‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 84 sur 97 · II · texte numérisé non relu

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LA S A n D A I (; N K

domestique, et pour la droguerie , des ressources étendues, si on voulait s’en servir. >'

On tire par incision du genévrier en arbre celle i-ésine blanche, qu’on nomme sandaraque , et donl on fait du vernis. Son bois donne, par la distillation , VhuUe de code, fort employée dans les maladies des. brebis.

Le pistacbier-lentisque produit le mastic ' dont on fait un si grand usage dans l’Orient. On n’en tire'en Sardaigne qu’une huile d’une odeur insupportable. ' ,

Le suc résineux qui transpire du ciste est le laudanum , si connu dans la pharmacie.

Le bois et les racines de ce joli arbrisseau , et surtout ceux du genévrier rouge, mais plus particulièrement encore ceux du lentisque, fourijissent à l’ébénisterie de quoi faire des ouvrages 1res recherchés. En Sardaigne , où ils tapissent toutes les hauteurs, ils sont méprisés, négligés, et alimentent le foyer domestique.

Pi'oduits de Vinduslrie. *

Si les Sardes dédaignent ou exploitent mal une partie des trésors naturels que la Providence leur a prodigués , il ne faut pas en conclure qu’ils manquent d’industrie ; elle s’exerce même sur un plus grand nombre d’objets que ne le ferait croire leur peu d’activité et d’amour du travail.

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Dans une île pauvre , et dont la population est faible , l’industrie ne saurait s’appliquer qu’aux besoins de la vie et du commerce maritime , sans s’élever jusqu’à ceux du luxe, qu’elle ignore , et qu’elle ne pourrait satisfaire.

Les Sardes excellenl dans l’art de faire ces fromages salés de brebis et de chèvres , dont le royaume de Naples s’approvisionne chez eux. Dans quelques parties de l’île , on fait des fromages de vaches ; mais ils sont rares : on leur donne la forme d’une poire.

Indépendamment de leurs excellents vins, ils font à •Villacklro , à San Lussurgiu , et dans les Barbargies, de l’eau-de-vie qu’ils appellent eau ardente {acqua ardente^ , et qui mérite bien cé nom.

De la laine des brebis noires, qu’on’ multiplie à dessein , on fabrique dans les campagnes une étoffe grossière de cette couleur, qui se nomme Jorese , et dont on fait des couvertures, des sacs, et ces grands capuchons pointus, partie obligée de l’habillement du paysan sarde. La même étoffe, jnais plus fine , plus serrée , plus soignée, sert pour faire des manteaux ou des habits de voyage, et garantir de la pluie et du froid.

On fait dans quelques villages de petites étoffes et des fichus de soie commune, qui sont d’un assez. * bon usage; -dans d’autres, des bas de fil d’une excellente qualité ; dans la Barbargia Ollolai des

tapis de pied et des toiles de ménage; dans la Barbargia Belvi, des tables et planches de noyer et de châtaignier, et dans le voisinage des villes , de ia poterie commune. ^

La ville de Cagliari se distingue par une industrie plus relevée. Son orfèvrerie et sa serrurerie ne sont pas sans mérite. Elle a (Juelques fabriques de savon, et quelques tanneries, établies par des étrangers. Son biscuit de mer, son amidon, fait de blé dur, ses farines , et surtout ses pâtes , jouissent d’une juste réputation . ‘

La capitale s’est approprié une industrie d’une grande importance ; c’est sa fabrique de poudre à canon. Il n’y en avait autrefois qu’au village d’Isili, qui n’en donnait que de là plus mauvaise qualité ; il s’en est établi une à Cagliari , pour le compte du roi. Le charbon est donné par le bois d’aulne du pays, et le salpêtre est fourni par les pâtres. Voici comment : -

Des cavernes , que la nature a pratiquées dans les collines , servent de retraite aux nombreux troupeaux de moutons et de brebis qui paissent dans le voisinage. On leur fait une couche de terrç fine et légère , de l’épaisseur d’un pied. Lorsqu’elle est bien imprégnée de l’humidité produite par le long séjour de èes animaux , pendant les grandes chaleurs de l’été , les bergers y mêlent des cendres vierges, et jettent ensuite ce mélange dans des

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tonneaux , d’où ils tirent une eau chargée de nitre , qui donne par l’évaporation le salpêtre de première qualité. Le déchet qu’il souffre à la raffinerie royale n’est que de 25 à 5o pour cent.

Les cultivateurs sardes faisaient aussi de la • soude, avant' que l’usage de la soude artificielle eût fait tomber cette fabrication , qui ne leur donnait d’autre peine que de laisser brûler d’ellesmémes des herbes marines, et d’en recueillir les cendres.

Les tabacs de la tnanufacture royale de Sassari , dont la saveur et la qualité les rapprochent un peu de ceux d’Espagne , sont confectionnés, avec les léuilles qui se récoltent dans tout le cap du nord , • et que le gouvernement achète aux cultivateurs.

