CHAPITRE III
Operations militair<*s,en Italie et en Espagne. — La Sardaigne s’impose des va cri lices f et verse des subsides et dons gratuits. — Divisions , émigrations , défections. — Cifuentès et Montesanto , qui doivent jouer les principaux rôles dans les événements de la Sardaigne , commencent à trahir la cause du roi. — Rivalité des maisons de ViUator et de Laconi , et son influe»ce sur ces événements. — Désastres de la campagne de i -04. — Les Anglais t débarqués en Catalogne , s’emparent de Barcelone. — Le prétendant est installé dans eette province , d’où le feu de la révolte doit s'étendre à pasteurs autres posscssions^jpagnoles , et plus lard à l’ile de Sardaigne. — 170a à 1705.
Le roi Guillaume d’Angleterre, qui devait, au commencement de l’année 1702, se mettre à la tête des armées alliées , mourut au mois de mars des suites d’une phthisie dont il était attaqué depuis long-temps, et dont les accidents s’étaient aggravés par une chute de cheval. La princesse Aime lui succéda, et, quoique brouillée avec lui, non-seulement elle entra dans toutes ses mesures, mais elle voulut y ajouter encore par de nouvelles dispositions. C’était pour elle le meilleur moyen de se populariser ; cette guerre était nationale.
Ckui\:hill, qui fut depuis le fameux duc de Mari-
lorough , fut fait par la reine Anne général de l’armée anglaise.
Les opérations militaires se suivaient vivement en Italie. Le prince Eugène conserva toujours sa supériorité sur le maréchal de Killcroi. Ce dernier fut enlevé dans Crémone , au milieu de son sommeil, par un coup de main hardi, qui n’eut pourtant pas tout le succès que le prince en avait espéré. Ses troupes, presque maîtresses de la ville, où la trahison d’un prêtre les avait secrètement introduites , en furent chassées par la valeur des Français, n’emportant pour butin que le général ennemi prisonnier.
Le duc de VendéÊne , nommé au commandement de l’armée d’Italie , y rétablit un peu les affaires de la France et de l’Espagne. Philippe K, qui avait laissé la régence à un conseil présidé par la jeune reine, était venu à l'armée; après un court séjour à Naples, où l'on avait tramé un complot contre sa vie. Les deux généraux se firent une longue guerre de poste, -.et se livrèrent une foule de petits combats partiels , qui ne produisirent aucun résultat : telle fut la bataille de Luzara , où les deux partis s’attribuèrent la victoire.
En Espagne, le système d’administration qu’on avait adopté, et des rigueurs excessives autant qu’impolitiques . détachaient tous les jours un plus grand nombre de personnes de la cause *du roi.
ANCIENHE ET MODE R N E.
Le crédit du cardinal Portocarrero, quoique contre-balancé par la faveur croissante du comte de Montellano , grand-maître de la maison de la reine, se soutenait toujours, appuyé de la protection des Français. M. Orrj , qu’il avait fait nommer intendant-général du trésor royal, poursuivait avec une brutale austérité le cours de ses opérations financières, de ses suppressions et de ses réformes. H attaquait des abus depuis long-temps enracinés et condamnables , mais qui étaient exploités par les plus grandes maisons et les personnages les plus importants du royaume.
L ' Amirante de Castille , qui crut avoir à se plaindre d’une humiliation , écrivit à l’arohiduc pour le reconnaître; ef, annonçant hautement sa défection , il se retira en Portugal. La cour de Philippe fit une perte immense. L’ Amirante en était le seigneur le plus considérable par ses richesses , par son esprit délié, par le don de la parole, par le nombre de sa clientèle , et les premières maisons dé la Castille tenaient à la sienne par les liens du sang.
Le comte de Château-Renaud , qui commandait l’escadre combinée de la France et de l’Espagne, , fut complètement battu par l’escadre anglaise aux ordres- du duc d 'Ormond , à l’entrée du port deVigo, où il avait conduit les galions du Mexique.
ir.
!> A SARDAIRNB
Philippe F, consterné de ces nouvelles, quitta l'Italie où sa présence était devenue inutile, et revint à Madrid par Gènes et Barcelone.
