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nentes , entre autres , les marquis de Manceni et de Fuente- Hermosa , le comte de Frigi/iana et les ducs de Montallo et de Montellann. Des convenances réciproques attachaient les uns aux autres l'illustre' chef de ce parti et ceux qui en étaient les principaux agents. Ces derniers se flattaient avec raison que les Espagnols s’empresseraient tous de se ranger sous les drapeaux d’un prince qui savait combattre. Le duc à' Orléans crut , de son côté , qu’il pouvait gagner pour lui le pays qu’il était venu défendre, et, voyant Philippe V chancelant sur son trône , il se ressouvint qu’il avait à celte couronne des droits que le testament du feu roi d’Espagne avait négligés , et que son père avait maintenus par une protestation.
Ce qui ternit un peu le caractère du duc A' Orléans dans cette circonstance , c’est qu’il entra sur ce sujet en négociation avec les Anglais , et qu’il consentit, pour obtenir l’exclusion de son cousin, à un partage de la monarchie espagnole. Cette espèce de conspiration ne fuidëcouverle qu’au commencement de l’année suivante 1 , quand le duc ,
’ On saisit sur son secrétaire et sur un de scs aides decatnp, qu’il avait laissés en Espagne pour suivre l'exécution du plan, et qui furent arrêtés sa corresponds nrc avec lord Stanhope. Louis X/r , indigné contre l<* due d 'Orléans , fut sur le point d’ordonner une instruction juridique, qu’avait réclamée en plein conseil M. le dauphin, ]ièrc du roi d’Espagne; mais il céda aux prières de Madamr, mère du due, et de la durliesse à'Orh'ans, sa
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rappelé en France, avait déjà quitté depuis quelque temps le commandement d’une armée que ces divisions et ces complots avaient mise dans un étal de désorganisation complète. Philippe V ne pardonna point à son parent d’avoir eu la pensée de lui succéder, et il chercha plus tard à s’en Venger.
On avait mis l’armée française en Flandre , que par des efforts prodigieux on avait portée à cent mille hommes , sous le commandement du duc de Bouigogne , et on lui avait donné pour aide et pour conseil le duc de Vendôme. Le prince n'en profita point, et leur division , en présence' de deux hommes comme Eugène et Marlborough , qui ne cessèrent jamais d’agir dans un parfait accord , fit faire des fautes graves et entraîna de grands malheurs. Lille fut prise sous les jeux du duc de Bourgogne } sans qu’il fît rien pour s’j opposer , après une défense de quatre mois qui couvrit de gloire le maréchal de Boujlers *. Les Hollandais prirent
Clic naturelle , aimant mieux, dit Voltaire , ensevelir dans le silence un projet informe et excusable , que de punir son neveu dans le temps qu'il voyait son prtit-fils toucher à sa ruine.
1 Les libellistes du temps , et quelques-uns de ceux qui leur ont succédé, ont pris occasion de la malheureuse issue de celte campagne de Flandre, pour renouveler les calomnies contre le duc de Bourgogne. On a été jusqu'à dire qu'il avait trahi le roi son grand-père, soit pour le forcer à faire la paix , soit pour l'empêcher de déclarer madame de Maintenait reine de France. On ne peut reprocher à ce bon et sage prince , qui d'ailleurs n'était
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possession delà place, et ne laissèrent à l’archiduc que le titre de comte de Flandre. L’empereur Joseph son frère , l’en dédommagea , en le faisant reconnaître comme roi d’Espagne par le pape Clément XI } auquel il avait confisqué des fiefs ecclésiastiques , pour l’amener , par ce moyen de persuasion , à ne plus douter un instant de la légitimité autrichienne.
La fin de cette campagne fut une suitê de désastres pour la cause de la maison de Bourbon , tant dans les Pays-Bas qu’en Espagne.
1„üg L’année 1709 ne commença pas sous de plus heureux auspices. Un long et cruel hiver fut suivi de lafamine, qui en était l’effet nécessaire. A ce double fléau se joignit le désordre des finances , qui , en France comme en Espagne, mit Louis XIV et son petit-fils dans l’impossibilité de rien tenter avec succès pour réparer des revers si multipliés. Il fut trop bien constaté qu’il n’y avait de ressources d’aucun genre. On implorait de tous côtés la paix à grands cris et à tout prix. Le roi de France, qui avait donné dans sa personne l’exemple des sacrifices et des privations , n’hésita pas , dans ces funestes conjonctures, à demander la paix à ces mêmes Hollandais qu’il avait autrefois traités avec tant de
pas homme de guerre , que de s’èlre trop abandonné au\ préventions que. lui inspiraient ses flatteurs contre un grand capitaine, dont ils étaient lujr
sèment envient.
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hauteur, et qui lui faisaient payer chèrement sa prospérité passée.
L’histoire a recueilli toutes les circonstances de ces tristes négociations , où l’on vit , dans sa décadence et dans son humiliation, la puissance jadis colossale du grand roi prosternée aux pieds du pensionnaire Heinsius. , et prête à recevoir la loi du vainqueur et les conditions les plus dures.
Celles au prix desquelles on voulait bien lui accorder la paix, augmentèrent de rigueur à proportion de l’importance des plénipotentiaires qu’il envoyait, et à mesure qu’on s’apercevait de l’accroissement de sa détresse, et du besoin qu’il en avait. On ne lui demandait d’abord , après l’avoir joué assez long-temps , que d’abandonner le roi d’Espagne; on exigea de lui ensuite, pour condition , non pas même de la paix , mais d’une trêve, qu’il se joignît à ses ennemis, pour détrôner son petit-fils dans l’espace de deux mois, et que, pour sûreté, il cédât à jamais dix villes en Flandre et toute l’Alsace.