L’huile est une des principales branches d’industrie de la Sardaigne; on y en fait une très grande quantité ; mais eUe est âpre , dé mauvaise qualité, et on n’en connaît qu’une espèce, qui est la même pour la table et pour la lampe. Celle que l’op fait au cap de Sassari , la Provence de l’île, est pourtant d’une qualité supérieure. Il s’en exporte beaucoup. On en fait d’assez bonne aussi à Cagliari ; mais là même l’art de la fabrication est extrêmement en arrière.. On est bien loin de savoir, comme à Aix, tirer de l’olive tout ce qu’elle contient d’huile. Le marc, réexprimé à la provençale , produit une seconde qualité d’huile , nommée ressetice

à Aix , qui n’est g-nère inférieure à la première. En Sardaigne on jette tout après la première pression.

Les Sardes abandonnent presqu’entièrement aux étrangers le travail , le commerce , et le profit des pêcheries de thon. Ces établissements appartiennent ou au roi ou à un petit nombre de grands seigneurs, qui les afferment jfde riches particuliers. Ceux-ci, contents de gagner sur leur bail, dont ils pourraient pourtant tirCr un plus grand parti par eux -mêmes, en vendant d’avance le produit à des négociants génois, napolitains et siciliens. Les chefs de la pêche , ou mis, sont presque toujours des étrangers, ordinairement des siciliens, qui apportent avec eux le sel tout prêt pour l’opération de la salaison , dans un pays où le sel est si abondan^ et d’excellente qualité, et cela, parce qu’on manque de meules pour le pulvériser dt le rendre propre à la préparation du thon mariné. Ce n’est pas non plus l’huile du'pays qu’on emploie: le peu de thon à l’huile nécessaire pour la consommation du pays vient de Gênes et de Marseille.

Il en est à peu près de même du corail. Ce zoophyte abonde dans les eaux occidentales de l’île, et particulièrement dans celles d’Alghero pi*esqu’autant qu’à la côte de Barbarie; mais l’insouciance fait livrer presque enlicrement aux napolitains et aux corses cette pêche intéressante, pour un faible droit de 20,000 francs sur un jHoduit d’un

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million. Les marins de Porto Conte et les indus- Irieux hacbitants de Saint-Pierre commencent pourtant à s’en occuper avec activité, Ces derniers , qui ont déjà prouvé à la Sardaigne que ses côtes n’étaient pas , comme on l’avait si long- temps prétendu , dénuées de sardines et d’anchois, lui enseigneront aussi qu’elle peut , dans ses propres mers , gêcherdu corail, en aussi grande quantité peut-être, et d’aussi bonne qualité que sur la cote d’Afrique. Jusqu’à présent, celui qu’on y pêche est envoyé brut à Livourne , à Gênes , et à Marseille : il n’y a personne dans le pays en état de le préparer et de le polir.

Produits commerciaux y — exportations et importations.

Avec une industrie aussi bornée, la Sardaigne ne peut entrer dans les relations commerciales de l’Europe, que pour les produits bruts de son sol, et dé la mer qui baigne ses rivages.

Des productions naturelles de cette île, celle qui occupe le premier rang dans le tableau de son commerce extérieur , c’est sans cont^dit le blé , et subsidiairement les autres céréales et les légumes secs.

L’exportation n’en est pas libre ; elle est au contraire extrêmement restreinte. Toute la législation du commerce des grains réside en une ordonnance

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/ie l’année 1764 > rendue à lu suite d’une d

dont le douloureux souvenir se trouve enr

dans chacune de ses dispositions , et dai préambule , qui consacre les principes proh: et les préventions, depuis si long- temps laires, contre les spéculateurs en grains et 1 nopoleurs * -,

Il en résulte que la Sardaigne éprouve de tous les pays soumis à ce régime légis matière de grains. A des années de^prod; abondance , comme celle de 1 782 , où on aux charretiers , pour prix du transport, au grains qu’ils en apportaient , et où le pi froment était devenu la nourriture des be: succèdent des années de disette , comme par pie celles de 1728 , de , et de i8i5, qi nent à leur suite la famine, les épidémie mort. Il est dans l’ordre physique , que, sar dent extraordinaire, des récoltes au moii diocrcs viennent après ces miracles de la En Sardaigne, où l’ordonnance en vigueur che qu’il n’y ait ni négociants en grains , gasins de cette denrée , l’étranger à qui on hâté de vendre à vil prix , pour éviter l’enc«

' Il y a bien long-temps qu’on accable d’injures ces spéct grains , que nous avons appelés depuis monopoleur! cl accapa les nommait , dans le moyen âge , dardanarü , penlapolcc , eoc quini , mot que uous avous francisé.

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ment de l’abondance , revend à des prix élevés , dans les temps de disette.

Le gouvernement, qui veille avec une paternelle sollicitude à 1% subsistance publique, ne délivre le permis d’exporter, ou la sacca, comme on l’appelle dans le pays, qu’après s’ètre bien assuré qu’elle ne peut être compromise. La Sardaigne , dans les meilleures "de ces années d’abondance , vendait à l’étranger sept à huit cent mttle starelli de blé , qui lui produisaient souvent jusqu’à 4>ooo>ooo de francs Elle en exporte vingt à vingt-cinq mille des autres graines alimentaires. Il n’existait autrefois que deux^ lieux d’embarcation, CagUari ei le golfe' de Palmas ; on en a depuis ouvert douze, sur tout le littoral.

