‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 83 sur 97 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Dé U matière et det produits du tnvail en Sardaigne. De l'Agriculture. — De Ilndastrie. — Du Commerce. — Exportations et importations. — Balance commerciale. — Droits et revenus puUics.

La décadence de l’agricnllure, l’exiguité . des produits de l’industrie , la langueur du commerce, proviennent moins des circonstances politiques où le pays s’est trouvé si long-temps placé, avant l’avénemerft de la maison de Savoie , que de l’esprit dominant , du caractère , en un mot de Vétat moral du peuple sarde. Cette nation joint à des qualités solides , à des vertus réelles, dont elle a donné plus d’un exemple, les, défauts primitifs et peuf-éti» héréditaires , qui sont éminemment propres à empêcher le perfectionnement de l’agriculture , l’extension du commerce, et le développement de l’in- ^ dustrie, source de richesse et de prospérité pour

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d’autres contrées plus avancées* en civilisation. L’opiniâtre attachement des Sardes aux pratiques anciennes leur donne de l’éloignement pour les méthodes , nouvelles ; la vanité nationale leur fait dédaigner les découvertes de l’étranger; la chaleur du climat leur ôte le goût du travail, que la fertilité du sol et leur sobriété rendent chez eux moins nécessaire qu’ailleors. » • . ,

Pi-oduits agricoles.

Quoique les habitants de la Sardaigne paraissent exclusivement portés par leurs habitudes et leur naturel à vivre des fruits de la terre , l’agriculture, si florissapte dans les temps anciens , y est cependant stationnaire depuis bien des siècles , et fort en arrière des progrès qu’elle a faits dans presque tous les autres pays du monde. Le sol n’a rien perdu de sa fertilité autrefois si renommée , mais ceux qui le remuent n’ont rien voulu ajouter ou substitueé â ce que faisaient leurs pères. If suffit de dire que la charrue , dont on se sert encore aujour^ d’hui en Sardaigne , est exactement et ‘précisément la même dont se servaient les Grecs et les Romains Le manche de cet instrument delabou-

La description de la chaime sarde ^t cdle de Vamai^s des Grecs et dn plwstrum des Romains , avec cette diilérmice que les boeufs, au Ken d’ètrc attachés au jou|t par le Cou , le sont par la tète , ce qui leur 'douuc une eoifTure assez pilloresque. * •

rajjeesl court et perpendiculaire , comrae il l’était de leur temps, et le soc trace eh une' seule fois, sans revenir, un sillon superficiel , qui n’a qu’un tiemi-pied de profondeur.

Les anciennes habitudes et la routine sont lare-

^•le de tons les travaux des champs. Rien ne peut déterminer le pajsan sarde à suivre d’autres procédés que ceux qu’il voit depuis son enfance , à tenter d’autres cultures que celles qui étaient usitées avântlui.On luiferaitinjureen lui proposant de faire .semer du seigle par ces mêmes mains.qui ont semé du blé si blanc et si beau , de changer la manière de cultiver sa vigne et dé faire son vin, et de planter la pomme de terre, si dédaignée, et qui pourlanl viendrait souvent fort à propos.

Le manque de bras et lé défaut de population sont une des* principales causes delà décadence de l’agriculture en Sardaigne. On a calculé que, dans une étendue de terrain de soixante -diic lieues sur trente-six, déduction faite des vieillards, des fem-' nies „ des enfants et des habitants des villes , les travaux de l’agriculture , destinés à l’alimenter , tombent sur dix-huit à vingt mille hommes. lien résulte qu’on ne cultive guère plus du tiers de la superfeie de l’île, et <yie le reste des terrft demeure sàns culture. •' i

Un des maiix de l’agriculture erl ce pays , c’est que généralement les propriétés n’y sont pas

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closes , à l’eiKception de celles du campidano de Cagliari , qu’entourënt ces haies vives de figuiersd’Jude ( cactus opuntia ) , qui compensent, par bien des avantages, les inconvénients de leur végétation trop abondante. Les clôtures sont une garantie contre les efiets du vent, contre les animaux , contre les hommes , et elles attachent le propriétaire à son bien. ■ •