La campagne de 1703 fut plus heureuse pour la France et l’Espagne, que ne l’avait étéda précédente. Les maréchaux de Fiüars et de Tallard. en Allemagne , et le duc de Vendôme en Italie , battirent constamment l’ennemi, dont les flottes ne furent pas mieux traitées. Le vieux Brisak se rendit au duc de Bourgogne ; Tallard gagna une bataille près de Spire sur le prince de Hesse- Casse/, devenu depuis roi de Suède.
Une flotte anglaise formidable mit en mer sous les ordres de l’amiral Schowel, et se montra successivement devant tous les ports et toutes les possessions maritimes de l’Espagne dans la Méditerranée, pour tenter la fidélité chancelante, et offçir un appât à la trahison. Ces démonstrations ne produisirent cette fois aucun résultat. Les commandants militaires des places du midi de l’Espagne, et ceux qui gouvernaient Naples et la»Sicile, étaient sur leurs gardes. Le comte de Lemos, viceroi de Sardaigne, avait mis cette île dans un état de défense aussi respectable que les circonstances le permettaient.
Le royaume de Sardaigne vint au secours de la métropole d’une manière plus ^efficace et plus positive ; il fit verser au trésor le montant du don
gratuit qui revenait au roi pour son avènement ait trône , et qu’on n’avait pas encore requis
La maison de Bourbon eut le chagrin , dans le courant de l’année de 1703, de se voir abandonnée par deux de ses plusâmportants alliés , le roi de Portugal elle duc de Savoie. Le premier fu t entraîné à cette défection par le prince de Darmstadt , ministre de l’archiduc, et pari 'Amirauté de Castille. Ce perfide espagnol, auquel il avait donné asile, devait recevoir, pour prix de l’acte politique par lequel il reconnaissait le prétendant à la couronne d’Espagne, plusieurs places que ce dernier, qui n’y en possédait pas une seule, consentait à en séparer en faveur de son nouvel ami. Le duc de Savoie , dont la défection surprenait d’autant plus qu’il appartenait par des nœuds plus étroits aux maisons de France et d’Espagne , dans lesquelles il avait marié ses deux filles , alléguait des motifs plus élevés et au-dessus de la portée de cette opinion vulgaire , qui veut que les rois aient , comme les autres hommes , quelque considération pour les liens du sang. Il disait dans son manifeste « que » son intérêt politique exigeait qu’il se rangeât » du côté le plus faible; qu’il préférait l’honneur » de mourir les armes à la main à la honte de « se laisser opprimer sans s’y opposer; qu’il ne » faisait qu’achever de rompre une alliance qu’on « avait commencé de violer; qu'on ne devait pas
» le regarder comme un père qui fait la guerre » à ses enfants, mais comme un prince qui en » attaque un autre dont il a à se plaindre; qu’il >» était obligé de tout sacrifier à la tranquillité de » ses peuples ; que Dieu l’en avait chargé, et qu’il » les préférait à lui-même, à sa maison et à sa » postérité; que, si par des événements malheu- » reux la fortune la persécutait ou l’éteignait , ses « peuples, lui venant toujours de Dieu , lui tien- » draient lieu de tout le reste ; qu’enfin il met- » trait les armes bas , dès que les affaires seraient » si bien ajustées et balancées , que la faiblesse » n’eût plus rien à craindre , et l’ambition plus » rien à espérer ».
La défection du duc d e Savoie, qui , malgré son prétendu désintéressement , devait être fort bien traité dans le partage , fit une grande sensation à Versailles et à Madrid. Elle fut lç signal de celles qu’on méditait partout , et des trahisons éclatantes de la haute noblesse, auxquelles la mauvaise administration intérieure, le mécontentement toujours croissant, et les intrigues étrangères, semblaient travailler comme de concert, et avec autant d’ardeur que de succès.
Dans la capitale , dans le palais , autour de la personne même du roi, la discorde ne lâissait pas deux personnes du même avis sur les affaires et les intérêts du jour, ni, pour ainsi dire, de la
ANCIENNE ET MODERNE. fit}
même religion politique. Les courtisans se faisaient entre eux une guerre de délations pour établir leur crédit aux dépens les uns des autres. Toutes ces intrigues se compliquaient de celles que condnisaient les Français employés près de la cour de Madrid. L’abbé d 'Estrées , qui avait suivi son oncle le cardinal, ambassadeur de Louis XIV, conspirait contre lui avec la princesse des Ursins , dans l’espoir de le faire rappeler et de lui succéder. Le cardinal, de son côté, travaillait à éloigner du gouvernement Portocarrero, ainsi qu'Xrias, à qui déjà il avait fait ôter la présidence de Castille , que le roi avait donnée au comte de Montellano , en le créant duc et grand d’Espagne. Le parti français obtint darfs cette même occasion la suppression du conseil de Flandre , ce qui rendait Louis XIV maître absolu dans les Pays-Bas.