La pêche du thon est, après lès grains, lorsqu’on accorde la sacca , le^ plus important produit et la principale branche de revenu de la Sardaigne. Cette récolté est malheureusement bien diminuée. On ne cale plus que six tonnares, porto Sens, porto Paglia, Flumentorgiu , les Salines, V isola Piana, et cala F'inagra.'Ou j pêçhe, année commune, dixhuit mille thons, qui rapportent environ 600,000 fr. On a vu des temps- où tout était dans -une proportion triple.

L’huile n’est pas un produit sans importance.

' Le slarello ré|>oud n un licis du setier de Paris.

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On en fait quelques chargements pour l’Angleterre, pour Malle, pour Trieste; mais les plus fortes exportations se font toujours pour Marseille, qui est le marché général, et où se prouve le placement de toutes les huiles du monde. ' ‘

Les fromages salés sont, dans les bonnes années, un objet d’exportation d'à peu près 4oô,ooofr.

L’expprtation du sel , commerce que font presque exclusivement tes bâtiments suédois , rapporte environ 25o,ooo fr.

Les autres articles du commerce d’exportation sont le biscuit de mer, les pâtes , la soude , le corail, le vin , les eaux-de-yie pour Tunis, la laine, les peaux et cuirs , les' salaisons, le suif, les cornes et onglons,. les plumes, les chiffons, l’orseille et l’alquifoux

On est maître d’introduire en Sardaigne toute espèce de marchandises ; il n’existe sur cette matière aucune loi prohibitive. Les étrangers ne sont pas plus soumis que les nationaux aux exceptions et aux recherches de la provenance. La seule condition qui leur soit imposée est de mettre publiquement en vente , pendant trois jours, le tiers de leurs marchandises , à la taxe établie par le magistrat civique, et qui leur laisse un modique bé-

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néfice. C’est ce que l’on appelle à Cagliari /es trois jours du pauvre.

La Sardaigne, dépourvue de labriques et d’industrie, est obligée de recevoir de l’étranger une foule d’objets , nécessaires aux besoins et à l’agrément de la vie , dont une partie lui est renvoyée manufacturée , apres qu’elle en a fourni la matière brute. Elle tire du dehors les draps, les toiles, les soieries, la bonneterie, les cuirs,, les chapeaux , les petites étoffes et rouenneries , les modes, la mercerie, les meubles, des briques et des tuiles, des planches et chevrons, la verrerie , le liège, les cordages, l’acier, le fer, la clouterie, les aiguilles, la quincaillerie, rarniurerie , l’horlogerie , la papeterie , la parfumerie , la morue salée , et toutes les denrées coloniales.

Une longue guerre maritime avait privé la France de ce commerce d’importation en Sardaigne; elle en a ressaisi la meilleure partie, et les, produits de son industie y obtiennent de plus eu plus la préférence qu’ils méritent.

Balance commerciale. — Droits et revenus publics.

Un calcul approximatif, et qui ne peut être que tel, à cause des variations qu’on nesauraitévaluer, porte le commerce actif de la Sardaigne , ou les exportations, à 6,000,000 de francs, et les im|)orlalions, ou le commerce passif, à 2,000,000.

La balance commerciale serait donc en sa faveur de 4>ooo,ooo. ■

La masse du numéraire en circulation devrait s’augmenter annuellement de celle somme. Il n’en est rien cependant , ou du moins on voit peu de mouvement d’argent. La Sardaigne est un des pays du monde où l’on thésaur^e le plus. Les paysans , enti^î les mains desquels vient le prix de leurs grains et de leurs peaux, craignant d’être volés , ou faute d’emploi , enfouisseat leur argent, que le hasard fait découvrir après leur mort, ou qui périt avec eux. ^

Les anciennes lois , qui défendaient la sortie du numéraire, sont tombées en désuétude.

Une des causes qui peuvent conlribuet à diminuer dans cette île , la masse du numéraire , c’est qu’elle n’a pas de compagnie d’assurances maritimes, ce qui fait verser des sommes considérables à Naples, à Livourne, à Gênes et à Marseille.

Les denrées et marchandises exportées de Cagliari paient divers droits à leur sortie, indépendamment de ceux du trésor royal ; la plupart doivent en outre un droit à la caisse de l’administration des tours, à celle de la ville , au patrimoine, et aux secrétaireries.

Chaque millier de mesures de blé paie un droit au vice-roi ; chaque mesure en doit un aussi , mais fort léger, pour les frais d’une fête de l’im-

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mncidée conception de la Sainte Vierge , fondée en iGÔ2.

La dotation des tours , et les salaires des juges criminels ^ sont prélevés sur les droits de sortie du fromage.

Les revenus que tire le roi de Sardaigne de la possession de cette île Ont nécessairement varié par l’effet des événements qui ont agité l’Europe pendant tant d’aonées. On les évaluait iutrefois à 1 ,5oo,ooo fr. de notre monnaie^

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