C’est alors que Louis XIV dit ces belles paroles : Puisqu'il faut faire la guenv , j'aime mieux la faire à mes ennemis qu’à mes enfants. Il se prépara donc à tenter encore une fois la fortune en Flandre. Il fit une sorte de proclamation dans laquelle, en annonçant à ses peuples le nouveau fardeau qu’il était contraint de leur imposer, il
excitait leur indignation et leur pitié. La famine recruta pour la guerre ; les terres restèrent en friche, mais on eut une armée.
Cependant Philippe avait à La Haye un agent non reconnu, qui traitait en secret avec quelques Hollandais influents : c’était le comte de Bergheic/i , intendant des Pays-Bas. 11 négocia pour obtenir en faveur de son maître, au moment où il descendrait du trône d’Espagne, et par forme de considération pour l’honneur de la royauté, la souveraineté de Naples- et de la Sicile. Cette concession déplaisait fort aux Anglais , qui affectaient de craindre qu’un prince de la maison de Bourbon , en possédant ces deux états , ne fût maître de gêner leur commerce du Levant et de la Méditerranée. Les. Hollandais paraissaient moins y répugner. On profita de celle disposition de leurs esprits, pour demander que l’ile de Sardaigne fût ajoutée aux royaumes de Naples et de Sicile , avec les places que l’Espagne possédait sur les côtes de Toscane. On voulait qu’au moins le prince dépossédé fût assez puissant pour se maintenir dans sa nouvelle dominalion,etpourrésisteraux desseins ambitieux de la maison d’A’utriche , qui s’était lait un grand nombre de partisans en Italie, et notamment dans le royaume de Naples.
On faisait remarquer que l'archiduc, devenu roi d’Espagne, aurait entretenu facilement des intel-
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licences secrètes à Naples et en Sicile, et qu’il aurait pu toujours y faire passer des secours de troupes, s’il fût demeuré maître de la Sardaigne.
Le besoin de la paix était si pressant qu’on fut obligé d’abandonner toutes ces propositions l’une après l’autre, et qu’on finit même par n’en plus parler.
Ces tristes nouvelles se répandirent promptement en Espagne. La malveillance ne manqua pas de les exagérer, en ajoutant que la France avait lâchement trahi la cause sacrée de l’honneur et du sang. Les Espagnols retrouvèrent dans le fond de leurs cœurs une vieille animosité mal éteinte contre leurs voisins. Le duc de Medina-Celi demanda formellement, au nom de toute la grandesse, d’exclure les Français du gouvernement, et promit au roi la paix avec les puissances marilimes, s’il consentait à se joindre à elles-mêmes contre la France , comme l’exigeait de lui le soin de sa sûreté, dans un moment où celle-ci songeait à tournerses armes contre lui. Philippe répondit avec dignité qu'il ne croyait pas que son aïeul l’ abandonnât jamais ; qu’en tout cas il ne tirerait jamais l’épée contre la France , et contre une nation , qui, après Dieu, l’avait placé sur le trône.
Quoi qu’il en soit, Philippe , qui n’ignorait rien de ce qui se passait, se détacha entièrement de la France et de l’ambassadeur A mêlai, dont il crai-
gnait que les conseils ne perdissent l’Espagne. Le roi s’étant rendu à l’armée de Catalogne, ce dernier prit la roule de France, dans la crainte d’étre exposé à la colère du peuple pendant l’absence de la cour, et emportant avec lui de grands biens, acquis non par des dilapidations ouvertes de la fortune publique, mais par les immenses profits que lui avaient donnés les privilèges qu’on lui avait accordés dans le commerce des Indes. La princesse des Ursins , qui craignait que la chute des Français n’entraînât la sienne, fil tous ses efforts pour se nationaliser par l’expression de ses sentiments patriotiques.
De son côté, Louis XIV , irrité \\e l’aversion qu’on montrait en Espagne pour ses sujets , et pour l’influence qu’il y avait jusqu’alors exercée, déclara l’intention où il était de livrer ce pays à luimême , et d’en retirer toutes ses troupes. Le dauphin obtint cependant, à force de prières, qu’on y laissât douze mille hommes à la solde de S. M-, catholique.
Le cabinet de Versailles , indépendamment de la punition qu’il voulait infliger à celui de Madrid, avait besoin de toutes ses troupes dans les Pays-Bas, où le danger devenait de plus en plus imminent. Les alliés venaient de prendre Tournay, et ils entrèrent triomphants dans Mons, après avoir remporté à Malplaquet une victoire qui ne leur
valut que cet avantage , et leur coula plus de vingt mille hommes , tant tués que blessés.
Les émigrés sardes, désolés de voir la domination autrichienne se consolider dans leur pays , pressaient le roi de faire quelques efforts pour le reconquérir. Les plus habiles d’entre eux , le marquis de Saint-Philippe , le comte dcl Caslillo et le comte de M on ta l\>o , s’occupaient sans cesse des moyens de rendre cette entreprise exécutable. Ils présentèrent à cet effet des mémoires et un plan, qui furent approuvésà Paris et à Madrid. Louis XIV promit quelques vaisseaux et deux mille hommes pour l’expédition. Le marquis de Saint-Philippe fut envoyé en France pour entretenir ce prince dans’de si favorables dispositions ; le comte dcl Castillo passa en Corse , afin d’être plus à portée de cultiver les intelligences qu’il avait en Sardaigne. Tout se préparait en silence pour assurer le succès de l’entreprise, dont les moyens d’exécution ne purent être rassemblés que dans le courant de l’année suivante.
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