Les Espagnols voyaient de mauvais œil l’empire successif que prenaient les Français dans l’administration de leur pays. Les mécontents, qui se multipliaient avec rapidité , disaient hautement que le cardinal d 'Estrées était plutôt le premier ministre du roi d’Espagne que le représentant du roi de France . Telle était alors la disposition des esprits , que dès qu’on n’obtenait pas du roi tout ce qu’on croyait devoir en attendre, on devenait ennemi du gouvernement, et on embrassait la cause de la maison d’Autriche.
Un motif de plainte de ce genre jeta dans le parti de la révolte,- et en fit un des chefs les plus dangereux , le comte de Cifuentès ( don Fernand. Menezès de Sylva ) , qui devait jouer un des principaux rôles dans les événements postérieurs de la Sardaigne.
Le comte de Cifuentès, homme d’une haute naissance, insinuant, plein d’ambition , d’éloquence et d’esprit, agissait par des menées sourdes contre l’ordre établi , semait des bruits calomnieux , qui ne respectaient pas même la personne sacrée du roi, et disposait tous les éléments du vaste incendie qu’il allait allumer. Il peignait , en les exagérant, la tyrannie de la France , la clémence de l’Autriche , la puissance des alliés , et déplorait le triste et misérable état où l’Espagne était réduite. Le duc de Montellano, informé de ces manœuvres criminelles donna ordre d’arrêter le comte Cijuentès ; mais le gouvernement était si mal servi , et trouvait si peu d’obéissance , qu’on favorisa son évasion.
La cour était alarmée de voir que la trahison gagnait la plus haute noblesse. Les mesures de rigueur redoublèrent ; mais on n’en tifa aucun fruit, parce que les ministres étaient divisés entre eux , et que leur désunion arrêtait même le cours de la justice. L’intérieur du palais était livré aux intrigues de la princesse des Ursins , qui venait do
ANCIEN NE ET MODERNE. ni
réussir à faire rappeler en France le cardinal d\E>trées. Aussitôt que l’abbé d 'Estrées , ligué avec la princesse , eut remporté cette victoire sur son oncle l’ambassadeur , qui voulait le faire chasser luimême , il se déclara contre elle, et fit si bien , que Louis XIV , qui était d’ailleurs fort prévenu contre cet esprit remuant et inquiet, lui ordonna de revenir en France, sans en donner d’autre raison , sinon que cette mesure convenait au repos des deux couronnes. Le roi d’Espagne, à qui la princesse des Ursins avait communiqué des lettres peu respectueuses de l’abbé d 'Estrées, interceptées par elle , demanda et obtint à son tour le rappel de cet abbé. Ainsi, dans l’espace de peu de temps, le cardinal , son neveu et la princesse sortirent d’Espagne, chassés les uns par les autres.
Les opérations de la guerre, qui terminèrent 1704. l’année 1704 d’une manière si désastreuse pour la France et pour l’Espagne, avaient soutenu, pendant les premiers mois de cette année , les espérances qu’avait fait concevoir la campagne de 1 703.
Les troupes espagnoles eurent d’abord , contre les Portugais , quelques succès de peu d’importance , dont elles ne surent point tirer parti. L’électeur de Bavière prit Passau le 9 janvier. Le duc de Vendôme se rendit maître des états du duc de Modène , qui s’était joint à l’empereur. Les impériaux s’emparèrent des états du duc déjà Miran-
LA SARDAIOINE
dole , qui traitait avec la France. Le grand prieur de Vendôme prit Rovere le 10 avril. Le duc de la Feudlade, qui, sur la fin de l’année précédente , avait conquis toute la Savoie, excepté Montmelian , prit le 12 juin le château de Suze. Les Français prirent encore en Italie, pendant le mois de juillet, les villes de Verceil et d’Ivrée; mais là finirent leurs succès dans la campagne de 1704, et, ainsi que l’Espagne, ils ne comptèrent plus , depuis ce moment , que désastres et calamités.