, Rien n’a peut-être plus nui à l’agriculture de cet état que la communauté des terres, système funeste dont il a hérité des Barbares; à l’époque de leurs invasions , et dont.il n’a pas su se délivrer comme ceux où il s’était alors également introduit, et qui datent de son abolition leur prospérité agricole. Les seuls, biens non féodaux:, fermés de murs ou de haies, sont considérés comme propriétés patrimoniales et particulières; les autres terrains , appelés vidazzoni, sont divisés par une ligne idéale en deux ou plusieurs régions , selon leur grandeur respective. Une seule de ces régions est destinée chaque année à être ensemencée , tandis que l’autre, qu’on nomme Paharüi, reste inculte , et seulement affectée à la pâture libre du bétail. Les terres de la régmn ainsi destinée à la culture de l’année sont réparties parmi ceu^ qui se présentent pour les cultiver , ce qui s’exécute ou par la voie du sort , ou par occupation préalable , ou d’une ï;utrc manière , suivant l’usage éta-

' ANCIENNE ET MODEREE. ÔSj

Wi daos l’endroit , lorsque les terrains sont communs , ou par le choix des propriétaires , lorsqu’ils appartiennent à des particuliers. L’année suivante, on met en culture l’autre région , et ainsi successivement des autres , lorsque le terrain est divisé en plusieurs portions ; mais les terres qui se reposent ; et qu’on laisse en friche , dêivent toujours rester ouvertes à la pâture do bétail, jusqu’à ce que leur tour soit arrivé, quoiqu’elles appartiennent à des particulier.

Cet usage destructif de toute agriculture , et tellement enraciné qu’il est la première base delà législation rurale, ôte au cultivateur sarde l’intérét qu’il porterait à' un champ ou à un pâturage qui ne prospérerait que par lui et pour lui ; aussi faiton machinalement ce que la routine seule a pu enseigner , et se borne-t-on à nne seule culture de céréales, celle du froment et de l’orge. Les prairies artificielles sont entièrement inconnues. Cette méthode d'assoiement ne fournit dés aliments qu’à l’homme, quand l’inclémence du ciel ne l’en prive pas, etpresqu’aucone aux bestiaux. Aussi arrivet-il que, dans les années de grande abondance , il j a encombrement de denrées avec avilissement >du prix, et que, dans les années de disette, il ne reste aucune ressource , aucun moyen de subsistance.

A l’exception des figuiers, les arbres. à fruit , dont la culture eSt d’ailleurs peu soignée, ne sont

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point assez nombreux pour suppléer à ses alimentaires, quand elles viennent i Tous les arbres que ne produit pas spo la nature, et que propage l’industrie , meut ceux qui nourrissent Tboiiinje , qui sont utiles aux arts, sont très rares gne. Ce sont <^core les vidazzoni, c’est ble système de la pâture commune , qui < cette île de grands végétaux/ On n« planter dans les champs ouverts des ar nés à périr sous la dent dévorante des de toute une commune, qu’on est obligé « chez soi. Ainsi, sous les rayons d’un sol ces longues routes , ces vastes plaines so lées d’ombrage; l’économie rurale estp ressource que lui offriraient les feuilles pour la nourriture* des bestiaux ; les sont plus élevées et les pluies attirées p tation , et on a une digue de moins cor Iwrdements.

Les exhortations patriotiques et les c législatives, renouvelées encore par le f'^ictor Emmdinuel , ont de tout temps les plantations d’arbres , et surtout la oliviers sauvages ^ mais elles sont à pe tées sans succès. Au milieu du siècle dei Iç règne mémorable de Charles Emm toutes les autorités, y compris celle du

ANCIBUME BT MODEnNE.

