‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 11 sur 108 · IA S A RD AI ONE · texte numérisé non relu

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Au milieu do ces intrigues et de ces perfidies , la Sardaigne contribuait, par tous les moyens et par tous les sacrifices , aux subsides dont la métropole avait de plus eu plus besoin. On fit, en 1704 , une retenue de cinq pour cent sur tous les traitements et salaires ; mesure qui fut prorogée les années suivantes.

Les désastres de la guerre et la mauvaise tournure des affaires publiques , en donnant des prétextes.au mécontentement et à la trahison , éclaircissaient tous les jours les rangs des sujets fidèles , et fomentaient des séditions. La méfiance du roi augmentait dans la même proportion , et il en était presque venu au point d’avoir à se garder de la plupart de ceux mêmes qui l’entouraient. Le nouvel ambassadeur de France, le duc de Gmmmont, homme ardent et emporté, murmurait hautement contre la modération du roi , et s’était mis à la tête «lu parti qui voulait que ce prince usât impitoyablement de rigueur, et traitât les soupçons comme des réalités.

Le duc de Montellano , qui , malgré les insinuations du duc de Grammont contre sa tiédeur et son manque de zèle , avait su , par ses services et sa droiture , conserver les bonnes grâces du roi , avait renouvelé le ministère dont il était chef, sans que ce changement de visages en apportât dans la situation du cabinet. Bientôt ce ministre lui-même

fut entraîné à sa ruine par une circonstance qu’il ne put éviter, malgré le soin qu’il mit à la combattre. ta reine qui, au moment de l’expulsion de la princesse des Ursins , avait montré une douleur, dont l’expression passait de beaucoup, dit le marquis de Saint- Philippe , les bornes permises à une personne de son rang , avait déclaré que le retour de son amie était nécessaire à son bonheur. De son côté , madame des Ursins , soutenue par les pressantes sollicitations de la reine, fit jouer tant de ressorts, qu’elle parvint à gagner la faveur de madame de Muintenon , qui détermina Louis XIV à lui permettre de retourner en Espagne , ce qu’elle fit sans perte de temps.

Le roi et la reine reçurent leur favorite avec

des démonstrations de joie inexprimables. On la rétablit dans sa charge; elle redevint plus puissante que jamais, et disposa de tous les emplois du pilais , dont elle éloigna tous ceux qui lui avaient été contraires. Monlella.no , qui était particulièrement dans ce cas , prit le parti de donner sa démission de la présidence de Castille. Elle fit rappeler le duc de Gmmmont , qui l’avait desservie à Versailles , et dont l’exaltation déplaisait au roi. On lui donna pour successeur M. Aniclot, marquis de Goumay , président au parlement de Paris, ("était un homme sage et instruit , mais neuf dans les affaires de politique et d’administration , et par

conséquent peu propre à remplie les vues que la princesse avait sur lui , qui étaient de mettre entre ses mains tout le pouvoir des ministres espagnols. Elle s’y était engagée avant son départ de France, pour se justifier du reproche qu’on lui faisait de chercher à exclure les Français du gouvernement.

Les événements suivaient leur cours dans les autres parties de l’Europe. Les Bavarois, accablés sous le joug des Autrichiens , se révoltèrent sans succès. L’empereur Léopold , cet ardent ennemi de Louis XIV, mourut, et laissa le trône à son fils aîné Joseph , qui ne montra ni moins d’activité, ni moins de vigueur.

Vendôme soutenait en Italie l’antique honneur des armées françaises. Il livra bataille au prince Eugène à Cassano , près de l’Adda. L’affaire fut aussi brillante que meurtrière. On regarda la victoire comme indécise , pareeque aucun des deux partis n’en tira d’avantages réels. Le champ de bataille resta cependant à l’armée française.

L’Espagne devint le théâtre d’un événement de la plus haute importance, et dont les suites furent incalculables. La flotte combinée des Anglais et des Hollandais , ayant à bord l’archiduc , et composée d’un grand nombre de voiles et de bâtiments de transport, jeta l’ancre le a 2 août sur la côte de Barcelone , et en vue de la ville , où l’ennemi s’était ménagé des intelligences, et où tous'lps es-

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prits étaient portés à la haine du gouvernement établi.

Les ennemis avaient été bien informés , et il en était de même dans presque toute la Catalogne. La plaine de Yich était déjà soulevée ; le reste de la province n’attendait, pour en faire autant, que le moment où le nouveau roi paraîtrait avec des forces suffisantes. Les principaux habitants des villes et les premières maisons de la noblesse, les Centellas, les Clariana, les Paz, les P inos s’apprêtaient à donner le signal de la révolte. Le comte de Cifuentès y préparait , par ses manœuvres souterraines, les royaumes de Valence et d’Aragon. Les prêtres et les ordres religieux , à l’exception pourtant des Jésuites , se montraient partisans déclarés de l’Autriche, et on voyait des confesseurs refuser l’abfcolution à ceux de leurs pénitents qui ne détestaient pas assez la maison de Bourbon.

L’archiduc, à son débarquement, qui eut lieu au bruit de l’artillerie de toute la flotte , fut solennellement reconnu et proclamé roi d’Espagne.

