit à la sensualité humaine on mets des plus exquis , que les Sardes se félicitent avec raison d’avoir en abondance.

Les anciensRomaiifs, qu’il faut toujours nommer quand il est question des excès de la gourmandi.<ie et*des folies du luxe, avaient une passiôn déclarée pour le rouget barbu. Il figurait sur les tables les plus somptueuses, et on mettait à ceux d’une dimension au-dessus de l’ordinaire des prix extravagants : on voit dans Pline qu’on en paya un de ce genre jusqu’à huit mille pièces de monnaie. C’est encore lui qui nous apprend qu’il était fort à la mode J dans les maisons où l’on se piquait d’une certaine élégance , de présenter en vie sur la table ce poisson, éclatant du plus vif incarnat, et de l’y faire cuire dans un vase de cristal , à travers lequel on jouissait du spectacle de la dégradation de ses couleurs, jusqu’à leur extinction totale; plaisir bien digne des aimables convives, qui, en sortant

Go6

de ces diners voluptueux, allaient applaudir aux grâces d’un gladiateur dans les agonies de la mort ■.

Sénèque s’élève avec énergie contre ces insensés , ce pour qui , dit-il , ce n’était pas assez d’avoir dans » le rouget de quoi satisfaire la gloutonnerie de » leur estomac, s’ils n’y trouvaient d’avance de » quoi. repaître celle de leurs yeux * ,

Lorsque les écailles ont été enlevées , la couleur de ce poisson , qui est ordinairement d’un jaune olivâtre, passe à un rouge de minium, surtout celle des côtes. Les nageoires du dos sont d’une couleur pâle tachetée de jaune; celles de la poitrine, blanchâtres et marquées de quatre taches jaunes; les autres sont rougeâtres avec une teinte légère de jaune.

Le Thon.

De tous les présents que'la Sardaigne a reçus de la nature , le thon est celui dont elle doit être le plus reconnaissante, à cause du produit de ses pêcheries , les plus belles qui soient connues de

' Mullum oxpirantem versicolori quAdam et numerosA x-arietala specUri proccrcj Rulæ narrant , rubentium squcmanim miillipliri miilalione palla* eentem, ulique si vitro specletur. Plin. Hist. natur. liv. fk , cap. 17. -,

• Quam incredibile illis videretur , si audirent natarc in garo pisrem ; et cœnK caussA occisum esse super coenam , ciiin uiultiim in dcliciis fuit, et ocii-

los, anteqiiam gulam, pavil ! Xon sunt ad popinam dentibns, et

ventre, et ore contenli ; ortilis quoqur gulosi sunt. Senre. Qu*st. natur. lit), ni , cap. 17 et i8.

ANCIENN.E ET MODERNE.

nos jours, et qui sont la principale branche de son industrie et de son commerce.

Il n’entre pas dans le plan de cet ouvrage de répéter la description détaillée qu’a donnée Cetti de l’organisation , du matériel et des procédés de ces pêcheries ou tonnares ; établissements temporaires , il est vrai , mais aussi peu comparables , par l’étendue de leur échelle , aux petites madragues provençales , que le sont entre eux , pour la grosseur et la qualité , les poissons qu’on prend dans les unes et dans les autres.

On ne saurait rien ajouter à l’histoire naturelle du fAo«(scomber thynnus. Linn.), complètement traitée par M. le comte de Lacépède et il ne peut rester de place ici qu’à un petit nombre de faits omis et d’observations qui , étant des particularités pour la Sardaigne, ne sont pas sans intérêt dans on livre dont elle est l^objet sjiécial.

Les anciens, qui ont fait tant de méprises en physique et en histoire naturelle , croyaient que les thons naissaient dans le Palus-Méolide , aujourd’hui la mer d’Azof, et que, passant dans la mer Noire , par le Bosphore Ciramérien , ou détroit de CalTa, ils s’introduisaient ensuite dans la Médi-

terranée , qu’ils parcouraient dans tous les sens. Les recherches des ichlhyologistes , confirmées

’ Hist. nal. des poissons.

par rexpérience journalière des marins et des pêcheurs, ont obtenu des notions différentes, et vraisemblablement plus exactes , sur la vie , les habitudes, et les courses des thons. L’opinion la plus générale est qu’ils viennent originairement du grand Océan, d’où, à peine nés, ils se hâtent de s’expatrier , et que , faisant une irruption au mois d’avril , dans la Méditerranée , par le détroit de Gibraltar, ils en visitent tous les golfes^ toutes les côtes et les îles, pénètrent, vers l’automne, dans la mer Noire et dans la mer d’Azof , but constant de ces voyages de long cours, et en sortent par la rive droite du canal des Dardanelles, après y être entrés par la rive gauche.

Il s’en faut de beaucoup cependant que tous les thons , qu’on voit au printemps dans la Méditerranée, soient de nouveau - venus des pays lointains ; la plus grande partie ne fait , à l’époque de leur apparition , que sortir des profondeurs de la mer, où ils s’étaient retirés pour attendre une saison plus favorable. Pendant ces mois de repos , on en voit toujours qui se sont séparés des autres, et qui voyagent isolément. On <'n a observé quelquefois de grandes quantités, aù milieu de l’hiver, sur les côtes de la Sardaigne.

Il est bien certain que les thons affectionnent particulièrement les côtes de la Méditerranée. Les anciens, dont quelques modernes ont répété les

ANCIBHNE ET MODERNE.

opinions, sans beaucoup d’examen ni de critique, attribuaient cette prédilection à l’abondance des glands , produits par les chênes marins , végéUnt au fond des eaux qui sont, suivant eux, l’aliment habituel des thons , ce qui avait valu à ces poissons dans l’antiquité le nom de cochoîis de mer Si les thons préfèrent la Méditerranée , et , danj cette mer elle-même , certains lieux à d’autres, c’est parce que ces lieux, notamment , à ce qu’il paraît , les côtes de Sardaigne , sont plus favorables au développement de leurs petits, et qu’ils leur fournissent une meilleure et plus abon- .dante nourriture; mais la raison en échappera long-temps encore à nos investigations.

On croit que les thons déposent leur frai, dès le moment de leur entrée dans la Méditerranée, quoiqu’ils n’en sortent que six mois après. On a remarqué qu’ils ne fraient pas à l’embouchure des fleuves, comme la plupart des autres poissons, mais sur les côtes.

Les thons voyagent en troupes, nageant avec

' Les anciens voulaient probablement parler des fruits de certaines espèces de Tarées , à qui on donne quelquefois le nom de chênes mtrins. Celte plante , de la famille des algues, couvre les rochers des côtes, au fond de la mer , d’une végétation immense en Ipogueur gt en profondeur. Les botanistes en ont décrit près de deux cmits espèces , dont plusieurs peuvent servir de nourriture aux hommes, et iissontbien loin de les connaître toutes.

• Ârutote , Strabon , Polybc , Athénée ; Cetli , Azuni , Raimondo , Valu.

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