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toutes les personnes éclairées du pays, furent saisies d’enthousiasme pour un projet de naturalisation en grand du mûrier blanc , et d’éducation des vers à soie. Les circulaires du gouvernéinent , les pastorales des évêques, les prônes des cgp‘és , les sacrifices, les avances, 'tout concourait au même bot : c’était une sorte de conspiration philantropique; mais quoique les essais aient été parfaitement heureux, cette culture , qui n’a pu jusqu’ici se nationaliser, est demeurée l’occupation des amateurs et des curieux. Il est vrai qu’elle a été plus long-temps encore à s’établir en France, où elle a fini par devenir une des branches de la prospérité publique'. • ,

On a eu aussi l’idée de faire des essais de perfectionnement sur le palmier-dattier ( phœnix dacijrliJ'era ), qui s’est naturalisé en Sardaigne , et dont on voit, tout autour de Cagliari, des individus d’une belle venue et très vigoureux. Dans certaines expositions , les dattes parviennent à niaturitc, et on en a vu d’aussi belles grappes que celles qu’on envoie de Tunis. I^e fruit conserve, il est vrai, * une certaine âpreté; mais il la perdrait si on lui

faisait subir la fermentation qui lui est néeessaire

' • Le mûrier a passé en France an quinzième siècle ; il a fallu plus » de ccnl ans pour faire ouvrir les yeux sur son utilift... . Colbert fil - les plus grands efforts pour la propagation des mûriers : autant il en » faisait planter, autant les paysans m dètruisaieqt. Ettexclcf^eUr-

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pour brunir l’enveloppe, attendrir sa pulpe , et développer le principe sucré. La grelFe l’améliorerait et en multiplierait les variétés. On en compte soixante-dix en Egypte. On y réussirait d’autant mieux ^ue les Sardes ont en abondance les eaux et les boues saumâtres , qui sont pour les dattiers un excellent engrais. . - •

Le chevalier Angioy, qui avait déjà introduit l’indigotier en Sardaigne *, fit des dépenses considérables pour y naturali^ le coton ; il en obtint de très beau , de douze qualités différentes , en plantes, en arbrisseaux, et en arbres. 11 avait monté des machines pour carder et iisser, et une filature complète. Tout a été détruit , et le gouvernement a fait de vaines tentatives ponr relevef ces établissements.

Un autre, patriote sarde, le vicomte JFÏiuftini, consacra une partie de sa fortune à des expériences sur la culture de la canne à sucre , qui croît et prospère en des climats analogues. Ces essais auraient présenté'les mêmes résultats , si les dispositions des habitants eussent répondu aux sacrifices de cet agronome éclairé , qui avait déjà bien mérité du pays en faisant rebâtir un village détruit. Ils devinrent bientôt l’objet Me l’ènviej l’ignorance qf la méchanceté les punirent ''comme des crimes. • • . .

Les coteaux de Sassari/d’Oristano et de l’Oglias-

AlVniESNE ET MODERNE. * J

Ira, sont couverts d’orangers^ de limoniers, de cédrats et de citronniers. Oristano et Sassari cultivent ces arbres précieux , et en tirent au moins parîi. Dans l’Ogliastra, à l’exception de deux ou trois milliers de citrons qui se vendent , on laisse tout périr sur l’arbre , fleurs et fruits. On récolte bielles fruits des jardins ou plutôt des bois d’orangers de la vallée de Milis ; mais leurs fleurs embaument les airs sans aucun profit pour les habitants. Des provençaux avaient obtenu du gouvernement sarde la permission d’établir à Milis des ateliers de distillation. Ils y travaillèrent pendant toute une floraison, et répandirent quelque argent dans le pays. A leur retour , l’année suivante , ils trouvèrent leurs aiellers saccagés, et tous leurs outils et ustensiles pillés. La spéculation finit là.

Les forets de l’intérieur renferment des bois de toutes les espèces, dont on ne tire aucun parti, faute de rivières navigables. M. le chevalier de Saint-Réal, ancien intendant des mines et forêts, avait trouvé et fait marquer 12,000 pièces pour la marine.

Sur des coteaux moins inaccessibles, au bord de la mer, dans tout le cap du midi, à l’entour même de la capitale, viennent en abondance et se reproduisent sans cesse une foule de genévriers rouges , ou en arbre, de lentisques, de cistes , qui fourniraient pour l’ébénisterie , pour l’économie

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