Les ënVdyés de l’Autriche, de la Grande-Bretagnb et du Portugal, formèrent auprès de lui un petit corps diplomatique.

Figuëfes et Girone ouvrirent leurs portes avec empressement. Le pays entier fut livré à toutes les horreurs des réactions , des discordes civiles et des passions vindicatives. Ceux qu’on soup-

connaît seulement d’étre partisans de Philippe étaient égorgés sans pitié; on croyait les traiter avec humanité en se bornant à leur donner la mort. Il n’y eut aucun épouvantable excès auquel la licence ne se portât.

Barcelone, assiégée avec vigueur par les Autrichiens et les Anglais, se rendit par capitulation; (f’est dans cette circonstance mémorable que 1 comte de Peterboroiigh , dont Voltaire a fait un portrait si piquant, montra tant de présence d’esprit, de bravoure et de magnanimité. 11 sauva la vie du vice-roi Ve/asco, que le peuple , ameuté au son du tocsin , voulait massacrer , lui donna des moyens d’évasion , et délivra des passe - ports à tous ceux qui voulurent se retirer à Madrid.

Le roi Charles fit grand d’Espagne le comte de Cifuentès et les principaux chefs de 1» révolte. On vit des nobles qui, pour obtenir des récompenses , eurent la lâcheté de faire valoir des services qu’ils n’avaient pas rendus, ou de se vanter de n’avoir servi avec zèle le dernier gouvernement , que pour mieux le trahir. Le portrait de Philippe fut outragé ; la ville fit brûler les copies des privilèges qu’elle avait obtenus de lui; mais, elle eut soin de garder, en cas d’événement, les chartes originales.

Le comte de Cifuentès mettait l’ Aragon en insurrection. On pendait , sans aucune forme de

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procès, les prisonniers que les partis faisaient l’un sur l’autre. Cette manière de faire la guerre dura environ dix ans.

La révolte, dont les premiers feux avaient été allumés dans le royaume de Valence par des ennemis tant étrangers qu’intérieurs, y faisait tous les jours des progrès rapides. Le comte de Cartlona, l’un des principaux personnages du pays, était â la tête des factieux, et il jouissait d’une influence telle, qu il entraînait presque toute la noblesse dans son parti. Les alliés lui fournirent un précieux auxiliaire ; leur flotte avait débarqué sur la cote de \alence, à son passage pour se rendre en Catalogne , un nommé Basset, qui avait la mission spéciale d’exciter la rébellion , de réunir les mécontents, et de mettre le pays en révolte ouverte. Basset, ancien agent d’intrigues, homme sans honneur, sans morale, et sans foi , était un de ces brouillons adroits, quicommencent les révolu lions. Possédant la langue du pays, il savait parler aux passions du peuple, dont il partageait, par son extraction, les goûts, les habitudes et les vices. La promesse de l’abolition totale des impôts lui donna bien vite un grand nombre de partisans parmi les hommes de la campagne. Les gens sans aveu, les contrebandiers, les assassins accoururent de tous les coins de la province. Basset fit proclamer l’archiduc Charles, et, en vertu delà

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patente qu’il en avait reçue, il se fit reconnaître lui-même comme gouverneur fies armées et viceroi. Il supprima toutes les anciennes contributions, ce qui réjouit singulièrement le pays , quoiqu il fût obligé de fournir aux frais de la guerre , et qu’il payât beaucoup plus qu auparavant.

Le vice-roi Basset fit son entrée dans la ville de Valence , que la trahison lui avait livrée, à la tète d’un petit corps d’armée, que commandait en second un colonel qui avait déserté avec une partie de son régiment. Le roi Charles ne crut pas pouvoir prodiguer trop de faveurs et de grâces à son illustre représentant; il honora sa mère, vieille femme inconnue , qui vivait dans l’état abject où elle était née , du titre de marquise , et on lui assura un revenu considérable, pour l’aider à en soutenir Ja dignité

Le roi n’avait pas assez de troupes pour faire face de tous côtés- à ses ennemis , et pour contenir ses sujets rebelles. Le feu de la révolte s’était communiqué aux trois grandes provinces contiguës de la Catalogne, de Valence et de 1 Aragon, et l’année 1705 les vit enlever presque entièrement

' L'enthousiasme était porté à un tel point d'exaltation , que des prédicateurs fanatiques, montrant du haut de la chaire la noble mère du sauveur de la patrie , lui appliquaient ces paroles , adressées dans l’évangile à la Sainte Vierge : Dcatus vrnter , etc.

au souverain légitime , à qui , dès le milieu de l’année suivante , il n’en restait presque plus rien.

Le ministre Amelot et la princesse des Ursins s’emparèrent de la direction des affaires , et Tolèrent totalement au cabinet espagnol. Philippe porta la condescendance jusqu’à laisser mettre garni son française dans plusieurs de ses ports et de ses places. Les Espagnols furent offensés de cette marque de défiance , et les alliés y virent une nouvelle raison de s’irriter et de s’indigner des envahissements de la puissance de Louis XIV.

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