Le duc de Marlborough ^ au combat de Donawert , le 2 juillet, renverse les Bavarois et les Français, prend la ville de ce nom, passe le Danube, et met la Bavière à contribution.
Un plus grand malheur attendait Louis XIV et la France. Le i3 août 1704, fut donnée la trop célèbre bataille d’Hochstet. « L’armée française y » fut presque entièrement détruite. De soixante » mille hommes, si long-temps victorieux, on » n’en rassembla pas plus de vingt mille effectifs. » Environ douze millp morts , quatorze mille pri- » sonniers, tout le canon , un nombre prodigieux » d’étendards et de drapeaux , les tentes , les équi- » pages , le général de l’armée et douze cents of- » ciers de marque au pouvoir du vainqueur , » signalèrent cette journée. Les fuyards se dis- >» persèrent; près de cent lieues de pays furent » perdues en moins d’un mois. Les alliés, ayant
» une carrière ouverte du Danube au Rhin , pasi) sèrent ce dernier fleuve , entrèrent en Alsace , » et reprirent Landau »
Les Anglais, qui déployaient toute leur puissance dans la poursuite de cette guerre , et à qui nul sacrifice ne coûtait, fournirent à l’archiduc Charles , qui s’était déjà rendu de sa personne en Portugal avec une de leurs divisions , une flotte de trente vaisseaux de guerre joints à dix vaisseaux hollandais , deux cents bâtiments de transport et neuf mille hommes , pour conquérir la couronne à laquelle il prétendait.
Cet immense armement n’avait pas seulement pour but de servir un allié : les Anglais songeaient aussi aux intérêts de leur puissance maritime , et convoitaient Gibraltar , qui devait les rendre maîtres du détroit. L’amiral Bing , après une attaque insignifiante contre Cadix, .se dirigea tout à coup sur cette place, qui n’était alors défendue que par quatre-vingts hommes de garnison , et , après y avoir jeté des bombes, il débarqua quatre mille hommes , qui s’en emparèrent sans résistance. Le prince de Darmstadt , descendu dans l’isthme, au nord de la ville , avec dix- huit cents hommes, fit arborer l’étendard autrichien au nom de l’archiduc Charles; mais les Anglais, qui avaient de
* f'oltairr , Siècle de Louis XIV .
tout autres vues, y substituèrent le pavillon britannique , et prirent possession, au nom de la reine Arme , de celte place importante, qu’ils ont conservée , et contre laquelle sont venus échouer tous les efforts qu’on a faits depuis pour la leur enlever.
Pendant ce temps , le duc de Bervick , à la tête de quinze mille Français , défendait l’Estramadoure contre une armée alliée , composée de quarante mille hommes de troupes impériales , portugaises et anglaise^ , commandées par l’archiduc, le roi don Pèdrem et lord Gallowny. Les divisions des alliés donnèrent au duc de Bewick les moyens d’en délivrer les Castilles qu’il pouvait envahir , et de les forcer à la retraite.
On a remarqué , comme une des particularités les plus singulières de celte guerre, que c’était un Français réfugié , le comte de Ruvigny /» devenu pair d’Angleterre , sous le nom de lord Gallowny, qui commandait l’armée anglaise, tandis que l’armée de France et d’Espagne était commandée par le duc de Bervick , anglais , et neveu de Marlborough. La guerre d’Italie offrait une circonstance qui n’était pas moins bizarre ; le prince de Vaudernont combattait avec les Autrichiens contre son père, qui était resté fidèle à Philippe V , et qu’il manqua plusieurs fois de faire prisonnier.
Une révolution de cabinet s’opérait en même-
temps ù Madrid. Le duc de Monlellano était devenu le maître absolu ; il venait de faire renvoyer don Matrnel Arias à son archevêché de Séville , et le roi avait prié secrètement le pape de ne plus lui accorder de bref pour s’en absenter. Le cardinal Portocarnero , voyant son crédit décliner tous les jours , sentit qu’il n’avâit rien de mieûx à faire que de s’éloigner de la cour , et de choisir son archevêché de Tolède pour lieu de retraite.
