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haut degré de la faveur et du pouvoir. Premier ministre , sans en avoir le titre , depuis que l’aflfaiblissiment de la santé du roi avait achevé de lui ôter le goût des affaires , il dirigeait toutes les branches de l’administration», faisait des réformes dans l'état militaire , daus les finances , même dans l’ordre ecclésiastique , et donnait à la famille royale des confesseurs choisis de sa main. Naturellement impétueux , doué d’une imagination bouillante , sûr d’ailleurs de la faiblesse et de l’engoûment du roi et de la reine , il exerça une autorité absolue, interdit l’accès du souverain à tout autre qu’à ses créatures , attaqua les attributions ou l’indépendance des tribunaux , et se rendit odieux à toute l’Espagne par son despotisme et par son opiniâtreté.
On ne peut nier pourtant que la secousse qu’il sut imprimer à la monarchie espagnole n’ait rendu un peu de vie à ce grand corps convalescent. Malheureusement Alberoni avait plus d’activité d’esprit pour concevoir de vastes projets , que de sa-
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dans l’esprit. Ce fut l'origine de la fortune d ' Àlberoni. Le duc de Vendôme en tira parti , et Goit par attacher à sa personne re prêtre fboîfoh . dont les contes licencient et l'intarissable gaîté le divertissaient. Tl1 le fit venir en Espagne, lui procura des pensions , et en fit son agent près de la princesse do. Vraina , qui elle-même le fit nommer chargé d’affaire du duc de Parme à Madrid. Lorsque Philippe P voulut prendre une seconde femme, c’est lut qui proposa la fiile de son souverain , et il fut envoyé à Parme pour eonriatè le mariage , événement qui amena «on élévation et la ruine de sa jireter trie*.
gesse et de mesure pour les exécuter. Son ambition étant de jouer lé même rôle que Ximenès et Richelieu , qu’il se proposait pour modèles , i! voulut parvenir comme eux aux honneurs du cardinalat , que les ressorts qu’il mit en œuvre, Ses intrigues, ses tromperies , lui firent obtenir de la cour de Rome.
Dès qu 'Alberoni se vit revêtu de la pourpre romaine , qu’il avait si ardemment souhaitée , il se livra tout entier à l’exécution des projets que lui avaient inspirés les vues de sa poli tique turbulente , le désir de faire du bruit , le besoin de se rendre nécessaire , et peut-être aussi un zèle généreux qui le portait à vouloir réparer les pertes que la paix d’Utrecht avait fait subir à la monarchie espagnole. Son projet favori était d’entreprendre de recouvrer le royaume de Naples ou la Sardaigne. Les circonstances en facilitaient la réalisation. Le Grand-Seigneur, au mépris du traité de Carlowitz , et sans autre motif que la nécessité d’occuper au dehors ses janissaires séditieux , venait de déclarer la guerre à la république de Venise. Les Turcs avaient fait une invasion en Morée , et les Vénitiens , surpris à l’improvisle , se trouvaient dans une situation fort alarmante. Le pape, à leur prière, avait dédidé le roi catholique à ordonner un armement contre les Infidèles , en lui accordant, pour lui en fournir les moyens, une levée de deux mib
lions et demi de piastres fortes sur les biens ecclésiastiques des Indes , et de cinquante mille ducats sur ceux du clergé d’Espagne. Une escadre espagnole , commandée par le marquis Mari , sauva Corfou , qu’assiégeaient les Turcs. Alberoni eut l’art de s’en attribuer le mérite , et c’est une des causes qui lui valurent le chapeau de cardinal.
Les Vénitiens avaient besoin de secours plus considérables , et Alberoni les leur avait promis ; mais il oublia bien vite la parole qu’il avait donnée tant au Saint Père qu’à la république , et ne songea plus qu’à mener à terme et à compléter l’armement qu’il projettait. Il fit partir pour Barcelone un intendant de marine , sur les talents et l’activité duquel il croyait pouvoir compter. En peu de jours, en effet, une escadre de sept vaisseaux de Ligne fut en état de mettre à la voile. Cet armement, à qui on ne pouvait raisonnablement supposer sa destination ostensible , inquiétait plusieurs princes, l’empereur surtout, qui s’en plaignit au régent de France. Celui-ci l'assura qu’il n’avait aucune part à ces préparatifs , cë qui était parfaitement vrai ; car le cardinal répondait imperturbablement, aux interpellations qniluiétaient faites à ce sujet , que l’expédition ne regardait'absolument que les ennemis de la chrétienté. Il est certain qu’en Espagne mêmp , à l’exception du roi , de la reine , du duc de Popoli , gouverneur du
prince.des Asturies , et du père Daubenton , jésuite, confesseur du roi , personne ne savait le véritable objet de cet armement. Lte cardinal le cachait même au secrétaire des dépêches universelles , et c’est dans cette intention que presque tous les ordres étaient écrits de sa main.
Le ministre espagnol qui résidait à Gênes donnait fréquemment des nouvelles de ce qui se passait en Sardaigne; le cardinal profitait de ses avis, sans lui recommander de les continuer. 11 était déjà informé que le marquis de Rubi venait de prendre possession de la vice-royauté de la Sardaigne, et qu’on en avait retiré presque toutes les troupes pour les envoyer à Naples, où l’armement des Espagnols faisait craindre une invasion. L’empereur avait aussi ordonné à ses ministres en Italie, et au gouverneur de Milan en particulier, de faire passer des troupes à Man loue , s’ils voyaient débarquer à Gènes un corps considérable qui put menacer la Lombardie ; car on était persuadé à la ,cpqr (de: Vienne que le ^pc de Payne était nonseulement .dans le secret , mais qu’il était presque même l'auteur de cette guerre , quoiqu’il soit cer- .tai&.qn’il n’en savait absolument rien.
, fL’iAoglcterre était fort occupée de l’objet présumé de l’expédition espagnole. La maison de Hanovre venait d’être appelée au trône,, et Georges avait paisiblement succédé à la reine Anne ; niais