M. Orry , réformateur français des finances espagnoles , continuait ses opérations. Décidé à donner aux gardes du roi une organisation plus économique , il supprima les plus anciens , qu’avait établis Charles- Quint , et qu’bn désignait sous le nom de compagnie de Bourgogne ou gardes de la Cuchilla '. Le marquis de Laconi 2, seigneur sarde, en était alors le capitaine. Quoique cet emploi appartînt de droit à la noblesse bihrgnignonne , Charles II , qui TafFectionnait , l’en avait pourvu. Pour le dédommager de la perte d’une si belle charge , on le fit, en la lui ôtant , grand d’Espagne. Comme c’était pour la noblesse de Sardaigne une éclatante distinction, le marquis de ViUasor^ , seigneur de la plus haute naissance , et le
' La compagnie du Couteau.
* Doo Prancisco de Castelvi.
* Don Artàl d’ A lagon.
plus ancien titre de ce royaume , se crut offensé de n’avoir pas été élevé à la même dignité. Du reste , la maison de Castelvi, dont le marquis de Laconi était le chef, figurait au rang des plus illustres de l’île
Quoi qu’il en soit, une ancienne rivalité divisait ces deux maisons , dont les démêlés avaient quelquefois causé des combats sanglants *. La principale noblesse du pays ne prenait, il est vrai, aucune part à ces querelles héréditaires ; mais le parti des Laconi était puissant par sa nombreuse parenté , par ses alliances et par la laveur du prince. Lorsqu’on éleva la maison de Castelvi à la grandesse , celle de Viüasor en conçut une profonde jalousie, que ne fit qu’aigrir et animer don José de Sylva , comte de Montesanto , frère du comte de Cifuentès , et mari delà fille unique du marquis de Viüasor.
• On en juger» patrie protocole des noms et titres de cette famille , lequel est ainsi conçu : « Moi, N. Ayt nerich , Castelvi et Sanguisto ,
- Brastciforte et Bottero , Genovese et Cervigtioni , comte et marquis de » Laconi , de Genoni , Nuragus e t Kuralh to ; seigneur de Stano , Leonasu » et Crasto, comte de Villamar, vicomte de San-Luri , baron de Ploaghe , « Florinas , Codrongianus et Salvenero ; seigneur de Riatortu et Nantis de
- Ledda ; fondateur, seigneur et propriétaire de plusieurs églises ; fonda - » leur et seigneur de plusieurs abbayes et couvents, première voix de l'ordre
- militaire du royaume de Sardaigne , grand'-croix , gentilhomme de la » chamhre , etc. , etc. »
* L'inimitié réciproque de ces deux maisons troublé , par des rixes violentes , dans lesquelles intervint le vice-roi, la session des cortès de 1G66. Ces événements amenèrent les assassinats qui signalèrent l'année s6fi8,
( N. tome I", page «9*. )
Le roi , par une grâce spéciale , avait déclaré les femmes habiles à succéder aux fiefs de cette famille, et le comte de Montesanto devint héritier de tous les biens de son beau-père. Cette faveur lui avait été accordée sur la recommandation directe de Louis XIV , à qui les protecteurs du comte avaient fait entendre que la maison de Villasor pouvait seule défendre la Sardaigne contre les entreprises des ennemis. Ainsi , ce fut pour s’attacher cette famille , qu’on la combla de bienfaits , qu’elle paya de la plus noire ingratitude. Le comte de Montesanto , dévoré d’envie comme son beau-père , et irrité de la disgrâce que son frère , le comte de Cifuentès, s’était attirée par sa trahison notoire, cachait avec art ses sinistres projets , et en réservait l’exécution pour le moment où leur développement enleva la Sardaigne à Philippe V , et la livra aux ennemis.
Il était nécessaire , pour rendre plus intelligible la suite de la narration , de faire connaître les faits particuliers qui furent la cause première de la perte de ce royaume. Ce n’est pas que Montesanto , Villasor et Cifuentès aient eu seuls le pouvoir d’accomplir un tel dessein ; mais ils eurent l’habileté de profiter des dispositions qu’ils trouvèrent dans un assez grand nombre de personnes qui étaient restées secrètement attachées à la maison d’Autriche.